‹ Bataille du Mincio du 8 février 1814 entre l'Armée du Prince Eugène et celle du Maréchal Comte de Bellegarde par le chevalier Vacani jadis commandant du génie a une lieutenance du princeChapitre 4 sur 5 · HU · texte numérisé non relu

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Ensurplusdc cette masse fortement placée au M incio, et pour ainsi dire encadrée entre Je Po et le Lac de Garda sous l’appui de M autour et de Peschiera, le Prince Eugène avait dans Plaisance une Garnison commandée par le Général Gratien, et avait placée la Division du Général Scveroli aux environs île Panne aussitôt après son arrivée d'Espagne, où elle s’était acquise une réputation brillante. Et tandis que de la sorte il observait toujours d’un œil attentif sur sa droite l’Armée de Naples, qui d’après les vives instances de Lord Uentink et du Maréchal de Bellegarde aurait dû couper sa ligne d’opération , il plaçait une petite réserve il Brescia sous les ordres du Général Itonfanti pour contenir les détachemcns du Corps de Somniariva , qui sous les ordres du Général Stanissavlevics inquiétaient sa gauche depuis Itiva à Hocca d'Anfo, autre des points forts, qui lui servaient d’appui pour la défense de la Lombardie.

Enfin par suite de sa nouvelle résolution de combattre sur le Afin- 7 F,,ri «cio, et (renonçant à toute idée de retraite) se replacer sur l’Adige à Féronc il allait se faire rejoindre par les Dépôts de Turin, Milan et Alexandrie au lieu d’y compléter les [garnisons, comme il aurait peut-être fallu, ainsi qu’à Gênes, pour y empêcher les troubles et en imposer aux ennemis.

Les bruits se sont une fois répandus que c’eût été à son grand n vwnon< ni» regret, que le Prince Eugène eût dû se porter au delà des Alpes “ïiii quittant le pays, où il exerçait le pouvoir suprême et dont il aspirait, dit-on, à obtenir l’investiture permanente, malgré toutes les entraves, que lui opposaient l’amour des peuples et la légitimité des anciens maîtres. Quelques documens historiques noms disentpourtantque lorsque par suite de la volonté de Napoléon if était au point de se mettre en marche pour se porter avec l’Armée du Mincio aux Alpes sur Chambéry ou sur Briançon il fit valoir « Que sa présence en Italie y occupait 100 mille ennemis rè- « partis sous les ordres séparés de Bellegarde, Murat et Bentink,

« qui auraient été autrement fort nuisibles au midi delà France,

« et que puisque son Armée se composait pour la plus grande par- « tiedcs soldats d'Italie, il y aurait eu grand fondement pour crain- • dre un affaiblissement progressif et allarmmt en cas de retraite ;

« ce qui aurait fait manquer le but d’un secours, et ce qu’on n'au- « rait eu aucunement à craiiulrccn se tenant en position en Italie. »

Certes Napoléon envisageait aussi bien les dangers d’une retraite que les bienfaits d’un secours, et si plus tard en annonçant au Prince de son quartier général de Nangis ses Lauriers de Champaubert et de Montmirail il lui adressait ces mots importans :

« Il est possible donc si la fortune continue à nous sourire que « l'ennemi soit rejeté en grand désordre hors de nos frontières, et « que nous puissions alors conserver l'Italie, » il faut croire, qu’il aurait bien voulu sans trop en montrer le besoin , avoir sous main tous les moyens possibles pour assurer la victoire en France ; car V Italie déjà pour la plus grande partie soustraite à son pouvoir, ne pouvait être à lui autrement, et pareeque l’Armée qui y serait restée aurait été perdue pour l’une et l’autre en cas de revers au cœur de l’Empire. Aussi les Généraux fran-

çais à l’armée du Prince voyant leur sol natal entamé par l’étranger auraient voulu y accourir en toute hâte pour prendre part à sa défense, et peu s’en est fallu qu’entrevoyant le jugement de la Postérité au travers des passions et de la manie des conquêtes l’on ne jetât les hauts cris sur ce que la Patrie étant en danger on n'eût quitté plutôt cette Italie, dont les attraits avaient été jadis si funestes à Carthage. Tous pourtant se soumirent à la voix du Prince(dont la répugnance pourla retraite était justi- 7 Février fiée) quand il leur annonça ses esjwirs du succès en France. les vœux du Prince Murat pour la Patrie, le plan d’attaque sur Villafranca, e t son nouveau projet de replacer l’Armée à YAdige. pupoaiyonsdu Le Lieutenant-Général comte Grenier, homme de tète et de 'vé^eTt'^' cœur > devait se porter le 8 Février de Mantouesur Roverbella rAliigef avec * a Garde Royale et la première Lieutenance précédée d’une brigade de la Division de cavalerie du Général Mermet. Le Prince Eugène lui-même à la tête du Centre composé d'une seconde Brigade de cavalerie et de la Division Quesnel comptait sortir île bon matin de la tète de pont de Goito, rejoindre l’aile droite aux environs de Roverbella pour ensuite tomber en masse sur l’Armée autrichienne, qu’on supposait pouvoir surprendre aux environs de Villafranca. Enfin l’aile gauche de l’Armée réduite à la division Fressinet et à un régiment de cavalerie à Monzambaw et a la Division Palombini dans Peschiera devait sortir de ces deux tètes de pont sous les ordres du Lieutenant-Général Verdier, homme lassé par les longs travaux de la guerre, courir tout droit sur le flanc de l’ennemi à Villafranca et Castelnovo, et prévenir ou assurer j>ar ces mouvemens hardis la reprise de Véime et le complètement de la victoire. Mais la supposition du Prince Eugène de trouver l’ennemi en défaut était erronée, et ce qui arriva peu avant l’attaque déconcertant d’abord tout le plan a encore une fois prouvé, que tout calcul sur le mépris de ' l’ennemi est faux , et que toute grande résolution ne devrait être prise qu’avec cette richesse de fermeté propre à courir au but à travers tous les obstacles , car celui , qui s’en laisse détourner au commencement n’a pas cette trempe , qui constitue le vrai génie et sait commander à la victoire. Ici le Maréchal

DI! MINCIO

île Üellcgardc avait justement réuni son Armée le long du Min- ' F, ' ,rler cio pendant celte même journée du 7 février, dans laquelle le Prince Eugène changeant son plan de retraite en celui d’attaque coordonnait inapperçu ses masses sur une trop grande étendue pour l’attaquer le lendemain. Une disposition réciproquement offensive , et une méprise peu connue amenèrent le choc des deux Armées à cheval du Mincio, et ce furent des surprises et un déploiement de fermeté et de valeur , qui placent cette Bataille parmi les grands Faits d’armes dignes d’être recueillis par l’histoire.

