‹ Batailles de terre et de merChapitre 17 sur 99 · FLOTTE TURCO-EGYPTIENNE · texte numérisé non relu

FLOTTE TURCO-EGYPTIENNE

28 Frégate égyptienne de 1er rang.

29 id. id. id.

30 id. id. id.

31 Vaisseau turc.

32 id. id.

33 id. id.

34 Frégate turque de 1er rang.

33 Vaisseau turc.

36 Frégate turque de 1er rang.

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58 Frégate turque de Ier rang.

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c, cf c, etc., petites frégates et cor*

vettes turques ou égyptiennes.

6, &', &/', b'», brûlots.

A une heure trois quarts, la tête de la flotte combinée est parvenue à l'entrée du goulet de Navarin ; peu après elle range les batteries établies sur l'île de Sphacterie d'un côté, et sur Navarin de l'autre; des canonniers égyptiens sont à leurs pièces, dans ces batteries, mèche allumée.

L'Asia, que monte l'amiral Codrington, mouille le premier dans l'intervalle qui sépare la frégate de 60 canons, portant pavillon d'amiral égyptien (30), du vaisseau de 84 canons, portant pavillon d'amiral turc (31), et s'embosse de manière à pouvoir au besoin prêter le travers, soit à l'un, soit à l'autre ; les vaisseaux anglais le Genoa et V Albion font route pour s'établir en arrière de leur amiral, dans les positions 2 et 3, par le travers des vaisseaux turcs (32, 33, 35) et de la frégate de 60 (34). Pendant ce temps, la frégate anglaise le Darmouth (4), accompagnée de la Rose (8) et d'un brick, se dirige vers les brûlots b9 b'y fc", placés à la gauche de la flotte turco-égyptienne, et mouille près d'eux, en compagnie du brick-aviso V Alcyon (19), afin d'éloigner de ce poste ces dangereux voisins, ainsi qu'elle en avait d'avance reçu l'ordre; les avisos Philomel (9) et Musquito (10) prennent une position semblable près des 3 brûlots &'", qui sont placés du côté opposé sous Sphacterie. A peine mouillé, le Darmouth détache un canot monté par un officier à bord d'un de ces brûlots, pour lui signifier de changer de place ; mais au moment où cet officier monte à bord du brûlot, il est tué, ainsi que plusieurs hommes de l'équipage du canot, et le Darmouth commence alors une lutte à coups de fusil avec ce brûlot, que ses autres embarcations vont attaquer et amariner. La Sirène venait, en ce moment, de donner dans la rade de Navarin, suivie de l'escadre française, laquelle devait, d'après le plan d'attaque, contenir et au besoin canonner les bâtiments égyptiens formant la corne de gauche du croissant de la flotte ottomane. L'amiral de Rigny, qui montait cette frégate, a, par une manœuvre aussi habile qu'au-

dacieuse, jeté l'ancre dans la position (13), entre la première et la seconde ligne ennemie, ayant par son travers, vergue à vergue, la grande frégate de 60 canons l'Isania ; l'amiral français hèle lui-même à cette frégate que si elle ne tire pas la première, la flotte combinée ne commencera pas les hostilités; mais un coup de canon part de l'Isania et tue un homme à bord de la Sirène; l'équipage français, recevant l'ordre de faire feu, envoie à l'Isania une bordée entière, dont pas un coup n'est perdu, aux cris unanimes de : Vive le Roi ! C'est alors un engagement général entre les bâtiments anglais déjà mouillés et l'aile gauche de la flotte ottomane, dont les brûlots sont dirigés contre les vaisseaux alliés. Le reste de ces derniers arrive et mouille successivement pour prendre part au combat: c'est d'abord le vaisseau français le Scipion qui vient de donner * dans la baie; mais, au moment où il va jeter l'ancre à son poste (14), un brûlot turc tombe en travers sur son beaupré; il s'en débarrasse à grand'peine et non sans dommages, tout en canonnant l'ennemi, et plus particulièrement la citadelle de Navarin. Le vaisseau français le Breslaw, en donnant dans la baie au début du combat, n'aperçoit pas devant lui le petit brick l'Alcyone, que la fumée dérobe à ses regards, l'aborde et l'entraîne quelques instants, puis finit par s'en débarrasser; c'est au moment où le vaisseau l'Azof, de l'amiral russe Heyden, vient de prendre la position 20, par le travers d'une grande frégate turque (38), et reçoit en enfilade le feu de 2 autres frégates turques (36, 37). Le Breslaw mouille alors dans la position (16), pour attirer à lui le feu d'une partie de ces dernières, et de manière à pouvoir même plus tard en combattre d'autres. Le feu des flottes étant alors devenu général, les batteries de terre commencent aussi à tirer, notamment celles de Sphactérie, et le vaisseau français le Trident est le premier qui ait à essuyer leur feu en franchissant le goulet de la rade. Le reste de la flotte des alliés et, notamment une partie des bâtiments russes se trouvent donc, en forçant ce passage, exposés pendant un temps assez considérable, vu la faiblesse de la brise, au feu croisé de la citadelle C et des batteries de Sphactérie B, B. Toutefois, le Trident finit par

