PARIS
HEiVRî PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
RUE GARAXCIÈRE, 10
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Sans vouloir exagérer Tefiet produit en Angleterre par la publication de la nouvelle intitulée et The Battle ofDorhing w , qui parut en mai 1871 dans le Blackwood^s Magazine, il faut constater, cependant que cette hypothèse, ingénieuse mais invraisemblable, exposée avec un relief et une précision de détails remarquables, a suscité à Londres et dans les trois royaumes un« émotion que produit rarement une publication purement littéraire. L'œuvre a été discutée, commentée et réfutée; le TimeSj, qui affectait un certain dédain pour l'hypothèse en elle-même, a cru cependant devoir publier une réponse au récit du volontaire, et la Nouvelle, extraite du Blackwood/s Magazine, imprimée à part et tirée à un nombre prodigieux d'exemplaires^ figure encore aux vitrines de Londres, où elle a
trouvé un nombre d'acheteurs considérable, recru-
tés cette fois'non plus parmi le public de choix qui lit les Revues, mais dans ce Tout Londres qui fait les véritables succès populaires.
La brochure a même eu le sort d'engendrer toute une série d'autres brochures avec ou sans nom d'auteur :
" Der Ruhm )) , qui est la contre-partie exacte et a pour solution la chute de l'empire d'Allemagne.
La Torpeur avant Dorking, par sir Baldwing Leighton.
Après la bataille deDorking, ou Ce qu'il advint de V envahisseur .
Notre héros y ou Qui a écrit la bataille de Dorking.
L'Opinion de Madame Brown sur la bataille de Dorking^ par Arthur Sketchley.
Cette bibliographie est une marque évidente de l'intérêt qui s'attache à la publication.
L'auteur a voulu rester ignoré , et encore qu'on dise tout haut son nom dans les cercles britanniques , nous ne nous croyons pas le droit de divulguer ici sa personnalité. Les hommes de lettres anglais n'ont, pour la plupart, voulu voir dans le récit que ce que nous appelons en France le côté
de V art pour r art ; à ce point de vue, l'œuvre est curieuse, intéressante, pleine de vie et de mouvement. C'est surtout ingénieux, et tout lecteur qui est un lettré est bon juge de la façon dont la fiction est mise en scène, une fois l'hypothèse admise.
Ce qui est plus grave, et nous pouvons même direle seul côté grave de la question, c es! de savoir si, même avec la plus grande partialité, et en faisant aux événements ou à l'auteur qui les a imaginés tels, la part le plus en faveur de son hypothèse, l'effroyable solution qu'il envisage et qui amène la ruine d'un pays aussi fortement constitué que l'est l'Angleterre, peut,, sortant du domaine de la spéculation , passer dans le domaine des faits.
On ne nous fera pas l'injure de supposer que Je cruel dénoùment du récit d'un volontaire, c'est-àdire l'invasion de l'Angleterre par une armée allemande, est une perspective qui sourit à notre cœur et plaît à notre imagination : nos sentiments, pas plus que nos intérêts, ne nous inspirent le désir de voir, à un degré quelconque, se réaliser cette supposition de l'abaissement de la grande nation qui est notre voisine et notre alliée, et qui a mêlé son
sang au nôtre sur les champs de bataille de la Crimée.
Nous sommes fier d'appartenir à une génération d'hommes qui ont toujours envisagé les conquêtes de l'industrie, la supériorité intellectuelle et la suprématie artistique et littéraire, comme de beaucoup au-dessus de la prospérité matérielle et de la supériorité de la force; et, les hommes pratiques dussent-ils en rire , s'il naissait un autre Channing pour prêcher encore une croisade en fai'^eur de la paix universelle , nous irions nous enrôler sous sa bannière. Si c'est un rêve, avouons qu'il a sa grandeur et sa noblesse; si c'est une illusion, avouons du moins qu'elle est généreuse, quoique nos sévères voisins, retranchés dans leur force, reprochent aux Français d'accoupler ces deux mots a générosité 5) et " illusion 1) , sous le prétexte que la nature de l'illusion n'en doit jamais racheter le caractère antipratique.
Voici en deux mots la fable de la Bataille de Dorking :
En l'an 1921, un vieillard, ancien volontaire, raconte à ses enfants comment, cinquante ans auparavant, l'Angleterre, confiante dans sa force, aveu-
glée comme la France en 1870, isolée comme elle dans sa politique, a vu l'Allemagne, devenue une puissance maritime par Fannexion de la Hollande et du Danemark, jeter une flotte de débarquement dans la Manche, détruire la flotte anglaise au moyen d'engins d'un système nouveau , et envahir le sol anglais.
Les Indes se sont soulevées, le Canada a été absorbé par les Etats-Unis, Gibraltar est repris par les Espagnols , une partie de l'armée active tient les fénians en échec en Irlande, et les Allemands débarqués chassent facilement devant eux les miliciens et les volontaires. Après une bataille décisive, « la bataille de Dorking » , la métropole est au pouvoir de l'ennemi.
