‹ Batailles de terre et de merChapitre 58 sur 99 · DÉFENSE DUNE PLACE FORTE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DUNE PLACE FORTE

Dès qu'un gouverneur de place est menacé d'un siège, il fait rentrer dans la ville troupeaux, fourrages, grains, etc., et débarrasse la place de toutes les bouches inutiles. 11 faut aplanir tout le terrain dans un rayon de 1200 mètres. La place est pourvue de toutes munitions dé guerre et de bouche nécessaires, et augmentée de toutes les fortifications légères reconnues utiles. L'armement est complété, et le service se fait par tiers ou par quart. Le gouverneur doit empêcher, par tous les moyens, la reconnaissance de la place, et tâcher de savoir quel est le front que l'ennemi se propose d'attaquer.

Quand le gouverneur voit arriver le moment de l'ouverture de la tranchée, il doit, pendant les trois ou quatre premières heures de nuit, lancer des balles à feu sur tout le terrain environnant la place à la distance de 600 mètres, et compléter immédiatement l'armement des fronts attaqués, si toutefois il n'a pu le faire à l'avance.

Dès qu'on a reconnu que les dispositions de l'ennemi sur tel ou tel front sont réelles, on y dirige le feu le plus vif à plein fouet et à ricochets. On fait sortir, sur les flancs du travail des assiégeants, de l'artillerie légère avec des obusiers, soutenue par de l'infanterie et de la cavalerie, pour prendre en flanc et écharper les troupes qui couvrent le tracé, et mettre le désordre parmi les travailleurs. Les deux tiers de la garnison sont sous les armes et prêts à soutenir cette première sortie.

Une fois la première parallèle tracée, l'assiégé ne doit plus agir que par son feu de batteries sur les travaux de l'assiégeant.

Dès l'ouverture de la tranchée, l'assiégé ne peut plus faire usage du canon monté sur des affûts de place, il faut mettre ce canou dans une embrasure et le couvrir . par des traverses et des parades y construites avec des gabions de lm50 de haut sur 1 mètre de diamètre. Chaque gabionnade est formée de deux étages de gabions , dont le premier contient quatre rangs de gabions et le deuxième seulement

trois ; si Ton emploie les gabions ordinaires, il faut au moins six rangs en bas et cinq rangs en baut : les gabions sont liés entre eux par des fascines. Tous ces travaux doivent être faits quand l'assiégeant démasque ses batteries; on. s'occupe en même temps de toutes les additions à faire à la fortification, comme retranchements aux bastions destinés à être attaqués, réduits des places d'armes rentrantes et des demi-lunes, soit en terre, soit en palissades, tambours en charpente dans les places d'armes rentrantes et saillantes.

Outre les retranchements intérieurs, l'assiégé doit se porter à l'extérieur pour agir plus efficacement sur les approches de l'assiégeant. Les ouvrages qu'il y construit sont des flèches et des lignes de contre approches.

Les flèches s'établissent à la queue des glacis et sur leurs capitales ; elles ont deux faces de 30 mètres environ, dont les directions sont défilées et flanquées par les faces des bastions et des demi-lunes. Leur tracé se fait avec des gabions, dont on met deux ou trois rangs, pour que la construction aille plus vite. Il faut fermer ces flèches sur leur fossé et palissader leur gorge, pour obliger l'ennemi à les attaquer de vive force avant de faire le tracé de la troisième parallèle. Les flèches, sans gêner les feux de la place, gênent l'assiégeant dans le tracé de ses boyaux qui doivent en être défilés.

Les contre-approches sont des ouvrages lancés sur les flancs des attaques pour enfiler les travaux de l'assiégeant, soit avec du canon, soit avec des fusils de rempart. Cette ligne de contre-approches débouche du chemin couvert dans une direction défilée des tranchées de l'assiégeant pour arriver à l'emplacement d'une batterie qu'on veut construire pendant la nuit. Cette tranchée se fait avec des gabions. Souvent cette ligne ne se garnit que de fusiliers. Dès qu elle n'est plus utile, elle doit être rasée et les matériaux enlevés.

L'époque du tracé de la deuxième parallèle est très convenable pour les sorties ; on ne doit point se lasser d'en faire jusqu'à l'établissement de la troisième parallèle, époque à laquelle elles cessent d'être dangereuses pour l'assiégeant qui cerne la place de très-près.

Dès que l'ennemi a établi sa troisième parallèle et qu'il met le pied sur la fortification, le gouverneur ne doit plus rien ménager pour lui disputer le terrain pied à pied ; il met en batterie sur le rempart le plus de pièces qu'il peut et fait un feu continuel sur la tête des travaux ; les chemins couverts sont occupés par d'excellents tireurs, et l'on profite de tous les mouvements que laisse l'assiégeant, quand il construit de nouvelles batteries, pour réparer le mieux possible les fortifications.

Enfin, quand après avoir disputé le terrain à l'ennemi par Partit-

lerie, la mousqueterie, la mine, etc., etc., celui-ci est cependant parvenu à faire brèche, il faut couvrir celte brèche de matières combustibles auxquelles on met le feu au moment convenable,- on l'inonde de chausse- Irapes, de bombes, tfobus, etc. Enfin, on pratique dessous des fourneaux de mines qu'on fait jouer au moment où la colonne assaillante se présente au haut de la brèche.

En un mot, le gouverneur ne doit capituler qu'après avoir épuisé tous les moyens de défense.

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