Theoph, Cont., Fil. Mich., ch, x, p
mais de mauvaise répulation : le patriarche Jean et tout cela. semble-t-il, contre le vœu des populations qui restaient secrètement attachées au culle des images. Là élait pour la régente et son fils le point noir de la situation et le véritable danger.
L'Impératrice qui prenait, à cette heure, les rênes du gouvernement était une femme de tête : intelligente, capable de grands desseins ΟἹ d'audacieux projets qu'elle savait réaliser, avant tout habile adminidratrice. Née d'une famille de fonctionnaires paphlagoniens, elle avait épousé, peu après la mort de Michel IT d'Amorion, le jeune Empereur Théophile. Tout entière à ses devoirs d'épouse ΟἹ de mère, elle ne semble pas avoir joué grand rôle politique du vivant de son mari qui, sans doute du reste, ne l'eût pas toléré; mais elle dut observer οἱ. tenace comme elle l'était, profiter des leçons qu'elle pouvait recueillir au fond de son gynécée impérial. Personne n'ignorait, en effet, que Théodora comme sa famille élait restée fidèle « iconodoule ». Théophile lui-même savait que sa femme possédait des icônes qu'elle vénérait et baisait en secret? : il n'ignorait pas même qu'elle élevail avec soin ses enfants dans l'amour du culte défendu, et qu'en cela, elle était aidée par sa bellemère elle-même, l'impératrice Euphrosyne. IH sen fâchailt : interdisait les visiles au monastère de Gastria ?: jurait de punir sévèrement les transgresseurs de ses lois ; mais c'était bien en vain. Les images continuaient à être honorées au palais impérial, grâce à l'habileté de Théodora, qui, patiemment, attendit des jours meilleurs.
Déjà aussi apparaissait chez l'impératrice, si du moins il faut en croire les chroniqueurs, ce goût pour les spéculalions finan cières οἱ ce perpéluel souci d'augmenter sa fortune qui fut un des traits caractéristiques de son gouvernement. La légende rapporte mème, qu'elle avait des bâtiments de commerce qui sillonnaient les mers à son profil et qu'un jour. Théophile apprit à son grand élonnement qu'un magnifique vaisseau qui venait d'entrer dans le port el qu'il avait remarqué était la
τ. Theoph. Cont., Fil. Theoph., ch. v, p. τοῖς Sym. Mag., ibid., ch. 1. p. 685 ; Georg. Moine, col. 1008. |
a. Theoph, Cont., ibid., ch. v, p. τού τοῦς Syin. Mag. ἰδία, ch. vi, p. 689: Cedrenus, 1, col. 9S$-989.
ὁ, Theoph. Cont., ibid, ch. +, p. 104-109; Sym, Mag, tbid., ch. vi, 689: Cedrenus, 1, col. 988-989.
possession de la Basilissa elle-même. C'était là pour un Byzantin une inconcevable dérogation à la dignité impériale. Il se rendit donc le lendemain au port, fit décharger le navire et ordonna, à la grande colère de Théodora qui fut pour ce fait sévèrement admonestée, de mettre le feu à la cargaison. « Jamais jusqu'ici, dit-il, on n'avait vu un empereur romain faire métier de négociant! ». Vraie ou fausse, cette histoire peint en pieds l'impéralrice qui allait, durant près de quinze ans, gouverner l'Empire comme tutrice de Michel IT.
A ces rares qualités de l'intelligence. Théodora joignail aussi celles du cœur. Très attachée à son mari qu'elle pleura et regretla longlemps, on la vit, dès les premiers jours de son gouvernement, hésiter entre la sagesse politique et les promesses qu'elle avait faites à Théophile à l'heure de sa mort. Son souvenir l'accompagna au-delà de la tombe et c'est un spectacle bien byzantin que celui de cette femme, maîtresse du plus grand empire alors existant, s'humilier devant de pauvres moines comme devant de puissants évêques pour obtenir de ceux « qui détiennent sur terre les clefs du paradis » la rémission des fautes terrestres de son impérial époux. On essaya bien, en
vérilé, de jeter plus tard sur la conduite de la veuve quelques
légers soupçons ; mais quand on songe à la facilité avec laquelle les chroniqueurs racontent tous les bruits qui circulaient de leur temps sur les mœurs privées des souverains, quand on songe, par ailleurs, à la conduite de la plupart des basilissai qui s'assirent sur le lrône impérial, de la première Théodora à Zoé en passant par Théophano, on peut négliger, ce semble, ces racontages intéressés pour reconnaitre, qu'en somme. la femme de Théophile resta fidèle à la mémoire de son époux. Du reste, Théodora était trop fière de caractère. trop religieuse aussi pour s'abaisser ainsi à de vulgaires amours. On le vit bien à la mort de Théoctislos, son premier ministre. Autorilaire οἱ vindicative, sa colère fut grande contre les meurtiers, car celle se rendait compte que par derrière l'autorité du ministre qu'on brisait, c'était la sienne propre qu'on attaquait. Comme une fois déjà, à propos du patriarche Jean. elle ne
τ. Cedrenus, p. 985. Theoph. Conl. Fi. Theoph., αν, 101-104. Cette histoire a un intérêt tout particulier parce qu'elle tend à montrer qu'aux débuts du 1x° s. le monopole de l'Etat sur la vente du blé établi par Justinien, était alors tombé en désuétude.
