APERÇUS GENERAUX
§ I, Art païen et art chrétien.
L'Art chrétien naquit au milieu de Tart classique grécoromain. Il est naturel qu'il ait subi les mêmes phases, et que l'histoire de Tun et celle de l'autre présentent à peu près les mêmes périodes.
Uart romain a eu son plus bel épanouissement sous Tempîre, jusqu'à la fin du II« siècle. Les peintures trouvées au Palatin et à Pompéi sont du style le plus pur. On rencontre la même perfection dans les monuments du règne de Trajan et de celui d'Hadrien. La décadence commence sous Septime- Sévère. L'arc de triomphe élevé par ce prince en fournit la preuve : il y a une grande différence entre les ornements dont il est chargé et la simplicité de bon goût que présente, par exemple, l'Arc de Titus. On pourrait établir une comparaison semblable entre les peintures faites au III^ siècle dans les tombeaux ou les maisons privées et les peintures de Pompéi. A l'époque de Constantin, la sculpture et l'architecture sont en pleine décadence : quelle distance entre les basrelîefs inférieurs de l'Arc de Constantin, et les bas-reliefs supérieurs qui ont été empruntés à un monument du temps de Trajan ! Les monuments d'architecture, comme les mausolées de Ste Constance et de Ste Hélène, ont encore une certaine grandeur, mais le bon goût fait défaut. Sous Honorius et Arcadius, la décadence est complète.
L'art chrétien a traversé les mêmes phases. On parle
I. Sur l'art chrétien primitif, cf. Marchi, / monumenti délie arti cristianeprimiiivet ,844 ; — Garrucci , Storia dell *arte cristiana, 1873-8 1 ; — Griniouard de Saint- Laurent, Guide de l'art chrétien, 1872 ; — Kraus, Die christliche Kunst in ihren frUhesten Anfàn^en, 1873 ; Geschichte der christ. Kunst, 1895 sq. ; — Miintz, Études sur l'histoire de la peinture et de l'iconographie chrétienne, 1886 ; — Lefort, Études sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne, 1885 ; — Pératé, L'archéologie chrétienne, 1892.
26o ÉLÉMENTS D* ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.
souvent de la grossièreté de Fart chrétien. C'est un préjugé. De fait, beaucoup de monuments chrétiens sont grossiers, parce que ceux de Tépoque de la décadence sont plus nombreux que ceux de l'époque classique. Mais il y en a aussi de la meilleure époque, et qui ne le cèdent g^ère aux monuments païens contemporains.
Quelles que soient d'ailleurs les analogies, il est certain que l'art chrétien a des caractères, une inspiration, un symbolisme, qui lui sont propres. Même dans les sujets indifférents et les simples décorations, il se distingue par € une certaine noblesse générale, une candeur, une joie innocente et paisible. La forme antique est purifiée par l'esprit chrétien ; la chasteté pénètre enfin dans l'art, qui n'était trop souvent, à cette époque de luxe et de jouissance, qu'une
école d'immoralité (i). »
§ II, Histoire de l'art chrétien.
Peinture. — La peinture chrétienne a commencé dès j l'origine du christianisme. L'usage de décorer les tombeaux de peintures est trè3 ancien ; les Romains l'avaient reçu des Étrusques ; les chrétiens s'y conformèrent. Le style, les allégories des fresques chrétiennes varient suivant les catacombes et leurs différentes périodes.
Pendant la première période, où les catacombes sont des cimetières privés, il n'existe point d'abord, à proprement parler, de peintures chrétiennes. Les décorations du vestibule des Flaviens, au cimetière de Domitille, qui remontent à la fin du Jer siècle, sont formées de lignes, de cercles, de carrés, de paysages, d'oiseaux, sujets que l'on voit aussi dans les tombeaux païens. La décoration architecturale de la chapelle d'Ampliatus, dans le même cimetière, rappelle celles de Pompéi. On trouve seulement quelques symboles isolés, comme la vigne. Au II® siècle, le symbolisme se forme; il est reconnaissable dans les fresques de la chapelle grecque, au cimetière de Priscille.
A la deuxième période, pendant laquelle les catacombes