Dépouillée des arguments qui établissent la transition, réduite à sa substance, la fiction amène un souri-re sur les lèvres du lecteur; cependant, qui nous dit que ce n'est pas le patriotisme le plus pur qui a mis la plume aux mains de l'auteur ? Un Anglais, fùt-il un artiste qui se désintéresse facilement et se place aisément au point de vue , n'envisage pas de gaieté de cœur une aussi eflroyable
. perspective et n'imagine pas une aussi terrible fic-
tion sans qu'on en puisse tirer un enseignement. Il suffît que cette Nouvelle ait été écrite par un insulaire, pour qu'elle atteste une préoccupation; et personne n'a le droit de contester que ce ne soit là un symptôme, un signe du temps. Qui sait si un tel livre publié chez nous en 1869 n'eût pas eu une influence sur nos destinées ?
Il est bien évident que le nœud de l'intrigue, l'hypothèse sur laquelle s'appuie tout le récit du volontaire , c'est la destruction de la flotte anglaise, qui représente une force proverbialement colossale. Si la flotte existe , le débarquement des Allemands est impossible. Il faut donc la détruire, et pour l'auteur c'est l'afîaire de cinq lignes. On est tenté de le chicaner à ce sujet et de lui demander le plan, la coupe et l'élévation de ces fameux engins, ces prodigieuses torpilles qui vont réduire, en une heure à néant une force sans rivale dans le monde ; mais si nous nous montrons difficile sur les moyens, nous n'aurons pas le dénoûment, et il nous le faut. Le conseil d'amirauté réclamera sans doute et trouvera qu'on fait bon marché de la flotte ; mais il faut une certaine complaisance de la part du lecteur, parce que dans ce cadre du récit vont trou-
ver place , comme dans une mosaïque , une foule de petits arguments incidents^ (|ui ne sont rien moins que des symboles ^ des allusions aux plus graves questions de la politique actuelle de FAngleterre. Et pour nous, c'est là, et là seul qu'est l'intérêt de ce petit volume. Les hommes d'Etat anglais qui nous déclaraient, dans un récent séjour à Londres, ne pas comprendre que nous pussions nous intéresser à la Bataille de Dorking au point de vouloir publier la Nouvelle en France, saisiront maintenant la raison de l'intérêt qu'elle nous inspire.
" Quel riche pays que le nôtre il y a cinquante ans ! Pendant plus d'un quart de siècle nous avions joui du libre échange , et il semblait qu'il ne dût pas y avoir de bornes à notre prospérité. «
Voici la doctrine du libre échange j, si controversée en France, qui entre en ligne de compte dans le récit de l'écrivain pour la prospérité de l'Angleterre.
Cl En présence des malheurs de la France, il n'y eut qu'un cri sur la nécessité de réorganiser notre armée. Un plan de réforme fut proposé; mais au lieu d'être considéré par le Parlement comnje une
œuvre nationale, on en fît une affaire de parti, et le bill échoua malheureusement. 11 existait dans la Chambre un parti radical dont on cherchait à s'assurer les voix par des concessions , et qui , pour prix de son alliance, demandait la réduction de l'armement. 5?
Voilà de la politique d'actualité ; c'est l'argument invoqué en France par l'Empire contre la minorité, et c'est un reflet des préoccupations qui ont assailli la Chambre des communes au lendemain de nos désastres. Écrit deux mois plus tard, nous eussions évidemment trouvé dans le récit du volontaire une allusion à l'achat des grades dans l'armée, et, probablement, au ton qui règne dans la brochure, une pointe à l'adresse de M. Gladstone.
Ces courts extraits prouvent qu'en dehors du récit lui-même, le livre est moderne, qu'il est empreint des idées du temps, et par conséquent éveille les pensées de tous ceux qui suivent le mouvement politique et militaire de l'Angleterre.
En dehors de la catastrophé du début, la destruction de la flotte, c'est le même affolement, le même désordre, la même inexpérience et la même
incapacité que nous avons constatés en France pendant la dernière campagne, et il est évident que l'auteur a spéculé sur nos malheurs, sur nos fautes et sur nos désastres, pour y chercher littérairement les éléments pratiques qu'il devait mettre en œuvre afin d'arriver à sa solution d'une façon vraisemblable. Il n'est pas jusqu'au corps de l'intendance, un des grands artisans de nos malheurs, qui n'hérite là-bas, dans le récit du volontaire anglais, des malédictions dont on a chargé le noire; mais les causes physiques ne se discutent pas , elles sont trop facilement réfutables, et, nous le répétons, nous ne voulons voir là qu'une idée, qu'un cadre et que des arguments. Ce qu'il importe d'examiner, c'est si le génie anglais peut comporter les fautes que nous avons commises, quelles conditions politiques étaient les nôtres en face d'une guerre contre l'Allemagne, et quelles seraient celles de l'Angleterre? — Là gît l'intérêt principal.
