Acte II, Scène XII
Montrichard, souriant. Calmez-vous, mademoiselle, calmez- vous ! ce sont là de pures suppositions . . . car je suis certain que M. de Flavigneul n'est pas ou n'est plus dans ce château.
5 Léonie. Et vous avez bien raison !
Montrichard. Aussi, par pure formalité, et pour acquit de conscience . . . {Souriant.) je ne veux pas avoir dérangé tout un escadron pour rien . . . {V observant.) je vais faire fouiller les bois environnants par les dragons. 10 Léonie, tranquillement. Faites, monsieur le baron. Montrichard, à part. Il n'çst pas dans les bois . . . {A Léonie.) Visiter les combles, les placards, les cheminées du château . . .
Léonie, de même. C'est votre devoir, monsieur le baron. 15 Montrichard, à part. Il n'est pas caché dans le château ! ... {A Léonie.) Enfin, interroger, examiner, car il y a aussi des déguisements . . . {Léonie fait un mouvement. A part.) Elle tressaille ! . . . {Haut.) Interroger donc, toujours par pur scrupule de conscience 20 . . . les garçons de ferme. . . . {A part.) Elle est calme! . . .. (yl Léonie, et V observant.) les hommes de peine, les domestiques. ... {A part.) Elle a tremblé. . . . {Haut.) Et enfin . . . ces formalités remplies, je partirai avec regret, puisque je vous quitte, mesdames, 25 mais heureux cependant de ne pas être forcé d'accomplir ici mon pénible devoir. . . .
Léonie, avec agitation. Comment, monsieur le baron, quel devoir?
6 pour acquit de conscience: see acquit.
Montrichard. Mais, vous ne l'ignorez pas, M. de Flavigneul est militaire, et je devrais l'envoyer devant un conseil de guerre.
Léonie, éperdue. Un conseil de guerre ! . . . mais 5 c'est la mort ! . . .
Montrichard. La mort . . . non; mais une peine rigoureuse !
Léonie. C'est la mort, vous dis-je ! Vous n'osez me l'avouer! mais j'en suis certaine! ... La mort pour 10 lui ! oh ! monsieur, monsieur, je tombe à vos genoux ! grâce ! ... il a vingt-cinq ans ! il a une mère qui mourra s'il meurt ! il a des amis qui ne vivent que de sa vie ! grâce ! ... il n'est pas coupable, il n'a pas conspiré . . . il me l'a dit lui-même ... ne le condamnez pas ! 15 Montrichard, à Léonie. Pauvre enfant! . . . (A part.) Après tout, c'est mon devoir. . . . (Haut.) Prenez garde, mademoiselle . . . vous me parlez comme s'il était en mon pouvoir ! . . . Il est donc ici ?.. .
Léonie, au comble de V angoisse. Ici ! . . . je n'ai pas 20 dit . . .
Montrichard. Non, mais quand j'ai parlé d'interroger les domestiques du château, vous avez pâli. . . .
Léonie. Moi! . . .
Montrichard. Vous vous êtes écriée: Il me l'a dit 25 lui-même ! . . .
Léonie. Moi! . . .
Montrichard. A l'instant, vous me disiez: Ne l'arrêtez pas ! . . .
Léonie. Moi ! . . . (Apercevant Henri qui entre, elle