LA COMTESSE, DE GRIGNON
De Grignon, au fond. Elle tient ma lettre 1 35
La comt., lisafit. Qu'ai-je lu ?
De Grignon, au fond. Elle ne semble pas trop irritée ! La comï., continuant de lire. Oui... oui... c'est bien
le langage d'un amour vrai... l'accent de la passion... le cri du cœur !
De Grignon, à part. Elle se parle à elle-même... La comt., kfiant toujours la lettre. Il m'aime!... on 5 peut donc m'aimer encore!... il demande ma main!... on peut donc songer à m'épouser encore !
De Grignon, s^ avançant. Ma foi... je me risque !...
[// fait un pas c?i se mettant à tousser.] La comt., se retournant et V apercevant. Est-ce vous lo qui avez e'crit cette lettre ?
De Grignon. Cette lettre... celle que tout-à-l'heure... {A part.) Ah ! mon Dieu !
La comt., vivejtient. Re'pondez... est-ce vous? De Grignon. Eh bien ! oui, madame.
15 La comt., de même. Et ce qu'elle contient est bien l'expression de votre pensée ?
De Grignon. Certainement.
La comt. Vous m'aimez!... vous me demandez ma main ?
20 De Grignon. Et pourquoi pas ? La comt. Vous, à vingt-cinq ans !
De Grignon. Eh ! qu'importe l'âge ! tout ce que je sais, tout ce que je peux vous dire... c'est que vous êtes jeune et belle... ce que je sais, c'est que je vous aime. 25 'La COUT., avec Joie. Vous m'aimez?
De Grignon. Et dussiez-vous ne pas me le pardonner... dussiez-vous m'en vouloir!
La comt., de même. Vous en vouloir ! mon ami, mon véritable ami... ainsi, c'est bien certain, vous m'aimez? 30 vous me trouvez belle?... Ah ! jamais paroles ne m'ont été si douces... et si vous saviez... si je pouvais vous dire...
De Grignon. Ah ! je n'en demande pas tant... l'émotion... le trouble où je vous vois suffiraient à me faire perdre la raison...
35 \^0n entend en dehors à droite le bruit d^un orchestre^
La comt. Qu'est-ce que cela ?
De Grignon. Ah! mon Dieu! j'oubliais... une surprise... une fête... la vôtre.
La comt. Ma fête ! je n'y pensais plus. 40 De Grignon. Mais nous y pensions, nous et votre