Cet Échiquier important compris entre Vérone, Pesçhiera cl "chîm» ,e Mantoue est un terrain trop connu pour exiger avant d'en- IL alSl'iï trer dans le récit de la Bataille, qui forme le sujet de ce Mémoire, une description minutieuse. Bien avant ce fameux Prince Eugène de Savoye, qui le rendit si célèbre par les manœuvres les plus hardies contre les premiers Généraux de Louis XIV, les guerres continuelles des petits Princes , qui gouvernaient Férone, Brescia, Mantoue, Ferrarc l’ont fait connaître, et bien des fois la gloire des armes s’est plù depuis à y reparaître jusqu’à l’époque, dont nous parlons, où Eugène de France rendit à l'Autriche ce que celui de Savoye, un siècle avant, lui avait conquis. Un simple coup d’œil sur le petit Plan ci-joint dressé l«r moi sur la Carte de l’État Major et sur quelques unes de mes Ui “ a " 10 propres reconnaissances suffira à l’ensemble pour un militaire, qui se plaît à trouver à cèté du récit consciencieux de grands Faits d’annes quelques traits qui en éclairent mieux la lecture et en augmentent ce haut degré de précision, qui est le vrai (lambeau de l’histoire.

Le Mincio, qui a son origine dans une Alpe secondaire aux Alpes de premier ordre entasse ses eaux dans le vaste réservoir dit le Lac de Garda, dont par Pesçhiera il écoule sur un chemin tourtueux de 40 à 60 toises de largeur et sur une longeur de 24 milles d’Italie jusqu'à Mantoue. Là c’est l’art, qui d’accord avec la nature a reproduit un petit lac, d’où l’eau descend par une issue bien défendue dans la partie inférieure pour s’immiscer avec celle du Po. Les crues de celle-ci sont

Tosi lion flos deux Armées la veilk) do la Bataille.

7 Février

quelque fois dans l’année si fortes qu’elles l’arrêtent à son embouchure au-dessous de Govcrnolo, en relèvent ou en surpassent la hauteur dès que l’ancien barrage y a été abattu, arrivent aux digues de Mantoue, inondent les bas fonds, et rendent cet emplacement aussi marécageux qu’impénétrable. A droite et à gauche du Mincio depuis Peschiera jusqu’à moitié chemin de M autour le sol élevé est entrecoupé de ravins; il offre par conséquent des défilés, des positions et des passages fort propres aux opérations respectives de deux Armées opposées, placées sur l’une ou l’autre rive. Mais dans la seconde moitié de l’espace susdit jusqu’à Mantoue le terrain est plat, fort labouré, et même coupé plus bas par des ruisseaux et des risières, et parsemé de hameaux et de villages. Vous voyez donc sur la droite du Mincio les coudes de Monzambano, du Moulin de la Volta et de Goito présenter des points de passage très-favorables à qui possède cette rive; vous y voyez les collines serpenter depuis le bord du Garda jusqu’à la Volta, qui est sur une pointe de la crête dominante la plaine de Goito et de Mantoue, d’ou devraient partir comme d’un seul centre tous les rayons d’attaque vers la rive gauche. Une pente inégale sépare la plaine susdite du lit de la rivière, qui est maintenant plus reserré qu’il n’a dû l’être il y a quelques siècles. De même on voit sur la rive gauche le sol ondulé se ramifier en collines ou agrestes ou labourées depuis le lac de Garda jusqu’à Valeggio. Là une plaine rase, plus loin coupée de canaux, s’étend jusqu’à Mantoue, où une pente irrégulière conduit au lit des eaux courantes du Mincio et des marais. Justement sur cette rivière le Prince Eugène possédait la veille de la Bataille Peschiera, Monzambano, Goito, Mantoue et Govcrnolo avec des ponts de pierre ou sur pilotis fortifiés aux deux têtes, avait un camp à la Volta, et tout le long de la rivière les postes nécessaires à bien garder les passages. Le Maréchal de Bellegarde au contraire ne faisait qu’y arriver de la rive gauche de VAdige, n’y avait aucun point fortifié, et ne pouvait que mettre à son profil les rentrans de la rive gauche les plus convenables a son passage, savoir Salionze, Valeggio, Pozzolo,

et c’est ce qu’il fit avec beaucoup de vitesse et une assurance prononcée sitôt que l’occasion lui en fut offerte par une faute de son ennemi, à qui elle coûta bien cher, et qui aurait pu devenir aussi très-funeste au Maréchal sans cette sagesse, qui fut son guide, et sans cette fermeté, qui élève si haut la renommée des Grenadiers autrichiens.

La nuit du 7 s’écoula en grand silence dans les deux Camps opposés après les dispositions respectives de la journée, savoir v £j V e chez le Comte Bellegarde « pour saisir l'instant de traverser le Vu "K » Mincio et entamer l'ennemi en retraite, » chez le Prince » Eugène pour surprendre l’Armée autrichienne à Villafranca et » se placer à l’Adige: » mais la journée du 8 ayant paru , les avantpostes de Bellegarde n’apperçurent aucun poste, aucune védette française le long du Mincio dans le long intervalle compris entre Goito et Monzambano, et comme cet espace était bien gardé la veille on eut raison de supposer, que l’Armée du Prince eût commencé pendant la nuit son mouvement de retraite, qui comme nous avons dit plus haut, était sur le point d’être avéré par ordre et convenance. Loin d’être un piège tendu pour compromettre l'ennemi ce fut une faute bien grave , une méprise à grandes conséquences que celle d'avoir retiré dans l’Armée du Prince tous les postes placés de long de la rivière par la seule raison de concentrer les hommes de garde aux compagnies, celles-ci aux bataillons et aux rôgimcns, les régimens en entier aux brigades et aux Divisions pour ne former que deux Masses plus compactes aux deux points de passage, savoir à Goito et Monzambano. L’imprévoyance et la maladresse donnèrent lieu à cette mesure, qui sans avoir été ordonnée par le Prince, fut conseillée par la routine aux Adjudans de la troupe, prise sans souciance par les Chefs des Corps, et inaperçue ou dédaignée par les Généraux. Elle donna lieu au passage desAutrichiens sur la rive droite sans être vus, par conséquent à toutes les suites, qu’un tel passage aussi imprévu que dangereux a dû produire. Le Maréchal de Bellegarde partageant l'impatience de son Armée de rejoindre l’ennemi dans la retraite fit réparer de suite sans coup férir le pont de i larghetto ,

