CHAPITRE IV
Le fer carbonate en couches, ou bancs continus, est tout à fait exceptionnel dans le bassin de la Loire. Le schiste ferro-bitumineux, appelé blackband (banc noir), en Angleterre, n'existe pas à Saint-Étienne. On y connaît bien un schiste dur un peu ferrifère, que les mineurs appellent manifer, et dont j'ai parlé à l'occasion des divers gores que les ouvriers distinguent dans les mines (§ 12). Mais ce schiste n'est jamais bitumineux, ni riche en fer; c'est un simple grès fin, tenant en moyenne 8 à 10 pour cent de fer. Un échantillon choisi des mines du Mouillon (Rive-de-Gier) a donné 19 à 20 pour cent de fonte ' . Mais c'est là un maximum rare, fort au-dessus de la moyenne générale.
On connaît cependant, dans le bassin de la Loire, deux bancs de minerai de fer en masses continues ; elles se rencontrent, dans les concessions de Méons et du Cros au toit de la 8° couche, et à Saint-Chamond au niveau de la principale couche du faisceau inférieur, au lieu dit le Parterre. Malheu* reusement ce minerai est plus impur encore que les rognons. Celui de la 8 e couche contient une proportion fort élevée de phosphate de chaux, et celui du Parterre de l'acide arsénique.
Le minerai de fer de Méons et du Cros caractérise surtout la petite veine crue, située tantôt à 1 ou 2 mètres et tantôt à 10 ou 15 mètres audessus du toit de la 8* proprement dite. On peut citer le puits du Crét à la Baralière, la mine de ÏEparre à Méons, les anciennes mines de Montheil et de Bréchignac dans la concession de Bérard, le puits du Bessard à Méons, etc. Sur tous ces points le minerai s'y montre, sous sa forme habituelle, en rognons ou masses isolées. Par contre, dans la mine du Bessard, vers le Nord-Est du puits Saint- André, au voisinage de la concession du Cros, les rognons se rapprochent, puis forment un banc continu qui peut être suivi jusque dans la mine voisine de la fendue Planterre, appartenant à la concession du Cros, où la couche fut exploitée le long de son affleurement. Sur ce point la veine supérieure se trouve à 10 ou 12 mètres de la couche principale ; elle se compose de deux bancs de houille entre lesquels le minerai
4. Soit 40 pour cent de carbonate de fer. Berthier, Essais par voie sèche, t II, p. 158.
a une épaisseur massive d'un mètre en moyenne. Au-dessus du minerai la houille mesure 1 mètre, au-dessous m ,50 à 0",70. On hâvait le banc inférieur, puis on abattait le minerai et la houille supérieure. Mais ce banc continu de minerai n'existe, en réalité, que sur environ 200 mètres en direction, et 300 à &00 mètres, dans le sens de l'aval pendage, à partir des affleurements. A l'Est, la couche est rejetée au jour par la faille du puits Mars; à l'Ouest, le minerai disparaît graduellement avant d'atteindre la faille du Soleil. Et, sur l'aval pendage, le banc fait place aux ropnons isolés du puits Sainl-Aniré. Ce banc, on le voit, est une sorte de formation locale, contemporaine de celle du fer en rognons, mais d'un caractère tout à fait spécial.
Les caractères physiques et chimiques du minerai sont en effet entièrement différents. Le fer carbonate en rognons est compact, terreux, homogène, couleur gris plus ou moins foncé; il contient rarement au delà de i pour cent d'acide phosphorique ; tandis que le minerai en banc continu est fibreux, ou sub-cristallin, d'une nuance gris clair jaunâtre, fort dur, quoique fissuré en divers sens. Il renferme jusqu'à 6 et 10 pour cent d'acide phosphorique. C'est en réalité un mélange infime de phosphate de chaux et de fer carbonate lithoide. 11 semble qu'il y ait eu sur ce point une source minérale de nature phosphatée. Avant de connaître sa composition, on a fondu ce minerai pendant quelques mois à Terre- Noire, ce qui rendait, comme de raison, la fonte des plus mauvaises, même en ne le faisant entrer qu'en faible proportion dans le dosage du lit de fusion.
