ALCOOLISME
L'alcoolisme des Bas-Bretons, comme des Haut-Bretons d'ailleurs, est-il une maladie acquise par la génération actuelle? I] sémblerait que la prédisposition à boire est raciale, vieille comme le peuple breton. De tous Lemps les poèles ont chanté dans la langue celte lhydromel, le flip, le cidre. Que de sermons prononcés contre l'ivrognerie ! Malgré Pédit rendu par François 1°, en 1536, malgré le règlement de police de 1578, malgré les conseils préfectoraux du 1* vendémiaire an XVI de la République, les Bretons ont continué à boire... tout comme les autres peuples.
Ce penchant à boire est un hérilage qui se transmet comme se transmettent les diathèses. Gomme elles, c’est une prédisposition. Toute prédisposition rend lorganisine aple à recevoir une maladie, l'alcoolisme en ce cas, et la transforme en besoin.
Mais la vérité, en l'occurrence, car une légende de plus
sur le compte d’une race qui en compte tant ne serait pas pour nous étonner ?
Nous empruntons aux statistiques du ministère des Finances les quantités d'alcool atteintes par l'impôt pour chacun des départements de la Basse-Bretagne :
Année Finistère Côtes-du-Nord Morbihan
1871 30054 hectol. 15019 hectol. 9760 hectol.
D’après ce tableau, l'alcool est moins consommé. Ce progrès est constaté par lés Conseils généraux des départements. |
Dans les mêmes statistiques pour 1906 : Ouoklés moyennes par habitation :
Droits sur cidre Droits
Départements Vin Cidre Alcool Li queurs poirés sur alcool,
| Hect bHect: Hect. Litre Fr. Er.
Côtes-du-Nord . 0,08 0,99 0,0564 0,24 485.230 7.644.268 Hinisteren. v.. 0,51 0,24 0,0546 0,28 182.114 7.358.337 Morbihan . . . 0,19 1,01 0,0383 0,18 469.360 4.924.165
Les seuls renseignements que nous ayons pour l’année 4940 concernent les Cotes-du-Nord. Par comparaison avec le tableau précédent, on peut en déduire ceux qui intéressent les deux autres départements, où la situation
est à peu près la même.
Alcool Liqueurs Droits sur alcool
Côtes-du-Nord . 0 1. 0573 0 1. 24 8.053.534 fr. 02
Ces chiffres sont un peu au-dessous de la vérité, en raison. du nombre toujours croissant de bouilleurs de cru. De plus en plus, les fermiers distillent leur cidre et consomment l'alcool sur place.
Etles débits de boissons suivent la même progression. Le département des Côtes-du-Nord, par exemple, qui en 1880 comptait 5.000 débits, en possède aujourd’hui 9.850 environ. Une auberge par 60 à 70 habitants !
Les marins consomment autant que les cultivateurs : mais les campagnes ne contribuent pas plus que les villes à l'extension de Palcoolisme. C'est ainsi que dans le Finistère, dont la moyenne est de 5 litres 64 par habitant, Brest, selon le rapport publié en 1911 par M. le docteur Alix, directeur du Bureau municipal d'hygiène, consomme 6 litres environ par habitant. « Veut-on savoir, lisons-nous dans son rapport, quelle est la consommation d'alcool à Brest pour l’année 1910? Grâce aux documents qu'a bien voulu me donner M. Chapon, préposé en chef de l'octroi, voici la statistique: La consommation d'alcool pur pour 1910 à été de 9.265 hectolitres 40 litres, en augmentation sur l’année précédente de 160 hectolitres, malgré la surtaxe d'octroi de 6 francs par heelolitre mise en vigueur au 1% janvier 1910. Ce chiffre de 5.265 heclolitres pour 85.000 habitants représente 6 litres et quelque chose par tête et par an: or, ni les femmes, du moins en grande majorité, ni les enfants ne contribuent d'une façon appréciable à cette consommation : beaucoup d'adultes n'y contribuent pas davantage. Elle est done effectuée Lout entière par un nombre de person-
A nes relativement restreint, mettons un tiers de la population, c'est-à-dire 30.000 individus, dont la consommation est, par conséquent, exprimée par 18 litres d'alcool pur, bu sous forme d’eau-de-vie à 40 p. 100, soit 4 litres d'eau-de-vie par tête el par an, ce qui fait 120 grammes
par Jour. »
CIDRISME
Le cidre ne pourrait-il partager avec l'alcool une partie des méfaits que l’on n’attribue qu'à Palcool? Le cidre est la boisson des Bas-Bretons, sauf des Léonards. Le Finisère en op en a produit 375.000 hectolitres, les Côtesdu-Nord 718.000, le Morbihan 370.000.
Le cidre us de la fermentation du jus de pommes. Sa densité varie de 1.047 à 1.120. Il renferme 85 p. 100 d'éau, 12,5 p. 100 de sucres, 0,25: p.100: de tannin, 0,25 d'acides (malique, lartrique), 0,3 à 0,5 p. 100 de malières albuminoïdes, des matières pectiques, une huile
essentielle. Légalement le cidre doit contenir au moins:
35 d'alcool, 12 grammes d'extrait see à 100° par litre, l gr. 02 de matières minérales (cendres). On peut, dans sa fabrication, ajouter ou non de l'eau potable.