s Février e i y fit passer vers 8 heures du matin tout le Corps du Général Radivojevich, fort d’à peu près i 4,000 hommes campé la veille en masse sur le plateau de Valegijio. Ce rétablissement et ce passage du pont au milieu de la ligne de défense du Mincio furent également inaperçus par le Prince Eugène , qui était à Goito avec le centre de l’Armée, et par Verdier, qui avec l’aile gauche campait à Monzambano, et y attendait avec sa troupe en masse l'heure indiquée pour son passage. Voilà donc l’aile gauche coupée du centre de l’Armée française, sans qu’elle en eût le moindre soupçon, et voilà de l’autre côté le Prince Eugène prêt à tomber avec une double masse sur l’Armée autrichienne au moment où elle .devait le croire plus loin. Jamais peut-être le hasard ne s’est mêlé autant que cette fois-ci à troubler les plans des deux Généraux, à l’instant même où ils allaient être mis en éxecution. Il était décidé, que le Prince ne trouverait point le Maréchal de Bellegarde en défaut, ni à Villn fronça, mais bien en armes et tout disposé à combattre avec opiniâtreté cl vigueur, toutes fois qu’il eût fallu aussi bien sur l’une que sur l’autre rive du Mincio. Aussi était-il donc décidé, que l’Armée autrichienne trouverait ses passages inobservés, se placerait achevai de la rivière, soutiendrait sur sa gauche un choc aussi imprévu que violent, tandis que sur sa droite elle jetterait l’alarme dans l’aile gauche ennemie, en sorte de lui empêcher tout concours d’action avec les autres parties de l’Armée du Prince. Nous allons voir le développement de la Bataille après avoir rappelé en peu de mots l’emplacement des (lorps des deux Armées opposées à la pointe du jour, et leurs missions pour le combat.

iiisirihuiioi. L’extrême droite de l’Armée autrichienne était confiée au

(leR IrnUJK’S

nu“Æïu!oL Général Vlassits; elle occupait les hauteurs de Castclnovo et Cn-

lour"*: du s. fxilcaselle vis-à-vis de Peschiera, dont elle devait contenir la garnison. Le Général Sommariva, qui avait le commandement de toute l’aile droite de l’Armée , campait à Olioso et sur les hauteurs de Salionze . étant chargé de rejeter la garnison de Peschiera dans la place avant de suivre l’ennemi en retraite au delà du Mincio. soit par le pont de Monzambano, en cas

qu’il fut abandonné, soit par le pont de Borghetto réparé: on 8 F,vrU ' r verra dans la suite ce qui a été fait d’important sur ce côté de la ligne. — Le centre était formé à Va leggio par le Corps du Général Kadivoje vieil, et par celui du Général Merville, dont les beaux Grenadiers du Général Stutterheim formaient le vrai noyau de réserve. Le Maréchal lui-même comptait mener ces Corps au delà du Mincio sur les traces du Prince Eugène, soit en passant sur le pont réparé de Borghetto, soit en en jetant un second au rentrant de Pozzolo. Nous aurons occasion de voir plusieurs de ces Corps développer une toute autre bravoure, que celle toute offensive qu’on demandait de leur dévoument bien reconnu: surpris par une attaque violente, et entrecoupés par la rivière, jamais l’ennemi n’a pu parvenir à les dissoudre. Toujours le Maréchal a eu cela d’avantageux sur son ennemi, il conserva strictement au point de Valeggio l’union de toutes les branches de son Armée , quoique la surprise et les forces plus considérables employées par son adversaire eussent essayé de lui porter l’atteinte la plus sensible. L’extrême gauche sous les ordres du Général Mayer était aux environs de Roverbella faisant face à Mantoue, de sorte, qu’une sortie de la garnison aurait eu de la peine à en déloger les bataillons, mais la marche imprévue de toute l’Armée du Prince Eugène les a d’abord jetés dans un désordre, qu’il n’a pas été au pouvoir du Général de réparer sur l’instant. Dans le cas que l’Armée du Prince se fût réellement repliée sur Crémone (comme on a dû le croire jusqu’au moment de l’attaque) le Général Mayer devait achever l’investissement de Mantoue • et avoir le commandement du Corps de Vlassits chargé du blocus de Peschiera. Enfin une petite réserve avec la suite du Quartier Général était à Villafranca et les Parques de l’Armée étaient à Vérone , qui était le point de ralliement en cas de revers.

L’extrême droitede l’Armée française (sauf quelques bataillons Dinrihoiion

. des troupes

à Borgoforte et à Governolo) était dans Mantoue, le Général ju princa Grenier en sortant de cette place pour se porter sur Rombella dc la devait aussi en faire sortir la Division italienne du Général

