Liv. XXIÏ, c. 12; liv. XXV, c
2. Tillemont (///i/. Eccles., VII, p. 352) a pensé qu'il faut rattacher à la persécution de Dioclétien les martyrs communément attribués à celle de Julien. M. de Rossi {Bullet., 1890, p. 45) estime que si la date est douteuse pour quelques-uns» elle ne saurait l'être pour les saints Jean et Paul, qui semblent bien avoir appartenu à la seconde moitié du IV* siècle.
PERSÉCUTION DE JULIEN l'aPOSTAT. ^^
nous avons un souvenir monumental dans la petite église qui est située près du Nymphoeum de l'empereur Gallien, faussement appelé Temple de Minerva Medica. Ce lieu a toujours été en grande vénération. Vers le V* siècle, on y a établi un cimetière qui prit une grande importance» et dans lequel ont été retrouvées des inscriptions du V« et du Vie siècle ; on l'appelait « Cimiterium ad Ursum pîleatum > (i).
S. Jean, prêtre, fut très célèbre dans les premiers siècles. Probablement déjà prêtre au temps de Dioclétien, il ensevelissait les martyrs pendant la persécution. Son corps fut déposé sur la Via Salaria, < ad clivum Cucumeris >. Dans la basilique supérieure du cimetière érigé ensuite en ce lieu, ^ ad caput S. Joannis >, on vénérait le corps du Saint séparé de la tête: on ne connaît pas d'autre cas semblable. Le corps et la tête furent plus tard transportés dans la ville, à la petite église de S. Giovannino, puis à l'église voisine dédiée à S. Sylvestre, qui prit dès lors le nom de « St-Sylvestre in capite >. Il peut bien y avoir quelque relation entre ces reliques et le culte que Ton rend aussi, dans la même église, à S. Jean-Baptiste : les similitudes de noms ont souvent engendré de telles confusions.
L'épisode le plus célèbre de cette persécution est le martyre des SS. Jean et Paul. Les Actes nous apprennent que ces deux chrétiens, deux frères peut-être, avaient été attachés à la maison de l'empereur Constance. Afin de ne pas prendre part aux actes d'idolâtrie de Julien, ils se retirèrent dans leur maison du Mont Coelius, Invités à revenir à la cour, ils refusèrent et furent condamnés à mort. Leur exécution eut lieu secrètement, dans leur propre demeure, c'est là aussi qu'ils furent enterrés. Des amis de la famille, Benedicta et le prêtre Crîspus, ornèrent le tombeau des martyrs. Après la persécution, leur maison fut transformée en église et reçut le nom de <L Titulus Pammachii >. Les ruines de cette maison ont été récemment découvertes, sous le pavé de la basilique actuelle,
I. Ce fut le premier cimetière établi à l'intérieur de la ville. Il ne faut pas le confondre avec un autre du même nom, qui se trouvait sur la voie de Porto.
78 ÉLÉMENTS d'archéologie CHRÉTIENNE.
par le P. Germano di S. Stanislao, Passioniste (»). La brique, les décorations, les scènes figurées, indiquent manifestement une maison du IV® siècle. Plusieurs peintures, les seules de ce genre qu'on ait trouvées dans une maison privée, reproduisent les symboles des catacombes : Torante, la brebis, les prophètes. Moïse et le buisson ardent, le monogramme Constantinien.
Le lieu même du martyre des SS. Jean et Paul est une sorte de cave; il s'y trouve encore des amphores et des vases en terre cuite avec des symboles chrétiens. Près de là est le « locus confessionis », où furent déposés les corps. Dans la partie supérieure, on voit représentés les martyrs et des épisodes dont les Actes peuvent fournir l'explication : Benedicta pleurant de ne pas retrouver les reliques des deux saints, le prêtre Crispus allant célébrer la messe sur leur tombeau, les deux martyrs ayant à leurs pieds les personnages par qui leurs corps furent retrouvés, le supplice des SS.Crispus,Crispinianus et Benedicta. C'est Tunique exemple d'une scène de martyre que nous fournissent les peintures des premiers siècles. Celles-ci sont certainement du I V« siècle. Elles ont été faites aussitôt après la mort de Julien l'Apostat, au temps de Byzante et de Pammachius.
Cette grande découverte du P. Germano confirme clairement les Actes du martyre des SS. Jean et Paul, et prouve que la persécution de Julien a bien été une persécution sanglante.
Nous avons encore quelques souvenirs du prêtre Pygmenius, martyrisé à la même époque et enterré au cimetière de Pontien où on retrouve son nom et son image.
§ II, Le triomphe définitif du christianisme.
Julien l'Apostat mourut en juin 363. Il eut pour successeurs des princes chrétiens, Jovien, Valentinien I^r, Gratien, Valentinien II, Théodose. Sous Valentinien !«' l'Église fut gou-
I. Cf. La casa celimontana dei SS. Afartiri Giovanni e Paolo, scoperta ed illustrata dal P. Germano di S. SUnislao, Roma, 1894 ; — P. Allard, Études d'histoire •et d'archéologie, p. 159 sq. ; — Mazzocchi, Kal. Neap,, m, p. 722 sq.
