ACTE L SCÈNE XII I
parlé, s'il l'aimait... elle me l'aurait dit, s'il avait parle'... {Avec joie.) Il est libre! eh bien! qu'il choisisse!... Elle est bien belle de'jà... on dit que je le suis encore... Qu'il prononce!... {Avec douleur.) Pauvre enfant!... elle l'aime tant!... Ah! Dieu! je l'aime mille fois davantage! Elles aime, elle, comme on aime à seize ans, quand on a l'avenir devant soi et que le cœur est assez riche pour guérir, se consoler, oublier et renaître!... mais à trente ans notre amour est notre vie tout entière... Allons! il faut lutter avec elle! luttons... non pas de ruse ou de perfidie fé- 10 minine... non! mais de dévouement, d'affection, de charme... On dit que j'ai de l'esprit, servons-nous-en... Léonie a ses seize ans, qu'elle se défende!... et si je triomphe aujourd'hui... ah! je réponds de l'avenir... je rendrai Henri si heureux que son bonheur m'absoudra du 15 mien!... {Ap?-h tm moment de silence.) Mais triompheraije? sais-je seulement s'il m'est permis de lutter?... qui me l'apprendra? Quand on a un grand nom, du crédit, de la fortune... ceux qui nous entourent nous disent-ils la vérité?... {Elle prend sur la table à gauche mi fniroir.) Ma 20 main tremble en prenant ce miroir... ce n'est pas le trouble de la coquetterie... non! c'est mon cœur qui fait trembler ma main... je ne me trouverai jamais telle que je voudrais être... ne regardons pas!... {Après tin moment dliésitation, elle regarde, fait ti7i sourire, et dit ensuite:) Oui... mais il en 25 a trompé tant d'autres!... {Elle remet le miroir sur la table et aperçoit la lettre que de Grignon avait mise dessous.) Quelle est cette lettre?... A madame la comtesse d' Autreval... {Regardant la signature.) De monsieur de Grignon! Eh bien... Hsons !... 3°
[Au moment oii elle ouvre la lettre, de Grignon paraît au fond.]