« Février Zucchi, la dirigeant sur Castiglione, et même plus bas vers Castellaro pour éclairer la droite de l’Armée sur toutes les avenues d 'Isola délia Scala. Le centre à Goito était réuni en colonnes pour se porter sur Rovcrbella par Marengo, tandis que deux, détachcmcns à droite et à gauche s’empareraient de Mannirolo et de Pozzolo, où l’on savait campée quelque troupe ennemie. Tous les bagages du centre et de l’aile gauche de l’Armée devaient être rassemblés dans Goito, qui est une petite ville environnée d'une faible enceinte. L’extrême gauche aux ordres du Général Verdier campa la nuit à Monzambano ou dans Peschiera, mais la trop grande distance, où elle se trouvait du restant de l’Armée, et la faute commise d’avoir enlevé toutes les gardes le long du Mincio furent sur le point de compromettre son existance; aussi elle ne remplit point la tâche, qui lui était imposée, et le manque d’énergie et d’ensemble dans ses attaques ou plutôt dans sa défense de Monzambano fit dès le matin désespérer de la victoire. Heureusement pour l’Armée du Prince Mantoue et Peschiera, qui étaient ses places de dépôt, étaient aussi ses derniers points de ralliement en cas de revers. l prK c ™u-“ Le Corps de Radivojcvich n’était pas totalement passé sur renvméc à le pont de Borghetto a l’insu de l’ennemi , que déjà la chaîne Monzambano. ^ jouteurs, q U j rem onle depuis ce coude du Mincio au point culminant de la Pila se couvrait dUme traînée d’éclaireurs autrichiens à pied et à cheval dirigés sur Solferino et sur Volta d’une manière fort visible depuis le bas plateau de Monzambano, où le Corps de Verdier était réuni. Ce spectacle tout-à-fait inattendu dans l’Armée française étonna d’abord et dérangea entièrement peu après le Général Verdier dans l’exécution du plan de son passage sur la rive gauche. Il envoya d’abord un bataillon en reconnaissance vers la troupe inconnue, qui paraissait sur les hauteurs , et il fallut bientôt y en envoyer un autre et un moment après un troisième, et un quatrième sous les ordres mêmes du Général Fressinet, guerrier aussi habile qu’audacieux, non plus pour s’opposer à la marche directe de la colonne ennemie, mais pour sauver les siens et se sauver lui-même de l’attaque vigoureuse, qu’elle dirigeait sur

Di; MINCIO

lui du haut on bas, dès qu’elle eût apporeu ses masses * |,Vvrl ' r autour de Mmzambano. C’était vraiment le combat le moins prévu et celui qui déconcertait dès le matin l’ensemble de l’attaque projetée par le Prince sur une donnée bien fausse , celle de surprendre l’ennemi. Déjà non seulement toute communication entre Verdier et le Prince était rompue , de sorte qu'aucun des deux ne savait où en était l’exécution du plan chez l’autre: ce qui suffit pour ébranler le courage, et tout espoir de triomphe au premier moment de l’action ; mais le Général Verdier voyant ses bataillons ramenés sur lui (criant à haute voix contre la surprise ) perdit cette énergie qu’un Capitaine devrait inspirer lui-même aux soldats lorsqu’un revers inattendu la leur enlève, et au désespoir de se voir refoulé plus loin vers Ponti, ne songea plus à opérer de son côté aucune attaque, mais bien plutôt à se jetter sur les hauteurs, et sous la protection de Peschicra. A lui faire prendre ce dernier parti ne contribuaient pas peu avec leur belle contenance le Général Vlassits vis-à-vis Mandella, et le restant du Corps du Général Sommariva vis-à-vis SalionzeelMonzambano. La défense de l’un contre les attaques de Palombini sur les hauteurs de Cavalcaselle, et les démonstrations offensives de l’autre contre Monzambano rendirent toute sortie infructueuse , et leur accord avec l’attaque de Radivojevich paralysa entièrement cette aile gauche de l’Armée du Prince pendant toute la journée , lui causant une perte et (ce qui vaut le plus) un découragement de plus sensibles, qui ne fut balancé que par la noble conduite de quelques Chefs subalternes, entr’autres de l’Artillerie et de la Cavalerie.

Pendant qu’une partie du centre de l’Armée autrichienne u*rout«<i<!

. . . ... ni . Cr^muiie pnr-

traversail ainsi la rivière a Borghetto , et gagnait du terrain avec coa ( r“",££ la beaucoup d’impétuosité sur le Corps du Général Verdier, une avant-garde aux ordres du Général Vccsey descendait du plateau de Valeggio au Gué de Pozzolo, le traversait inaperçu avec quelques éscadrons de cavalerie, y établissait un pont sur bateaux , qu’il confiait à la garde d’un bataillon soutenu plus loin par toute la Division de réserve du Général Merville , et

s Ffvrier sans rencontrer d’obstaclesse répandait danslaplaincdeGer/oni/rt, jctlail la plus grande alarme dans Goito, et s’emparait sans coup férir du village de la Vol ta, ainsi que de beaucoup de bagages abandonnés à quelques guides sans escorte sur tout ce terrain ouvert, que le Prince ne voulait pas croire d’aucune manière menacé. L' Adjudant-commandant de Querelles eut beaucoup de peine à rallier les fuyards dans Goito , d'où le Prince était sorti en toute assurance une heure avant pour se rejoindre à Rmcrbella avec Grenier , et tous les deux marcher à l’ennemi sur Villafranca et Vérone dans le ferme espoir de l’y surprendre et de le battre complètement.

mÎmiaÎmiui" L'Armée française, qui possédait la rive droite du Mincio k&mmÏ avant 9 heures du matin, venait donc d'y être déplacée ou pa-

i RomMia. ralyséc par suite de plans fixés d'avance par les deux Généraux en Chef, dont l’un voulait suivre, l’autre surprendre son adversaire, mais tandis que le centre de l’Armée autrichienne s’emparait de la rive française sous le fort appui de Sommariva à droite et de Mcrville à gauche toujours liés entr’eux et avec le centre par la voie directe de Valeggio, le Général Grenier sortant de Mantoue à la tête de la Garde Royale et de sa propre Lieutenance, plus une Brigade de cavalerie, renversait l’un sur l’autre les bataillons du Général Mayer échelonnes à distances considérables sur la grande route de Iloverbella , et opérait à point fixé sa jonction avec le Prince Eugène aux environs de ce bourg , où Mayer même ôtait depuis peu établi. Celui-ci tout à coup dérangé et surpris par une force aussi supérieure à la sienne, et menacé même sur sa gauche par la colon ne du Général Zucchi guidée sur Castiglione et sur les digues de travers rammassa en toute hâte son monde plus en arrière et opéra assez tôt une concentration des forces vers Mozzecane |K)ur y opposer la résistance la plus opiniâtre , et défendre les avenues de Villafranca. C’est donc ce moment, où un succès décisif couronnait les attaques de l’Armée autrichienne sur la rive droite, et une attaque violente et imprévue en balançait les avantages sur la rive gauche , qui aurait été le plus critique pour elle, si le Maréchal de Bellegarde n’eût déployé à l’heure

même ce câline cl celle confiance, qui seuls savent prévenir * K,vr "' r des grands désastres, quand l’un et l’autre s’appuient sur la conscience d’un plan prudemment arrêté, et sur l’ensemble et la bravoure des troupes également préparées à tous les événemens.