D'abord, et c'est pour nous le côté défectueux des prémisses posées par l'écrivain dans la fiction qui nous occupe, c'est l'Angleterre qui déclare la guerre à l'Allemagne, c'est une résolution d'où découle tout le récit, et qui naturellement en amène
le dénoùment. Or, si on se souvient de ce qui s'est passé, ce qui nous a certainement aliéné l'Europe , c'est le fait même de la déclaration de guerre dont la France prit l'initiative, et le parti pris de jeter l'Europe dans une effroyable aventure (sans bien discerner si celui qui prépare et médite la guerre sans la déclarer de fait, est plus coupable que celui qui la rend inévitable en envoyant luimême le cartel). Ce point de vue n'a pas été suffisamment développé dans la presse anglaise et dans le Parlement. Nous intervertissions ainsi les rôles, et au lieu d'être une nation menacée qui va défendre son indépendance , nous étions un peuple turbulent, ambitieux, qui devient subitement un envahisseur.
Cependant nous n'avons pas à récriminer, et il n'entre nullement dans notre intention d'établir les torts réciproques et de rechercher de quel côté penche la balance. Nous nous demandons seulement si, avec le système politique qui fonctionne en Angleterre, une volonté souveraine, qui chez elle comme chez nous compte au nombre de ses plus solennelles prérogatives le droit de déclarer la guerre, pourrait rencontrer de l'autre côté du
PRÉFACE. Il
détroit une aussi facile et si éclatante unanimité. Nous répondons hardiment, non! Le gouvernement réel est dans les mains de la Chambre des communes (malgré les prérogatives royales dont la Reine vient récemment de faire un usage qui a produit quelque émotion); et la majorité du Parlement ne connaît pas cette complaisante docilité qui trop souvent, sous le dernier régime, allait jusqu'au servilisme.
Au lieu d'un homme d'Etat éploré, isolé dans ses craintes prophétiques et ses représentations aussi énergiques que stériles, il y a lieu de croire qu'on eût vu se lever dans la Chambre des communes et dans la Chambre des lords un nombre considérable d'opposants décidés à lutter, avec toute l'énergie du patriotisme, contre un projet insensé qui pouvait jeter l'Europe dans d'effroyables complications, arrêter l'essor de l'industrie, détruire le crédit de la nation, paralyser toute chose et couvrir un pays de ruines et de deuil. JVous trouvons un écho de ce sentiment dans le Times du 16 juillet 1870, et nous pouvons facilement prendre les lignes qui suivent pour l'expression du sentiment général de la nation anglaise.
« Le plus grand crime national que nous ayons eu la douleur de rapporter depuis les temps de la première révolution française vient d'être consommé : une guerre injuste et préméditée a été déclarée. "
Un an après, le 15 juillet 1871, le même journal, en exprimant ses sympathies pour nos malheurs, reproduit encore les lignes que nous venons de citer et ajoute : u Cette opinion était partagée par la grande majorité du peuple anglais ; elle fut énergiquement soutenue dans les deux chambres du Parlement , et elle détermina l'attitude du gouvernement pendant toute la durée de la guerre. «
Quelle est donc, au dire de TAngleterre, l'origine de notre délaissement et la cause de la formation de la Ligue des neutres ? — C'est le fait de la déclaration de guerre.
Il reste à savoir si c'est uniquement pour faire face aux éventualités, même les plus lointaines, que le gouvernement de la Confédération entretenait de gaieté de cœur six cent mille hommes sous les armes, sans compter les bans de la landwehr faciles à réunir en quinze jours ; mais, nous le répétons, là n'est point le débat.
Ce que nous entendons dire , nous , c'est que TAngleterre n'avait pas abdiqué, comme la France, son libre arbitre dans toutes les questions, même les plus vitales. C'est qu'indépendamment d'une propension naturelle pour la lutte, et de nos instincts belliqueux et turbulents, qui nous ont toujours trop facilement entraînés vers les cbamps de bataille, nous n'étions plus des hommes et nous avions perdu tout sentiment de notre dignité politique. Nos droits, nos devoirs, notre responsabilité personnelle, nos opinions, nos sentiments de citoyens , nous avions tout délégué ; il n'y avait plus de système politique, il n'existait qu'un homme souverain , plus ou moins sage , plus ou moins habile, plus ou moins heureux, à qui nous nous en remettions du sort de notre pays et du rôle qu'il devait jouer dans la politique européenne. Le contrôle sévère, indispensable, n'existait plus ; on nous avait fait une prospérité matérielle basée sur l'ordre, qui est le premier besoin, et pour ainsi dire un besoin animal à' une société, et par l'ordre nous avions une France prospère , florissante , un bienêtre matériel dans lequel le pays s'endormait sans se demander si, à un moment donné, comme il
avait plu au souverain de nous jeter clans Taventurc de la guerre du Mexique, il ne rêverait point quelque gigantesque et inique annexion , moins lointaine, qui déchaînerait contre nous toute l'Europe. Un mot prononcé à Bordeaux ou à Auxerre faisait couler des flots de sang et dépenser des milliards. Mais de même qu'en agitant à la tribune un drapeau tricolore, en embouchant le clairon pour appeler le peuple aux armes, on déchaînait la guerre, on réveillai t les haines endormies, on exaltait les masses en surexcitant notre folle vanité et les sentiments qui peuvent s'assoupir, mais qui se réveillent facilement dans le cœur de la foule ; on eût pu, par un tout autre langage , exciter des sentiments contraires et créer le même enthousiasme en faveur des luttes pacifiques de la paix et des conquêtes de la civilisation.
