ÉTAGE STÉRILE DE SAINT-CHAMOND, ENTRE RIVE-DE-GIER
ET SAINT-ÉTIENNB.
§ 83. — A quelques mètres au-dessus du toit de la plus élevée des couches de houille de Rive-de-Gier (Mine de la Découverte), le grès fait place à un poudingue stérile d'une très grande épaisseur, car il occupe tout l'intervalle qui sépare Rive-de-Gier de Saint-Étienne.
Partout où la grande masse de Rive-de-Gier est à plus de 50 mètres de profondeur, le poudingue se voit à la surface du sol. Il forme le lit du Gier à Rive-de-Gier même, ainsi que les flancs abruptes de l'étroite vallée, au Nord et au Sud de la ville. Les puits du fond de la vallée, les puits Jamen, Bourret, du Logis et du Château, entre autres, le traversent sur une épaisseur moyenne de 150 mètres; les puits qui correspondent au thalweg souterrain, ceux d'Égarande, de Saint-Martin, du Maniquet, etc., l'ont recoupé sur une hauteur de 200 à 250 mètres; ceux du Martoret et de Sainte-Barbe sur 300 mètres.
A l'Ouest de la Péronnière et de la Grand'Croix, vers Combérigol et le Plat-de-Gier, sa puissance atteint 500 mètres, et à Saint-Chamond, près de 700 à 800 mètres. Le poudingue se compose, ou plutôt semble se composer, de deux parties distinctes : le sous-étage inférieur, partout visible à Rive-de- Gier même, et le sous-étage supérieur, qui affleure surtout aux environs de Saint-Chamond et tout le long de la lisière Nord du bassin jusqu'à la Fouillouse, et même encore au delà, le long de la lisière Ouest, jusqu'à Rochela-Molière et Saint-Genest-Lerpt. Je désignerai à l'avenir, pour abréger, le premier sous le nom de poudingue de Rive-de-Gier, le second sous celui de poudingue de Saint-Chamond, mais nous verrons bientôt qu'au fond ce sont moins deux étages superposés l'un à l'autre que deux massifs parallèles,
passant latéralement l'un à l'antre par l'apparition graduelle de débris micacés dans la direction de l'Est à l'Ouest.
Le poudingue de Rive-de-Gier est le conglomérat ordinaire du terrain houiller, celui que les mineurs du pays appellent gratte (§ il). Le ciment se compose de grès houiller proprement dit; les galets, depuis la grosseur d'une noix jusqu'à celle de la tête d'un enfant, sont arrondis et non à arêtes vives comme les éléments de la brèche. Parmi ces galets, le quartz est toujours abondant, tandis qu'il manque dans la brèche. Le quartz blanc provient du micaschiste; mais à côté de lui on rencontre
aussi, du moins à un certain niveau géologique, des galets calcédonieux du terrain houiller lui-même. Les premiers sont cristallins, les seconds toujours amorphes, zones, enfumés ou multicolores. Ces derniers sont des débris de dépôts Geysériens, qui ont été formés, puis partiellement détruits, pendant la période même de l'étage stérile dont nous nous occupons.
Le poudingue de Saint-Chamond diffère du poudingue de Rive-de-Gier par l'abondance des éléments micacés; c'est la roche connue sous le nom de poudingue, ou de gratte qxiartzo -micacée. Là aussi le quartz ordinaire est blanc cristallin et provient du micaschiste, mais les galets calcédonieux y abondent plus encore, à un certain niveau, que dans le poudingue de Rivede-Gier. En réalité, partout où apparaissent les dépôts Geysériens, le poudingue de Rive-de-Gier tend à perdre ses caractères propres, et celui de Saint-Chamond s'y substitue graduellement.
Le poudingue micacé se présente d'ailleurs sous forme de gros bancs, alternant avec des lits minces, plus ou moins schisteux, qui eux-mêmes sont presque toujours arénacés et micacés.
Je rappelle encore que les galets calcédonieux sont souvent très peu arrondis et n'ont pas dû subir un charriage lointain; ils furent réagglutinés sur les lieux mêmes où s'était formé le dépôt Geysérien. Enfin, ces galets sont remarquables par les restes de plantes, de fleurs et de graines que M. Grand'Eury y a découverts. J'en ai parlé dans les paragraphes précédents (§ 71 à 75) et n'y reviens pas.