La Division Mervillc avait été placée en position vis-à-vis J*W|ïï5Sïïîî Pozzolo sur le plateau compris entre Valcggio et Rorerbella, et «“Uciueni. ne devait suivre le mouvement du Général Vecsey au delà du Mincio sur la direction de Crémone , qu’après le retour des détachemcns de cavalerie envoyés au loin pour reconnaître au juste les positions nouvelles, ou bien la marche rétrograde de l’ennemi. Son front étant donc tourné vers la rivière, elle présentait le flanc aux différentes colonnes, qui (a son insu étant sorties de Goito et de Mantoue ) s’aggloméraient autour de Rorerbella dans le projet de marcher sur Villafranca et de se placer encore une fois à Vérone , frappant l’Année de surprise.

Mais Stutterheim changea promptement le front de sa ligne de Grenadiers tournant la gauche sur Ramelli et la droite dans la direction de Pozzolo, sitôt que le Général Merville eut lui-même d’abord entendu le feu entre l’ennemi et Mayer s’approcher de Rorerbella et de Faroni , eut vu de loin marcher sur lui différentes colonnes ayant en tête quelques éscadrons de cavalerie, qui ne pouvaient être la garnison de Mantoue (comme on le crut d’abord ), mais l’Armée même du Prince ; eut enfin vu ramener la trop petite masse des Hulans dirigée sous les ordres du Lieutenant-colonel Mengen à leur recontre et se vit contraint de se placer lui-même à la tête des Dragons de Savoye pour culbuter celte Avant-garde ennemie , qui soutenue de prés , comme elle l’était par le Prince Eugène en personne courait sur lui comme sur une proie aussi sûre qu’inattendue.

Grenier et le Prince Eugène une fuis réunis entre Marengo et Rorerbella s’aperçurent , que l’ennemi au lieu de se trou- du l>riD “‘ ver en défaut et à Villafranca , était réuid sur le plateau de Valcggio , était aux prises avec Verdier sur la rive droite , et avait lancé de gros partis sur Goito , et sur les routes de Milan, dont on ne connaissait la force, (pie par le bruit, qui d’or-

as

» «mer dinaire est alarmant chaque fois , qu’une troupe ennemie se montre là où on l'attend le moins. Au lieu donc de suivre le plan tracé et de marcher franchement sur Villafranca, on prit te parti plus faible, et on divisa les forces de la manière suivante. La Garde Royale, hormis l’artillerie à cheval cl les dragons, fut dirigée sur Goito afin d’y mettre en sûreté ce point de retraite important et s’il eût été possible rétablir par là la communication interrompue avec Verdier à l’aile gauche de l’Armée. La Division Quesnel précédée de la brigade de cavalerie du général Perreymond, l’une venue de Goito avec le Prince, l’autre venue de Manloue avec Grenier , devait se porter par un chemin de traverse sur Valeggio et reprendre la route de Vérone, si jamais on eût pu s’emparer des ponts de Pozzolo et de Borghetto. La Division Royer venue de Mantoue devait suivre en seconde ligne la division Quesnel, en tète de laquelle marchait le Prince avec la brigade de cavalerie du Général Bonnemain. Restait encore la Division Marcognet , sortie aussi de Mantme, mais à elle seule était imposée la tâche d’avancer sur Villafranca, poursuivant les avantages obtenus sur quelques bataillons du Général Mayer par toute la Lieutenance du Général Grenier. Enfin le Général Zucchi dut aussi partager son monde sur Castiglione, Duc Castelli et Castellaro dans le but d’opérer seul vers Isola délia Scala , ce qui en l’écartant trop du reste de l’ Année, fut sur le point de le compromettre. On ne conçoit pas en effet cet éparpillage des troupes après tant de soins qu’on s’était donné pour agir soudainement à un seul et même but , si ce n’est cette présomption toujours fausse , qui fait croire de vaincre tout et partout à la fois avec le moins d’obstacles et le plus de succès possible. Ici on ne peut se refuser l’expression de l’étonnement d’autant plus que tout ce plan d’attaque basé sur une surprise paraissait fondé sur l’opinion la plus légère à l’égard de l’ennemi , qui avait pourtant prouvé en différons faits d’armes depuis les bords de la Save jusqu’à ceux de YAdige, que tout brave et entreprenant qu’on soit, l’on ne méprise pas impunément une Armée dévouée à son Prince et à sa Patrie.

DC M INCIO 20

Lorsque le Prince Eugène dépassa les environs de Belvedere sur le plateau de Ramelli à la tète de la colonne d’infanterie p sS l «ÊS?' 1 du Général Qucsnel , sa cavalerie d’avant-garde venait d’étre renversée sur lui d’une manière inattendue par la cavalerie du Général Wrede et les Dragons de Savoyc menés à la charge par le môme Général Merville, sur qui était tourné son attaque, et qui allait à sa rencontre pour dégager le flanc de sa propre Division. Il dut donc arrêter tout court son mouvement en avant et former à la hâte un carré des deux bataillons du 1 et du 14.'"' régimens légers , qui marchaient avec l’avant-garde, s’y placer au milieu pour se soustraire au sort qui ôtait sur le point de l’atteindre au commencement de l’action, et émousser ainsi par cette manœuvre promptement exécutée la violence du choc delacavalerieennemie. Cecarré sauva le Princect fut le rempart mobile , autour duquel les Généraux Bonnemain et Perreymond rallièrent leurs escadrons et parvinrent à repousser les charges de l’ennemi, jusqu’à ce que l’infanterie et l’artillerie des deux Divisions Qucsnel et Boyer arrivant peu à peu sur le terrain , et développant un feu vigoureux sur des lignes étendues l’eurent déblayé entièrement. Alors les doubles lignes de bataille avancèrent malgré le feu très-vif des Grenadiers de Stutterheim jusqu’au plateau de Belvedere et de Ramelli refusant la gauche, et approchant la droite vers la division Marcognet, qui avançait toujours , quoique fort lentement , sur la route de Villafranca. L’ordre , dans lequel ces masses se développèrent était imposant, leur force au centre était de 40,000 hommes ( le régiment de la Garde Royale à cheval compris),

30 bouches à feu en garnissaient les intervalles et en flanquaient le front, des Officiers habiles , des Généraux et un Prince formés aux grandes guerres, et avides de gloire les commandaient. La Division autrichienne , qui leur était d’abord opposée sous les ordres du Général Merville ne comptait pas plus de 4,000 hommes ( les régimens de Savoyc et de Hohenlohc compris) et 8 bouches à feu. Ello soutint le feu de l’artillerie , les charges de cavalerie et les abords de l’infanterie avec une étonnante intrépidité, et ne se borna pas

