‹ Bataille de Paris, en juillet 1830Chapitre 2 sur 8 · PLAN · texte numérisé non relu

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Il n'est aucune science , parmi toutes les sciences humaines, qui exige plus de combinaisons que la science de la guerre \ c'est le problême indéfini à un nombre infini d'inconnues. La solution d'un tel problême dépend toujours de toutes les causes qui le modifient , soit naturellement , soit artificiellement , soit par accident , à la surface du terrain sur lequel les actions militaires s'exécutent.

Je me réserve de rechercher plus tard , dans mes Souvenirs militaires, la solution du problême que j'énonce ici, et je veux donner aujourd'hui un exemple de la manière dont je traiterai la question.

La glorieuse et immortelle bataille de Paris me fournit cet exemple : j'en profite.

Depuis seize ans , la France , humiliée sous le plus vil gouvernement dont elle ait pu jamais supporter le joug , rongeait ses fers, et tous les cœurs étaient gonflés d'indignation. Mais, d'un côté se trouvait la force militaire soutenue par la fraude , l'hypocrisie et une administration corruptrice : les trésors de la France soldaient cette corruption; de l'autre côté était la France toute entière , sans armes , sans aucun moyen matériel

de la guerre, ou autrement elle n'avait pour armes que son indignation et sa gloire avilie.

S'il est une vérité politique et morale incontestable, c'est la vérité suivante : Un peuple qui perd sa liberté et qui souffre l'esclavage a mérité son sort', personne ne doit le plaindre ; et la France vient de prouver à l'Europe, que dis-je , à l'univers entier, qu'elle était digne de la liberté : l'antiquité ni les temps modernes ne présentent un phénomène plus mémorable et d'une conséquence plus étendue que celui de la bataille de Paris, et de l'assentiment général des Français, ou plutôt de la part qu'ils ont prise, sur tous les points de la surface de la France , à cette bataille.

Je viens de dire qu'un peuple qui supportait l'esclavage méritait son sort. Cette vérité n'est pas nouvelle, et nos auteurs classiques l'ont révélée sous toutes les formes du langage. La poésie elle-même s'en est emparée. Un peuple peut être vaincu momentanément; mais il ne reste jamais sans armes1 , et alors même qu'il en manquerait , la fureur lui en fournirait a s'il est digne de la liberté. La nation française vient de donner une démonstration éclatante de celte vérité si énergiquement rendue par le poète latin : elle s'est fait des armes de tout ce qu'elle a trouvé sous sa main.

D'autres plumes décriront plus tard le grand phénomène dont je suis témoin -, elles en coordonneront l'ensemble imposant avec les détails. Mais déjà disparaissent les monumens dont elles ont besoin pour pouvoir transmettre à la postérité les preuves que l'histoire réclame et exige. Je suis sur le champ de bataille : je l'étudié avec grand soin : je vais décrire ce que je vois.

Mais avant de faire celle description, j'ai besoin d'indiquer

1 Victis arma super sunt. Yirg.

1 Et furor arma minîstrat. Virg.

les causes morales de ce grancLévénement; et j'espère le traiter de manière à ce que mes lecteurs comprennent facilement la question que je vais agiter; pour y parvenir, je diviserai mon sujet en trois parties.

Cause éloignée', cause immédiate , effets.

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