ACTE I. SCENE III
LÉONiE. J'étais descendue pour cela dans ce salon, et devinez qui j'ai trouvé tout-à-l'heure devant mon chevalet, et regardant votre portrait?...
La comt. Qui donc ?
LÉONiE. Monsieur Charles. 5
La comt. Eh bien ?...
LÉONIE. Eh bien ! ma tante, figurez-vous qu'il disait : C'est charmant !
La comt. Et cela t'a rendue fiirieuse !...
LÉONIE. Certainement!... Un domestique! est-ce qu'il 10 doit savoir si un dessin est joli ou non?...
La comt., riant. Oh ! petite marquise !
LÉONIE. Ce n'est pas tout ! croiriez-vous, ma tante, qu'il chante ?
La comt. Eh bien! s'il est gai, ce garçon!... Est-ce 15 que Dieu ne lui a pas permis de chanter comme à toi !
LÉONIE. Mais... c'est qu'il chante très-bien! voilà ce qui me révolte !
La COMT. Ah!... ah!... conte-moi donc cela?
LÉONIE. Hier, je me promenais dans le parc En 20 arrivant derrière la haie du bois des Chevreuils, j'entends une voix qui chantait les premières mesures d'un air de Cimarosa, mais une voix charmante, une méthode pleine de goût... Je m'approche... c'était monsieur Charles!
Là comt. En vérité ! 25
LÉONIE, avec dépit Vous riez, ma tante; eh bien! moi, cela m'indigne. .. je ne sais pas pourquoi, mais cela m'indigne! Comment distinguera-t-on un homme bien né d'un valet de chambre, s'ils sont tous deux élégants de figure, de manières ...car, remarquez, ma tante, qu'il est tout-à-fait bien de sa 30 personne, et lorsqu'à table il vous sert, qu'il vous oft're un fruit, c'est avec un choix de termes, un accent de bonne compagnie qui me mettent hors de moi... parce qu'il y a del l'impertinence à lui à s'exprimer aussi bien que ses maîtres ! cela nous déconsidère, cela nous... {Avec impatience.) Enfin, 35 ma tante, je ne sais comment vous exprimer ce que je ressens, mais moi, qui suis bienveillante pour tout le monde, j'éprouve pour cet insolent valet une antipathie qui va jusqu'à l'aversion, et si j'étais maîtresse ici, bien certainement il n'y resterait pas ! 40
'La coyiT., gaicniait. Là... là... calmons-nous! avant de le chasser, il faut permettre qu'il s'explique, ce garçon...
\Elk sonne."] LÉONiE. Est-ce pour lui que vous sonnez, ma tante ? 5 La comt. Précise'ment !... (A lui domestique qui entre.) Chaiies est-il là ?
Le domestique. Oui, madame la comtesse. La COMT. Qu'il vienne !... i^Le domestique sort^ LÉONIE. Mais ma tante... qu'allez-vous lui dire? lo La COMT. Sois tranquille !
LÉONIE. Je ne voudrais pas qu'il crût que c'est à cause de moi que vous le grondez !
La COMT., gaieinent. Pourquoi donc? ne trouves-tu pas qu'il t'a manqué de respect?...