A RECEVOIR
d'après le décret
Au pupille
du beau-père
de Meneval
Soo.ooo
Soo.ooo
Le pupille du beau-père de Meneval / C était, avec finesse, se tirer d'un pas délicat (2). On n'y mit, non seulement de
(i) Papiers et Correspondance de la famille impériale ; édition coUationnée sur le texte de l'Iraprimerie nationale ; Paris, édit. Garnier ; MDCCCLXXI, in-i8, t. II, p. i38.
(2) Le Moniteur Universel, 6 mai i855.
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la finesse, mais encore de la sagesse. Sur ce capital de 255.319 francs, on prit 45.000 francs pour désintéresser divers créanciers de Léon, et le reste servit à lui constituer une pension de 10.000 francs, avec spécification qu'à son décès, sans enfants, les 210.000 francs feraient retour au comte Walewski. Une rente de 10.000 francs! Maigre chère aux dents vorace du bâtard, quoiqu'au mois de juin précédent, les Tuileries eussent déjà payé quelques-unes de ses dettes, 7.202 fr. 5o (i). Vivre avec cela? Ce problème lui paraissait insoluble, d'autant plus qu'il avait de fort grands besoins. Aux libéralités de Napoléon III, il avait débuté par demander, le 11 juin i852, 20.000 francs pour aller à Rome. Faire un voyage d'agrément ? Point. Pour accomplir « de grands desseins ». Ces « desseins », il en avait déjà réalisé une partie, le 10 avril i85o, en allant déposer à Rome, au couvent des Saints-Apôtres, les livres de Coëssin. Naturellement, on fit, cette fois, la sourde oreille (2). C'était au temps où la Société Pacifique était en pleine floraison. Le i^"- février i855, en l'étude de M'' Bergeon, dépositaire des illustres testaments de Coëssin, Léon passait, en association avec un homme de lettres du nom de Joseph-Jean- Baptiste Charbonnel, l'acte constitutif de la société commerciale des Enfants de Dieu. De concert avec la Société Pacifique, elle devait acheter, pour y établir son siège, l'ancien hôtel Bonaparte, rue de la Victoire, où Napoléon l'^, « alors Consul {sic!) sortit pour accomplir le 18 Bru-
(i) Papiers et Correspondance de la famille [impériale... ; t. Il, p. iSg. (2) M. le comle Léon, ancien commandant de la Garde nationale de Saint- Denis, à Son Excellence M. Delangle... ; p. 4.
maire (i) ». C'est ainsi que le fils écrivait, alors, l'histoire du père. Ce projet avorta, avec bien d'autres, car, explique Léon, « le temps n'était pas venu » et « j'arrêtai cette combinaison (2) ». N'attendez point que je l'en blâme. Provisoirement, cette liquidation lui laissa des loisirs. Vite il en usa pour ouvrir, le 25 mai i853, une fabrique d'encre à rile-Saint-Denis, quai de la Seine, n"27 (3). Il en cumulait la direction avec celle d'un reboisement et d'un défrichement général des départements aux cantons incultes. De plus, de chez lui, il solutionnait la question italienne, perfectionnait la navigation sous-marine, et ce qui est plus, il faisait breveter la fameuse lampe « à fond tournant » du merveilleux Coëssin. La catastrophe ne tarda point. Notre homme, bientôt, se trouva sans le sou, et l'intrépide tireur de pieds de biches, se remit en campagne. L'ère des emprunts recommença. Comme Gourgaud, comme tous les autres, Walewski se laissa emprunter. Mais il tenait à en demeurer là, car à des demandes d'audience, il se contentait de répondre :
Paris, le 3o septembre i855.
Je regrette que mes occupations ne me permettent pas de vous recevoir en ce moment. Quant aux très petites sommes que j'ai été assez
(i) Comte Le'on, ancien commandant de la Garde nationale de Saint-Denis et J.-J.-B. Charbonnel, homme de lettres, Circulaireadressée à N. N. S. S. les cardinaux, archevêques et évêques de l'Empire français; Paris, i5 mai i856. — M. le comte Léon à Son Eminence Monseigneur le cardinal Morlot... ; p. 27.
