CHAPITRE VIII. M
La substitution latérale du poudingue de Saint-Chamond à celui de Rive-de-Gier est déjà très avancée à la Grand'Croix. Presque tous les puits ont fourni des roches micacées dans leurs parties hautes, et, à mesure que l'on avance de l'Est à l'Ouest, on voit la limite commune des deux poudingues se rapprocher de l'étage houiller inférieur; en d'autres termes, le poudingue de Rive-de-Gier fait place à celui de Saint-Chamond en se modifiant graduellement de haut en bas. Cette transformation latérale des roches houillères n'est, au reste, pas limitée à l'étage stérile qui sépare Rive-de-Gier de Sain t-É tienne; nous verrons également de pareils passages dans les étages stéphanois supérieurs. Mais revenons au massif stérile de Saint-Chamond. Au puits Saint-Luc, il a déjà presque entièrement pris la place de celui de Rive-de-Gier, et au delà, entre Saint-Chamond, Sorbiers et la Fouillouse, l'étage entier est bien réellement exclusivement micacé. La substitution latérale ne saurait donc être mise en doul**.
Un caractère spécial des roches micacées est d'être colorées çà et là par un ciment ferrugineux. Ces bancs ferrugineux ne sont pas rares dans le poudingue de Saint-Chamond. On connaît depuis longtemps un pareil banc, appelé gare rouge, ou grès rouge, à la Péronnière, vers 600 mètres au-dessus de la grande masse de Rive-de-Gier. On a même étrangement abusé de ce fait. Plusieurs personnes avaient supposé que ce grès rouge devait correspondre à un niveau fixe comme le gore blanc siliceux. Voyant affleurer à Izieux, au Sud de Saint-Chamond, des bancs ferrugineux, on en avait conclu que le puits Saint-Luc* foncé non loin de là, devait rencontrer la grande masse de Rive-de-Gier entre 400 et 500 mètres de profondeur; tandis qu'il est certain que, sur ce point, on ne peut guère espérer la trouver à moins de mille mètres, dont 7 à 800 mètres appartiennent au poudingue stérile. Le fait est que, dès cette époque, on savait que, non seulement dans le poudingue micacé de Saint-Chamond, mais encore et surtout dans les poudingues micacés supérieurs, les bancs ferrugineux ne sont pas rares et se rencontrent à tous les niveaux, sans jamais s'étendre au loin le long d'un horizon donné.
Nous avons dit ci-dessus que les gros bancs de poudingue micacé
alternaient souvent avec de minces lits schisteux plus ou moins micacés. Ces schistes renferment alors des empreintes végétales et deviennent même, çà et là, quelque peu charbonneux; on peut même citer de véritables veines de houille. Mais ces veines ne sont pourtant jamais exploitables. Partout où les roches sont micacées, les couches de houille s'en ressentent; le terrain devient sauvage, selon le langage expressif des mineurs. Les couches de houille régulières sont toujours accompagnées, dans le bassin de la Loire, de véritables gores, ou de grès qvartzo-feldspat laques, en bancs continus. Là où le mica apparaît, la roche semble s'être déposée dans une eau plus ou moins agitée, peu favorable au tranquille développement de la végétation houillère. Malgré cela, les empreintes prouvent que, même à cette époque troublée, les rives des cours d'eau se trouvaient garnies de végétaux abondants. Or M. Grand'-Eury, qui a aussi étudié ces débris épars, a constaté qu'ils correspondaient à une flore spéciale, à la fois distincte de celle de Rive-de-Gier, qui est plus ancienne, et de celle de Saint-Étienne, qui est plus récente. Donnons ici les principaux résultats auxquels cette étude l'a amené.
La flore de l'étage des poudingues comprend beaucoup de Coidàites, spécialement les C. borassifolius et œqualis; le Samaropsis bissecta, les SpAenophyllum dentatum, saxifragafolium et pseudo-oblongifolium; ÏAsterophylliles hippuvoïdes et YAnnularia brevifolia. Outre cela, de nombreux Calamités Cistii> beaucoup de Pecopteris oreopteridia, et quelques Pecopteris arborescens comme à Rive-de-Gier. De plus, VAlethopterù aquilina, les Allipteridium ovatum et densifolium, et YOdontopteris Reichiana. Enfin, c'est dans cet étage que commencent à paraître les Dictyopleris Brongniarti et Schiitzei et le Pecopteris Pluekeneti ordinaire.
En consultant les flores on peut ainsi facilement distinguer, à Saint- Ghamond et à Saint-Étienne, les affleurements de l'étage de Rive-de-Gier de ceux de l'étage stérile. Au reste, même en dehors de la flore, il n'est pas difficile de reconnaître, le long de la lisière Nord du bassin houiller, les affleurements des deux étages que je viens de nommer. A la base, sur le terrain ancien, repose la brèche, et sur celle-ci, soit directement par voie