Sans doute il y eut du vertige, et nous avons acheté assez cher le sang-froid dont nous jouissons aujourd'hui; mais si, au lieu de confondre, avec une arrogance et un dédain suprêmes, ses opinions personnelles et ses antipathies particulières avec les intérêts réels du pays, le ministre d'alors s'était
efforcé de concilier an lieu (renvenimer, croit-on que la fonle docile, à laquelle on aurait vanté les bienfaits et les douceurs de la paix, représenté ce que la guerre a de monstrueux et de féroce, et ce qu'elle traîne après elle de choses odieuses et sanglantes, n'aurait pas envisagé d'un seul coup d'œil les éventualités épouvantables qui sont devenues des réalités? Est-ce que la pitié n'était pas facile à émouvoir dans le cœur des mères ? Est-ce que l'artisan, l'industriel, l'artiste, tout ce qui vit de la paix et tout ce qui meurt de la guerre n'aurait pas évoqué le funèbre cortège qu'elle traîne après elle?
Mais non, même lorsqu'il s'agissait du sort du pays, nous abdiquions, et l'aveuglement était tel, et telle la faiblesse publique, que ceux-là même qui avaient gardé leur calme , et qui ne se laissaient point aller aux démonstrations coupables, n'osaient plus formuler leur avis, et se contentaient de hocher la tète en voyant passer devant eux ces bandes affolées qui, tout d'un coup, après un demi-siècle, avaient découvert que nous avions des ennemis implacables à Berlin, et qu'il fallait recommencer les fastes de FEmpire.
D'une part donc, au point de vue du système
politique, rassimilation est impossible entre le régime déchu et celui qui fonctionne en Angleterre,' De l'autre, elle nous paraît tout aussi difficile à établir si on compare les caractères des individus et les circonstances générales et particulières.
Il est temps de faire une confession sincère et un examen de conscience. Si chacun de nous, après être descendu en lui-même, et avoir constaté quelle est sa part personnelle dans Timmense faute collective , ne s'efforce pas de préparer sa propre régénération pour amener celle du pays, la France est perdue. Et , si grand que soit encore notre crédit , nous roulerons jusqu'au fond de l'abîme. C'en est fait alors d'un des pays les plus fiers , les plus nobles et les mieux doués qui aient compté dans le monde.
Sans réclamer pour la France la première place pendant ces dernières années, il est certain que, soit au point de vue militaire, soit au point de vue scientifique, littéraire et artistique ; par la richesse de notre sol, par toute une tradition de grandeurs , et surtout par je ne sais quoi de brillant et de génial qui faisait de notre race une race privilégiée, nous
PREFACE. n
pesions naguère encore cFun grand poids dans les destinées du monde.
Vers 1830, un mouvement d'efflorescence tout à fait merveilleux , et qui n'a d'exemple que dans le seizième siècle en Italie , le mouvement romantique, avait établi notre supériorité dans presque toutes les branches intellectuelles. Une révolution, une insurrection effroyable, des expériences politiques cruelles et faites pour arrêter notre essor, n'avaient fait que changer les courants, et après avoir brillé dans les lettres, dans les arts, dans les sciences , nous entrions dans une période de succès militaires qui ont moins de prix à nos yeux, mais qui cependant, dans un siècle comme le nôtre, sont faits pour frapper l'imagination des peuples.
L'époque de l'Exposition universelle semblait avoir été notre apogée. Bien des esprits perspicaces, des cœurs sincères et animés de patriotisme ne se laissaient point aveugler par ces succès, et trouvaient qu'ils étaient achetés bien cher, au prix de l'indépendance , de la véritable droiture , de la moralité publique, et de l'abandon des saines doctrines de la politique nationale inaugurée par des
souverains de notre sang, de notre race, et de notre tempérament national ; mais ]a majorité du pays s'endormait confiante , et chacun , à part soi , s'il ne jouissait pas de cette saine et constante satisfaction de se sentir le citoyen libre et indépendant d'un pays respectueux de Tindépendance et de la dignité des autres, se regardait à coup sûr comme un individu appartenant à une race privilégiée, à laquelle aucune autre ne pouvait être comparée en Europe et dans le monde, ni par l'intelligence , ni par la force , ni par l'instruction et tout ce qui constitue chez un peuple les marques de la civilisation la plus avancée.
C'était une illusion, et nous n'avons pas attendu Tju'elle fut dissipée par l'envahissement de la Prusse pour le comprendre; mais nous vivions chez nous, nous avions le mépris de tout ce qui n'était pas nous-mêmes, et jamais il ne nous était venu à l'idée de comparer l'état des peuples qui nous environnent au nôtre propre.
