‹ BasileChapitre 16 sur 21 · LE MYSTÈRE · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRE

mes mesures sont prises pour l'ôler le pouvoir (le refuser réchaii[je que je suis venue t'olfrir.

« 11 ne comprenait pas encore, ni moi ; mais j'éprouvais je ne sais quelle terreur en écoutaat ce débat. Benedetta continua :

« — J'aurais été bien folle, vraiment, si, connaissant ta résolution, j'étais descendue dans ton cachot pour te dire : Sors d'ici, Basile; moi, je prendrai ta place, et quand on viendra pour te conduire au supplice, les autres ne te trouvant plus comme ils Tespéraient, se vengeront sur moi de ta fuite. Alors ton vœu ne serait pasacct)mpli; car il faut, je le sais bien, que celui qui a tué le comte Amédée Vil expie, par la mort, la mort qu'il a donnée. J'ai mieux compris ma mission d'ange gardien , car je suis le tien, Basile. Les lourmenteurs, qui attendent à demain pour te faire subir la torture avant de t'envoyer au gibet, ne rencontreront pas dans ta prison une faible créature à qui les souffrances pourraient arracher Taveu de la ruse et le nom de ceux qui Tout protégée ; c'est un cadavre, un ca-

davre froid , depuis long-temps enseveli et qu'on nommera Basile, qu'ils trouveront ici ; cependant ce ne sera pas lui , mais ta Benedetta que tu comprendrais mieux, si l'obscurité qui règne dans ce cachot ne t'empêchait de voir combien le poison qui lui dévore les entrailles a déjà fait de ravage. Tu cherches mes mains, elles sont crispées sur ma poitrine que mes ongles déchirent! entends-tu comme les paroles sortent difficilement de ma bouche, fournaise ardente que rien ne peut plus éteindre. Mon ami, ne me maudis pas : l'autre existe, je ne pouvais plus vivre ; n'appelle pas au secours; je ne puis être délivrée de mes douleurs que par la mort... Oh! dis - moi , dis-moi vite adieu, car tout à l'heure je ne t'entendrai plus. Un seul mot, Basile : jure-moi que tu n'aimerais jamais l'autre! »

— Mais enfin quelle autre? demanda maître Pasquale.

— Je ne sais pas, dit Saverio. Puis il poursuivit son récit.

« Malgré la défense de Benedetta, Basile ap-

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pela ù lui^ et si haut, que deux des valets de la prison aeeourureiit à ses cris; j'étais là, je les arrêtai à Tautre bout du corridor. — Rebroussez chemin, leur dis-je; c'est assez de mes yeux pour voir ce qui se passe ici. — lis s'« inpressèrent de s'éloigner. J'élais certain de leur soumission; ils étaient iaits aux habitudes du règne précédent, où Ton avait pour consigne sévère, de ne point s'enquérir du cri de désola lion qu'on pouvait entendre dans l'intérieur de la geôle. J'entrai dans le cachot de Basile, il tenait, assise sur ses genoux, la malheureuse femme qui commençait à lutter contre les dernières convulsions de la vie.

« D'une voix à peine intelligible, elle me dit :

— Allez, comme le parchemin vous l'ordonne, trouver la comtesse-mère, vous lui rapporterez ce que vous avez vu. — Elle dit encore à voix basse au pauvre prisonnier quelques mots que je n'entendis pas; et lui, à travers des sanglots à fendre le cœur, il répondit à la mourante :

— Tu le veux... par notre amour, par mon fils ,

je le promets. — - Et presque aussitôt la malheureuse créature cessa de souffrir.

« Je refermai la porte du cachot, et me rendis en toute hâte au palais, où je fus introduit sans peine auprès de Madame, notre souveraine. Je vis bien à l'émotion qu'elle éprouva quand je lui rendis compte de la déplorable lin de Benedetta qu'en l'envoyant à la tour pour voir son mari, elle ne soupçonnait pas que la femme du prisonnier se fut empoisonnée.

— Bonhomme, me dit-elle, quand j'eus achevé de lui raconter ce que j'avais vu, je reprends ce parchemin; mais, en échange, demande-moi tout ce que tu voudras, je te le donnerai, fût-ce le trésor de l'épargne.

a 11 était facile de comprendre qu'il y avait quelque exagération dans ses paroles. Pour l'instant, je ne demandai que ma retraite; car, tout vieux que je suis, j'avais depuis long'-temps le désir de ne plus voir souffrir tant de malheureux prisonniers , et de vivre seulement pour ma pe-

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titc-fillc qui venait (le perdre son père: sa mère élait morte en la mettant au monde.

«La comtesse-mère , qui av-jit pris h mon récit un intérêt plus [»rand que je ne saurais vous dire, m'assura que mon sort ne serait point à plaindre; et pourvu, ajouta-t-elle, que je parvinsse à exécuter ce qu'elle avait encore à m'ordonner , je pouvais ensuite, notez bien ces paroles , maître Pasquale, je pouvais me présenter à telle heure, tel jour et en telle occasion qu'il me plairait, au château de mes souverains, ma demande, si ambitieuse qu'elle fut, me serait ac-^ accordée. Or, j'ai rempli mon devoir jusqu'à la iin , j'ai suivi de point en point les instructions secrètes qu'elle m'avait données; c'est-à-dire qu'en présence des témoins qu'on eut soin de choisir pas tr()[) dilliciles à persuader, la pauvre Benedctta, dont vous connaissez la cruelle mort , fut mise par moi dans la bière destinée à l'assassin d'Amédée Vil, et que le coupable demeura caché dans la tour, tandis qu'on portait en terre la digne femme qui s'était sacrifiée pour lui. 11

ne quitta Chambéry que lorsqu^ilfut prouvé pour tout le monde que Basile n'existait plus.

(( Il faut le dire, ajouta Saverio, cet homme que je ne peux pas croire vraiment méchant, était presque fou de désespoir et c^est avec grande peine, je vous assure, que je parvins à retirer de ses bras le corps que je devais m'empresser d'ensevelir. »

— Eh bien! dit l'orfèvre quand Savcrio eut achevé son récit, que concluez-vous de tout cela, compère?

— Qu'il y a de singuliers mystères dans le cœur de ceux qui tiennent en main le pouvoir, mystères que nous autres gens d' en-bas nous ne devons pas essayer de pénétrer; car nous serions exposés à voir le respect que nous devons aux grands se changer en mépris, en haine, en horreur même , Bonne de Berry protégeant la fuite de l'assassin de son mari! Quel intérêt pouvait-elle prendre à cet homme? pourquoi voulait-elle qu'il eut la vie sauve?

— Ceci ne me regarde pas, roparlit Pasquale^

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vrai ou faux, je n'ai point à m'occuper des pourquoi de rétrange liisloire que vous me racontez. J'attends que vous m'appreniez de quel coffrefort vous tirerez la dot en question.

— Kli ! mais de celui de la comtesse mère.

— En tenez-vous la clé?

— J'ai promesse, vous le savez bien, de me le [aire ouvrir.

— Puisque promesse vaut pour vous argent comptant, je vous promets mon neveu pour le jour où vous tiendrez la somme; jusque-là bonsoir.

Quinze jours après cette entrevue, Dionisia épousait Philibert.

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