‹ Bâtard d'empereurChapitre 7 sur 47 · MARCHAIS AYMÉ ANDRAL PICARD · texte numérisé non relu

MARCHAIS AYMÉ ANDRAL PICARD

HISTOIRE d'un dragon AVANTAGEUX, DE LA SENSIBLE ÉLÉONORE ET d'ÉTRANGES BEAUX-PARENTS

Revel, son passé et son histoire. — Curiosités de sa carrière militaire. — Une rencontre au théâtre de la Gaieté. — La « Cléopâtre de seize ans ». — Les Denuelle de la Plaigne. — L'intéressante famille. — L'élève de Mme Campan. — Faveur de la pension de Mme Campan. — L'éducation mondaine du Consulat. — La vie galante de quelques-unes de ses élèves.

— Revel familier des Denuelle. — Un fameux portefeuille. — Le dragon fiancé. — Intimité du gendre et de la belle-mére. — Questions d'argent.

— Singuliers propos de Mme Campan. — Le contrat de mariage. — Le lendemain des noces. — Bizarreries d'une lune de miel. — Revel arrêté.

— Où Éléonore? — Elle couche avec l'Empereur.

AUT de cinq pieds, « d'une taille exiguë, mais bien prise, d'une figure très agréable (i) », le cheveu et le sourcil châtains, l'œil gris, un nez aquilin au-dessus d'une bouche moyenne et le menton rond dans un visage ovale (2), le sieur Jean-Honoré-Fran-

(1) M. M'", ancien officier d'artillerie, Histoire du prétendu rapt de Mme la comtesse de L*",par Buonaparte et Murât, ou réponse au jnémoire de M. J.-H.-F. Revel ; Paris, 181 6, in- 18, p. 9.

(2) Congé du citoyen Jean-Honoré-François Revel. — Archives natio-

çois Revel, tâchait à faire belle figure à Paris, vers l'an XII. Il fréquentait les lieux de plaisir, Tivoli, où dans les airs s'élevait une nymphe suspendue à un aérostat; Frascati, où parmi des bosquets s'égaraie nt les couples ivres de la « walse » ; Garchi, aux glaces en renom; la terrasse de l'Estaminet Hollandais, où, jonc au doigt, éperons aux talons, on pouvait créer la facile illusion de descendre de cheval et de revenir du bois de Boulogne (i), tous lieux abondants en oisifs, joyeux coquins, filles à la mode d'hier et du jour ; drilles crédules et filous d'esprit. Ce Revel y cherchait apparemment fortune et bonne fortune. Avantageux, il se parait des grâces séduisantes de la trentaine et d'un bel uniforme de dragon, auquel, du reste, il n'avait aucun droit, car depuis le i" nivôse an XII, il n'était plus à l'activité. Né dans le Midi, il avait gardé l'amour de la chamarrure et de l'éclatant, et de sa propre autorité il suppléait à la parure dont il était d'autant plus fier, qu'il en était administrativement privé. C'est à Mougins, dedans le Var, que, de Jean Revel et d'Angélique-Charlotte Achard, le II septembre 1778, Jean-François-Honoré était né. Son père était magistrat, mais dans quelle magistrature ? Ce bel Alcindor, ayant dans ses habitudes de conter des choses quelquefois peu contrôlables, a négligé de nous donner làdessus des précisions. De même, il ne se répand point en

nales, série F'B ; II, Saône-et-Loire, 3. — Signalement du 12 floréal an IV ; Archives administratives du ministère de la Guerre; dossier Revel.

(i) « Les culottes de peau semblent avoir repris quelque faveur pour les jeunes gens qui ne montent pas à cheval; avec cet ajustement, des éperons et une cravache, on peut courir les cafés toute la matinée, en assurant qu'on vient du Bois ou qu'on va y aller et on épargne ainsi l'achat et la dépensed'un cheval. » — Ga:{ette de France, jeudi i" avril 181 3.

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confidences sur le mariage qu'il contracta avec une demoiselle Jeanne-Charlotte Ruzot, dont il lui naquit un fils et une fille. 11 devait être bien jeune encore, car touchant à peine à sa vingtième année, il s'engagea comme soldat, le !«■■ mars 1798, au i^"" bataillon des Alpes-Maritimes. Plus tard, en juillet 18 10, adressant une « Plainte à l'art de la Guerre », il s'écriait :

Je Vai, par goût, au sortir de l'enfance^ Sur tous les arts donné la préférence, Issu d'un père, autrefois magistrat, Malgré son vœu je me suis fait soldat (i).

Ce ne lui réussit pas trop mal, tout d'abord. Le 24 juin 1793, il fut nommé lieutenant, et, le 9 ventôse an II, quartier-maître. Le 11 floréal an III, il passait quartiermaître-capitaine. Il avait fait la campagne de 1798 à l'armée des Pyrénées-Orientales, et, en l'an IV, il fut appelé à l'armée d'Italie. La manie d'écrire dont, dès sa jeunesse, il fut possédé, le porta à cette époque à rédiger un ouvrage sur l'administration des troupes. Bonaparte, alors général en chef, le lut et lui fît mettre un couvert à sa table. Revel a chanté ce laurier militaire et culinaire:

D'un doux plaisir mon âme fut rejnplie Quand le héros vainqueur de l'Ausonie Me fit r honneur de lire un de mes plans Et d'applaudir à mes jeunes talents.