Après ce grand effort intellectuel, qu'on a appelé la seconde Renaissance française, la nation était donc simplement et naïvement arrivée à une période de décadence , et elle n'en avait même pas la con-
science. Détourné de la vie publique , ayant remis ses destinées dans les mains d'un homme dont le moindre défaut était de ne point être un Français, le pays ne voyait pas qu'en substituant la supériorité militaire à la suprématie intellectuelle , et en ressuscitant la légende créée par un despote de génie, il entrait dans une voie qui nous avait été deux fois néfaste, et qui allait l'être une troisième fois, plus cruellement encore.
Détournés de la vie publique , n'aspirant plus à d'autres jouissances qu'à des jouissances matérielles, nous nous corrompions peu à peu comme une eau, pure d'abord, mais qu'aucun courant ne vient renouveler, et qu'aucun souffle puissant n'agite. Les idées n'étaient plus en honneur; un savant, un poëte , un artiste , un orateur n'était plus, comme autrefois, l'être souverain et rayonnant devant lequel tous les fronts s'inclinent. Les hautes aspirations, la flamme céleste, la puissance créatrice, l'idéal sous toutes ses formes, tombaient en discrédit, et, comme tout s'enchaîne, cette chose charmante et vraiment française , la conversation ailée où , en une heure , on remue un monde d'idées, était morte en nos salons, célèbres dans le
monde entier, et auxquels la Restauration avait dû une grande part de son illustration.
Le goût lui-même, le goût qu'on nous avait légué comme un héritage, se corrompait, en substituant la richesse de la matière à la pureté delà forme, et, comme le sculpteur antique, ne pouvant plus faire nos Vénus belles, nous les faisions riches. Que dire (le la frivolité dont on nous avait donné de haut le spectacle et l'exemple ! La sotte manie des signes distinctifs allait se développant, comme si la satisfaction du devoir accompli ne constituait pas la première récompense , et le rayonnement qui se dégage d'une personnalité fière et noble, grande et forte, par la science, la vertu ou le courage civil, n'est pas assez visible pour frapper les yeux et imposer le respect !
Aussi plus tard , quel amour du panache , quel appétit du galon immérité, quelle soif d'honneurs chez ceux-là même qui n'avaient ni le vrai courage, ni le sincère patriotisme !
Enfin, le niveau de l'instruction baissait toujours, et nous ignorions à ce point ce qui se passait au delà de nos frontières , que nous nous imaginions tenir le premier rang dans toutes les branches,
quand , au contraire, les autres peuples nous regardaient descendre rapidement la pente.
En même temps, l'idée du devoir allait s'affaiblissant , la foi s'éteignait , la discipline , la conscience, et tout ce qu'elle comporte de sincérité, d'honnêteté, disparaissaient peu à peu. Depuis le législateur qui fait bon marché de son vote, jusqu'au fournisseur qui trompe sur la qualité de la marchandise, jusqu'à l'ouvrier qui se satisfait trop facilement en face d'un travail à exécuter, tous composaient avec eux-mêmes : nous nous démoralisions peu à peu sans nous en apercevoir. La loi , sereine, inflexible, n'était plus respectée. La vanité, un vice inhérent à notre nation, s'était cruellement développée grâce à Tignorance des masses, et il fallait toutes sortes de précautions oratoire? s à un écrivain français, pour insinuer à ses compatriotes qu'ils n'étaient peut-être pas arrivés au dernier degré de la civilisation , de la science et de l'illustration, et que l'Allemagne et l'Angleterre marchaient aussi d'un pas assez rapide dans la voie du progrès. Tout au plus consentions-nous à accorder aux Etats- Unis une certaine puissance de vitalité et de mouvement.
La guerre éclata ; nous étions dans les mains d'un fataliste auquel nous avions donné tous les droits , même celui de jouer la France à pile ou face ; et comme, une fois lancés dans cette sinistre aventure , rien ne pouvait plus nous sauver que la conscience , la discipline , la foi au drapeau , les vertus civiles., le respect de l'autorité et la conscience du devoir à accomplir, depuis le ministre et le maréchal de France , jusqu'au dernier employé d'intendance et au dernier soldat, il arriva que chacun , ayant négligé son contrôle ohligatoire , sa tâche élémentaire , son labeur particulier et le soin du rouage qui lui incombait dans la grande machine qui constitue l'État , cette machine ne fonctionna pas au moment de s'en servir ; or, comme celle de l'ennemi était admirablement en état, par des raisons contraires, nous fûmes vaincus sans retour et absolument désarmés.
Des hommes d'énergie, qui sentaient leur cœur se briser en face du désastre qu'ils entrevoyaient , essayèrent bien de faire obscurément leur devoir là où la destinée les avait placés, et de faire fonc- » tionner le rouage particulier dont ils avaient la charge, mais ce fut un dévouement aussi louable
qu'inutile , parce que là où il n'y a pas d'ensemble, les efforts sont toujours stériles.
