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Jeune fille qui pouvait à peine avoir atteint sa vingtième année. Des cheveux blonds et des yeux bleus comme l’azur du ciel: attestaient son origine septen- ‘trionale, bien qu'un long séjour dans l'Inde eût répandue sur son beau visage une légère teinte brune.
ŒÆlle était entièrement vêtue de blanc, et n'avait pour :
toute coiffure que les boucles épaisses de sa cheve. lure, rattachée sur son front comme une couronne, “Sauf les bracelets de fleurs dorées du champaka (1)
“qui parfumaiént ses bras nus, elle n'avait d'autre or.
ement que la douce et séduisante beauté dont l'avait parée la nature.
La lumière du soleil, traversant le feuillage aux mille couleurs, 8e jouait autour d'elle en teintes diaprées ; le jambosier répandait sur elle ses fleurs d’an rouge vif; de magnifiques apillons, attirés par les
arbustes en pleine floraison, balarçaient au-dessus de sa tête leurs ailes où res lendissaient toutes les cou. leurs de l'arc-en.ciel ; ds scarabées, des mouches, mille insectes mouvants et brillants comme s'ils fus. sent nés de la flamme, couraient, bourdonnaient, sus-
-Surraient dans ce riant pavillon de verdure,
“La jeurie fille paraissait Cependant insensible à la beauté de tout ce qui l’entourait; elle baissait les Yeux et demeurait dans une complète immobilité. On eût dit qu'ur long rêve avait ravi son esprit et l'avait plongé dans ur profond oubli de la réalité.
Peut-être songeait.elle à cette patrie aimée qn'elle avait quittée si jeune, et pour toujours sans doute. Pent-être déplorait-elle l'absence d'une personne qui lui était chère et dont l'image la poursuivait dans la solitude, Mais, quelle qu'en ft la cause, un mal secret rongeuit le cœur de la jeune fille et ge lisait
Jusque sur son visage, qui, tout gracieux et tout sé-
41} Machelig champaka, fieur favorite des J Avanais,
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duisant qu'il fût, portait les traces d’une consomption lente et d’un mortel accablement,
Après avoir, immobile et songeuse, contemplé ainsi le sol pendant quelque temps, elle releva sou. dain la tête, Comme si elle eût été saisie par le silence complet Qui régnait autour d'elle... Elle jeta d’abord.
doucement endormie ; puis elle ge retourna à demi et chercha du regard ses domestiques à travers les arbres,
La servante dormait APPuyée au tronc puissant d'an billingbing (1). Le nègre seul veiliait, un para. sol fermé dans une main et une corbeille de feuit rafchement cueillis de l'autre ; il tenait son œil bril. lant fixé sur ga maîtresse et paraissait Jui de nander si elle dé:irait quelque chos:: mais elle lui Gt signe du doigt de rester où il était a jeune fille reprit sa première attitude ; mais e fois elle jeta les JEUX vers la plaine et parut embrasser d'un long regard le magoifique tableau que la nature ivdienne déroulait autour d'elle,
. En dirigeant son regard à gauche, elle vit les COcotiers qui bordarent Ja côte et balanç tient leurs hautes
cines, comme de B'8Antésques panaches, sous le souffle tiède du vent de terre ; derrière, dans le loin.
Catra, et, plus loin encore, l'immense mer do t- la surface, dans sa Partie la plus voisine du rivage, était Parsemée de petites îles ver.loyantes, Pressées les
re peu à peu, dans un horizon sans limites, ave ’e&ur du ciel.
(1) Averrhoa Lilémbi,
En face d'elle s'Ulevaient à quelque distance les magasins et les habitations de la factorerie hollan: daise. Les fortifications qui les entouraient attei. gnaïènt à ‘peine encore à la hauteur d'un homre, mais 6n poussait les travaux avec atdeur, La jeune #6 voyait des Hollandais, des nègres, des Chinois, mälgré la chaleur du soleil, apporter des pierres, du mortier, de la ‘terre,’ et, comme surexcités par ‘son activité fébrile, rivaliser de zèle pour faire sortir du 801 le rempart qui devait protéger la forteresse néer: Jandäisé. ins sf hill à
Dars le lointain, derrière la fictorerie, apparaissait la ville javanaise de Jacatra, a vec seë demeures bien aérées, construites en bambous et en rotangs, à demi cächées sous l'ombre des kelors touffus, et ombragées detous côtés par des arbres fruitiers dont le feuil äge foncé et luisant se dessinait vivement sur le ciel.: À côté et entre les maisons, le Pysang où bananier dé: ployait ses feuilles gigantesques, et l’arec, sorte de palmier, lançait dans les airs sa cîme étalée comme un parasol, tandis que le suryboa (1) s'enroulait gradiéusement aütour de sa tige svelte et délicate, Garet là le lontar où arbre des chasseurs montrait aussi ses feuilles en forme d'éventail, sur lesquelles les Indiens avaient autrefviscoutumed'écrire lenrs olas ou lettres, Daos les environs de la ville se déployaient les vastes rivières des Javanais, dont les unes charmaient. la vuë par leur tendre et agréable verdure;:tandis que les autres avaient déjà les reflets dorés de la maturité. Si l# jsune fille portait son regard à droite, c'est:à dire vers l'intérieur des terres, son œil se promenait d’abord sur un splendide tapis de verdure sillonné par les gracieux méaudres dé deux ou trois rivières, Toute la surface de: la: plaine, là où son uniformité
(1) Espèce de liane. ei
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raissait es bien à demi bragées uillige ciel: À lier dérte de comme ait grax Qaret Uss1 8e8 [ndiens lettres.
