‹ BaudelaireChapitre 21 sur 27 · LETTRE DE H. TAINE · texte numérisé non relu

LETTRE DE H. TAINE

B Cher monsieur,

» Je suis tellement occupé et ma santé est sî médiocre, que je ne puis me charger d'un article important comme celui que vous me proposez. J'admire beaucoup Poe; c'est le type germanique anglais à profondes intuitions, avec la plus étonnante surexcitation nerveuse. Il n'a pas beaucoup de cordes, mais les trois ou quatre qu'il a vibrent d'une façon terrible et sublime. Il approche de Heine ; seulement tout chez lui est poussé au noir, l'alcool a fait son office. Mais quelle délicatesse et quelle justesse dans l'analyse 1 — Je n'aime pas trop Eurêka qui est de la philosophie comme celle de Balzac dans Séraphita et de Hugo

(i) « Je ne me rappelle pas très nettement leur objet [lobjet de mes lettres] ; je me souviens seulement que, dans Tune d'elles, j'entretenais Baudelaire d'un projet de poème sur le Chanvre, dont je m'occupais alors (son titre était le Rêve du Chanvre). Il devait former, avec le Rêve de l Escarpolette et d'autres poèmes de même nature, la matière d'un petit volume fantastique assez piquant, qui m'eut donné l'occasion de rompre avec la forme agaçante du sonnet. » (Notes de M. Soulary). V. dans les LeiLreSf la réponse de Baudelaire, 12 juillet 1860.

(a) Publiée par le PiNCEBOUHDK,

APPCNDICB 4^5

dans lo,s Contemplations. Puisque vous le demandez, c'est le seu] des cinq volumas que j'aie reçu, et encore c'était de votre main. M. Lévy ne m'en a envoyé aucun, mais je l'ai lu tout entier.

» Quel malheur que vous n'ayez pas inséré en anglais les io8 vers anglais de Nevermore ! Mais quel traducteur vous faites, et comme l'accent y est avec toute son âpreté, toute son intensité et toutes ses inflexions !

» Mille remerciements, j'ai lu déjà la moitié de ce nouveau volume (i), et je vais faire votre commission à Flaubert.

» Croyez-moi, je vous prie, votre très obligé et dévoué.

D H. Taine. »

5o mars i865«

Page 1