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L'on arrive au vestibule : il a 400 pieds de longueur sur 00 de largeur : cinq portes y dcnnent accès : à droite est la statue équestre de Constantin, à gauche celle de Charlemagne. ‘ L'aspect inattendu de ces ‘ deux grands défenseurs de l’Eglise, doit provoquer ‘un frémissement étrange sur tant de Princes dégé- ‘ nérés qui si fréquemment, passent en contemplant ce “ parvis. [ls abandonnent le doux et Saint Pie IX aux ‘ épines et aux larmes. Jamais leurs bras débiles ne ‘ trouvent l'heure de se lever au service du Seigneur ! ‘6 Et la colère de Dieu peut éclater, et le temps de la “ miséricorde passe : et que deviendront-ils quand ils ‘6 paraîtront devant celui qui demandera un compte ‘€ plus sévère aux puissants du siècle ? ”
C'est là que se trouve cette touhante élégie composée par Charlemagne sur la mort du Pape Adrien : elle est gravée sur une table de marbre :
Post Patrem lachrymans, Caroluws hæc carmina scripsi ; Tu mihi duleis amor, te modo plango, Pater.
Tu memor esto mef, sequitur te mens mea semper.….… Nomina jungo simul titulis, charissime, nostra. Haorranus, Carozus, Rex Ego, Tuque Pare.
J'ai écrit ees vers, moi, Charies pleurant la mort d’un père, Toi ma tendre affection, je te regrette sans cesse,
Ne m'oublie don: pas moi, qui te suis tonjours dans mon cœur, d’unis nos noms et nos titres, Pontife ehéri.
Aprien, CHarsus, moi Ro, et toi mon PEnre.
Au centre, sur la porte d'entrée, il faut considérer une belle mosaïque d’après Giotto, St. Pierre marchant sur Les eaux, œuvre si pieuse, si suave et si belle qui
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fait vivement regretter qu’on n’ait pas conservé dans la Basilique, les autres travaux du même Maître.
En face se trouve un autre reste du passé : la porte de bronze du milieu, œuvre de Philarète et de Baldo, frère de Donatello ; elle est d’un grand style, et entourée d’une frise de bronze antique d’une grande délicatesse.
Enfin l’on va entrer et pénétrer dans la sainte Basilique ; avec quelle émotion on saisit l’énorme portière de cuir qui couvre l’entrée du temple ; on la soulève, on fait un pas et l’on se trouve dans la plus magnifique demeure de Dieu sur la terre.—(De Maistre.)
Lé premier coup-d'œil est saisissant et remplit d’admiration ; il dépasse l’effet qu’on attendait, on ne peut rien imaginer de plus grand, de plus noble, et de plus satisfaisant à la fois, dans l’ensemble des lignes, la variété des marbres et l’éclat de l’or et des ornements.
On voit donc s'étendre devant soi tout l’édifice jusqu’à l'extrémité, à 600 pieds de distance, avec cette voûte imposante de la nef, large de 80 pieds, et qui s'élève à 130 de hauteur, éclairée dans le milieu par l’immense coupole, qui déverse sa clarté comme un océan de lumière.
A droite, à gauche apparaissent les bas-côtés vastes et imposants, éclairés par une lumière douce et nette qui vient des autres coupoles, et qui donnent accès à ces chapelles, grandes comme de vastes églises, dont on distingue les arcades multipliées. Rien de plus
majestueux, de plus riche, de plus harmonieux, Les arcades si vastes, qui ont plus de 80 pieds d'ouverture, supportent la frise et l’entablement gigantesque.
La richesse est partout : le pavé de marbre est dans toute l’étendue uni comme un miroir aux reflets éclatants, et couvert de dessins harmonieux. Les piliersy malgré leurs ornements variés, apparaissent pleins d'harmonie dans leurs lignes majestueuses. Les marbres éclatants des détails se marient ave: le blanc des parois et avec l’or des frises, des chapiteaux et des grands caissons de la voûte, qui est comme un immense berceau tout couvert de rinceaux, de fleurs et de fruits d’or.