8o ÉLÉMENTS d'aRCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.
vernée par S. Damase (366-384). Dès le début du pontificat» un schisme se produisit : Ursin fut élu pape par la faction rigoriste, qui tenait Damase pour ami de Félix, l'adversaire de Libère. Damase invoqua les martyrs ; c'est à leur protection qu'il attribua la cessation du schisme, et'il leur témoigna sa reconnaissance en érigeant de nombreux monuments en leur honneur.
Certains protestants modernes ont voulu voir en S. Damase le premier fondateur de la suprématie de Tévêque de Rome ; dans son Damasus Bischof von Rom^ M. Rade cherche à prouver que ce pape se servit du culte des martyrs pour acquérir plus de prestige et étendre son autorité. Cette thèse est réfutée par de nombreuses preuves : qu'il suffise de remarquer que le concile de Sardique (347) avait déjà proclamé la suprématie du pape ('). Ce qui est vrai, c'est que le St-Siège acquit alors une grande importance; nous en avons un témoignage dans le trait suivant rapporté par S. Jérôme. Le préfet de Rome,Vettius Agorius Praetextatus,qui avait élevé près du Capitole un portique dédié aux douze grandes divinités (367), était en relations avec S. Damase ; aux instances du pape qui le pressait de se convertir : « Facite me Romanae urbis episcopum, répondit-il, et ero protinus christianus (*). »
Il y avait encore dans le vestibule de la Curie un autel en marbre dédié à la Victoire; il avait été érigé au temps d'Auguste, et on le vénérait comme un symbole de la puissance romaine. Supprimé par Constance, rétabli par Julien, Gratien le fit de nouveau disparaître en 382, l'année même où pour la première fois il refusa le titre de « Pontifex Maximus >. Le Sénat s'étant divisé à ce sujet, les sénateurs païens chargèrent Symmaque de plaider leur cause devant l'empereur ; les sénateurs chrétiens prirent Damase pour avocat, et comme l'empereur était à Milan, celui-ci confia à S. Ambroise le soin de défendre le christianisme (3). Valentinîen I^r, puis
I. Cf. Marucchi, Difesa del pontificato di S, Damaso contre un nuovo aiiacco dei -ùrotestanti, dans les Atti delV Accadetn. di relig. cattoL, 1883.
a. S. Jérôme, Contra Joan. Hieros,, 8 {P. L., t. XXIII, coU 361).
3. Cf. Symmach., Epist., L x, ep. 61 (A Z«, t. XVI, coL 961-982); — S. Ambr., Ep. 17, 18 [P, L., t. XVI H, col. 390-393). — Il existait vraisemblablement des liens de parenté entre les deux adversaires. Cf. de Rossi, Bullettino^ 1864, p. 76-77; 1865, p. 15.
TRIOMPHE DÉFINITIF DU CHRISTIANISME. 8l
Valentinien II refusèrent de laisser rétablir Tautel de la Victoire. Ce fut le signal de la fin du paganisme.
Déjà des prêtres païens et des prétresses commençaient à embrasser le christianisme ; Prudence (i) mentionne en particulier une vestale nommée Claudia qui se réfugia, dit-il, dans la basilique de St-Laurent, sans doute dans une maison de vierges chrétiennes peu éloignée de la basilique. D'autre part, dans le cimetière de Cyriaque, voisin aussi de St-Laurent, on a trouvé un arcosole dont les peintures représentent Notre-Seigneur entouré des vierges sages et des vierges folles ; sur l'un des côtés, S. Pierre reniant son Maître ; sur l'autre, la m^nne tombant du ciel ; à la partie antérieure, TÉpiphanie, avec cette particularité, que le monogramme constantinien est peint au milieu de Tétoile (2). Cet arcosole est de la fin du IV« siècle ; le tombeau était certainement celui d'une vierge. On peut croire que le peintre a été guidé dans le choix des sujets par une intention spéciale ; que la scène du reniement de S. Pierre signifie que le personnage enterré là avait été, lui aussi, aveuglé, païen ; que la manne exprime la force donnée par l'aliment céleste, l'Eucharistie ; et l'étoile, la lumière communiquée par le christianisme, par Jésus-Christ. Ce serait donc une allusion à la conversion d'une vierge. Cette vierge ne serait-elle pas précisément la vestale Claudia, dont la conversion dut avoir du retentissement ? et ne serait-ce pas le nom de cette chrétienne qui aurait d'abord été gravé sur un piédestal de la maison des Vestales au Forum, érigé en 364, sous Jovien et Varronîen, et qui fut ensuite martelé (3) ?
L'édit de Milan n'avait pas interdit l'idolâtrie ; aussi continua-t-elle de vivre, surtout à Rome, tandis que Byzance, la nouvelle Rome, était une ville tout à fait chrétienne. Mais avec le progrès du christianisme, le paganisme dut réduire ses sanctuaires ; il ne resta plus guère que celui de Jupiter Capitolin et celui de Vesta. Le temple de Vesta fut le dernier