Et voyant cet effroyable résultat, la masse du peuple cria « A la trahison ! 15 et chercha des raisons immédiates à des effets dont les causes étaient très-lointaines et pour ainsi dire permanentes; car, selon nous, ces immenses désastres, qui semblent à tant de Français si inopinés, si inexplicables , sont , dans leur ensemble et dans leur succession, d'une logique inflexible et merveilleuse. Tout se tient dans notre histoire, depuis les premiers jours de l'Empire jusqu'au 18 mars, comme dans les parties d'un poëme bien ordonné et les membres d'une équation savamment établie. Les épouvantables conséquences de notre abdication découlent rigoureusement , inflexiblement , de notre indifférence politique, de l'abaissement des caractères, de l'absence de conscience à tous les degrés de l'échelle sociale, de l'irréparable oubli des notions du devoir, de la perte de la discipline, de notre incurable vanité et de notre invraisemblable ignorance.
Il n'est pas indispensable d'établir un parallèle entre les deux nations, et tout en ne ménageant
point l'orgueil français, nous ne prétendons pas présenter le caractère anglais comme un idéal , et faire de Tétat social de TAngleterre un desideratum accompli. Le caractère anglais a ses vices comme nous avons les nôtres, et pour ne parler que du paupérisme , il y a plus ^d'un cancer qui ronge cette société qu'on nous présente souvent à la tribune française comme un exemple sur lequel nous devons nous modeler, sans tenir ja-. mais compte de la différence de génie des deux races. ^
Cependant, comme on commence à le dire chez nos voisins (et chez ceux-là même qui ont le plus d'intérêt à ce que leur prophétie ne se réalise point), si le Fenianisme, le Communisme ou toute religion nouvelle qui en'découle, a choisi Londres pour en faire le théâtre de la première lutte qu'il plaira à cette ténébreuse Société internationale de soutenir, avouons que le diagnostic n'a encore rien de particulièrement effrayant, et que de l'enquête, même consciencieuse, à laquelle il est permis à un étranger de se livrer, il ne découle point que le danger soit bien immédiat et que la crise soit proche.
Quel spectacle en effet que celui auquel on assiste de Tautre côté du détroit, et comme les choses en apparence les plus simples sont grosses d'enseignement et montrent quel abîme nous sépare.
Entrons au Parlement anglais : quelle discipline, quelle indépendance de jugement, quelle attitude calme et réfléchie! Jamais de phrases vides et pompeuses, de discussions vaines, de personnalités regrettables et inutiles, et de bouillonnements engendrés par la passion politique, Tintolérance ou l'exaltation. On fait avec calme, sans solennité comme sans passion, les affaires du pays. Un mot, un geste du président suffisent à calmer l'effervescence et apaiser les esprits. Au lieu de ces longues séances perdues à des discussions oiseuses et inutiles où on donne au pays le plus navrant spectacle, on a des soirées remplies, sobres, où on expédie les affaires sans récriminer sur des faits accomplis et échanger des paroles off'ensantcs.
S'il plaît à quelque individualité excentrique de développer des thèses étranges ou d'afficher des théories insensées, on écoute avec calme, et celui qui veut se singulariser ou spéculer sur la curio-
site (le la foule, ne trouve ^^asàe partner qui fasse son jeu et serve ainsi son ambition en s'indignant ou en donnant une importance à ce qui ne saurait exciter ni intérêt ni passion. Un respect inouï de l'autorité présidentielle, une bonhomie et une simplicité réelles dans l'exposition des arguments, une sobriété étonnante dans le débit et une tolérance incroyable pour les opinions les plus hétérogènes et les plus inattendues : tels sont les caractères particuliers qui frappent l'étranger qui suit les séances de la Chambre des communes, après avoir assisté aux débats de nos assemblées nationales.
Dans l'administration, dans les tribunaux, dans la vie publique , tout indique une possession de soi-même absolue. Les incidents de la rue, qui passent inaperçus pour les Anglais parce qu'ils sont la vie même, nous comblent d'étonnement, et la foule y est un grave sujet d'études pour tout individu qui aime à se rendre compte des choses.
Nous avons assisté , quelques jours après les cruels événements de l'entrée dans Paris des troupes de Versailles , à un meeting qui eut lieu à Londres à ce sujet, et dans lequel un orateur
fanatique assurait sans rire que les fédérés étaient* les opprimés et les assiégeants les incendiaires. Les policemen faisaient ranger consciencieusement la foule et écoutaient impassibles ces déclarations inouïes, comme si , selon la définition admirable d'Alfred le Grand au neuvième siècle, le citoyen anglais devait être aussi libre que sa jpensée.
Quelle leçon pour nous et quel exemple à suivre, ce respect inouï de la loi symbolisée par le bâton d'un constable !
Si nous parlons de la conscience publique, n'estil pas évident encore que la tàcbe accomplie, l'est plus sérieusement cbez nos voisins que cbez nous? Qu'ils soient législateurs, manufacturiers, artisans, serviteurs, à quelque degré de l'écbclle qu'on se place , il y a plus d'abnégation et plus de respect de la loyauté de la transaction.