Ce qui prouve l'intervention positive d'une source phosphatée, c'est qu'au minerai se trouvaient associées, sur quelques points, des masses terreuses, d'un blanc jaunâtre, à structure fibreuse, formées d'un mélange intime de phosphate de chaux et d'argile sans fer.
A Saint-Chamond, au Nord de la ville, au lieu dit le Parterre, on a exploité, pour les hauts fourneaux de l'Horme, un autre banc de minerai continu, dont la puissance était de M ,ft0 à a ,50. Les couches de houille de ce district appartiennent au faisceau inférieur de Saint-Étienne. La plus importante du groupe, la plus élevée des environs de Saint-Chamond, a une puissance qui varie de 2 à 5 mètres ; c'est au mur de cette couche, à la dis-
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tance de 15 mètres sur certains points, de 2 ou 3 mètres sur diautres, que se rencontre le minerai en question. Ce minerai ne diffère pourtant pas autant du carbonate ordinaire que celui de la mine du Planterre. Le banc ferreux était continu, mais avait l'apparence et même, jusqu'à un certain point, la structure des masses lenticulaires. Sa nature chimique diffère d'ailleurs assez peu de celle des rognons proprement dits ; on n'j trouve guère plus d'acide phosphorique, et le peu d'arsenic qui s'y trouve existe aussi dans certains rognons.
La troisième forme sous laquelle se montre le minerai carbonate, dans les mines de la Loire, est celle des plaquettes ou fragments de troncs. Ce sont des masses noires, dures et denses, ayant la structure ligneuse des bois. Sur certains points, on voit des troncs d'une certaine longueur; ailleurs, ce sont de simples débris de ces mômes troncs, irrégulièrement dispersés au milieu des schistes. C'est une véritable pétrification du tissu ligneux, par l'infiltration du bicarbonate ferreux, comme ailleurs on observe l'intrusion de l'acide silicique. Entre les deux modes de pétrification, il y a cependant cette différence que les troncs sidérifiés restent en général fortement carbures, tandis que les bois silicifiés ont le plus souvent perdu toute trace de matières charbonneuses. Ad. Brogniart a reconnu, à l'aide du microscope, que tous ces débris sont des restes de Conifères, et, selon M. Grand' Eu ry, ils appartiendraient à des familles voisines des Taxinées, des Cupressinées et des Gnétacées. On les rencontre surtout dans les parties hautes du terrain houiller, où les Conifères tendent à prédominer sur les Cryptogames.
Le mode de gisement est d'ailleurs le même que celui des rognons ; on rencontre les plaquettes, comme les rognons, dans les schistes du toit, et même bien souvent pêle-mêle avec eux.
Dans la concession du Treuil, sous le coteau du cimetière, il y a, au niveau des couches n" 1 et 2, trois bancs de minerai houiller ; le plus élevé se compose surtout de troncs sidérifiés, les deux autres de rognons ordinaires. Comme ils se trouvaient tous trois très rapprochés l'un de l'autre, on les exploitait simultanément, ainsi que la houille qui les séparait.
Dans l'ancienne mine de Montheil (concession de Bérard) on exploitait, il y a trente ans, comme an Bessard et à Planterre, dont je viens de parler, la petite couche, située à 10 mètres ou 12 mètres au-dessus de la 8*. Sur ce point aussi on a rencontré du minerai de fer ; mais, au lieu du carbonate phosphaté en banc continu, on y trou Tait des troncs sidérifiés, entremêlés de rognons ordinaires. Enfin, dans l'ancienne mine, dite les Villes (concession de Montsalson), le toit de la quatrième couche du faisceau moyen est également caractérisé par un lit assez épais de troncs d'arbre, transformés en fer lithoide des houillères.
Sous le rapport de la teneur et de la pureté, le minerai des troncs sidérifiés se rapproche de celui des rognons ; il est cependant, assez souvent, plus chargé de pyrites, et passe même sur quelques points à de véritables nodules de fer pyriteux. Ceux-ci se rencontrent assez souvent, à Saint-Etienne, au milieu même des couches de houille. Les ouvriers les appellent des chiens, à cause de leur dureté, et les redoutent, par ce motif, lors du hàvage de la couche.
Donnons, pour terminer, les analyses de quelques échantillons des trois variétés de nos minerais houillers.