ASILE
eelui-ci en l'honorant publiquement de ses visites, il ne fallait, disons-nous, certes rien moins que cela, pour que l'excellente et facile créature trouvât en elle-même la force de résister à son démon familier qui la poussait à essayer sur chacun le pouvoir de ses douces œillades. C étail pour Martuccia une situation si nouvelle que de veiller et de dormir fraternellement auprès d'un joli garçon! Il n'y avait pas à lui en vouloir quand se penchant \ers le malade pour mieux replacer la tète de celui-ci sur l'oreiller, Martuccia venait à se tant approcher de lui que ses lèvres effleuraient involontairement celles de Basile. Il ne fallait pas, non plus, Faccuser d'avoir voulu manquera la pudique réserve qu elle s'était promise d'observer, si, le soir venu, la lumière éteinte et dans le trouble d'un demi sommeil, Martuccia au lieu de se jeter sur le lit qu elle avait dressé par terre . gagnait celui où elle entendait le bruit d'une respiration pressée comme celle de rimfjalientà rhcurc des tendres appels : La bonne lille faisait ceci par oubli, par
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nit'[}ardo, par iorce d'habitude. en«'ori; laiil-il ajouUîr que toujours elle s apercevait à temps de lu méprise; aussitôt elle se liataitde revenir sur se^ |)as, et elle se glissait sous sa couverture, riant tout bas de l'erreur , et priant sa palroinie de la luiéparfrner à l'avenir, mais involontairement elle se disait aussi :
— C'est dommajje !
Basile, à part ses soulTrances qui I occupaient assez, avait à se dire tant de choses à part lui , que le silence qui lui avait été prescrit ne permettait pas à son imagination de demeurer inactive. Son sauveur lui avait nommé Benedetta; d'où la connaissait-il? comment pouvait-il être instruit du sort de la chevrière?
(Je ne lut, à force d'y rêver, et seulement à la quatrième visite d'Amaury, que Tami de Benedetta se ressouvint de l'audacieux jeune honnne qu'il avait recontré sur la route quelques heures avant Tévénement qui le sépara de sa compagne. En reconnaissant enlin le donneui' <ie baisers, objet de sa violente colère , Basile ne [)ut se de-
fendre d'un nouveau mouvement de vivacité ; ses sourcils se contractèrent , son visage s'empourpra j il se leva tout à coup sur son séant et s'écria d'une voix émue par un retour de jalousie :
— C'est cela, oui je me rappelle tout à présent. C'est vous qu'on nomme Amaury, Amauryle- Vaurien ! Ah ! je suis heureux de vous reconnaître !
Les regards qu'il lançait en ce moment sur son sauveur effravèrent Martuccia.
— Qu'a-t-il donc? demanda-t-elle à Amaury. Ce dernier , surpris d'abord de la brusque
apostrophe de Basile; mais retrouvant bientôt sa présence d'esprit et craignant qu'il ne laissât échapper quelque parole imprudente , s'empressa de l'interrompre.
— Martuccia, dit-il à celle-ci , tu vois bien que c'est un accès de fièvre qui le prend ; je m'attendais à cela : le savant religieux que j'ai consulté m'avait prévenu de ce qui arrive; allons, vite, prépare pour notre malade le calmant que j'ai été chercher , à son iiUention , au couvent dos
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frères de Saint-Dominique. Et pendant que Toblijjeanle veilleuse du blessé s'empressait d'ohiér à Tordre qu'Amaury venait de lui donner, Jui, se rapprocliant de Basile, lui dit à voix basse: — Vous me reconnaissez ; Dieu soit loué! car c'est bon si^jne quand la mémoire revient à ceux qui avaient perdu la raison.
— Voudriez-vous me faire croire que j'étais fou , afin de nier plus elfrontément que c'est vous qui avez eu Taudace...
— De vous sauver, interrompit de nouveau Amaury, non, j'avoue que sans moi, ce n'est plus ici-basque vous pouriez attendre celle que vous avez involontairement abandonnée.
— Hélas ! soupira Basile avec abattement.
— Du calme, mon ami, du calme et de la patience. IN'oubliez plus que celui qui vous préserva du danger de malemort, s''est enj^agé et s'engage encore à vous rendre certaine compagne de voyage pour prix de votre soumission.
— Mais..., commença à répondre Basile avec