‹ Bataille de dames; ou, Un duel en amour, comédie;Chapitre 10 sur 115 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LA COMTESSE, IIEXRI, sous le nom de Charles.

La comt. Eh bien ! méchant enfant, vous ne serez donc jamais raisonnable ? 15

Henri. Grondez-moi, vous grondez si bien !

La comt. Vous ne me désarmerez pas par vos cajoleries ! Vous exposer sans cesse à être découvert ou par Léonie ou même par un de mes gens... aller chanter un air de Cimarosa dans le parc ; et le bien chanter encore... 20

Henri. Ce n'est pas ma faute; je me rappelais toutes vos inflexions.

La comt. Taisez-vous !... vos flatteries me sont insupportables... ingrat!... je ne vous parle pas seulement pour moi qui vous aime en sœur... mais pour votre pauvre 25 mère...

Henri. Vous avez raison !... voyons, que dois-je faire?

La COMT. D'abord, répondre quand j'appelle Charles... et ne pas dire Quoi ? quand quelqu'un dit Henri.

Henri. La vérité est que je n'y manque jamais. 30

La comt. Puis, ne plus vous extasier devant les dessins de ma nièce, et ne pas répondre, comme tout-àl'heure, Je ne ferai plus que penser ce que j'ai dit ! Hypocrite!... il ne peut pas se décider à ne pas être charmant. Enfin, ne pas vous exposer, comme vous l'avez 35 fait ce matin encore, malgré ma défense, en allant à Lyon. Mais, malheureux enfant ! vous ne savez donc pas qu'il s'agit de vos jours?

lo BATAILLE DE DAMES.

Henri, gaiement. Bah !

La comt. Tout est à craindre depuis l'arrivée du baron de Montrichard.

Henri. Le baron de Montrichard !

5 La comt. Oui... le nouveau préfet... il a la finesse d'une femme, il est rusé comme un diplomate, et avec cela actif, persévérant... et penser que c'est à moi peut-être qu'il doit sa nomination !

Henri. Vous, comtesse ? vous avez fait nommer un

lo homme comme lui, dévoué pendant vingt ans, corps et âme, au Consulat et à l'Empire ?

La comt. C'est pour cela ! il est toujours dévoué corps et âme à tous les gouvernements établis, et il les sert d'autant mieux qu'il veut faire oublier les services rendus à

15 leurs prédécesseurs... aussi va-t-il vouloir signaler son installation par quelque action d'éclat.

Henri. C'est-à-dire en faisant fusiller deux ou trois pauvres diables qui n'en peuvent mais...

La comt. Non, il n'est pas cruel : au contraire ! je

20 sais même qu'il avait demandé une amnistie générale ; mais l'idée de découvrir un chef de conspirateurs va le mettre en verve ! il déploiera contre vous les ressources de son esprit... votre signalement sera partout... je le sais... le premier soldat pourrait vous reconnaître.

25 Henri. Eh bien! vous l'avouerai-je? il y a dans ces périls, dans cette vie de conspirateur poursuivi... je ne sais quoi qui m'amuse comme un roman ! rien ne me divertit autant que d'entendre prononcer mon nom dans les marchés, que d'acheter aux crieurs des rues ma condamnation, que

30 d'interroger un gendarme qui pourrait me mettre la main sur le collet... et de lui parler de moi. — Eh bien ! monsieur le gendarme, ce Henri de Flavigneul, est-ce qu'il n'est pas encore pris? — Non, vraiment, c'est un enragé qui tient à la vie, à ce qu'il paraît. Dites-moi donc un peu son signale-

35 ment, si vous l'avez ?

La comt. Mais vous me faites frémir!... Oh! les' hommes! toujours les mêmes!... n'ayant jamais que leur vanité en tête ; vanité de courage ou vanité d'esprit. Eh bien ! tenez, pour vous punir, ou pour vous enchanter peut-

40 être... qui sait?... voyez cette lettre de votre mère... savourez

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