franchir ces passes assez heureusement et vient prendre une position (15) qui le met à même de soutenir la frégate la Sirène et de canonner les batteries de terre. La frégate française l'Armide (17), après s'être dirigée vers son poste, assigné à l'aile droite de la flotte ottomane, avait mouillé par le travers d'une frégate turque de premier rang, la Grande-Sultane (42), qu'elle attaquait vivement, malgré l'embarras que lui causait un brûlot lancé sur elle; en our tre, dans cette position, elle avait encore à supporter le feu des corvettes turques C, mouillées par sa joue et son travers de tribord, et celui des frégates mouillées devant et derrière la Grande-Sultane, que les vaisseaux et frégates russes encore sous voiles avaient ordre de combat* tre ; malgré tout, elle écrasait ses voisins de la supériorité de son tir. Quant au petit brick français l'Alcyon (19) (a), il avait, comme la Daphné, pris une position où, sans être trop exposés, ces deux avisos pouvaient cependant diriger leur feu de la manière la plus utile contre l'ennemi. Les deux escadres française et anglaise sont donc à leurs postes de combat et ont déjà commencé ru» dement l'attaque; voyons un peu ce que devient l'escadre russe.

Après que le vaisseau amiral russe VAzof (20) a jeté l'ancre, les trois autres vaisseaux russes arrivent à leur tour et mouillent : l'un, le Gongoul, dans la position (21); un second, l'Ezéehiel, dans la position (22); le troisième, V Alexandre-Neski, dans la position (23). Comme on le voit, deux de ces vaisseaux se masquaient réciproquement. Quant aux frégates russes, elles prennent les positions 24, 25, 26, 27; et il était temps que ce renfort arrivât, car la frégate française VArmide, engagée depuis trois quarts d'heure, supportait seule tout le poids de l'attaque à l'extrémité de l'aile droite ottomane.

(a) Ce fut sur ce brick rAlqjon, que l'enseigne de vaisseau Dubourdieu , aujourd'hui vice-amiral, eut la jambe emportée par un boulet.

Il est trois heures ; toute la flotte combinée est mouillée et le feu engagé des deux côtés avec un acharnement remarquable. Maintenant que nous avons tracé l'ensemble de l'attaque, examinons quelques épisodes de la bataille, qui ne va pas durer moins de trois heures encore.

