Basile
Alors que , pour la plupart , les habitants de Chambéry passaient en pieuse oraison cette nuit mémorable , il en était un parmi ceux-ci qu'un intérêt tout mondain tenait éveillé. Sorti discrètement de Tune des plus apparentes cabornes de Saint-Léger, longtemps après Theure préfixe du couvre-feu, le Cambérien dont nous voulons parler, bien enveloppé dans un large et long man-
teau ; suivait un chemin qui menait , en ce temps-là, des environs de la porte Reine au couvent de Sainte-Claire, par ruelles étroites, tortueuses et bordées d'une double haie d'épine fleurie, taillée à hauteur d'appui.
Pour se rendre de ce point de départ chez les dames Urbanistes, il y avait bien une autre route , plus large , plus droite et mieux battue; mais cette dernière était trop fréquentée et par les citadins qui allaient hors ville, et par les paysans qui s'en venaient des campagnes voisines approvisionner le grand marché, pour que le promeneur de nuit voulût s\ aventurer. 11 lui importait fort que personne n'eût avis ou soupçon de son excursion à la lueur des étoiles.
Ce n'était pas qu'Amaury — il s'agit encore du vaurien, — ce n'était pas, disons-nous, qu'il fît jamais grande difficulté de laisser deviner aux curieux ses amoureux desseins , quand les exigeances d'une nouvelle intrigue l'obligeaient à courir nuitamment le guildoux ; mais, en cette circonstance, il n'était plus question, pour l'heu-