L'initiative privée est plus considérable, le l)esoin de tutelle ou de protection gouvernementale se fait moins sentir, l'idée fixe d'un père de famille n'est pas en Angleterre, comme en France, la préoccupation d'assurer la vie de son fils en le faisant émarger au budget dans quelque administration publique, étouffant ainsi toute force d'ex-
pansion, ramenant la nation à un seul type sans caractère et sans vitalité , supprimant Fin^iiidualité, augmentant enfin la foule des employés publics, qui souvent, au lieu d'accélérer la marche de la machine gouvernementale, ne font qu'en arrêter le mouvement.
Aurait-on pu chez nos voisins, avec une légèreté coupable qui fut une des principales causes, de notre perte, accepter comme effectif des hommes sous les armes, un chiffre inférieur de près d'un tiers à ce qu'il devait être réellement? Les armements, les approvisionnements, les arsenaux, l'Intendance, n'eussent-ils pas été chaque jour soumis à un incessant contrôle qui établissait l'exactitude du rapport entre l'effectif existant sur le papier et celui qu'on constatait par les inspections générales ?
Oui, ce fut une faute de déclarer la guerre, parce que c'était isoler la France et assumer sur elle une effroyable responsabilité; mais une fois ce malheur déchaîné, qui nous dit que malgré le formidable armement de la Prusse, une armée consciencieusement pourvue comme elle devait l'être, composée du nombre d'hommes qui figuraient sur le papier, administrée comme le com-
portent le bon sens, la nécessité et les règlements militaires, et soutenue par cet entrain et cette virilité qui jusqu'ici ont été notre apanage, n'eût pas pesé d'un poids plus lourd dans la balance et changé la face des choses?
Enfin, pour montrer, par un détail devenu légendaire, ce que nous entendons par le manque de conscience à tous les degrés de l'échelle : à quoi sert d'exiger des rapports des agents diplomatiques, s'il n'y a pas quelque part, aux relations extérieures, un agent chargé de prendre acte des observations qui offrent un intérêt, et cela surtout quand ces rapports émanent d'hommes spéciaux, compétents, qu'ils sont écrits justement dans le pays qu'on a pour objectif, et dont on a un intérêt si pressant, si immédiat, à connaître et les idées et les projets et les ressources ?
Ainsi donc, inconscience, frivolité, ignorance, désintéressement de la chose publique, mépris des relations internationales , insouciance de ce qui se passe au delà de nos frontières, abandon de nousmêmes, telles sont les fautes qui nous ont perdus. Tout le reste en découle , et appliquant ce manque de conscience à toute chose , nous devions logique-
30 PREFxICE.
nient arriver à la catastrophe , surtout étant anx prises avec un ennemi qui a justement les qualités contraires.
Pour ne pas perdre de vue le point précis que nous voulions établir, il est certain que, toutes choses égales d'ailleurs, l'Angleterre, en face d'une guerre, eût été autrement préparée.
La politique égoïste des neutres s'appelle, dans les chancelleries, politique prudente, et la nôtre, qu'ion qualifiait de généreuse , et qui , après avoir inventé les annexions, les interventions armées,, le principe des nationalités, les expéditions lointaines, couronnait l'édifice par une entreprise aussi périlleuse que téméraire, pouvait bien être caractérisée, politique d'équilibristc. Il y a donc lieu de croire qu'en face même d'événements formidables et préparés sans doute pour un but longtemps médité, jamais nos voisins ne fussent tombés dans le piège.
L'Angleterre, à notre place, aurait dit : a Armez à outrance, grevez votre budget, arrachez les générations aux travaux des champs, paralysez l'industrie en dépeuplant les ateliers, nous aimons-
la paix, et nous allons découvrir du côté de l'Australie quelque nouvelle terre vierge où nous planterons encore le drapeau anglais. » Et si la nation rivale, ne pouvant faire sortir de son flegme et de sa réserve cette voisine (dont elle convoitait le territoire et qu'elle accusait au contraire de conioiter le sien), avait fini par lui chercher ce qu'on appelle dans le monde entier une querelle d' Allemand j, il n'y aurait pas eu en Europe une seule nation pour approuver un aussi effroyahlo attentat que celui qui consiste à troubler de gaieté de cœur la paix de l'Europe, et d'ouvrir l'ère des revendications à main armée et des guerres de conquête. Et il n'y a môme nul doute que, soulevés par une telle duplicité, indignés d'un tel attentat, les peuples de l'Europe, en accordant leur appui moral , eussent peut-être aussi donné l'appui de leurs armées.
Pour en revenir à la fiction de lu Bataille de Dorking^ c'est une rude tâche que celle d'envahir l'Angleterre , et la torpille qui fera sauter le vaisseau amiral n'est pas encore inventée. La Hollande et le Danemark peuvent n'être pas des nationalités bien
puissantes, mais au moins elles vivent honorablement et dignement chez elles , et FEurope ne permettrait pas un nouveau forfait. Leurs ports leur appartiennent encore, Dieu merci! et la patience (lu monde, à la fin, se lasserait peut-être du développement colossal de la Silésie et de Tesprit d'absorption du Marquis de Brandebourg.