[i) Archives administratives du ministère delà Guerre; dossier Revel,

Ces succès ne furent, cependant, pas de très longue durée. A la suite de l'organisation de l'an IV, Revel fut réformé comme officier à la suite. Il regagna alors son département natal, y végéta quelque peu, et passa, ensuite, en Saôneet-Loire, où il fut nommé secrétaire en chef de l'administration centrale du département (i).

Il devait avoir peu de ressources; ce lui fut le pain quotidien. Toutefois, il trouvait amer de le manger dans le civil. Malgré quelques infirmités contractées au service, il aspirait à reprendre le harnois guerrier, et, dès l'an VII, on le voit faire solliciter sa rentrée dans l'armée. Le commissaire du Directoire exécutif près de l'administration centrale de Saône-et- Loire le recommande, le 1 1 thermidor an VII, au ministre de la Guerre, pour une place de commissaire de guerres. « Il est d'une probité à toute épreuve », dit-il (2). Notons cette recommandation et cet éloge. On en reparlera. Mais les mois se passent, et rien ne vient. Alors l'impatience empoigne Revel, et un jour, c'est le 23 floréal an VIII, il démissionne. En route pour Paris! Il bat les bureaux et encombre les antichambres. A sa cause il parvient à intéresser un inspecteur général aux revues, le général de division Gauthier, lequel, le 3o germinal an VIII, autorise le Conseil d'administration du ib" régiment de dragons à recevoir Revel en qualité d'officier payeur. Cependant, est-il ajouté à cette décision, « si le citoyen Revel ne justifiait pas dans la suite la confiance du conseil d'administration, celui-ci est autorisé à

(i) Archives nationales, série Fib, II, Saône-et-Loire, 3.

(2j Archives administratives du ministère de la Guerre; dossier Revel.

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faire un autre choix (i) ». La prévision n'est pas inutile et on peut se demander quel flair l'a dictée, car, en vendémiaire an X, Revel, étant toujours payeur au i5« régiment de dragons, les dragons d'Egypte, on propose de le réformer parce que « la gestion du citoyen Revel a excité de vives réclamations et sa traduction à un conseil de guerre où il paraît être encore en instance [ce qui] empêche de proposer une décision sur son sort (2)». Qu'arrive-t-il? Revel est-il acquitté? Intervient-on en sa faveur ? Ce sont des points obscurs. Je ne retiens que ceci, c'est que, quelques mois plus tard, à la date du 25 messidor an XII, le général Canclaux donnait sur lui cette note à la revue d'inspection :

Officier très adroit, fort intelligent, mais violemment soupçonne' du côté de la probité; ne peut rester au régiment puisqu'il n'y est que comme surnuméraire, mais encore plus par la raison qu'il n'y fait qu'intriguer. A été cependant nécessaire jusqu'à présent pour débrouiller la comptabilité de l'escadron complémentaire. N'ayant aucune ressource pour exister et faire exister sa famille, a quelques titres à la pitié du gouvernement, sinon à sa justice (3).

Je ne sais si je m'abuse, mais le ton de toutes ces notes n'est guère flatteur pour Revel. Il y aura lieu d'en tenir compte plus tard. Quant à la comptabilité de l'escadron, elle était, en effet, fort ténébreuse, et elle mena au suicide celui qui en était chargé. Nouveau chant de Revel :

(i) Archives administratives du ministère de la Guerre ; dossier Revel. {2) Archives administratives du ministère de la Guerre; dossier Revel. (3) Archives administratives du ministère de la Guerre ; dossier Revel.

It) LES SECRETS DU SECOND EMPIRE

Au régiment le désordre régnait.

Pour rendre compte un comptable se tue ; Cette aventure à Versailles connue Ne rend que moi victime du forfait (i).

De fait, dès ce jour date sa mise à la non-activité, mais habile à débrouiller des comptes, à équilibrer des comptabilités chancelantes, il trouva le moyen de faire utiliser les services de son industrie. Le général Davrange d'Haugeranville se l'attacha provisoirement à ce titre, et Revel vint s'installer à Paris, rue du Faubourg- Saint-Honoré, n° 8. Telle était sa situation, quand un soir de l'an XII, il fit une rencontre, qui, sur sa vie, devait avoir les plus curieuses conséquences.

Depuis quelque temps le quartier-maître était veuf (2). Il paraît que sa femme était morte de désespoir (3). J'imagine que les tours peu délicats de son mari y furent pour quelque chose. Bref, Revel veuf cherchait à se consoler et à se remarier, « mes intérêts, dit-il, nécessitant un second mariage (4) ». Bien. Donc, ce soir-là, désireux de distrac-

(i) Plainte à l'art de la Guerre, par Revel, capitaine au 6r régiment de ligne; Worms, 28 juillet 1810. — Archives administratives du ministère de la Guerre; dossier Revel.

(2) Dans sa Plainte à l'art de la Guerre, Revel dit :

Ma femme meurt de ses chagrins cuisans...

(3) Plaidoirie de M' Marie, défenseur de M""' de Luxbourg ; Cour royale de Paris; audience du 2 décembre 1846. — Galette de France, 23 décembre

(4) J.-H.-F. Revel, capitaine pensionné, Buonaparte et Murât, ravisseurs d'une jeune femme, et quelques-uns de leurs agents, complices de ce rapt, devant le tribunal de première instance du département de la Seine ; mémoire historique par le mari outragé ; Paris, MDCCCXV, in-12, p. 3. — La seconde édition de cet ouvrage fut saisie par un inspecteur de la librairie

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