Cette première impression est unique dans la vie et cause une telle émotion qu'après avoir contemplé tout l'édifice, on aime à revenir à ce point et que chaque fois qu’on retourne à St. Pierre, on s’arrête là avec un nouveau saisissement,
Bientôt l’œil distingue les détails : ils sont immenses, mais dans l’ensemble ils paraissent pleins de grâce et de délicatesse : les grands médaillons des arcades, les statues colossales de chaque pilier, la frise en Zapis Lazzuli et ses inscriptions d’or, mais surtout l'immense baldaquin de bronze veiné d’or, qui porte sa croix d’or à près de 100 pieds de haut, et qui a l'air d’un simple tabernacle, dans l’immensité de l’ensemble qui l’envi-
ronne, Au pied du baldaquin les 122 lampes de la con-
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fession ‘* font l’effet d’une constellation brillante qui va disparaître sous l’horizon.”?
Au-dessus, dans les pendentifs, les grands médaillons des Evangelistes en mosaïque sur fond d’or, brillent comme d’immenses lustres toujours allumés, tandis qu’à l'extrémité de l'édifice, à 600 pieds de distance, apparaissent les Docteirs soutenant la Chaire de St. Pierre, se détachant sur une vaste gloire à rayons d’or, illuminée mystérieusement par les ouvertures de l’abside,
On ne peut du reste, seulement s’étonner-et admirer : l'émotion ne s'adresse pas seulement à l’esprit, mais au cœur, à la foi du chrétien ; tout lui parle éloquemment des grandeurs de Dieu et de sa Providence, qui a réuni tant de richesse et de génie pour accomplir ces merveilles. Avec quel transport on fléchit le genou, on incline la tête, on se répand en actions de grâces, de pouvoir contempler ce vestibule du ciel, cette représentation si touchante de la Jérusalem d’en haut.
Comment le fidèle, l'enfant de Dieu ne serait-il pas ému, là où les infidèles eux-mêmes, les enfants séparés de l'Eglise viennent incessamment par milliers, presque chaque jour, respirer l’air de la maison paternelle, en attendant qu'ils passent rompre avec les dernières attaches d’un cœur violemment combattu.
C’est là ie centre de notre religion sainte, la demeure de notre père, vers qui nous voyons comme tout chemin conduit les cœurs les plus opposés, les aménant des plus lointaines extrémités de la terre, et des plus éloignés sentiers de l’erreur.
Nous prions, et nous nous veyons entourés de Russes,
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d’Anglais, de Suédois, d’A méricains venus des contrées voisines de Montréal ; quelques-uns nous ont entretenu de leur ravissement. Nous prions, et ils nous regardent avec envie, comme regrettant de n'être pas unis de cœur aux symboles dont ils contemplent avec émotion les œuvres, et les manifestations merveilleuses.
Nous arrivons à la confession de St. Pierre, aux balustres de bronze et de marbre, environnant un caveau de 20 pieds de profondeur, couronné de ces 122 lampes éclatantes, ayant au-dessus, le baldaquin et la coupole d’où tombent des torrents de lumière. Nous nous inclinons encore, nous prions les saints Apôtres, nous les remercions de la part si humble, mais si précieuse, qu’il nous a été donné de prendre à leurs travaux, nous prions pour l'extension de leur œuvre, pour la propagation de la sainte doctrine et l’exaltatica du divin maître, pour lequel ils ont donné leur sang.
Nous nous relevons et nous continuons notre pieux pélerinage.
À mesure que l'on peut contempler les détails, on découvre des prodiges. Ceux de grandeur ne sont pas ceux qui frappent ie moins, ils nous montrent quelle puissance il a fallu à cette Souveraineté spirituelle, pour remuer de telles masses, dépassant dars ces pornpes extérieures, toutes les autres souverainetés sur lesquelles elle a, d’ailleurs, tant d’autres supériorités.
