‹ Basile Ier [i.e. premier], empereur de Byzance (867-886)Chapitre 256 sur 354 · LES GUERRES · texte numérisé non relu

LES GUERRES

L'effort constant et généreux de l'habile parvenu que fut Basile [°', pour rendre, à l'intérieur, un peu de calme et de cohésion à son Empire, avait sa cause véritable dans les affaires extérieures de Byzance pour lors assez compromises. Sans doute, ses réformes financières et administraives, sa politique religieuse οἱ civile s'expliquent déjà par l'état même des choses à son arrivée au pouvoir. Bon souverain, il voulait l'être en rendant un peu d'ordre aux finances dilapidées, un peu d'humanité à la justice méconnue, un peu de tranquillité à l'Eglise divisée; mais cetle œuvre qui fut, du reste, celle de tout son règne, il l'accomplil aussi — et surtout peut-être — afin de réaliser le plus urgent devoir de sa charge : la lutte à outrance contre les Musulmans.

Si la situation intérieure de l'Empire élait assez troublée à l'avènement de Basile, la situation extérieure, par contre, était relativement bonne et singulièrement propice à la poli-

1. Les guerres de Basile sont la chose la plus connue et la mieux étudiée de son règne. Sans parler des travaux antérieurs, aujourd'hui négligeables, nous avons pour ce chapitre deux ouvrages fondamentaux que je n'ai fait que suivre. L'un, de M. Gay, traite des guerres de Basile et de sa politique en Occident ; l'autre, de M. Vasiljev, étudie, à l’aide surtout des sources arabes, toutes les campagnes de Basile en Occident et en Orient. C'est à -ces deux travaux, dont le second est écrit en russe, que nous renvoyons une fois pour toutes.

tique que méditail l'Empereur. Avec l'Arménie, en eflet, les relations étaient très courtoises. Aschod 1 Pagratide. créé « prince des princes » en 859 par le calife Motawakkel-Billah ", était, personnellement, en excellents termes, avec Basile et l'Empereur ne fut pas étranger à l'avènement d'Aschod comme roi en 8750, complant bien pouvoir, par lui, plus aisément surveiller la polilique arabe et empècher l'influence des califes de devenir trop prépondérante sur cet état, frontière de son Empire?. De son côté, Aschod ne tardera pas à se tourner vers Constantinople et à demander à Basile l'investiture pour ses élals ",

En Russie, l'Empereur cherchait, par les missions el de riches présents, à entretenir de pacifiques rapports avec ces tribus encore passablement sauvages. En Bulgarie, son influence grandissail de toute celle que perdait Rome. La question religieuse était pour lui un excellent trait d'union entre les deux peuples et une trop belle assurance de paix pour qu'il la laissät échapper. En Grèce, enfin, les Slaves, vaincus sous le règne précédent. étaient unis à l'Empire. Les Erzerites et les Milinges eux-mêmes semblent traverser une ère pacifique. Bien plus, les Slaves illyriens, Serbes, Croates, Dalmates, menacés à celle époque par les Arabes d'Occident, déjà maîtres d'une partie de la Sicile, commencent, dès l'avènement de Basile, à se repenlir d'avoir trop vite, au vin et au début du χα" siècle, secoué le joug impérial et profité de l'affaiblissement de Byzance pour rejeter le baptème chrétien. L'heure ne va pas tarder où ces populations elles-mêmes viendront redemander à Basile aide et protection : suprême revanche des choses don il se gardera bien de ne pas profiter ! C'est en Italie, qu'en fait. la situation est la plus grave vers 866. Au cours du 1x° siècle. Venise, d’une part, s'est déclarée indépendante de Byzance el celte grande place commerciale οἱ stratégique est perdue pour l'Empire. Les Carolingiens, d'autre part. sous le gouvernement de Louis Il ont pris possession du sol italien. Relégué au delà des monts par ses frères, le petit-fils de Charlemagne

. Tournebize, p. 218. Brosset, Collecl, d'histor, arméniens, 1, 1. . Vasiljev, 11, p. 6. Tournebize, 219.

. Rambaud, op. cit., p. 500-501.

. Vif, Basil., κόνις, p. 360.

. Fit. Basil., Lu, p. 304.

