DES CAMPS
On en dislingue trois espèces : ceux de la première sont de gros postes établis sur des positions inhabitées et dans lesquels sont campées les troupes. D'après les règles de la castramétation , ces camps contiennent un réduit intérieur qui doit être un ouvrage fermé considérable. Il s'ébauche d'abord en palissades, et on lui donne ensuite un relief plus résistant;
Ceux de la deuxième espèce sont les camps qui font partie du système défensif d'une frontière, soit pour en déboucher offensivement, soit pour garder la défensive; ces camps s'adossent ou souvent s'appuient par un de leurs flancs à une place forte avec laquelle ils font un seul et unique système. Lorsqu'on combine ses camps avec des ouvrages permanents, ceux-ci doiventêtre laissés en sailliesurces camps;
Les camps retranchés de la troisième espèce sont ceux que l'on établit sur le pays ennemi, pendant le cours d'une guerre offensive ; ils se placent perpendiculairement aux lignes d'opérations, et servent à assurer les communications ou à protéger une retraite.
Souvent on les fortifie sur tout leur pourtour; ils font alors fonctions de places fortes; ils peuvent ainsi non-seulement occuper des positions favorables, mais recueillir iés débris d'une armée vaincue'.
Fig. 45.
ATTAQUENT DÉFENSE d'ONE PLACE.
LÉGENDE
Gabion commencé.
Blinde.
Tranchée simple.
N° 4. — Sape volante.
tf° i: - Sape pleine:
N° tf. — Ligne de cir"comrallation.
N° 7. — Ligne de contrevallation.
N° 8. — Plan des travaux de siège d'une place.
A, A, A, batteries de la place.
B*, B, B', demi-lunes avec réduits.
C, G, G, places d'armes rentrantes.
CP, ÇP, ÇP, camps des assiégeants.
iï*, première parallèle tracée par lès assiégeants.
2P, seconde parallèle, idem.
sP, troisième parallèle, idem.
T, T, T, batteries d'approches.
R, R, R, batteries de brèche.
DE L'ATTAQUE ET p£ LA DÉFENSE DES fLACES.
On donne le nom de sape à tout ouvrage permettant de s'approcher de l'ennemi pour l'attaquer plus vigoureusement, tout en s'èxposant peu à ses coups, pans Pexécutïbn des sapes, on emploie des gabions , des fascines, des fagots de sape, etc.
Le gabion de sape a 0m65 de diamètre extérieur, 8 piquets de 1 mètre de long et 0m03 de diamètre, dont la tête dépasse de 0m50, la pointe de 0m!0 (inférieure). La capacité d'un gabion est de 0m157, sort poids de 25 k. (nô i, fig. 45). Trois gabions eh ligne droite occupent trois mètres; trois sapeurs font un gabion en une heure.
Les gabions farcis de fascines ont 2m30 de long sur lm30 de diamètre extérieur; ils ont 16 piquets, 8 traits à chaque extrémité; les 16 piquets ont chacun 2m50. Quatre sapeurs en font un en six heures et consomment pour lé faire 150 clayons. Ces gabions pèsent 150 k. ; 25 fascines sont nécessaires pour les remplir, et a'ors ils pèsent de 5 à 600 k.
Les fascines à couronner et celles à revêtir ont 2 mètres de longueur sur 0*22 de diamètre ; les premières ont leurs brins coupés en sifflet et reliés par trois traits placés, l'un au milieu, les deux autres à 0m50 des extrémités. Les secondes, au contraire, sont liées carrément aux extrémités et reliées par cinq traits. Trois hommes en font une en vingt minutes.
Le poids moyen d'une fascine est de 15 k.
Les fascines à tracer ont lm30 de long sur 0œ25 de diamètre et deux traits; trois quarts d'heure suffisent pour en faire une.
Les saucissons ont de 4 à 6 mètres de long sur 0*30 de diamètre. Un saucisson de 6 mètres exige trois heures de travail à quatre hommes; il pèse 130 k. et consomme 350 brins.
Les fagots de sape ont O^O de long et O"^ de diamètre, avec deux traits ; le fagot étant serré, on chasse dans le sens de son axe un fort piquet de 1 mètre, dont la pointe dépasse le bas de 0ml5, et la tète de 0*05.
Les claies ont 2 mètres de long et 0m80 de hauteur de clayonnage ; leurs piquets, au nombre de 6, sont espacés de 0m40; ils ont, comme ceux des gabions, 1 mètre sur 0m03 de diamètre; on les enfonce de 0m15 pour la construction de la claie. On peut faire le clayonnage en place avec des claies préparées d'avance, et à l'aide de piquets de clayonnage de 0m80.
Les sacs à terre ont, à vide, 0"65 sur 0BI33 de largeur ; remplis de terre, 0m50 sur 0*22; ils pèsent alors 20 k.; il en faut 60 pour faire 1 mètre cube, et un tiers de plus lorsqu'ils ont été tassés. Ils s'emploient pour faire des épaulements de tranchées ou de batteries lorsqu'on chemine dans le roc, et alors on garantit la tête de la sape avec un gabion farci. A Constanline et à Sébaslopol, ils ont beaucoup servi.
