ACTE III. SCÈNE XV
LÉONiE. En vérité?... savcz-vous si elle l'aime beaucoup.
La comt., avec force. Oui !...
LÉONiE. Et elle est aimable... elle est jolie?
La COMT. Moins que toi, sans doute... 5
LÉONIE. Eh bien ! alors?...
La comt. Que veux-tu, mon entant, on ne raisonne pas avec son cœur... et, quelle qu'elle soit, s'il la préfère... si elle est aimée...
LÉONIE. Mais pas du tout ! c'est moi qu'il aime ! 10
La comt. O ciel !
LÉONIE. C'est moi ! il me l'a avoué... mais il est lié à elle par le respect, par l'amiiié, que sais-je ! par la reconnaissance...
La comt., vivement. La reconnaissance... ah! 15
LÉONIE. Lié surtout par une promesse qu'il lui a faite... et qu'il tiendra même au prix de son sang ! Voilà qui est absurde ! dites-le-lui, ma tante, vous seule pouvez le décider !
Henri, qni depuis quelques instants écoutait et a cherché en 20 vain à se contenir, s'élance de la porte à droite. ïaisez-vous ! taisez-vous !
La COMT. Ciel !
LÉONIE, à Henri. Rentrez, rentrez, de grâce ! Si monsieur de Montrichard arrivait... 25
Henri. Que m'importe !... j'aime mieux mourir !
La COMT. Mourir plutôt que de manquer à votre promesse?... c'est bien, Henri!
LÉONIE. Mais, ma tante.
La comt. Laisse-moi lui parler. {Bas à Henri.) Je 30 vous dois ma vie, disposez-en, m'avez-vous dit... [Léonie s'éloigne de quelques pas. ]
Henri. Qu'exigez vous?
La comt. La seule chose que j'aie désirée, rêvée, poursuivie... votre bonheur ! 35
Henri. Ciel !
La comt., elle fait signe à Léonie de s'approcher; elle lui prend la main, et la met dans celle de Hefiri. Henri... voici celle qu'il faut choisir.
Henri. Ah ! mon amie... mon amie ! 40
LÉONiE, Ah! j'étais bien sûre que je vous le devrais!...
\Elle se jette à ses genoux.^ De Grignon, rentrant vivement par la porte à gauche. Eh bien ! qu'est-ce que vous faites donc là ? voici monsieur de 5 Montrichard !
Tous. Monsieur de Montrichard !
LÉONiE, à Henri. Oh ! rentrez ! rentrez ! De Grignon. Il monte par cet escalier... le voici ! LÉONIE, à part. Il n'est plus temps !... lo [Henri qui est prh du ca?îapé à droite, s'y asseoit vivetnetit. les deux femmes se tiennent debout devant lui, cherchant à le cacher par leurs jupesl\