Les terribles bordées du vaisseau amiral l'Asia, le plus fort de l'escadre anglaise, écrasent les vaisseaux turcs (36, 31) et font une affreuse boucherie de leurs équipages ; les eâbles de ces deux vaisseaux étant coupés, ils tombent en dérive, et dès lors l'Asia peut continuer son feu avec une nouvelle vigueur contre les bâtiments C, C, C, de la seconde ligne ottomane. Le Genoa foudroie les bâtiments "(32, 33) et l'Albion les bâtiments (34, 35). Comme le (35) est un vaisseau turc, il ne peut s'en débarrasser complètement qu'avec l'assistance du vaisseau français le Breslaw, qui, après avoir dégagé le vaisseau amiral russe, raidit une nouvelle embossure pour venir en aide au Genoa et canonner avec lui la première comme la deuxième ligne ottomane. La Sirène (13), frégate amirale française, est entourée d'ennemis : sa batterie de tribord foudroie VIsania (28), frégate turque plus forte qu'elle, et sa batterie de bâbord les corvettes C, C, C. Criblée de toutes parts, et ses câbles coupés, l'Isania s'en va en dérive, dévorée par l'incendie; une énorme gerbe de feu s'élance dans les airs, emportant avec elle des milliers de fragments de bois et de fer, au milieu d'une détonation épouvantable : c'est la frégate turque qui vient de sauter. La frégate française dirige alors son feu sur une autre grande frégate ottomane, la Souria (29), qu'elle réduit, ainsi que les corvettes de la deuxième ligne. Nous avons vu que le vaisseau français le Breslaw avait réuni son feu à celui de l'amiral russe pour couler la frégate turque (37) qui gênait fort cet amiral, pendant que l'Azof faisait éprouver le même sort à la frégate (38). Déjà la frégate turque (36) avait été incendiée par le vaisseau français, qui achève de multiplier ses coups, en venant en-

suite, comme nous venons de le voir, assister le vaisseau anglais l'Albion dans la destruction du vaisseau turc (35). La frégate française de troisième rang l'Armide (17) a réduit la frégate turque de premier rang la Grande-Sultane (42), qui amène son pavillon et se rend à elle après deux heures d'un combat acharné. La corvette anglaise la Rose, mouillée d'abord dans la position (8), a quitté ce mouillage inactif pour venir combattre les corvettes turques C, C, qui incommodent fort l'Armide, pendant que cette frégate foudroie la Grande-Sultane. Il est cinq heures du soir; la flotte combinée a l'avantage sur tous les points; la canonnade ne se fait plus entendre que du côté de l'aile droite des Turcs, où les vaisseaux russes n'ont pas encore terminé leur besogne. A cinq heures et demie, l'amiral CodringUm signale de cesser le feu; l'œuvre de destruction de la flotte ottomane est complète; elle n'a pas perdu moins de 5,000 hommes; mais si le canon cesse de tonner dans la rade de Navarin, comme un écho de la bataille de Lépante, les rives n'en sont pas moins éclairées toute la nuit par les incendies successifs des bâtiments ottomans en dérive ou échoués auxquels les Turcs mettent eux-mêmes le feu après l'évacuation des blessés. Les trois escadres avaient souffert, mais peu en comparaison : l'escadre anglaise comptait 75 tués et 190 blessés; l'escadre française, 60 tués et 160 blessés; l'escadre russe, la plus nombreuse des trois, 60 tués et 140 blessés; il est vrai qu'elle avait été moins engagée au feu que les deux autres, et cela, il faut le dire, en grande partie parce que, arrivée la dernière sur le théâtre du combat, elle y avait trouvé les positions principales occupées. La bataille de Navarin assura l'indépendance de la Grèce, que demandait avec frénésie l'opinion publique aussi bien en Angleterre qu'en France; toutefois, le Gouvernement britannique, qui voyait les choses de loin, semblait réprouver cette victoire : il trouvait sans doute que la destruction de la flotte ottomane était de trop, puisqu'elle avait pour conséquence d'affaiblir la puissance de la Turquie dans la mer Noire. En France, où les sentiments généreux ont le pas sur les intérêts politiques même les plus graves, l'allégresse fut générale; puis, comme dans notre pays on vit