Les blindes sont composées de 2 montants et de 2 traverses assemblées à tenons et a mortaises et solidement chevillées; elles ont i mètre de largeur, lm76 de hauteur entre les traverses (n° 2, fig. 45).
Il y a trois espèces de tranchées :
1° La tranchée simple, qui s'emploie la nuit, soit lorsqu'on est éloigné de la place de 4 à 500 mètres, par exemple à la première parallèle et aux premiers cheminements, soit lorsqu'un pli du terrain favorise, soit lorsqu'on croit pouvoir dérober à la vigilance de l'ennemi une partie du travail. Dans ce cas, chaque travailleur porte avec lui une fascine F (Fig .45, n°3), de lm30, qu'il dépose le long du cordeau indiquant le tracé de la tranchée. Cette longueur de lm30 indique le développement de la fouille qu'il doit exécuter dans la tranchée, laquelle, à la fin de la première nuit, doit avoir 1 mètre de profondeur et lm30 de largeur au fond ; cette largeur est ensuite portée à 3 mètres (n° 3, fig. 45). — AB = 5m$ AF= lm30; DEzzl»; DF = 0m20 ; Lï = 0»25 ; KE = 3m;
2° La sape volante, qui se commence aussi la nuit à peu près dans les mêmes circonstances que la tranchée simple ; elle consiste à placer le long du tracé, non dés fascines, mais une file de gabions jointifs, que Ton fait remplir le plus vite possible par des travailleurs disposés derrière. A la fin de la première nuit, elle doit avoir les mêmes dimensions que la tranchée simple ; au jour, *on élargit la sape
à 3 mètres, et l'on couronne son parapet de fascines (n° 4, fig. 45). — DC = lm30 ; AB = 0m50; CD = lm;
3° La sape pleine (n° 5, fig. 45), qui a pour but de s'avancer pied à pied de jour vers la place, en s'abritant contre ses feux par des gabions que l'on pose et que l'on remplit l'un après l'autre.
Un gabion farci couvre d'abord la tête de la sape ; huit sapeurs, dont quatre servants, exécutent cette sape sous la conduite d'un ofcier ou sous-officier chef de sape; de ces quatre sapeurs, les deux premiers travaillent à genoux, cuirasse au corps et casque en tête ; le troisième travaille le corps très-penché;. le quatrième travaille debout ; les têtes de sape doivent donc être pourvues d'armes défensives et de gabions en fascines en conséquence, d'outils, de sacs à terre, en laine , etc. Chaque sapeur pose et remplit deux gabions ; après quoi, on commande aux sapeurs de changer de place ou de forme ; le quatrième sapeur se rend alors à la queue des quatre qui étaient servants, et le premier de ceux-ci, couvert d'avance du casque et de la cuirasse, passe à la tête de la sape. On couronne le parapet de fascines à mesure que les gabions avancent. La sape pleine s'avance moyennant un gabion par quart d'heure ; conséquemment , 4 gabions faisant 2m65 se développant sur le sol, c'est de ce développement dont on avance en une heure (n° 5). — AC =: lm ; AB =: im ; BD = 0»75.
La sape demi-pleine consiste à cheminer comme à l'ordinaire, sans gabions farcis en tête.
La sape double est la réunion de deux sapes simples, dont les deux gabionnades parallèles, formant les deux parapets de la sape, sont distancées de 4 mètres et donnent conséquemment 2m90 de largeur au fond; si le défilement l'exige, on porte sa profondeur à plus de 1 mètre. La sape double est le plus souvent employée pour marcher droit debout sur les ouvrages de la place; dans ce cas, on fait des traverses tournant dans son intérieur ou des crémaillères pour la garantir des feux d'enfilade. Pour changer la direction de la sape, c'est-à dire obliquer à droite ou à gauche, il suffit de faire converser le gabion farci en dehors ou en dedans, afin de le placer perpendiculairement à la nouvelle direction.
Quand on veut faire les parapets de sape avec des sacs à terre, on organise sept ou huit brigades de deux poseurs chacune. Chaque brigade pose une rangée assise de sacs : le n° 1 pose l'ouverture du sac a l'intérieur, le n° 2 toujours à l'extérieur; la deuxième brigade
ne commence à poser que quand la première a déjà 12 sacs environ.
Chaque poseur peut poser 100 sacs en quinze minutes. Le cavalier de tranchée est un massif de terre soutenu par des
gabions en étage et surmonté d'un parapet auquel on arrive par des
gradins ; il se place à environ 30 mètres de la crêie des glacis en de* dans de la tranchée du chemin qu'il doit battre, et perpendiculairement à cette direction. On le couvre de feux d'écharpe par un petit flanc ; il doit avoir ï**30 au-dessus du chemin couvert.
La descente dans le fossé, lorsqu'on veut y pénétrer par une galerie souterraine, ne peut se faire ainsi qu'alors que là contrescarpe est assez élevée pour que Ton puisse conserver une couche de terre de t mètre au moins d'épaisseur au-dessus du ciel de la galerie.