Le cidre, dès le XV® siècle, fut recommandé comme boisson hygiénique et thérapeutique. Le cidre serait une boisson très recommandable, très hygiénique si les cidri-
culteurs n'étaient pas si routiniers, s'ils savaient travailler proprement, rationnellement. Mais dans la récolte des pommes, dans leur conservation, dans la préparation du cidre, que d’injures faites aux règles élémentaires de l'hygiène ! Les pommes et les récipients ne sont ni bien lavés, ni bien brossés. Pas de rinçage! Les locaux de fabrication et de garde laissent beaucoup à désirer. Leur voisinage des fumiers et lieux d’aisances, l’état du sol des locaux, tout cela n'est pas très hygiénique. Quant à la fabrication elle-même, elle est ce que sont les opérations qui la précèdent.
M. Henri Alliot, directeur du Bureau d'hygiène de Fougères, a consacré dans son livre Le Cidre el l'hygiène d'excellentes pages aux progrès à faire en cidrieulture ; nous lui empruntons les lignes suivantes : « Nous pensons que le petit producteur, même en restant dans sa sphère, préparant seulement quelques. barriques de cidre, aurait grand intérêl pour lui-même, pour sa famille, ceux qui l'entourent, pour la santé publique en général, à prêter -une oreille plus attentive aux enseignements de Ja technologie et de l'hygiène moderne.
Le décret du 28 juillet 1908 portant règlement d’administration publique pour application de la loi du Faoût 1905 sur la répression des fraudes indique: Artücle premier. Aucune boisson ne peut étre délenue où Lr'ansportée en vue de la vente, mise en vente où venue sous le nom de cidre, st elle ne provient exclusivement de la fermentation du jus de pommes el de poires fraiches, extrait avec ou sans addilion d'eau potable.
Notons que le règlement mentionne que l'eau sus-
cephible de servir à l'extraélion des principes uliles de
la pomme doit être de l’eau potable el non pas une eau
quelconque, puisée dans une mare par exemple (1).
M. Truelle a constaté par l'expérience que 1000 kilos de pommes non lavées peuvent apporter avec elles entre 100 gr. et 1 kg. 300 d'impuretés (cela nous semble même au-dessous de la vérité en certains cas). Le savant technicien conclut ainsi : « Ge que l'analyse ne dit pas, c'est l'impression que produisent à la vue et à l'odorat le bourbier nauséabond résultant du lavage et l'odeur infecte dégagée pendant la calcination; les résultats sont tels que je suis convaincu quil n'est pas un adversaire du lavage des fruits qui n’en deviendrait immédiatement partisan s’il en était témoin. » ;
Et M. Alliot, examinant les nombreuses circonstances de souillures qui se ‘présentent, recommande le lavage des pommes et l’emploi d'eaux potables. « Nous ne saurions trop recommander aux intéressés de demander la surveillance des eaux employées etleur analyse bactériologique de temps à autre aux services d'hygiène. »
«A propos de ce vieux préjugé encore lenace en certains villages que l’eau des mares' fait du bon cidre, M. le docteur Delobel écrivait, le 27 octobre 1901, les: lgnes qui suivent : « L'eau joue un grand rôle dans la fabrication des cidres à la campagne ; une habitude déteslable, absolument condamnable, est, pour cette fabrication, l'usage de l’eau de mare, souvent pourrie, infectée de purin, souillée de déjections d'animaux. Cette eau semble recherchée parfois de préférence aux autres,
£ D, fan , : ‘A : 1 il :
(1) La Préfecture des Côtes-da-Nord publia en 1911 un avis Calürant l'aliention des cultivaleurs eb marchands sur le danger qu'il y à pour la san{é à employer des eaux sales. »
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parce qu'elle-est moins froide, plus propice à la fermentaion alcoolique, en la rendant plus complète, et parce qu'elle dissout plus facilement les principes consti- | tuants du cidre. Mais l'eau des mares est essentiellement chargée de matières nuisibles, d'origine organique, provenant des Loits, des ruisseaux, des purins, des poussières, qui, à leur tour, altèrent les qualités du cidre et lui donnent une odeur de putridité dans cerlaines occasions. L'eau croupissante des mares est employée par certains cultivateurs sous le prétexte qu'elle donne au cidre un goût plus agréable. Qu'ils sachent donc que cel usage est cause, dans le Soissonnais et la : Normandie, de la grande fréquence du cancer de l’eslomac et de la fièvre lyphoide. Le cidre ainsi préparé engendre les affections gastro-intestinales ; il. amène la chute des dents et rend les chairs molles. »
Il était un dicton courant et encore ancré dans l'esprit de bien des personnes : « la fermentalion purifie tout ». C’est une hérésie contre laquelle nous ne saurions trop nous élever. |
En 1898, MM. Bordas et Joulin ont constaté que le colibacille n’est nullement détruit dans le cidre et peut même $'y développer. |
»En 1898 également, lé docteur Bodin, professeur de bactériologie à l'Université de Rennes, a recherché si, lorsqu'on a ajouté à du cidre fermenté de l’eau contenant du bacille typhique, ce microbe peut pulluler ou se conserver vivant pendant un certain temps, el sa conciusion est que le cidre est dangereux à consommer pendant les huit jours qui suivent le mouillage si l'acidité est faible.
» En 1902, MM. Bodin et Pailheret publiaient à lAca-
démie des sciences une note intitulée : « Action de la