au jour le jour, oh ne fut pas fouiller si loin dans l'avenir : on était tout grec alors. Ajouterons-nous que l'amour-propre national é^ait flatté de la part brillante qu'avait prise notre petite escadre à ce combat : l'amiral de Rigny avec la Sirène, le capitaine Hugon avec VArmide, et le capitaine Labretonnière avec le Breslaw, dont l'officier de manœuvre était l'intrépide lieutenant de vaisseau Bruat, aujourd'hui amiral, s'étaient couverts de gloire dans l'opinion de toute la flotte combinée; c'est à peine si l'opinion publique fit un triste retour elle-même lorsque l'on apprit en France que le 4 novembre, c'est-à-dire quinze jours après la bataille de Navarin, et non loin de ce port, l'enseigne de vaisseau Bisson, capitaine du brick-pirate grec le Panayoli, capturé par la station française, avait été envahi par une nuée de ces pirates grecs qui fourmillaient alors comme ils fourmillent encore parfois dans l'Archipel ; que cet héroïque officier avait alors mis lui-même le feu à ses poudres et s'était fait sauter avec son bâtiment plutôt que de se rendre à ces forbans, entraînés dans son glorieux désastre ! Quant aux Russes, leur triomphe était complet, leur joie sans mélange : la flotte musulmane venait de recevoir, moralement et matériellement, un échec qui leur laissait sans partage la domination de la mer Noire. Au point de vue religieux, nous n'avions pas moins fait leurs affaires qu'au point de vue politique : pour qui a vu de près le Levant,'il reste aujourd'hui avéré que la religion orthodoxe unit d'un lien indissoluble les populations russes et grecques, à l'exclusion des autres nations européennes. Et cependant, qui a droit plus que toute autre à la reconnaissance des Grecs, si ce n'est la France ? Après avoir versé le sang de ses marins pour donner le signal de leur indépendance, elle complète son œuvre en faisant occuper la Morée par un corps de troupes expéditionnaires sous les ordres du général Maison. A leur arrivée, Ibrahim-Pacha et son armée s'embarquent pour l'Egypte sans même essayer de combattre; mais si, dans l'expédition de Grèce, les troupes françaises ne trouvèrent d'autre occasion de se distinguer par leur courage que l'attaque du château de Morée, ce n'en fut pas moins sous leur égide que se déve-

loppa cet état renaissant et que le prince de Bavière Othon pat jeter les fondements de sa royauté nouvelle. Et pendant -que le trône du jeune monarque hellène se consolidait à l'ombre de notre drapeau, nos soldats ouvraient des routes nouvelles en Morée, construisaient des ponts, des casernes, etc., etc., tous autant de monuments durables de leur présence dans un pays qui nous devait sa délivrance, bien qu'il semble aujourd'hui en avoir perdu la mémoire.

Nous sommes dans les premiers mois de 1830 : la France a épuisé tous les moyens de conciliation pour obtenir satisfaction de ses griefs contre le dey d'Alger; l'envoi d'un corps expéditionnaire est décidé. Il se compose de 37,000 hommes, de 4,000 chevaux ou mulets, et d'un immense matériel de campement, le tout embarqué sur 103 bâtiments de guerre, la plupart armés en transport, et sur une flotte de 500 voiles marchandes, dont plusieurs d'un faible tonnage à la vérité. Le général comte de Bourmont commande l'armée, l'amiral baron Duperré la flotte.

Réunie en grande partie à Toulon, dont la rade apparaît au loin comme une véritable forêt de mâts, cette formidable expédition en part le 23 mai 1830. Poussée par un vent favorable, la flotte s'avance en ordre, sur trois colonnes, vers le littoral d'Afrique, et, cinq jours après, les hautes montagnes de l'Atlas se dessinent à ses yeux dans un horizon lointain; mais la brise a beaucoup fraîchi, et les croiseurs français, établis en observation devant les parages d'Alger, viennent annoncer à l'amiral Duperré que, par suite de la force du vent, la mer est très-mauvaise sur les plages sans abri de ce littoral. Prenant alors sur sa haute responsabilité d'ajourner l'opération si délicate d'un atterrissage et d'un débarquement par un temps semblable, l'amiral français, qui n'ignore pas ce qu'avait été le désastre de Charles-Quint en cas pareil et sur celte même côte, signale à la flotte de repiquer au large et d'aller se réfugier dans la baie de Palma. Le point était très-bien choisi :