Les murs ont 12 à 15 pieds d'épaisseur, le mur du
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dôme a 15 pieGs; le tout repose sur des substructions plus étonnantes que le monument [ui-même. * Leg piliers de la coupole ont 229 pieds de tour, et le double, dit-on, dans fes soubassetnents. Les médaillons où les Evangélistes sont représentés assis, ont 80 pieds de haut, et s'ils se levaient, les Personnages auraient 40 pieds de hauteur. Les pilastres accouplés .uï ornent les piliers ont 9 pieds de largeur chacun, et ils portent à 66 pieds, des chapiteaux corinthiens de 10 pieds de hauteur; les piliers des arcades ont 30 pas de tour, Les statues des niches 15 pieds de hauteur. Celles du haut plus de 20 pieds ; des chapiteaux au haut de l’entablement il y a 24 pieds. La frise de Lapis Lazzuli a 8 pieds, les lettres d’or de la frise à pieds et demi.
L’entablemént qui fait le tour du monument est à la hauteur de 90 pieds : un cavalier pourrait le parcourir au galop, car il a près de 15 pieds de largeur. A cette observation, un Américain présent remarquait qu’il ers faut moins pour le parcours d’un chemin de fer.
Le baldaquin est plus haut que la Banque de Montréal, et presque aussi haut que la nouvelle Custom House sur le port. Les tours de Notre-Dame, mises l’une sur l’autre n’atteindraient pas la hauteur de la lanterne à l’irtérieur, car il y a [à plus de 400 pieds.
Les deux Anges des bénitiers ont l’apparence d’enfants ; quand vous les approchez vous vous trouvez
* Ce travail est du à San Gallo: Vasari en a dit que s'il était au-dessus de terre au lieu d'être enfoui et caché ‘il étonnerait les plus audacieux génies ” ÆFarebbe sbigottire ogni terribsl ingegno.
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vis-à-vis de deux géants, qui vous dépassent de plusieurs pieds, wyant la tête comme un tonneau, et le pouce gros comme votre poing.
Mais du reste ces merveilles ne sont pas les plus étonnantes pour l'intelligence ; il y a ici l'emploi des plus riches matériaux dans les autels, dans les colonnes, dans les statues, et dans chaque sujet, des richesses à profusion. Il y a de ces marbres et de ces matières précieuses, empruntés aux vieux temples de l'ancienne Rome, qui n'existent que là, et dont on n’a pu retrouver les carrières merveilleuses, perdues dans des sites depuis longtemps inexplorés de l’ Afrique et de l’Asie,
Voilà ce que l’on peut remarquer non-seulement dans les 44 autels, les 389 statues et les 748 colonnes qui ornent la basilique, mais aussi dans les nombreuses mosaïques des autels, composées des matériaux les plus éclatants, et les plus précieux ; encadrées dans les lignes des retables, elles resplendissent comme de magnifiques bouquets de fleur. tranchant avec la blancheur des marbres et le reflet des dorures. Elles ne sont pas seulement des objete d; décoration, mais de l’art le plus admirable, puisqu'elles reproduisent avec une fraîcheur qui sera toujours inaltérable, les chefsd'œuvre des grands peintres, L plupart sur toile, matière fragile et que les siècles ont déjf commencé à altérer dans les musées. Parmi ces tableaux de pierres, on remarque principalement la Zranefigrration de Raphaël, la Ste. Pétronille du Guerchin, le St. Michet du Guide : ils attirent l’attention de toutes parts, et ils
étincellent d’un éclat incomparable.
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Ou’re la beauté des matériaux, dans les détails, où quelques connaisseurs ont trouvé à regretter, du côté du dessin, des traces de la décadence du goût au XVIIe et XVIIIe siècle, il y a quantité de chefsd’œuvre dont chacun à lui seul pourrait faire la réputation d’une église. Le baldaquin qui fixe tout d’abord les regards et qui est si bien à sa place, est la plus grande pièce de bronze qui existe ; il réunit des qualités souvent difficiles à concilier, la majesté, la richesse, la hardiesse et en même temps la grâce et l'élégance. Il est énorme sans être massif, il est hardi, lancé avec une force et un élan merveilleux, sans rien perdre des exigences de la grâce. Il est riche, somptueux, mais sans superfétation et s:ns surcharge ; toutefois malgré son importance, il n’est pas la pièce la plus merveilleuse de l'Eguise.
