‹ Batailles de terre et de merChapitre 59 sur 99 · SYSTÈME DE DÉFENSE ADOPTÉ POUR SÉBASTOPOL · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE DÉFENSE ADOPTÉ POUR SÉBASTOPOL

Dans tout ce qui précède, on a vu «que l'obstacle entre la place et l'assiégeant était, eu définitive, une muraille plus ou moins difficile à approcher, et qu'il fallait battre en brèche afin de rendre l'assaut praticable. Tout le problème consistait donc, pour les assiégeants parvenus jusqu'au pied de ce mur, à y mainteuir la supériorité de leur feu, chose d'autant plus praticable que les murs des fortifications actuelles ayant été en quelque sorte enterrés, pour être aussi soustraits que possible à l'action des projectiles ennemis, il en était résulté que les bastions ne pouvaient être armés que d'un nombre de canons relalivemeul restreint. L'attaque se trouvait donc disposer de moyens plus puissants et plus sûrs que la défense, et, dès lors, on put prédire, presque à jour nommé, le moment où une place forte succomberait sous les coups des assiégeants.

Mais récemment, un siège, qui a fixé pendant près d'une année l'attention de toute L'Europe, a semblé mettre en défaut fart de Vauban, plus en apparence qu'en réalité d'ailleurs. Je m explique : A proprement parler, il n'y avait pas de murs entre les forces alliées et Sébastopol ; mais les Russes construisirent en avant de la ville avec une rapidité qui tient du prodige, et particulièrement au début du siège, une longue ligne d'ouvrages en terre, assez élevée en certains endroits pour pouvoir y placer jusqu'à trois rangées de canons et c'est en face de cette muraille d'un nouveau geure que nos batteries de siège furent établies. Ça et là, comme à la batterie du Mât et au Redan, les fortifications prenaient la forme de bastions, et, sur ces points, notre but obtenait d'excellents résultats ; mais comme les ouvrages principaux étaient construits en terre, et, par conséquent faciles à réparer, les avantages que nous remportions étaient loin de réaliser les espérances conçues tout d'abord. Ces ouvrages en terre

gradins; il se place à environ 30 mètres de la crête des glacis en dedans de la tranchée du chemin qu'il doit battre, et perpendiculairement à cette direction. On le couvre de feux d'écharpe par un petit flanc ; il doit avoir 1,|D30 au-dessus du chemin couvert.

La descente dans le fossé, lorsqu'on veut y pénétrer par une galerie souterraine, ne peut se faire ainsi qu'alors que la contrescarpe est assez élevée pour que Ton puisse conserver une couche de terre de 1 mètre au moins d'épaisseur au-dessus du ciel de la galerie.

Le point d'arrivée des assiégeants dans le fossé est fixé à 1 mètre au-dessous du fossé quand il est sec, et à 0m50 au-dessus quand il est inondé. La direction de la descente doit être une ligne droite, et sa pente ne doit pas être au-dessus du quart. Pour éviter une excavation trop considérable, on commence ordinairement une descente avec des blindes; les blindes verticales se posent à 0m40 Tune de l'autre ; elles sont réliées par des blindes horizontales que l'on charge ensuite de fascines recouvertes de terre : c'est un travail assez difficile que celui du blindage sur galerie.

Lorsque le fossé est à sec, son passage s'effectue ensuite au moyen d'une sape ordinaire, en allant de la descente à la brèche} dans le cas contraire, il faut construire un pont ; ainsi dans le fossé de la lunette Safot- Laurent, à Anvers, en 1832, il fut construit un pont en fascines avec épaulement, avec ordre et rapidité.

La résolution d'un siège dépend d'une foule de circonstances ; mais une fois décidée , une telle entreprise demande, pour réussir, deux armées : Tune assiégeante et l'autre d'observation.