cette baie, placée dans l'archipel des Baléares, c'est-à-dire presque intermédiaire entre Toulon et Alger, en même temps qu'elle offrait quelques ressources de rafraîchissements à la flotte, lui permettait d'y attendre un vent plus favorable pour débarquer sur le sol africain. Et cependant, l'impatience de l'armée était à son comble : généraux, officiers et soldats, plus ou moins à l'étroit sur les bâtiments de la flotte, avaient hâte avant tout de mettre pied à terre ; les uns et les autres n'étaient pas, comme aujourd'hui, familiarisés avec les localités algériennes, et peu d'officiers pouvaient bien se rendre compte de ce fait, que la mer étant belle dans la baie de Palma, il n'en fût pas de même sur les plages de l'Algérie. Quelques jours après l'opération du débarquement, sagement opéré entre deux bourrasques, l'armée affrontera, mais à terre, les coups de vent du 17, du 23 et du 27 juin, qui mettront nos vaisseaux en péril dans les rades foraines; et alors elle reconnaîtra que c'est au rapide coup d'œil de l'amiral en chef et à sa fermeté qu'elle aura dû peut-être son salut, ou du moins le succès de ses opérations. Dans ces moments de décision suprême, il faut que le chef fasse appel non-seulement à tout ce qu'il possède d'expérience et de judiciaire, mais à toute l'énergie de sa volonté, pour résister seul aux vœux parfois imprudents de ceux qui l'entourent; c'est Christophe-Colomb aux prises avec son équipage mutiné, qui ne peut pas comprendre qu'on ne lui demande que quelques jours encore de patience pour découvrir un nouveau monde ! Le 9 juin, les croiseurs ont annoncé que le temps et la mer s'embellissaient sur la plage de Sidi-Ferruch, désignée par le Gouvernement à la suite des travaux d'exploration qu'y avait effectués le capitaine de frégate Dupetit-Thouars, pour que la flotte y opérât le débarquement du personnel comme du matériel de l'armée.

Le 10 juin, l'amiral Duperré dirige donc de nouveau la flotte vers Alger. Le 12, elle est en vue de ce dernier boulevard de la piraterie barbaresque. Le 13, elle a jeté l'ancre en F, à l'ouest de la presqu'île de Sidi-Ferruch, où se creuse une baie peu abritée, comme toutes celles de cette côte inhospitalière. Ce point, des plus favorables à l'éta-

LÉGENDE

F Flotte française dans la baie de l'ouest, dite de Sidi-Penwh.

À Camp retranché des Français dans la presqu'île de Sidi-Ferruch.

E Camp algérien.

S Staouéli.

Z Baie de Test.

R Ruisseau. .

M B Milice turque et Arabes.

blissement d'un camp retranché, est destiné à servir de base d'opérations à l'armée expéditionnaire; il est situé à vingt kilomètres à' Alger. Le débarquement du personnel et du matériel commence immédiatement, et si plus tard nous n'avions pas vu jeter plus rapidement encore une autre armée expéditionnaire sur les plages de la Crimée, nous dirions que ce débarquement s'était opéré avec une promptitude extraordinaire. L'ennemi n'y oppose aucune résistance et semble même ne pas vouloir y apporter d'empêchement, comme si, à ses yeux, l'armée française était une proie, un butin assuré.

Toutefois, cet ennemi n'est pas loin : sur les hauteurs B et à demMieue environ de la presqu'île de Sidi-Ferruch, il a placé 14 bouches à feu de gros calibre, dont les boulets viennent siffler au milieu de nos avant-postes. Le beyde Titteri y campe à la tête de 10,000 hommes. L'attaque de cette position est résolue par le général en chef et exécutée par le lieutenant général baron Berthezène avec la première division d'infanterie pendant qu'on débarquait encore la seconde. Les pièces algériennes sont tournées, puis enlevées; l'ennemi ne combattait qu'en tirailleurs, et par suite cédait le terrain. La deuxième division, sous les ordres du lieutenant général comte Loverdo, vient prendre position à la droite de la première, et la troisième, commandée par le maréchal de camp duc Dm Cars, reste momentanément dans la presqu'île pour y fornfrer l'arrière-garde. Cette presqu'île ne tarde pas alors à subir une véritable métamorphose : là où n'était qu'un désert de sable recouvert par-ci par-là de quelques cactus, s'élève comme par enchantement une myriade de tentes, de baraques ; des puits s'y creusent, des