Celle-ci se trouve parmi les tombeaux dont quelquesuns peut-être ne sont pas bien appropriés à leur objet et tout-à-fait en accord avec architecture noble et grave de Michel-Ange. Mais il en est trois surtout qui sont des merveilles du grand art sculptural de la Renaissance Italienne, que rien depuis n’a pu surpasser, et qui met les modernes au niveau des géants de l’Antiquité.
Celui d’’anocent VIII, en face de la chapelle du Chapitre, qui est de la plus belle disposition et de l'exécution la plus admirable, est d'André Pollaluolo, le maître du fameux Sansovino, et des sculpteurs d’Orviéto. C'était un homme supérieur au Bernin,
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et il a laissé des chefs-d’uvre en maint endroit, à Florence, à San Greminiano, et enfin à Sienne.
Rien de plus noble que la statue du Pape, siégeant sur son trône Pontifical ‘et bénissant ; geste qui a été souvent reproduit dans les autres tombeaux, mais jamais avec tant de douceur ni de majesté. En dessous sur une tombe le Pape est étendu, imposant ; cette énorme pierre, est traitée avec une délicatesse qui rappelle un travail d’orfèvrerie.
Celui du Pape Sixte IV dans la chapelle du St. Sacrement, qui est encore d'A. Pollaluolo, est encore d’une beauté qui n’a rien de supérieur dans les œuvres les plus belles et les plus vantées des grandes époques de la sculpture. C’est, disent les Artistes, la merveille de la Basilique. Le Pape étendu sur sa tombe est entouré des figures des vertus et des sciences qui ont illustré le Pontife. Pour une seule de ces statues on donnerait bien des œuvres : c’est là le grand art qui à illustré le commencement de la Renaissance, et qui brille par la noblesse des formes, l’expression des figures, et une suprême élégance dans l’ensemble. Les Vertus sont d’un caractère élevé, grand, maïs aimable ; ce sont vraiment les bons Génies de l’homme sur la terre ; les types sant beaux et nobles, les draperies sont d’une grâce, d’une majesté et d’une élégance sans égale. Ces statues qui n’ont pas plus de deux pieds de haut, ont bien plus le style de la grandeur que bien des colosses de la façade et des niches, et même que les Docteurs qui supportent la Chaire de St. Pierre.
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Au fond, près de la Chaire de St. Picrre sont encore deux tombeaux remarquables. À gauche celui de Paul III Farnèse offre, au soubassement, deux statues: la Justice et la Prudence, par Guglielmo della Porta, sous l’inspiration de Michel-Ange, et qui ont les grandes proportions et l’air imposant de ses tombeaux de Florence. La Justice reproduit les traits de la princesse Julie Farnèse, sœur du Pontife, et est d’une majesté et d’une beauté incomparables ; c’est un type de ces familles princières qui ont jeté tant d’éclat sur le XVIe siècle, et il n’est pas de statue antique qui l’emporte sur celle-là en noblesse, en beauté et en naturel.
L'autre tombeau est celui de Boniface VIIT, c’est le chef-d'œuvre du Bernin, et 1l révèle son grand talent, aussi bien que l'enlèvement de Daphné, et sa Ste. Thérèee. Le geste du Pape est tout-à-fait remarquable et vaut mieux que tout ce qui se rencontre d’analogue sur aucun des autres tombeaux de la Basilique, sauf celui d’Innocent VIII. Il ne faut pas passer sous silence, la Pietà de Michel-Ange, encore que cette statue ne soit pas absolument une de ses plus belles conceptions. Enfin Canova et Torwaldsen ont trouvé de belles inspirations ; ils ont surmonté toutes les difficultés de l’exécution, ils ont fait preuve de l’habileté la plus consommée, la plus merveilleuse, aussi bien que V’AIgarde, dans son fameux bas-relief d’Attila, à la chapelle de St. Léon-le-Grand: mais ces Artistes ont montré comment avec toutes ces qualités d’une pensée noble et digne, et d’une exécution incomparable, on est