La première se renferme dans ses lignes, et l'autre rôde et occupe les avenues, prend des postes et s'y retranche , enfin se place toujours entre l'ennemi et l'armée assiégeante, pour que celle-ci ne soit pas détournée de ses occupations principales ; elle escorte les convois, travaille aux approvisionnements et fait d'autres corvées : après les six ou sept premiers jours de tranchée, l'armée assiégeante peut au besoin renforcer l'armée d'observation.

Les magasins pour siège doivent être pourvus d'un matériel considérable : 900,000 kilog. de poudre, 60,000 gros boulets et 20,000 de 8 à 12; 80 pièces de gros canons, compris 30 de 8 à 12 ; 10 ou 20 pour la défense des lignes ; 15,000 bombes, 40,000 grenades, 180,010 kilog. de plomb, 50,000 sacs à terre, 100 plates-formes de canons complètes, 60 plates-formes de mortiers, 24 mortiers , affûts de rechange, crics, outils, etc., 200 brouettes, forges, charrettes, etc., pour l'exécution des lignes de quatre ou cinq lieues de développement, on commande 15 à 20,000 ouvriers, paysans, militaires, et 3 ou 4,000 chariots. Ces lignes étant terminées, on conserve cent chariots pour voiturer les gabions, fascines à la queue des tran-

cbées, et les blessés à l'hôpital ; et 500 ou 600 paysans pour faire les gabions, fascines, etc., entretenir les ponts, les chemins.

Pour opérer l'investissement d'une place, on commence d'abord par éloigner l'ennemi de la place que l'on veut investir, soit de vive force, soit par la ruse. 4 ou 5,000 cavaliers , sous la conduite d'un général , marchent jour et nuit jtfsqu'à une ou deux lieues de la place'; là, on fait balte et l'on prend ses mesures pour arriver ensemble à un peu plus d'une portée de canon delà place, on se saisit des communications, et Ton pousse des détachements jusqu'aux portes de la ville], prenant tout ce qu'no rencontre , et y établissant des postes. Les ingénieurs arrivent alors ; le terrain reconnu, on asseoit les camps, assignant à chaque arme son quartier, et ayant soin d'établir le front de bandière parallèlement aux lignes, mais à la distance de 120 à 200 mètres ; on trace les lignes de circonvallation (n° 6, fig. 45), et de contrevallation (n° 7, fig. 45), s'il est nécessaire, sur le terrain le plus avantageux delà place. Huit ou dix jours suffisent pour l'exécution des lignes et pour se bien préparer à l'ouverture de la tranchée ; pendant ce temps on fait la reconnaissance delà place. — Dans le n° 6, fig. 45, où est représentée une ligne de circonvallation, AB = 6 mètres et la créée CD, à l'abri de laquelle pourront s'établir au besoin les assiégeants 2œ50.

Les lignes de contrevallation se font dans le cas où la ville assiégée a une forte garnison; leur profil est plus faible que celui de circonvallation ; elles se placent ordinairement à une distance de la queue des camps double de celle qui existe entre le front de bandière et la circonvallation : dans la ligne de contrevallation représentée, il n'y a que2m6(> qui séparent A de B, lequel point B est du côté de la place.

Dans. la reconnaissance des places, on s'aide de tous les plans et cartes que l'on peut trouver sans négliger les renseignements que l'on peut obtenir sur le pays, en les complétant par des reconnaissances faites de jour et de nuit. Le rapport entre les forces des assiégeants et celles des assiégés est assez ordinairement de 6 à 1 , le rapport entre la garnison et la garde des tranchées est celui de 4 à 3|pour infanterie, et de 6 à 4, pour cavalerie. 11 en résulte qu'une armée de 10 à 20,000 hommes peut attaquer une place défendue par 2,000 et même 3,000 hommes; mais il faut qu'elle soit soutenue par une forte armée d'observation, afin de pouvoir se défendredans ses lignes, dont le développement, quelle que petite que soit la place, ne peut guère être moindre de 24,000 mètres.

Page 1