fours s'y allument, des cantines s'y établissent; l'artillerie monte ses canons, empile ses boulets; les matelots, bons à tout, s'emploient à tout, débarquent hommes, chevaux, matériel ; le génie trace à la gorge de la presqu'île une ligne de fortifications de campagne, appuyée sur un fossé, aux extrémités duquel on échoue quelques navires; des canons y sont établis. C'est désormais un camp retranché que l'ennemi attaquerait en vain.

Le 17 juin, pendant que canots et chalands débarquent force matériel et chevaux, une violente bourrasque de nordrouest s'élève presque subitement; dans la baie de Sidi-ïerruch elle-même les lames deviennent énormes et causent un ressac qui casse les câbles de bon nombre de navires et en jette plusieurs à la côte; la flotte est réellement compromise. Heureusement que la bourrasque n'a pas de durée; mais le 23 et le 27, nouvelles bourrasques à peu près semblables, qui obligent l'amiral Duperré à faire, de préférence, tenir la mer à ses vaisseaux et frégates, et à ne laisser que les bâtiments en déchargement dans la baie. C'est alors que chacun, reportant ses souvenirs de quelques jours en arrière, admira la prudence si bien calculée de l'amiral en chef; car nul doute que si la flotte avait été surprise dans son attérissage sur la côte par des bourrasques de ce genre, il ne fût survenu des sinistres déplorables rappelant le désastre de Charles-Quint. Beaucoup d'officiers de l'armée durent alors regretter les réflexions peu favorables qu'ils avaient laissé échapper à l'occasion des manœuvres de l'amiral Duperré; et si nous en faisons ici la remarque, c'est en exprimant le vœu que, dans des circonstances pareilles, on soit sobre de jugements trop précipités; aussi, bien que nous ayons personnellement essuyé ces mêmes coups de vent à Sidi-Ferruehy où nous servions alors comme enseigne de vaisseau, nous avons préféré reproduire les impressions de l'armée, telles que nous les a transmises un aide de camp du général Bêrthezène (1).

(i) « Le i7 juin, le temps se couvre tout à coup sur les 9 heures du ma-

Si, le 17 juin, éclata la première et grande lutte de la flotte expéditionnaire contre les éléments déchaînés, le 19, fut le jour de la bataille de nos troupes contre l'armée du dey, campée en E sur le plateau de Staouèïi , et dont plusieurs batteries, établies en D , protégeaient les approches (Voir la figure 26). Cette armée se composait de 45 à 50,000 hommes, parmi lesquels figuraient au premier rang 6,000 janissaires, milice guerrière de l'Algérie par excellence; le reste se composait de contingents arabes que les ordres du dey ou l'espoir du pillage avaient appelés de l'intérieur sous les murs d'Alger. L'aghades janissaires,

« tin : un vent de nord excessivement violent s'élève ; des gouttes d'eau d'une a grosseur extraordinaire commencent à tomber, à de rares intervalles; elles « deviennent plus fréquentes, d'épais nuages se fixent au ciel et laissent « échapper des torrents de grêle et de pluie ; le tonnerre éclate bientôt en trois « ou quatre endroits ; les éclairs se succèdent si rapidement qu'on dirait que « leur lumière ardente va remplacer celle du jour : nos chevaux se couchent à « terre ; la violence du vent déracine les arbres ; les broussailles enlevées « tourbillonnent çà et là ; de terre, nous voyons la mer, soulevée en montais tagnes, se briser avec fracas contre le rivage qu'elle couvre d'écume, puis, eu a se retirant, laisser à nu une plage immense. Dans la même minute on voit « les vaisseaux tout droits sur leur quille ou bien couchés sur leur travers ; « quelques-uns chassent sur leurs ancres; d'autres vont à la côte; d'autres « tirent le canon d'alarme ou se heurtent les uns sur les autres. Des idées « sinistres s'éveillent déjà dans nos esprits ; un spectacle se présentait à toutes « les imaginations : une expédition manquée, une armée découragée, décimée