8 Fiivricr à une défense de pied ferme, mais saisissant de tems à autre

l’instant convenable, tantôt c’était un bataillon, tantôt un escadron, qui en masse serrée tombaient sur l’ennemi, désordonnaient ses rangs ou lui enlevaient des pièces; mais enlln le nombre l’emporta après bien du sang répandu et des traits de valeur, qui flrent beaucoup d’honneur aux deux partis et dont le souvenir devrait être conservé dans des Annales spéciaux • dédiésà la gloire desRégimens.LemouvementrétrogradedesGrenadiers autrichiens ne s’opéra pourtant qu’avec beaucoup de lenteur et avec un ordre parfait, après que leGénéral Mermetà la tète de sa cavalerie eut essayé de tourner leur aile gauche, et après que le feu roulant du Général Mayer aux environs de Mozzecane eut indiqué la marche progressive de la Division Marcognet sur la route de Villafranca, par conséquent l’urgence de chercher plus loin vers Quademi l’appui du Corps de Sommariva en attendant l’arrivée du Général (juosdanovich à Mossi, et du régiment Saint-Julien sur le point le plus menacé de la ligne.

rtuS'uns Le Maréchal de Bellegardc avait eu soin do rester toujours

doViupirdc maître des communications avec toutes les parties de son Armée , do sorte qu’il pût de suite donner à chacune les ordres voulus par les nouvelles circonstances.il avait à peine appris par Radivojevich la présence d’une troupe considérable autour de Monzambano , qu’il jugea, que ce ne pouvait être la garnison de Peschiera (comme on l’avait pensé d’abord), mais une partie de l’Armée active du Prince, dont la retraite avait parue certaine de grand matin par l’abandon du Mincio, mais qui avait dû être retardée par des causes à lui inconnues. Il fut dès 9 heures affermi dans cette pensée par la fusillade du Général Mayer au delà de Rorerbella, et quelques instans plus tard par le feu de bataille de la Division des grenadiers, dont il avait arrêté lui-mêinc le mouvement sur Pnzzolo si heureusement. Il prit donc sur l'instant le parti le plus sage , celui d'arrêter les progrès de Radivojevich sur In rive opposée , rappeler en toute hâte une jxirtie de ces troupes à Valeggio, afin d'être à même de rétablir la balance des forces sur la rive gauche; il avertit le Général Sommariva à Salionze (le ne pas engager de combat

nu MINCIO

sur lu rive droite , comme il l'aurait voulu quand on n’avait * aucun soupçon de la grande attaque île l'ennemi sur la rire gauche, mais bien plutôt île détacher quelque Corps sur Valeggio; il donna l'ordre à sa Réserve à Villafranca (l’aider le ralliement des bataillons du Général Mayer et leur résistance à S. Zeno, où l'extrême gauche de la ligne de bataille devait s’appuyer, et , d’où c'eût été un crime de se laisser déloger tant que lui même au centre aurait tenu. Ainsi pendant qne les Généraux Merville, Stutterheim et Wrede luttaient avec hardiesse et fermeté sur le plateau compris entre Ramelli et Mossi, les secours arrivaient à fur et à mesure à Valeggio, et de là sur le terrain disputé, de sorte que le Prince Eugène vit, mais trop tard, sa faute d’avoir morcelé l’Armée sur des points éloignés, de n’avoir pas .autrement calculé que sur le résultat d’une surprise de l’Armée ennemie, enfin de n’être pas couru à son but avec une masse compacte et irrésistible laissant aux Places le soin de lui observer les flancs et de lui assurer le succès complet de son audacieuse entreprise. Après son développement sur le plateau de Belvedere, ses opérations de front quoique guidées avec ensemble jusqu’à s’emparer de l’emplacement de l’ennemi entre Ramelli et Mossi ne furent proprement, que des détails pour accrocher quelque avantage et rallier les Branches éparses de son Armée, don t celle de Zucchià droite était aux prises avecla gauche du Général Mayer le long de la Molinella aux environs des Due Castelli et ne pouvait aider l’occupation de S. Zeno et Villafranca par la division Marcognet stationnaire à Mozzecane , et dont celle de Verdier à gauche coupée et presque enveloppée ne savait point sortir de sa position nouvelle de Ponti à Monzambano , et pas même l’informer de sa triste situation autour de Pescliiera.

Effectivement dès que le grand but de renverser l’Armée Autrichienne au delàdc l’Adige parla jonction des Corps de droite, jj~ 0 du centre et de gauche était manquée, ce ne fut plus de la part de baUi "'de l’Armée du Prince Eugène, qu’un inutile échange de manœuvres contre une force inférieure, dont la défense a mérité ses propres éloges. Et si plus tard il parvint^ à s’emparer de Pozzolo en dirigeant sur ce point toute la brigade Forestier, qui

«pérrier constituail l’aile gauche «lésa propre ligne dcbatailie, il neflt <jue déplacer du pont la garde autrichienne; car le Lieutenant-Colonel Purcell,qui lacommandaiteutlanoble hardiesse de se jeter sur la rive droite du Mincio dès que la gauche était forcée par l’ennemi, et de ne point discontinuer de remplir d’un côté l’objet de sa mission, qu’il lui était désormais impossible de remplir de l’autre. Le Général Vecsey, qui était sur cette même rive droite, concourut à . rendre presque nulauxFrançaisl’avantage deleur occupation do Pozzolo; sa troupe et celle de Radivojevich possédaient le passage de Borghetto fort bien assuré, et c’est par là que leur retour sur la rive gauche allait s’opérer sans perte et sans que l’ennemi s’en apperçùt. Le Prince Eugène avant de reprendre ses anciennes positions à la droite du Mincio voulut essayer un dernier effort sur Vnleggio, et appela à l'appui de sa droite sur Qmderni une brigade de la Division Marcognet. Mais déjà le point central de Valeggio par les secours de Sommariva gagnait de force à chaque moment , et la Division Mervillc quoique refoulée un instant sur sa droite aux environs de Mossi fut bientôt secourue par les régiments Saint-Julien et Deutschmeister, ainsi que par une Batterie de grosses pièces, de manière que non seulement l’on ne recula plus d’un seul pas malgré toutes les tentatives du Prince de s’emparer de Mossi et d’en tourner la gauche depuis Qmderni, mais on parvint à le déloger des postes les plus menaçants sur les ailes etàimprimcrauxefforts de la défense ce meilleur ensemble qu’ils ne pouvaient recevoir que de la présence du Général en chef, Bellcgarde lui-même. Les Grenadiersautrichiens engagés depuis le matin dans les attaques les plus furieuses soutinrent encore sous des pertes bien graves l’honneur de leurs drapeaux, le Général Quosdanovich fut grièvement blessé en attaquant l’ennemi à son tour au delà de Mossi, la Cavalerie aussi avec quelques charges heureuses aida éminemment à la défense des intervalles, de sorte qu’il fallut au jour tombant , que l’Armée du Prince toute animée qu’elle était et exaspérée contre l’ennemi reprit peu à peu ses positions de la veille , d’autant plus que le Général Verdier était entièrement séparé et n’avait rien entrepris à Monzambano, et que

