B4SILE
une sorte d'incertiUicle où perçait l'espoir et la déûance.
— Mais, reprit Amaiiry, je vous le répète, sa vie, aussi bien que la vôtre, dépend de notre prudence commune. Que diable! j'en sais quelque cbose , moi qui vous ai gardé Benedetta ; moi qui veux être votre ami.
Le regard de bienveillance, la vive pression de main dont il accompagna ses dernières paroles, permirent à Basile de respirer plus librement. Martuccia , qui n'avait pu rien entendre de la conversation des deux jeunes gens , s'approcha enfin du malade pour lui faire prendre la potion qu'en effet Amaury avait été quérir le matin même, chez les Dominicains.
— C'est inutile , dit Basile en repoussant le vase qu'elle lui présentait j l'accès de fièvre s'est calmé de lui-même, et je me sens si bien à présent, que j'ose croire qu'il ne me reprendra plus.
— Cesi égal, buvez toujours, répliqua son protecteur ; si cela est nul quant au mal passé.
lîlîSiGNAWlON. A7
()ouU(Mpe est-ce nécessaire pour prévenir le retour (le nioiiveinents furieux qui vous causeraicnt plus de tort que vous ne pouvez vous Timaj^inoi*. Alais nous aurons soin dV mettre ordre.
Le coup-dVeil d intelligence par lequel Basile répondit à Amaury prouva à ce dernier qu'il s'était tait comprendre. Désormais, effrayé pour Benedetta de la menace de mort que son nouvel ami lui avait fait entendre, il n'osa plus Tinterroger.
Grâce aux soins non moins Lien entendus •qu incessants dont il était Tobjet , Basile , au bout de quelques jours, fut en état de se lever ; et trois semaines après sa mystérieuse arrivée chez cette Martuccia que, dans sou ignorance, il nommait la sœur d' Amaury, ses blessures étaient complètement cicatrisées. Il ne lui restait plus^ de tant d'émotions et de souiTrances, qu'un peu de faiblesse et de pâleur. Amaury le voyant en pleine voie de rétablissement, jugea qu'il était temps de rendre à Martuccia son lit, et de lever la rigoureuse consigne qui défendait
aux visiteurs accoutumés de la bonne fille, le libre accès de sa maison.
— Ma mignonne, lui dit-il un soir en jetant sur le coffre qui lui servait à la fois de table et d'armoire quelques pièces de monnaie, je viens cette fois pour t'enlever ton malade et faire cesser le deuil que ta vie de recluse a du causer aux beaux oiseaux de nuit qui du bec et des ailes frappent d'ordinaire aux barreaux de ta cage. Cet argent n'est pas, tant s'en faut, pour te payer de toutes tes peines ; mais il te servira à subsister, sans inquiétude du lendemain, jusqu'au jour où il sera bruit enfin, que ton logis est rouvert à qui veut deviser avec toi des mystères du culte d'amour dont tu es sœur professe. Sans vanité, ajouta-t-il d'un air tout avantageux, j'ose me flatter que mon assiduité auprès de toi n'aura point nui h tes intérêts, car il faut supposer quelque mérite à celle qui m'a retenu si longtemps dans ses chaînes.
— Cette assiduité, loin de me nuire, repartit Martuccia en témoignant par un soupir de re-
KiîSIGNATION. 49
yrel (|n clliî é|)r()UVîiit de la voir cesser, ma fié si pronial)le(|iie, de deux cotés, j'ai promesse du plus beau sort pour Tinslant où tu m'auras rendu la liberté.
— Qu'il t'arrive donc bonne aubaine dès ce soir même; car tout à l'heure nous allons te quitter.
— Et tu ne reviendras plus V
— Oh ! si fait, répondit-il vivement, et plus bas il ajouta : Quand j'aurai du loisir de reste.
— En ce cas, reprends ton argent, Amaury, puisque, aussi bien , comme je te l'ai dit, celle que tu as publiquement aimée durant tant de jours, est en assez bonne renommée pour ne plus craindre que les galants lui manquent.
La pauvre amoureuse, après avoir dit ceci, alla s'asseoir dans le coin le plus obscur de la chambre : elle ne voulait pas laisser voir ses larmes. Basile ne comprenait rien ni à ces débats, ni à ce chagrin ; il lui semblait étrange que son départ dut rompre les relations du frère et de la sœur. Amaury ramassa les pièces de mon-
naie qui étaient éparses sur le coffre, et il alla droit à Martuccia.
— Folle fille, lui dit-il en la forçant d'accepter le prix de ses soins, les riches occasions ne te manqueront pas, c'est possible; mais, en attendant , garde toujours ceci : la fortune est boiteuse, Martuccia, elle n'arrive pas toujours à l'heure où elle est le plus impatiemment désirée. D'ailleurs , pourquoi me refuserais-tu : c'est un souvenir que je veux te laisser.
— Un souvenir? répéta-t-elle , à la bonne heure ! mais il me semble qu'une caresse de toi me serait de plus de durée que cette grosse somme; avec moi, vois-tu, l'argent passe vite et je n'aime pas à me souvenir de la main qui me l'a donné ; mais un baiser d'Amaury , cela ne s'oublie pas.
— Alors que l'un fasse donc accepter l'autre, riposta le vaurien , et il donna bien cordialement à Martuccia, la récompense que lui méritaient sa gentillesse , son dévouement et sa rare iliscrétion.
KÉSIGNATION. 5f
Ce fui, pour les deux amis, le signal du départ.
Basile ne quitta pas son obligeante gardemalade sans lavoir alleetueusement remerciée; son cœur le portait à Tembrasser, les yeux de Martuccia étaient si encourageants ! mais la timidité le surprit à la moitié du chemin et il recula d'un pas.
— Nous nous reverrons, dit-il en lui tendant la main qu'elle pressa singulièrement.
— Vous vous reverrez , cela se peut encore , répliqua Amaury; mais dans l'intérêt de tous trois , le mieux sera de ne jamais avoir 1 air d^ vous reconnaître. Que si par hasard, à Favenir, vous veniez à vous rencontrer, retenez bien ma leçon : notre sûreté commune vous défend de jamais vous souvenir l'un de Tautre.
C'est tout ce que le brave garçon se permit de dire touchant le secret de Basile. Martuccia, encore une fois embrassée , n'en demanda pas davantage. Sa dette ainsi payée, ses précautions prises, et à la faveur de la nuit, Amaury sortit de chez Martuccia avec le convalescent, qu'il