« par la maladie, moissonnée par la faim Au plus fort de la tempête,

« l'ordre est donné à la brigade Clouet, formant l'extrême gauche, de se tenir « prête à rétrograder : le général en chef a, quelque temps, eu pensée d'aban- « donner la ligne occupée par les deux divisions pour s'établir sur une autre « ligne plus rapprochée du point de débarquement, et, en cas de revers, plus « facile a défendre...— Mais le vent saute à l'est, et, comme par enchantement » la tempête se calme. Le général Bourmont était revenu sur sa détermination « première, et les deux divisions n'avaient pas bougé. » Ce récit a été emprunté, comme nous l'avons dit ci-dessus, a une publication sur l'expédition d'Alger, que fil paraître, peu après la prise de cette ville, un capitaine d 'état-major* aide-de camp du général Berthezène, le baron Barchou de Penohën, dont a perte récente a été un véritable deuil pour ses nombreux amis. E. B. W.

gendre du dey , commandait les forces algériennes ; sa bravoure et ses talents militaires étaient en grand renom. Il projette d'attaquer, le 19 au matin, nos trois divisions, qui occupaient les positions c, c', c , où elles s'étaient abritées derrière des petites levées de terre, en attendant que le reste du matériel et des chevaux fût débarqué. Le plan de Yagha consistait à nous attaquer vigoureusement par notre gauche, à passer sur le ventre aux deux régiments qui, de ce côté, s'appuyaient à la mer, puis à se jeter ensuite sur les derrières de notre armée pour la séparer de ses ressources , de son matériel, de son camp retranché enfin , en l'isolant dans l'intérieur. Il se proposait aussi d'attaquer, mais plus faiblement, notre centre et notre droite, pour couvrir son attaque principale et nous empêcher de venir renforcer notre gauche. Comme on le voit, ce plan dénotai t une certaine entente des choses de la guerre. Le 19, à 5 heures du matin, en effet, des masses confuses d'infanterie et de cavalerie, montant à 45,000 hommes environ, attaquent avec impétuosité nos avant-postes, surtout à notre gauche ; les petits retranchements qui couvrent ces avant-po§tes eriCfC^c , deviennent autant de ehamps de bataille particuliers; chacun d'eux est pris et repris plusieurs fois ; on s'y bat avec acharnement. Pendant que le bey de Constantine S et le bey de Titteri T attaquent notre droite et notre centre avec des nuées d'Arabes, Yagha des janissaires , qui s'est réservé l'attaque principale , se précipite, à la tête de sa milice J, sur notre extrême gauche. Un instant les cartouches manquent aux deux régiments ainsi assaillis à cette extrême gauche, et ils perdent du terrain ; mais les régiments de la 2e ligne accourent; le terrain perdu par nos troupes est reconquis, et, après de nouveaux, mais inutiles efforts, la milice de Yagha commence à reculer à son tour. Trois bricks, mouillés dans la baie de l'est Z pour appuyer le faible de notre aile gauche à laquelle ils viennent d'envoyer des cartouches, complètent alors le succès de celte aile gauche en ouvrant un feu nourri sur les masses turques , qu'ils labourent de lears projectiles : « Leurs boulets, dit la relation du capitaine d'état-tftajot « déjà cité r sillonnent le terrain, et, ricochant en todsf

« sens, écrasent par leur flanc les masses que nous atta-, « quons de face. » A la droite, le bey de Constantine, également repoussé, repasse le ruisseau (R) qu'il avait franchi pour nous attaquer. Sur le centre, le bey de Titteri se voit de même forcé de céder le terrain qu'il avait d'abord envahi.