ntl MINCIO

le Général Zucchi à droite avait été arrêté à la Molinclln puer- “ Févri ‘ ir rayant avec des pertes sensibles dans un terrain ingrat à travers un réseau de canaux et de risières assez bien défendu par la gauche du Général Mayer.

Lanuitmit fin au combat, ctconvrit la retraite de tous les Corps S de l’Armée française sur Goito et sur Mantoue, tandis que leSwf-Hetraït» Corps de Verdier reparaissait à Monzambano par la concentra- d èa«i'.T tion de celui de Itadivojevich sur les hauteurs de Borghetlo et de Valeggio. Le Champ de bataille sur la rive gauche du 3/incio resla donc aux Autrichiens , qui avaient su si bien le disputer contre une surprise, et contre une force supérieure.

Le but de reprendre Vérone, que le Prince Eugène s’était proposé, manqua entièrement malgré tous les efforts de bravoure pour l’atteindre, car son Armée au lieu de pousser plus loin n’a pas atteint Valeggio ou Villafranca, et au lieu de se placer à VAdigc dut se tenir bien près du Mincio, et même après le combat se retirer de nouveau sur la rive droite renonçant désormais à toute action, qui n’aurait eu pour simple but que de s’ydéfendre. Sa perte n’était pasmoins sensible, que celle de l’ennemi, qui monta à près de 3,000 hommes de toutes les armes hors de combat, car si le centre de l’Armée autrichienne a beaucoup souffert , les ailes et le centre de l’Armée française ont eu aussi à regretter des pertes considérables, dont le poids a beaucoup contribué à faire pencher la balance en faveur de l’ennemi. L’union de toutes les parties d’une Armée, qui est le premier soin d’un Général consommé dans l’art de la guerre, et le vrai titre de gloire de celui qui sait s’en ressaisir à l’instant , lorsque sur un champ de bataille la fortune la lui ravit , n’a jamais manquée dans cette journée au Maréchal de Bellegarde: de sorte, que quand même la surprise et le choc de ses ennemis fussent parvenus à lui enlever sur un point la victoire, il était maître de renouer le tout autour de son pivot, et rendre nulle, ou même très-périlleuse la fin de leur audacieuse entreprise, pouvant toujours disposer de son aile droite pour rétablir le combat au centre ou sur la gauche, selon que les succès sur l’un ou l’autre en eussent amené l’urgence. Le Prince Eugène

« F. >rin au conlraire séparé dés le malin de toute son aile gauche ne put groupcraucun nœud pours’ assurer un plein succès, uncvéritable gloire, qui ne s’acquièrent sur un Champ d’honneur, que par cet Ensemble toujours aussi difficile que précieux, qui seul atteint le but d'une Bataille. Verdier ramené par Radivojevich sur Ponti et Peschiera avait renoncé à toute attaque sur la rive gauche, où les masses ennemies bouchaient son passage, rejetaient Palombini dans Peschiera après ses vains efforts sur Camlcaselle, arrêtaient le gros de l’Armée du Prince sur le plaleau de Valeggio et Villafranca , et allaient s’y agglomérer pour leur salut et la victoire. Nous n’avions pas forcé la masse des troupes de Radivojevich une fois arrivée sur Manzambam à s’arrêter tout court et même peu à peu à se replacer sur les hauteurs de Borghetto, comme cela arriva pendant notre marche rétrograde sur Ponti. Ce fut bien clairement l'effet d’un ordre du Maréchal de Bellcgarde émané au moment où le Prince Eugène venait l’attaquer sur la rive gauche , et nous pûmes admirer la précision de ces mouvemens; alors il fallut se convaincre , que quand même ce mur d’airain , que les Grenadiers de Merville opposaient aux efforts du Prince, eût été à la fin enfoncé, celte colonne martiale de Radivojevich , qui jointe à celle de Vecscy avait porté le désordre parmi nous sur la rive droite, aurait pu accourir de nou- • veau sur la rive gauche, et y aurait constitué le Corps de réserve, le point d’appui de l’Armée, et y aurait aussi bien ramené la victoire sous ses drapeaux, comme elle l'avait enlevée dès le matin à l’ennemi sur la rive opposée. Ce fut en effet le coup le plus funeste pour l'Armée française que cet isolement de son aile gauche, à laquelle le Prince ne put envoyer aucun ordre, et dont il ne pouvait avoir aucun renseignement, dès que l’ennemi poussant de gros partis sur les hauteurs de la Volta, et dans la plaine de Goito , vers Caneto et Marcaria avait interrompu toute communication dès le début de la Bataille. Seulement vers la fin de la journée le Général Verdier prenant pour cause ma connaissance du Pays et de la Langue italienne, prit le parti de me choisir parmi ses Officiers d’État-

Major, et de m’envoyer au Prince Eugène sans la moindre es- sérier corte pour pouvoir , disait-il, par un détour glisser franchement plus à nwn aise à cheval au but de ma mission , qui était « de « rendre compte au Viceroi de l’attaque imprévue de l’ennemi sur

- Afonzambano, anticipée d’une heure sur celle , qu’il aurait dû « porter lui-même sur la rive gauche; de faire observer à Son « Altesse impossibilité, oii ion avait été d'exécuter ses ordres et

- oit il se reconaissait d'entreprendre encore une fois ce jmsage « hardi du Mincio, lui indiquant la jxisition arcuée que ion ve- « nait de prendre à Ponti pour être à même d'y attendre ses ordres.

