‹ Baudelaire; l'homme et le poèteChapitre 3 sur 21 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

qu'il a laissé sans date exacte la plupart de ses poèmes, peu d'artistes ont, plus que lui, témoigné de leur dédain du monde et de leur culte d'un Idéal subjectif. Mais Baudelaire n'est pas un ascète. Il a connu des hommes et des femmes, il s'est modifié à leur contact, depuis l'enfance jusqu'à la mort. Or, c'est au cours de toute sa vie qu'il a écrit les Fleurs du Mal, de la vingtième année à la quarantième. Comment ne pas chercher dans son œuvre le reflet de cette expérience personnelle, et, sans avoir la prétention d'expliquer l'œuvre par l'homme — car l'homme est toujours imparfaitement connu — , comment ne pas entreprendre de dérouler la création des Fleurs du Mal tout le long de la vie du poète, de la plaquer sur cette vie, en quelque sorte, pour voir si l'énigme de sa pensée — Spleen et Idéal — ne disparaît pas à ce rapprochement?

Telle a été notre méthode. Elle est un efïort pour classer les difïérents états d'âme que Baudelaire a parcourus, sans faire appel à aucune théorie préconçue, en nous aidant seulement de sa biographie et de son œuvre. Ce classement, dès lors, ne pouvait être que chronologique. Notre artifice a été de réduire, pour la commodité du récit, à une série unique le cycle des états d'âme que Baudelaire a dû, évidemment, par-

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