ἡ BASILE 1!
recula pas devant les moyens violents pour perdre son frère Bardas ; mais quand elle vit qu'il était inutile de résister, elle descendit noblement du trône, ne voulant pas troubler davantage l'Empire et voir. à cause d'elle. couler le sang de ses propres sujets !.
A côté de l'Impératrice, Théophile mourant avait eu soin de placer un conseil de tutelle. Sans doute la situation générale élail assez bonne et l'empire suffisamment affermi pour qu'on n'eûl pas à craindre les agilations révolutionnaires qui, d'ordinaire, troublaient si profondément à Byzance toutes les minorités. Néanmoins. Théophile avait pris ses précautions. Avant sa mort, il avait demandé solennellement au Sénat et à tous les grands dignitaires de la cour de reconnaitre la régence de sa femme et de respecter l'enfance de son fils, comme aussi de continuer à proscrire les images et de maintenir Jean sur le trône patriarcal. Mais cela ne pouvait — et à juste titre — Jui paraître suffisant. Il choisit donc son premier ministre, Île logothète Théoctistos, le magistros Manuel, et Bardas. frère? de la régente, pour aider Théodora, la diriger dans le maniement des affaires de l'Etat et l'empêcher, comme il le pressentail, de donner à la politique de la maison phrygienne une nouvelle direction. La jeune Impératrice pouvait cependant se passer de conseillers. Elle était assez intelligente etassez habile pour gouverner loute scule. Elle le prouva bientôt. Du reste. Théoctistos élait un homme médiocre. Général infortuné, il n'était guère plus heureux diplomate : mais c'était un souple instrument entre les mains de la régente. Elle le garda donc et rapidement sa fortune alla grandissant. Fidèle à l'impératrice, celle-ci pouvait agir par elle-même, sûre qu'il n'entraverait pas ses desseins ΟἹ qu'il approuverail tous ses acles: aussi, malgré les colères ef les haines que ses défaites répélées et en Crète et en \sie-Mineure Jui avaient justement mérilées à Constantinople, Théodora conserva-t-clle son logothèle et S'appuya-telle cons
1, Theoph. Cont., Fil. Mich, xx, p.184 ; Sym, Mag., Xuk, p. 720: Cedrenus, ". 1044.
2, Theoph. Cont., Vif. Mich., ας p. 164; Gencesios ét Cedrenus ne nomment pas Bardas; mais à voir l'importance de son rôle au début du règne de Michel, il semble bien que la continuation de Theophane a raison de le nommer parmi les tuteurs du jeune souvcrain. La Chronique dite de Siméon Magist.. Léon Gran. Georg. Moine font inûme mourir Manuel avant Théophile.
tamment sur lui. De conseiller, il devint confident et tandis que les autres tuteurs de Michel, plus gènants par leurs capacités mêmes. se voyaient relégués au second plan, Théoctistos, lui, entrait si bien et si à fond dans l'affection de la régente que le jour vint où sa présence continuelle à la cour fut jugée nécessaire. Des appartements spéciaux lui furent réservés, une garde lui fut donnée et sa faveur s'étala assez ostensiblement pour que les méchantes langues fissent courir le bruit qu'une union illicite s'ébauchait entre l'impératrice et son premier ministre, prélude, évidemment, d'un mariage qui donnerait le trône à Théoctislos au détriment du souverain légitime !.
On ne comprendrait guère cette imméritée faveur donnée à Théoctistos par une femme aussi clairvoyante que l'était Théodora sans l'hypothèse qu'elle y trouvait son avantage pour gouverner plus librement. Car si Théoctistos était un incapable, toujours prêt à approuver, certes il n'en allait pas de même du magistros Manuel. Sous le règne de Théophile, il s'était couvert de gloire dans les campagnes militaires qu'entreprit l'Empereur contre les Perses et les Sarrasins. Par deux fois, il avait sauvé son maître δ, grâce à sa valeur et à son énergie, et il avait donné aussi trop de preuves de son dévouement à l'ordre établi pour être suspecté d'ambitions impériales. Déjà âgé quand Théophile mourut, il avait courageusement refusé la couronne que le peuple, par ses acclamations, voulut lui offrir ? et sa parenté avec Théodora devait, ce semble, lui ouvrir toutes grandes les portes du palais. Ce fut cependant, le contraire qui arriva. Seul, il résista d'abord au désir qu'avait l'impératrice de rétablir les images " et, peut-être bien, faut-il voir là la raison de sa retraite presque immédiate. Tandis que l'influence de Théoctistos grandissait, la sienne diminuait. Le premier, il dut quitter la cour pour aller habiter sa maison près de la citerne d'Aspar et ne vint plus au palais que lorsque les affaires de l'Etat le réclamaient. Sa demi-disgrâce dura jusqu’à sa mort qui précéda celle de Pétronas à très courte distance 5.
1. Theoph. Cont., Vif. Mich., ch. x1x, p. 184. Genesios, 1107.