Ainsi donc, sur toute la ligne, nos troupes, quoique attaquées à l'improviste, ont reconquis le peu de terrain qu'elles avaient d'abord perdu et chargent vigoureusement ces nuées d'hommes et de chevaux. Le général en chef arrive alors de Sidi-Ferruch, où était encore son quartier général, et donne l'ordre de continuer vivement le combat. Toujours en marchant et en tirant, nos soldats arrivent ainsi sur le plateau (D), d'où l'ennemi était descendu le matin, et où huit bouches à feu se trouvaient établies pour soutenir son attaque. Le général Bourmont forme alors quatorze bataillons des première et deuxième divisions, en colonnes, pour aborder résolument ces batteries, qui sont enlevées. Pleines d'ardeur, nos troupes continuent leur marche vers le camp E, sur le front duquel des Turcs et des Arabes se sont réunis en grand nombre. Développés devant des groupes de tentes irrégulières, ils semblent d'abord résolus à en défendre l'entrée; mais quelques obusiers, dont notre artillerie de campagne a déjà fait un excellent emploi depuis le débarquement, effraient ces masses d'ennemis autant par la rapidité de leur tir que par la miraculeuse rapidité de leurs mouvements. C'était la première épreuve que notre artillerie faisait de son nouveau matériel devant l'ennemi, et cette épreuve paraissait décisive (1). Bref, des fusées à la congrève, lancées sur ces

(\) En se reportant à Pannexe n° 5 (artillerie), on verra que ce matériel, d'origine anglaise, en même temps qu'il simplifiait beaucoup le système de nos voitures d^rtillerie, rendait ces pièces de campagne plus roulantes ; la mobilité de leur personnel n'y gagnait pas moins, puisque les canonniers, assis sur les affûts de la pièce et du caisson étaient eux-mêmes transportés avec leur pièce, une fois celle-ci attelée; ce qui donnait, au besoin, à l'artillerie à pied une rapidité de mouvements presqu'égalc à celle dont jouissait exclusivement l'artillerie à cheval.

groupes ennemis, achèvent de les épouvanter de leur longue queue de flammes et de leur étrange sifflement; tons les Arabes s'enfuient pêle-mêle, traversent le camp, poursuivis par nos voltigeurs, et, sans songer à en enlever, soit des munitions, soit des vivres, se précipitent en désordre sur la roule d'Alger, dont le dey leur ferme les portes. C'est une déroute des plus complètes. Leur camp, dit de Staoueli, tombe au pouvoir de nos troupes, qui s'y installent, et, à dater de ce jour, on put considérer la chute d'Alger comme prochaine.

Fi(. 27.

Artilleurs el fantassin sous U Instauration.— (iSiu).

Dix jours après la victoire de StaowU, à laquelle on donna plus tard le nom de victoire de Sidi~Khalefr le fort l'Empereur, criblé de nos boulets, sautait en t'air, et, le 5

juillet, nos troupes entraient victorieuses dans Dgezzar la Guerrière, où les trésors des 'deys, accumulés depuis des siècles dans la Casbah, furent plus que suffisants pour payer les frais de l'expédition. La nouvelle de cette brillante conquête fut portée en France par la corvette à vapeur le Sphinx en deux jours, et la chose parut des plus merveilleuses. On n'en était pas encore aux communications électriques, et comme les bâtiments à vapeur, alors dans leur enfance, ne donnaient généralement que de mauvais résultats, le Sphinx (de 160 chevaux), qui sortait nouvellement de l'arsenal de Rochefort et les surpassait tous par la rapidité de sa marche et la solidité de ses machines, fut considéré comme le phénomène de l'époque. Devenu le modèle de notre (lotte à vapeur naissante, le Sphinx ser-

vit longtemps de type, trop longtemps peut-être, à nos ateliers de constructions (Voir l'annexe 6, Vapeurs). Nous le verrons, sous peu d'années détrôné, par des typesde plus

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en plus grands, mus par des machines de plus en plus puissantes, qnoique moins massives comparativement; nous verrons enfin la tapeur, qui n'était alors qu'on accident dans notre flotte, y régner en souveraine, et enlever le premier rang à la marine à voiles, vingt-cinq ans après la conquête d'Alger, c'est-à-dire au moment où nous vons.

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