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n'était pas rompue par des bouquets de cocotiers, étincelaient de fleurs sûr mille formes et'aux mille dances ; da sein même de l'eaû lé tong jong tratty élévait ses splendidés Calices où la fraîcheur des pat: fume Tuttait avec l'éclat des couletre 1: PA s an8 cêtte direction, sd Vue atteignait les limites où s’arrétäient lé travail de l'homine’ ef [a lisière ‘de ces impénétrables forêts qui, au- piéd” dés collines,
tgnes dont le sommet menace Je ciel, et s'élèvent jusqu'à cinq mille piels au-dessus dé niveau de la
mer.
© Ce n’est que dans ces forêts qu'on peut se faire une idée de la merveilleuse fécondité dont une prodigue nature a doté ce Point de terré. Là des arbres gigantésques, des plantes étranges, des lianés avides semblent se disputer l'accès de la lumière et de l'air : dans cette late pour Conquérir une étroite place, es
langsars, dés Dinangos, des surens, entrélacent en tous
C8 Jeurs branches, de manière à former comme un immengé et j oextricable réseau, descendent jusqu’au 80), remontent dans les aire, ef fourbissent à leur tour Une abondante tourriturs aux linhes qui, courant
levses, y couvrent l’écorce des pinkous séculairey des
d’un arbre à l’autre, se suspendent comme de minces
: cordages à toutes les branches, poussent de nouvelles
racines, s'élèvent hardiment jusqu'aux plus hautes cimes, et là, par leur épaiset luxuriant feuillage, forment un toit de verdure qui, même en pleia jour, ne laisse pénétrer qu’une lumière douteuse dans ce pandœmonium vé:étal.
Dans les sombres profondeurs de ces forêts primitives de Java vit et pullule tout un monde d'animaux, Le singe y gîte avec sa femelle et son petit sur les mêmes arbres où le charmant lori et l'élégante perrucheétalent leur splendide plumage ; l’affreux chienvolant s’y cache pendant le jour ; le lézard-volant y saute sans repos de branche en branche ; le tigre royal 4 règne en maître ; l’iguane, semblable à un crocodile, y guette sa proie ; de venimeux scorpions, de hideuses scolopendres y fourmillent sous les feuilles tombées.
La jeune fille tint pendant quelque temps ses yeux fixés sur les majestueuses forêts et les cîmes couronnées de nuages des montagnes qui bornaient l’horizon du côté de la terre ; puis,c omme si cette contemplation ne lui eût procuré ni plaisir ni consolation, elle secoua la tête d’un air découragé et dirigea son regard vers le sol, où il rencontra les fleurs pourpres que le jambosier avait semées à ses pied: Peu à peu son esprit parut s’égarer de nouveau dans une profonde réverie, car elle resta immobile et muette, et fait par porter les mains à ses yeux, comme pour cacher les larmes qui s'en échappaient malgré elle.
La femme qui était assise "à côté d'elle leva. la tête et contempla un instant la jeune fille aflligée, avec l'expression d’une bienveiilaute tristesse, puis elle lui prit la main et lui dit : frs
“Adélaïde! Adélaïle! ce n'est pas bien, Hier €6a. core tu as promis à ton père de lutter courageuse
minces Juvelles y hautes ge, forour, ne ce pan-
y ptimilimaux, sur les 1te per- « chienolant y le tigre ole à un )rpions, ous les
8 yeux couronnt l’hotte con- :onsoladirigea rs pour- \:. Peu ans une muette, ne pour zré elle.
à. la tête Se, avec elle lui
Lier €aageuse-
(qu'il ne pât saisir l'entretien qu
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; tu lui as dit que, consolée atience le jour de
promesse a donné tant d'espoir et de confiance à mon cœur de mère
que, tu le vois, je me laisse Bagner par le sommeil à
tes côtés ; tu restes seule un instant, ., et, à mon réveil, je surprends des larmes dans tes yeux | Nas. tu donc pas de pitié, mon enfant, pour ma dculeur ? —Abh! ne m'en veuillez pas, ma bonne mère, bal.
i j C énergie contre mon
pauvre cœur.
—Ce sont de funestes pensées qui le Adél:ï le ; au lieu de les caresser avec c repousse-les Courafeusement, et bien guérie,
— Oui, ma mère, c’est bien ainsi qui VOUS avez raison, répondit la jeune fille, Si je pouvais
maîtriser mes pensées | Ce rêve, cet éternel rêve, de La Hollande, Amsterdam, tout ce qui ]
enfance de joie et de bonheur, voi mes forces, ce qui jette le trouble dans mon âme et et envers vous, qui
Poursuivent, omplaisance, tôt tu seras
l faudrait faire;
e et cruel de ma part, je € Sais ; maïs ne m’accusez pas dans
mère bien-aimée : je n’y puis rien [ ”
ssis par terre à quelque pas de 1à, le nègre fixait
son œil Brillant sur les Jèvres d'Adélsïe, et, bien
Ï avait lieu à voix
âsse, il paraissait Cependant comprendre le sens de
paroles de la jeune fille. Sa physionomie attestait
aussi une profonde compassion, et de temps temps | #es grosses lèvres se COntraciaient avec une sorte de
dépit et de colère. Pie ! 1. c