« et, une fois rallié à lui, reprendre les hauteurs de Pila et de la « Volta, et refouler l’ennemi sur la rire gauche du Flaire. » La direction, qui me fut donnée par Verdiersur Mantoue croisait les lignes, sur lesquelles la cavalerie du Général Veesey s’était porté par détachemcns en reconnaissance vers iOglio, j’arrivai cependant à nuit fort avancée à Man tout* sans accidentsetsansy trouver

le Prince , que je ne joignis qu’à Goilo à l’aube du jour sui- a février vaut, au moment où entouré de son État-Major il cherchait au travers des crépuscules, qui séparaient la nuit du lendemain de la Bataille, à deviner la position de l’ennemi à la Volta , et à se tracer lui-mème une route pour dégager Verdier s’il n’eût été déjà trop tard, comme il le craignait. Ses doutes furent levés très à projms (me disait-il) par mon arrivée, et le rétablissement de l’Armée dans son ancienne position sur la rive droite du Mincio fut immédiatement résolu, et par lui-même exécuté ce «««orévnw même jour et le lendemain.

Que faut-il donc de plus pour prononcer d’après les règles jjiioMUm de l’art, et avec une noble franchise, que si le Comte de Belle- s v r garde n’a pas trouvé l’ennemi en retraite et ne l’a pas par conséquent suivi comme il en avait l’espoir jusqu’en Piémont cette Bataille a été perdue par l’Armée du Prince Eugène? Car n’ est-ce pas perdre une bataille, quede manquer le but, pour le quel on la veuteton l'engage? Quelques Généraux non moinsjalouxdegloire, que pénétrés de rancune pour la victoire qui leur était ravie, eurent la faiblesse de ne pas juger de même dans leurs Essais historiques sur celte Campagne du Prince Eugène en Italie,

IS Février

mais les faits parlent et la vérité jaillit toujours au milieu des passions et des récits inspirés par des sentimens d’affection ou de reconnaissance, qui ne sont pas toujours les vrais guides de l’iiistoire. Moi, témoin et acteur de cette journée célèbre , après laquelle l 'Italie fut perdue pour la France , ainsi que son Armée pour l’Empire, j'ai recueilli les faits, et j’ai la conscience d’avoir écrit l’histoire. Le Prince toujours avec son noble maintien regrettait vivement après l’issue de la Bataille celte faute , qui avait été commise par les siens à son insu .avant la pointe du jour de dégarnir le Alincio, et cette hardiesse de l’ennemi d’en avoir profité à l’instant. Et Napoléon lui-même, aussi grand Juge dans l’Art de la guerre, avait prononcé, aussitôt après l’annonce de la Bataille, celte même sentence si juste, que la Postérité' aurait prononcée après lui: *Si

* vos avantages (ce sont ses paroles écrites au prince Eugène) ■ eussent été décisifs , et que l'ennemi se fût plus compromis, « nous aurions pu garder l’Italie; maintenant ce n’est que la

* fortune, si elle continue à notis sourire en France, qui puisse

* nous permettre de la conserver. » Effectivement ce fut aussitôt après avoir aussi vigoureusement soutenu sa ligne de bataille et arraché la victoire, que le Maréchal de Bcllegarde put opérer plus hardiment à droite et à gauche de la ligne ennemie, inquiéter vivement les avenues latérales de Brescia, Bergame, Bormio et Milan, lancer enfin le Prince Murat avec franchise dans ce parti, qu’il avait lui-même embrassé, et dans lequel il traçait la marche la plus équivoque et la plus inconséquente depuis trop long teins. Dans sa concentration sur la rive gauche du Mincio le nœud de l’Armée autrichienne conserva sur la droite le pont de Borghetto et upe grande garde sur les hauteurs, qui le dominent, et s’il ne s’en servit point pour déloger l’ennemi de sa ligne (qu’on fortifia le mieux possible contre lui d’après l’avis du Général Dode et par mes soins) ce fut, de la part du Maréchal de Bcllegarde pour ne pas se placer dans une position fausse au milieu de Places, et d’une Armée capable d’arrêter une masse de troupes beaucoup plus nombreuse, que n’était celle dont il pouvait disposer lui-même: ce fut pour

DU MIfiCIO

ne pas désister de veiller au sort de son Armée , dont les cfforts contre les Places laissées sur ses derrières , entr’ autre Venise, absorbaient toujours de nouvelles troupes sans remplacement, ce fut enfin pour conserver le plus de forces disponibles et les répandre avec sagesse et célérité sur le reste de X Italie, sitôt que la retraite de l’Armée ennemie, ou bien les évènemens si prêts à éclore au centre même de la France lui en eussent indiqué le moment.

L’Armée Françaiseluttaavechonneuretpersévérancejusqu’au Findp ta uaermoment extrême, tantôt sur le lac de Garda, tantôt à la droite V’rKV -lu Prîndu Po, et si elle dut enfin céder à la force des circonstances qui en Italie empiraient toujours plus sa situation , et qui en France proclamaient avec la Paix universelle le retour des an- j « h xvri ciens Princes sur leurs trônes et des soldats dans leur patrie, elle trouva dans son ennemi l’estime , que l’on accorde aux braves et à ceux qui sont fidèles à leur serment ; et en cédant les Places de guerre Osopo, Palmanom, Legnago et Ve- 17 **m ntseàl’ Armée Autrichienne, celle-ci lui montrade retour, que les égards scellés au feu des batailles sont les plus beaux souvenirs pourdes Nations Guerrières faites pour s’estimer réciproquement. Aussi le Maréchal de Bellegardc en recevant quelques jours plus tard du Prince Eugène les autres Dépôts de son ” A,r “ Armée en Italie, tels que Mantoue et Peschiera , Rocca d'Ânfo et Pizzighettone , derniers fruits de la victoire de Paris, en disposa comme de raison, et avec, mesure et magnanimité pour la possession immédiate de tout le Pays en deçà des Alpes, suivant l’Armée française, qui était en marche paisible sur Turin et Lyon , assurant le libre passage du Prince par le Tyrol à la Bavière et relevant toujours plus avec l'honneur des Armes d'Autriche en Italie les hauts sentimens de justice de l’Empereur son Maître.

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