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PL. XIV

il inculqua ce goût à la nouvelle Mme Léon, au point qu'elle aussi se mit à solliciter, et des secours de 5 à 6.000 francs, et des commandes pour une mine belge où elle avait des intérêts, et des pensions pour ses fils au collège Sainte-Barbe et... Mais, en peut-on finir ? Il le faut pourtant, et par un dernier trait : en 1869, Léon demandait la concession du chemin de fer de Tours à Montluçon (i). L'afïaire des chemins de fer du Nord ne l'avait point dégoûté des exploitations de voies ferrées.

1869 !... Depuis un an, ilavait, àcettedate, perdu sa mère, la vive Éléonore du Consulat, l'oiseau charmant de la volière de Mme Campan. Au lendemain de la mise à la retraite de son mari, le i^'' octobre 1846, elle l'avait suivi en Autriche. Leurs ressources, à en croire une voix, intéressée, il est vrai, étaient modestes. Ils n'avaient, pour tout revenu, que cette rente de 22.000 francs due au souvenir amoureux et généreux de Napoléon (2). On peut toutefois y ajouter quelque créance, car Luxbourg, quoique ayant dépassé la soixantaine, sollicita un emploi dans la diplomatie, et il l'eut. En avait-il donc vraiment besoin pour soutenir le grand train auquel il était habitué ? Aussi, le rr mai 1847, fut-il nommé ministre de Bavière à Vienne. C'est qu'il avait dû songer à l'avenir, à l'établissement de la fille qui lui était née d'Éléonore. La vieillesse des Luxbourg se consolait des grâces neuves de cette enfant. Amélie, née à Dresde le 3 novembre 1826, fut mariée peu avant

(0 Papiers et Correspondance de la famille impériale...; t. II, p. iSg.

(2) Plaidoirie de IVl" Marie pour Ja comtesse de Luxbourg ; Cour royale de Paris (4» chambre); audience du 22 janvier 1847. - Galette des Tribunaux, 23 janvier 1847.

l'envoi de Luxbourg à Vienne. Le 11 février 1847, à Munich, elle épousait le baron Krafft-Maximilien-Ernest-François-Chrétien-Désiré-Guillaume-Louis de Crailsheim, seigneur d'Amerang et d'Alten-Hohenhau, âgé alors de vingtsix ans, et qui devait devenir chambellan du roi de Bavière et chevalier d'honneur de l'ordre de Saint-Jean (i). Les Crailsheim étaient de Franconie ; on en trouve fait mention dès 1235, et depuis 1718, ils portaient le titre de baron. Amélie ne fut mariée que peu d'années : le 3 août i856 elle mourait à Amerang, laissant trois enfants, actuellement tous vivants (2). Elle suivait dans la tombe son père, à moins d'un mois de distance. Le comte de Luxbourg, qui, le !«'■ octobre 1849, avait pris sa retraite définitive, était allé, en juillet i856, faire une cure aux bains d'Achselmaunstein, en Bavière. Il y fut atteint d'une pleurésie, qui, rapidement, l'emporta, le 10 juillet, à la nuit tombante. Son cercueil fut transporté à Amerang, dans le tombeau de famille, d'un fort beau style gothique.

Éléonore, rapidement, quitta les lieux de son double malheur, la tombe où, en quelques jours, son mari et sa fille retournaient à la paix de la terre. De tout ce qu'elle avait aimé que lui demeurait-il maintenant dans cette

(i) Né à Rûgland, le 22 mars 1821, le mari d'Amélie de Luxbourg mourut le 4 juillet 1892, à Ansbach. — Communication de M. Joachim Kûhn.

(2) Ce sont: Marie, née à Amerang, le 20 décembre 1847, mariée à Munich, le 4 juin 1872, au chevalier François de Wille, aujourd'hui général de brigade en retraite, demeurant à Wurtzbourg; Clémentine, née à Amerang, le 17 novembre 1848, actuellement fille de la Charité à Beyrouth (Syrie), et Krafft-Antoine-Maximilien, né à Amerang, le lo mai i852, seigneur d'Amerang, domaine de 420 hectares, dans la Haute-Bavière, chef actuel de la branche Rûgland de Crailsheim, père de quatre enfants. — Communication de M. Joachim Kiihn.

Bavière étrangère où elle avait su décider de ses nouveaux destins ? Rien qui la pût retenir et consoler. A Paris, tout au moins, sa sœur, Zulma, lui restait, et aussi son fils, ce Léon qui avait publiquement diffamé son nom, mais qui était son fils, son enfant, le dernier. C'était là tout ce qui restait désormais de son passé. Son père était mort le 26 mars 1821 ; sa mère avait disparu ; Revel n'était plus, et elle se sentait horriblement seule. Elle revint en France et se rapprocha de son fils. Le i5 juillet i858, après des procès qui avaient duré sept ans (i), et une lutte douloureuse qui s'était prolongée dix-sept années, elle se réconcilia avec lui (2). Elle était vieille à cette heure, courbée, cassée, fanée, toute beauté abolie, et soixante et onze ans ! Dix ans encore, elle avait à vivre, à vivre avec ses souvenirs, et quels souvenirs ! Auprès d'un mari qui mangeait le pain de ces 22.000 francs de rente donnés par un amant impérial, elle, l'ancienne maîtresse de Napoléon, la divorcée de Revel, la veuve d'Augier, avait vieilli. Quel spectre son souvenir levait-il dans sa mémoire fidèle ? Et l'Empereur ? Elle ne l'avait point aimé ; elle avait subi la passade avec ses profits, et sans doute, comme pour certain vaudevilliste de l'Empire, demeurait-il pour elle « un petit gros qui avait l'air commun (3). » Cet amour d'un jour, cette tendresse d'une heure, avaientété le malheur de sa vie, mais aussi la fortune. Que de scandales, de Revel à Léon, nés de cette furtive et fugitive liaison ! Que d'amer-

(i) Le Comte Léon au prince Napoléon-Louis Bonaparte... ; p. 2.

(2) M. le comte Léon à Son Eminence Monseigneur le cardinal Mortot... : p. 6.

(3) Ludovic Halévy, de l'Académie française, Notes et Souvenirs; 1871i8-]2 ; Paris, 1889, in- 18, p. 126.

tûmes bues dans une coupe dorée ! De tout cela, de tout ce passé, elle n'était plus elle-même que le misérable et branlant fantôme ruiné. Là-haut, dans le cimetière du Père- Lachaise, près de la pyramide moussue sous laquelle gisait Volney, sa fosse l'attendait. Longue et lourde dalle, depuis bien des années on y avait gravé dans la pierre :

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