Le point d'arrivée des assiégeants dans le fossé est fixé à i mètre au-dessous du fossé quand il est sec, et à 0m50 au-dessus quand il est inondé. La direction de la descente doit être une ligne droite, et sa pente ne doit pas être au-dessus du quart. Pour éviter une excavation trop considérable, on commence ordinairement une descente avec des blindes ; les blindes verticales 'se posent à 0*40 Tune de l'autre ; elles sont réliées par des blindes horizontales que l'on charge ensuite de fascines recouvertes de terre : c'est un travail assez difficile que celui du blindage sur galerie.
Lorsque le fossé est à sec, son passage s'effectue ensuite au moyen d'une sape. ordinaire, en allant de la descente à la brèche; dans le cas contraire, il faut construire un pont ; ainsi dans le fossé de la lunette Saint -Laurent, à Anvers, en 1832, il fut couslruitun pont en ' faseinés avec épaulem'enl, avec ordre et rapidité.
La résolution d'un siège dépend d'une foule de circonstances; mais une fois décidée , une telle entreprise demande, pour réussir, deux armées : Tune assiégeante el l'autre d'observation.
La première se renferme dans ses lignes, el l'autre rôde et occupe les avenues, prend des postes et s'y retranche , enfin se place toujours entre l'ennemi et l'armée assiégeante, pour que celle-ci ne soit pas détournée de ses occupations principales ; elle escorte les convois, travaille aux approvisionnements et fait d'autres corvées : après les six ou sept premiers jours de tranchée, l'armée assiégeante peut au besoin renforcer l'armée d'observation.
Les magasins pour siège doivent être pourvus d'un matériel considérable : 900,000 kilog. de poudre, 60,000 gros boulets et 20,000 de 8 à 12; 80 pièces dé gros canons, compris 30 de 8 à 12 ; 10 ou 20 pour la défense des lignes ; 15,000 bombes, 40,000 grenades, 180,000 kilog. de plomb, 50,000 sacs à terre, 100 plates-formes de canons complètes, 60 plates-formes de mortiers, 24 mortiers , affûts de rechange, crics, outils, etc., 200 brouettes, forges, charrettes, etc., pour l'exécution des lignes de quatre ou cinq lieues de développement, on commande 15 à 20,000 ouvriers, paysans, militaires, et 3 ou 4,000 chariots. Ces lignes étant terminées, on conserve cent chariots pour voiturer les gabions, fascines à la queue des Iran-
chées, et les blessés à l'hôpital ; et 500 ou 600 paysans pour faire les gabions, fascines, etc., entretenir les ponts, les chemins.
Pour opérer l'investissement d'une place, on commence d'abord par éloigner l'ennemi de la place que l'on veut investir, soit de vive force, soit par la ruse. 4 ou 5,000 cavaliers , sous la conduite d'un général , marchent jour et nuit jusqu'à une ou deux lieues de la place'; là, on fait halte et l'on prend ses mesures pour arriver ensemble à un peu plus d'une portée de canon delà place, on se saisit des communications, et l'on pousse des détachements jusqu'aux porles de la ville], prenant tout ce qu'no rencontre, et y établissant des postes. Les ingénieurs arrivent alors ; le terrain reconnu, on asseoit les camps, assignant à chaque arme son quartier, et ayant soin d'établir le front de bandière parallèlement aux lignes, mais à la distance de 120 à 200 mètres ; on trace les lignes de circonvallation (n° 6, fig. 45), et de contrevallalion (n° 7, fig. 45), s'il est nécessaire , sur le terrain le plus avantageux de la place. Huit ou dix jours suffisent pour l'exécution des lignes et pour se bien préparer à l'ouverture de la tranchée ; pendant ce temps on fait la reconnaissance delà place. — Dans le n° 6, fig. 45, ou est représentée une ligne de circonvallation, AB zz 6 mètres et la créée CD, à l'abri de laquelle pourront s'établir au besoin les assiégeants 2œ50.
Les lignes de contrevallalion se font dans le cas où la ville assiégée a une forte garnison; leur profil est plus faible que celui de circonvallation ; elles se placent ordinairement à une distance de la queue des camps double de celle qui existe entre le front de bandière et la circonvallation : dans la ligne de contrevallation représentée, il n'y a que2m66 qui séparent à de B, lequel point B est du côté de la place.
Dans. la reconnaissance des places, on s'aide de tous les plans et cartes que l'on peut trouver sans négliger les renseignements que l'on peut obtenir sur le pays, en les complétant par des reconnaissances faites de jour et de nuit. Le rapport entre les forces des assiégeants et celles des assiégés est assez ordinairement de 6 à 1 , le rapport entre la garnison et la garde des tranchées est celui de 4 à 3|pour infanterie, et de 6 à 4, pour cavalerie. 11 en résulte qu'une armée de 10 à 20,000 hommes peut attaquer une place défendue par 2,000 et même 3,000 hommes; mais il faut qu'elle soit soutenue par une forte armée d'observation, afin de pouvoir se défendre dans ses lignes, dont le développement, quelle que petite que soit la place, ne peut guère être moindre de 24,000 mètres.