Acte III, Scène XII ni
La Comtesse. Trois quarts d'heure et dix minutes . . . total cinquante-cinq minutes.
Montrichard. Oh ! c'est trop fort, partons !
La Comtesse. Mais attendez donc ! ... Quel
5 homme ! . . . j'ai encore une dernière question à vous
faire. M. le président de la cour prévôtale que vous
attendiez, ne vous a-t-il pas été envoyé de Paris, et
n'est-ce pas, si je ne me trompe, un ancien sénateur? . . •
Montrichard. M. le comte de Grignon !
io De Grignon, poussant un cri de joie. Mon oncle ! . . . mon bon oncle !
Montrichard, stupéfait. Votre oncle !
La Comtesse, froi de ment et lui faisant la révérence. Ici finissent mes questions, monsieur ! je ne vous retiens plus; 15 vous pouvez conduire au président . . . son neveu . . .
Montrichard, interdit et regardant de Grignon avec effroi. M. Henri de Flavigneul !
La Comtesse, riant. Fi donc ! ... un drame ! une tragédie ! . . . nous avons mieux que cela à vous offrir ! 20 une scène de famille. . . . {Montrant de Grignon.) M. Gustave de Grignon, maître des requêtes . . . que son oncle n'avait pas vu depuis longtemps; et c'est à vous, monsieur, qu'il devra ce plaisir I
Montrichard, tout troublé. Quoi? . . . monsieur se- 25 rait ... ou plutôt ne serait pas . . . c'est impossible ! . . . vous voulez encore me tromper, madame !
La Comtesse, riant. Vous pouvez vous en rapporter
3 c'est trop fort: see fort.
8 ancien: see its two meanings in voc.
au président lui-même et à la voix du sang qui ne trompe jamais ! . . .
Montrichard. Et votre trouble ce matin quand j'ai fait arrêter monsieur.
5 La Comtesse. Mon trouble? ruse de guerre.
Montrichard. Cette lettre que j'ai prise sur lui.
La Comtesse. C'est moi qui venais de la lui remettre.
Montrichard. Vos larmes de douleur !
io La Comtesse, riant. Est-ce que j'ai pleuré? Ah! pauvre baron, il ne faut pas m'en vouloir . . .je vous avais promis de me moquer de vous ... et je ne trompe jamais . . . vous le savez?
De Grignon. C'est du génie !
15 Montrichard. Mais alors quel est donc ce coupable? car il était ici, j'en suis certain.
La Comtesse. Ah ! voilà ! qui est-ce ? cherchez !
Montrichard. Ciel ! quel trait de lumière ! ... si c'était l'autre !
20 La Comtesse. Qui? l'autre? celui à qui vous avez donné un sauf-conduit; celui que vous avez essayé de séduire; celui pour lequel vous avez imploré ma clémence, ah ! je le voudrais bien !
Montrichard. C'est lui ! ah ! je ne suis pas encore 25 vaincu ... et je cours ...
14 du: observe that the partitive article, so frequent in French, has often no equivalent in English because the mere absence of an article indicates the partitive idea. Cf. il y a des hommes , and "there are men."
23 je le voudrais bien: see bien.