St Οὐ 2

entend, du moins, être maître de cet état qui désormais lui appartient et, ce qu'il cherche surtout, au cours de son règne, c'est à faire respecter son autorité suzeraine. Chasser Îles Musulmans, protéger les rives de la Méditerranée, c'est donc là pour lui un devoir auquel il ne peut se soustraire et pour l'accomplissement duquel il lui faudra le secours de son confrère oriental!. Mais ce dernier aussi a des intérêts dans l'Italie méridionale : il y a encore des possessions comme la Calabre et la terre d'Otrante ; il y avait des provinces et des villes qu'il a perdues. mais qu'il espère reconquérir: il y a surtout la Sicile qu'il ne veut, ni ne peul abandonner. Cette dualité d'intérêts va créer entre les deux souverains de perpétuels conflits que les princes lombards comme les ducs de Naples se chargeront d'exploiter à leur plus grand profit, Si jamais le conflit n'alla jusqu'à la guerre. il n'en est pas moins vrai — on le verra bientôt — qu'il a singulièrement affaibli l’un et l'autre souverain.

Si donc, en somme, Basile, à son avènement, est en excellente posture, pour commencer la lutte contre l'islam, c'est pour lui chose très heureuse. car le danger devient de plus en plus menaçant. Vers 866 l'Asie, en vérilé, est relativement calme ὅς. Byzance à maintenu depuis l'Empereur Théophyle ses posilions extrêmes et les Pauliciens qui, pour lors, s'organisent, ont pu commettre déjà de vastes déprédalions, ils n’ont encore rien arraché d'essentiel aux frontières orientales. Mais il n'en va pas de même en Occident. Là, les pertes de l'Empire byzantin sont considérables. La Sicile, à l'exception de Syracuse, de Taormine et de quelques autres places, est aux mains des Arabes qui ont établi leur quartier général à Palerme. Dans l'Italie méridionale, la situation n'est pas meilleure. Depuis la prise de Palerme par les Arabes, la mer Tyrrhénienne est perdne pour les Byzantins et, faute de secours, leurs anciens vassaux du littoral campanien se sont tournés du côté de l'Empereur franc. Mais, d'autre part, on peut saisir, vers celle époque, dans l'histoire arabe certains traits qui indiquent un état de crise intérieure. Les califes, en effet. n'ont plus le haut prestige des lemps passés. Les dynasties se succèdent avec

ιν Gay, p. ΤΊ.

a. Léon Gramm., 1072.

rapidité : les gouverneurs, comme Touloun d'Egypte. tendent à devenir indépendants et font la guerre à leurs frères des provinces voisines!. Arabes d'Egypte et Aglabites d'Afrique luttent entre eux; Aglabites et Berbères se font de même la guerre: les Omniades d'Espagne en fièvre de conquêtes οἱ d'organisation intérieure ne prennent qu'une part assez indirecte aux incursions musulmanes en Sicile et en Italie. Ce sont là des faits qui vont faciliter la tâche de Basile 1".

Affaires d'IHalie (865-851). — Lorsque l'Empereur monte sur le trône, les Arabes, déjà maitres de Bari, étaient en train de s'implanter solidement sur les côtes dalmates. Leur flolte commandée par Mupharih Ibn Salim Kalphun et Saba ? avait conquis sous le règne de Michel ΠΠ|, Cattaro, Voulora. Rôsa* et, en celle année 866-867. elle commençait l'attaque de Raguse. Si la ville tombait entre les mäins de l'ennemi, c'en était fait de la Dalmatie. Aussi, la résistance fut-elle acharnée. Elle dura quinze mois, jusqu'au jour où, à bout de forces, les habitants se lournèrent vers Basile pour lui demander sccourset protection. C'était en 867. Quelques mois plus tard, probablement au début de 868, cent « chelandia » commandés par le patrice et drongaire Nicétas Oryphas, arrivaient dans les eaux d'Occident. Devant ce renfort inattendu, les Arabes durent lever le siège. L'intervention officielle de Basile, en cette année, allait singulièrement changer. pour uu temps. la politique méditerranéenne des peuples riverains ὅ,

Pendant que ces graves événements se passaient sur la côte dalmate. en ΤΠ ΠΟ. la situation se compliquait de plus en plus. D'une part, l'anarchie la plus complète régnait au sein des petits Etats italiens. Chacun lultait pour ou contre quelqu'un. donnant ainsi aux Arabes toule facilité de s'emparer ou de dévaster les pays qui leur agréaient6, D'autre part, dès l'été de 867, Louis 11, confiné en Halie par ses frères, s'empressa de

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