En tout cas , à défaut de la France triomphante et prépondérante d'autrefois, il reste encore une nation mutilée, mais dont la vigueur n'est pas entièrement éteinte; et cette nation, après avoir parlé, pendant toute la dernière guerre, de l'égoïsme des Anglais, avec son imagination ardente, son cœur chaud et sa tête légère, serait capable, à la nouvelle d'un débarquement des Allemands à Worthing, de mettre le siège devant Metz et de jeter une armée dans la passe de Belfort, au risque de voir cette fois, en cas de défaite, son territoire dépecé et son nom supprimé de la carte d'Europe. On se soui^iendrait encore, quoi qu'on en puisse dire de l'autre côté du détroit, d'Inkermann et de Balaklava, et on se lancerait peut-être dans cette nouvelle aventure avec la double espérance de tenter la délivrance de ces admirables populations
de l'Est, qui n'ont jamais été plus attachées à nous que depuis qu'elles sentent qu'elles ont perdu leur nationalité , et de verser en même temps son sang pour une nation qui fut notre alliée et qui n'a jamais cessé d'être notre amie.
Mais en admettant l'hypothèse, nous tombons à notre tour dans la fiction et dans la faute d'un nouvel accès d'orgueil ; la France , dont on a méconnu le génie , ne doit aspirer pendant une longue période qu'à développer son industrie, son commerce , ses richesses agricoles. Il faut que ses penseurs, ses savants, ses écrivains, ses artistes, nous vengent de nos défaites et de notre humiliation. C'est dans nos tendances, dans le mouvement incessant de notre esprit et sa curiosité naturelle, dans sa netteté, sa précision, sa puissance d'initiative et son indépendance, que gisent nos qualités véritables, les qualités françaises qui, après avoir fait longtemps notre gloire, peuvent et doivent la faire encore.
L'esprit militaire, qui donne aujourd'hui la suprématie et assure l'impunité, ne doit pas primer l'esprit de civilisation ; il y a en nous une certaine tendresse humaine, un don d'émotion, un
amour de ce qui est droit et de ce qui est juste que nous trouvons supérieurs à la précision matliématique et à la dure volonté de l'implacable ennemi qui vient de nous écraser. A-t-on déjà dit que la malheureuse nation française , avec sa puissance d'initiative, semble destinée à être le champ d'expérience de l'humanité tout entière? Sa ville capitale, réceptacle de toutes les grandeurs et de toutes les ignominies , porte le poids de sa prestigieuse renommée; tous les autres peuples du monde profitent de malheurs qui ne devraient point être les siens propres, et quand une idée politique ou sociale a été enfantée dans la douleur, ils se l'approprient et en recueillent les fruits.
Cependant, devons-nous, dans un amour immodéré de la paix et de la concorde qui va jusqu'à l'utopie, nous résigner définitivement à notre mutilation, et, acceptant les destinées que la Prusse nous a faites, chercher seulement à mériter, par notre sagesse à venir, la plus grande somme de bonheur, et à recouvrer, pour ce pays à jamais amoindri, la part d'illustration à laquelle nous avons le droit de prétendre par nos qualités na-
tnrelles et par la richesse de notre territoire?
Non, sans doute! Il faut garder au jflanc cette cruelle blessure toujours saignante, il faut sentir cette humiliation toujours vive, pour que la douleur nous rappelle que le membre brutalement séparé souffre comme le corps auquel il appartient, et pour que la pensée, toujours présente, de l'humiliation reçue , abaisse notre sot orgueil et nous corrige de notre criminelle jactance et de notre incurable vanité.
Et si nous rentrons en nous-mêmes dans un solennel examen de conscience, nous aurons mérité la régénération, et le jour luira de la rédemption.
Quant à l'Angleterre, nous ne nourrissons pour elle que des sentiments fraternels et une sympathie durable ; nous avons la confiance que sa prévoyance et sa sagesse la garderont de tout désastre à venir, soit que le danger vienne du d*ehors, soit qu'il la menace au dedans. Marchons donc désormais dans la même voie, animés du même respect, inspirés par la même conscience.
La Bataille de Dorking restera un brillant jeu d'esprit littéraire et une ingénieuse fiction; il faut
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être assez fort pour envisager toutes les perspectives, même les plus cruelles, afin de les éloigner ejt d'en combattre les éventualités lointaines. En tout cas , si quelques-uns trouvent que la solution envisagée par Técrivain est moins invraisemblable que nous voulons le croire , cette Bataille de Dorhing serait le cri d'alarme qui retentit au milieu de Torage et qui indique au pilote qui conduit le navire Técueil qui pourrait le faire sombrer et les premiers remous du tourbillon dans lequel son vaisseau va s'engager.
Charles YRIARTE.
Viltcl (Vosges), août 1871.