(2) Œuvre des Enfants de Dieu réunis en familles spirituelles, fondée à Paris par M. François-Guillaume Coëssin, le 2q septembre 182g, et autorisée sous la direction de N. S. les évêques par une lettre du Saint-Siège apostolique, datée de Rome, le 26 Juin i85o, et déposée au rang des minutes de M" Bergeofi, notaire, à Paris par acte passé en so)i étude le 3o mai i85i ;s.l. [Paris], s. d. [juillet iSSy], in-4, p. 3.
(3) Œuvre des Enfants de Dieu réunis en familles spirituelles... ; p. 3.
heureux pour pouvoir vous faire, n'y songez pas, je vous prie ; il sera toujours temps de les régler plus tard.
Agréez l'expression de tous mes sentiments.
A. Walewski (i).
Le plus étonnant de tout, c'est assurément de voir Léon, lui-même, publier ces cinglants billets où se devine la lassitude, l'ennui et le mépris. Mais il n'en a guère cure, et, de Walewski, refusant, il se tourne vers l'Empereur, qui, lui aussi, n'a pas été rebelle à toutes les demandes d'argent. En août 1867, Léon chercheà luiemprunterS.ooo francs (2). Refus. Volte-face. Le 17 novembre suivant, il demande au prince Napoléon un prêt de 10.000 francs, pour le règlement de ses dettes. Nouveau refus, et d'audience et d'argent (3). Walewski, immédiatement, reçoit la même requête. Autre refus. Même demande à Morny. Morny répond avec politesse : « J'ai malheureusement moi-même bien des obligations à remplir qui me mettent dans l'impossibilité de faire une avance quelle qu'elle soit (4). » Mais voici que, pour le tirer, peut-être, d'ennui, surgit une nouvelle affaire pour Léon. En i83i, un sieur Cartier, ingénieur, avait constitué une société pour l'établissement d'une ligne ferrée vers la Belgique, par Beauvais, Amiens, Arras et Lille. La concession lui en avait été promise par
(i) M. le comte Léon, ancien commandant de la Garde nationale de Saint- Denis, à Son Excellence M. Delangle... ; p. i6.
(2) M. le comte Léon à Son Eminence Monseigneur le cardinal Morlot... ; p. 3i.
(3) M. le comte Léon, ancien commandant de la Garde nationale de Saini- Denis, à Son Excellence M. Delangle...; p. 21.
(4) M. le comte Léon, ancien commandant de la Garde nationale de Saint-Denis, à Son Excellence M. Delangle...; p. 22.
le ministère Thiers, et Léon, alléché, avait fourni tous les fonds pour les premières études. En i838, Cartier décéda, et, en 1845, Rothschild obtint la concession qui avait été garantie à l'ingénieur. Bond et grandes clameurs de Léon qui n'accusa le ministre des Travaux publics de rien moins que d'avoir dérobé ses plans. En 1867, i^ l'assigne, à cet effet, en payement de Soo.ooo francs de dommages-intérêts (i). En attendant que se plaide ce nouveau procès, il faut vivre. Il se défait alors de ses souvenirs de famille. En 1884, au sortir de sa messe épiscopale, le cardinal et oncle Fesch, lui avait fait cadeau d'un tableau tiré de sa fameuse galerie. C'était un Corrège, peint sur agate, encadré de cuivre doré et enfermé dans un bel étui en maroquin vert. Il représentait un ange offrant, aux Oliviers, le calice au Christ. Longtemps Fesch avait eu la terreur de se voir enlever ce chef-d'œuvre, par l'Empereur, pour le Louvre. Il l'avait placé sur un chevalet, dans sa chambre à coucher, et à qui l'admirait, il disait: « Il ne me quitte jamais. Je l'ai toujours sous les yeux. Sans cela j'aurais trop peur qu'il ne me le prît (2). » // ne l'ayant pas pris, ce fut le bâtard qui le reçut. Dès i838, « en présence de difficultés pécuniaires», il avait essayé de le vendre, et, pour 40.000 fr. il l'avait offert à la reine Amélie. On trouva qu'à ce prix on se pouvait passer d'un Corrège, et force fut à Léon de le garder. En 1840, un prêteur lui donna 600 francs sur l'objet, lequel fut repris en i855, par les soins de l'avoué
(1) Papiers et Correspondance de la famille impériale... ; t. II, p. iSg.
(2) Comte D'Hérisson, Souvenirs intimes et Notes du baron Meunier, secrétaire de Napoléon I", pair de France, directeur général de la police ; Paris, 1896, in-8, p. 254.
