‹ Bataille de dames; ou, Un duel en amour, comédie;Chapitre 28 sur 115 · ACTE II. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE III

Henri. Eh bien ! j'avais raison !... Son inexpérience se trahissait dans chaque note... mais je ne sais comment cette inexpe'ricnce avait un charme que je ne puis rendre !

La comt. Ah !

Henri. On ne pouvait s'empêcher de sourire en enten- 5 dant cette voix enfantine après la vôtre... et cependant, ce contraste même lui prêtait quelque chose de naïf... de frais.

La comt. Prenez garde!... voici la première étoile qui pâlit à son tour...

Henri, avec chaleur. Non !... non !... car les voici 10 toutes deux réunies ! car l'ensemble du duo commence, car cette voix émouvante et passionnée se mêle à son chant timide et pur... Oh ! alors... alors... il sortit de ce mélange je ne sais quelle impression qui tenait de l'enchantement. Ce n'étaient plus seulement vos deux voix qui se confondaient, 15 c'étaient vos deux personnes... vous ne formiez plus qu'un seul être!... charmant... complet... représentant à la fois la jeune fille et la femme, tout semblable enfin à un rameau de cet arbre fortuné qui croît sous le ciel de Naples, et porte sur une même branche et des fleurs et des fruits ! 20

La comt., à part. J'espère !

Yi^t^va, poussant un cri. Ah! mon Dieu !

La comt. Qu'avez-vous ?

Henri. Une contredanse que j'ai promise.

La comt. a qui? 25

Henri. A Catherine, votre fermière, vis-à-vis mademoiselle Léonie, votre nièce, contredanse que j'oubUais près de vous.

La comt., avec joie. Est-il possible !

Henri. Heureusement l'orchestre n'a pas encore donné 30 le signal, et je cours...

La comt. Oui, mon ami... il ne faut pas faire attendre... Madame Catherine la fermière... Allez !... allez !...

[Pendant que Henri sort par la porte de droite, après avoir baisé la main de la Comtesse qui le suit des yeux, Léonie 35 entre doucement par la porte du fond, et s' approchant de la Comtesse.']

Léonie. Ma tante !

La comt. Toi! Je te croyais invitée pour cette contredanse. 40

LÉONIE. Oui.

La comt. Eh bien ! tu n'y vas pas ? LÉONIE. C'est qu'auparavant j'aurais un conseil à vous demander. 5 La COMT. Comment?...

LÉONIE. Je vais vous dire... Pendant que je chantais... j'ai vu des larmes dans ses yeux... à lui! et c'est déjà un bon commencement... Cela prouve que je ne lui de'plais pas... n'est-ce pas, ma tante ?

lo La comt. Sans doute...

LÉONIE, Mais c'est qu'il m'a priée de lui faire vis-à-vis, et j'ai une grande peur que ma danse ne vienne détruire la bon eftet de mon chant... j'ai envie de ne pas danser. La comt. y penses-tu ?

15 LÉONIE. J'ai tant de défauts en dansant... Hier encore, vous me le disiez vous-même... trop de raideur dans les bras... les épaules pas assez effacées...

La comt., avec franchise. Et malgré cela tu étais charmante.

20 LÉONIE, vivement. Vraiment?

La comt., s' oubliant. Que trop !

LÉONIE. Ah! tant mieux!... {Avec contentement }j Je vais danser, ma tante, je vais danser... {Gaiement.) et puis je tâcherai de me corriger... et la première fois que je 25 danserai avec lui... ce qui ne tardera pas, je l'espère...

S^S' arrêtant^

La COMT. Eh bien?... qui te retient?...

LÉONIE. Un autre conseil que j'aurais encore à vous

demander... un conseil... pour lui plaire... {Elle regarde

30 autozir (Telle avec inquiétude.) Nous avons le temps encore. ..

La COUT., à part. Moi, lui apprendre?... Eh bien!

oui! Si Henri me choisit après cela... c'est bien moi qu'il

aimera.

LÉONIE, à demi-voix. C'est pour ma coiffure... Si je 35 plaçais, comme vous, quelque ornement dans mes cheveux... une fleur... ou plutôt... {Montrant tcn bracelet.) ce bracelet de perles.

La COMT., vivement. Enfant! qui ne sait pas que la plus

belle couronne de la jeunesse, c'est la jeunesse elle-même,

40 et qu'en voulant parer un front de seize ans, on le dépare...

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