BÂTARD d'empereur 23g
Boudin, chargé delà liquidation des comptes de Léon lors de l'exécution des legs du testament de l'Empereur. Le i*"" mai i858, Léon se décida à le proposer au prince Napoléon, et lui écrivait :
Ayant un pressant besoin d'argent aujourd'hui pour satisfaire quelques créanciers qui me poursuivent impitoyablement, et pour faire face aux dépenses de mon mariage, qu'il importe d'accomplir au plus tôt pour légitimer mes deux garçons, je voudrais vendre ce tableau, bien qu'il soit pour moi d'un prix inestimable, à cause du donateur, et que je m'en désaisisse à regret. Je viens donc vous l'offrir, Prince, et pour vous en faciliter l'acquisition, j'en fixe le prix àsS.ooo francs.
Parole! A 25.000 francs, c'était donné. Mais ce rabais séduisant ne toucha pas le « Philippe-Égalité de la famille, (i)» et, le 3 mai, il déclinait poliment l'offre de son cousin, malgré les honorables motifs qui la dictaient (2).
Léon, en effet, cherchait à se marier. Depuis quelques mois, déjà, il caressait cet aimable projet, car toujours pourles frais delà noce, il sollicitait, dès le22 décembre 1867, un p t de 5.000 francs de Napoléon III (en réclamant par la mêine occasion ses étrennes)(3), et, le 17 décembre, la même somme de Rothschild (4). Les deux potentats firent la sourde oreille, ce qui fit que le mariage fut retardé. La fiancée, une dame Jonet, Françoise-Fanny, était née à Bruxelles le
(i) AuDivi, Le Prince Napoléon; Notes et souvenirs ; Pairis, i8gi, in-8, p. 32.
(2) Le comte Léon à S. A.I. le prince Jérôme-Napoléon Bonaparte; Paris, i" mai i858. — M. le comte Léon à Son Eminence Monseigneur le cardinal Morlot... ; pp. 62, 63.
(3) M. le comte Léon, ancien commandant de la Garde nationale de Saint- Denis, à Son Excellence M. Delangle...; p. 27.
(4) M. le comte Léon à Son Eminence Monseigneur le cardinal Morlot... ; p. 43.
14 janvier i83i, de Maximilien Jonet et de Marie Wirin- Jacquemau (i). Son père, à l'Ile-Saint-Denis, avait été le jardinier du comte Léon, ce qui, tout naturellement, l'avait amené à avoir des bontés pour la jeune jardinière (2). En i853, il vivait avec elle dans un appartement loué sous le nom de Mme Jonet, ce qui fit qu'un jour que les meubles furent saisis, la dite Mme Jonet dut aller, au tribunal des référés, en revendiquer la propriété (3). Ce sont là tours de méchants créanciers et aussi de mauvais débiteurs. Des relations de Léon et de cette dame étaient nés, le bâtard le confesse sans gêne aucune, deux fils. L'aîné, Charles, avait vu le jour à Saint-Denis, le 25 octobre i855 ; le cadet, Gaston, à Paris (XII« arrondissement), le i" juin iSSy. L'Empereur, sollicité en leur faveur, leur accorda à chacun 1. 100 francs de pension (4). Quelques années encore, ils durent attendre la régularisation de leur état civil. Leur mère ne fut légalement épousée par leur père qu'en i865, à la mairie du XVIII« arrondissement (5). Napoléon III s'était, enfin, laissé fléchir : de janvier à juillet 1864, il avait donné ordre de verser à son ci-devant égorgeur la somme de 60.000 francs, — une paille, une goutte d'eau, images qui semblent faites à dessein pour Léon (6). Le cadeau ne fit que le mettre en goût, et, chose plaisante,
(i) Communication de M. le maire de Vitz-sur-Authie (Somme).
(2) Paul Ginisty, Une petite-fille de Napoléon, dans La Marquise de Sade...; p. 212.
(3) M. le comte Léon à Son Eminence Monseigneur le cardinal Morlot...; p. 3i .
'4) Papiers et Correspondance de la famille impériale... ; t. II, p. iSg. {5) Intermédiaire des Chercheurs etcurieux, 25 septembre 1891,001.742,743. (6) Papiers et Correspondance de la famille impériale...; t. Il, p. iSg.