LE MAHQUÏS DE POMPONNE
est qu'il dise n ce prince qu'EIle s'inléressc depuis si longtemps à ce qui regarde la f^raiideur el les vcrilables avantages de sa maison, qu'il ne doit pas douter que Sa Majesté ne soit parfaitement entrée dans sa douleur: qn'Kile sait qu'elle est d'autant plus jusLe ([u'Elie étoit informée des grandes espérances que les qualités du prince son iils. beaucoup au-dessus de son âge. lui donnoient de le voir un jour en état de soutenir avec éclat la gloiro de ses ancêtres; qu'il ne ruppj»lli'roit point un souvenir aussi triste s'il n'étoit obligé de lui marquer l'intérôl que Sa Majesté prenoil à la personne de ce prince par l'atlention qu'Klle avoil ù s'infornïpr de ce qui le rogardoit. Que ces sentimonls étant fondés sur ceux qu'EIle a pour TEIecteur de Bavière, il doit s'assurer d'en recevoir des marques en toute occasion, que comme 8a Majesté désire très sincèrement qu^il plaise h Dieu de donner à ce prince des consolations propoHionnées a une aussi juste aflliclion. Elle verroil avec plaisir que cet adoucissement à sa douleur vînt par Elle et qu Elle sera toujours disposée à faire connoltre l'estime et raffeclion particulières qu'EIle a pour cet Électeur.
Après cette audience, le man{uis de Pomponne sera conduit à celle de rÉIeclrice ' et il lui marquera dans les termes les plus convenables, non seuleaieutrint«rét que le Roi veut bien prendre à la douleur qu'elle partage avec l'Electeur son mari, mais aussi restime particulière que Sa Majesté fait de cette princesse el combien Elle désire de lui donner dans les occasions des marques de sou amitié. Le séjour du marquis de Ponipcume h Bruxelles seroil non seulement inutile au service du Roi, mais il pourroit même embarrasser rÉlectcurde Bavière et le rendre suspect en Espaguu. Ainsi l'inlfution de Sa Majesté est que trois ou quatre jours après il demande son audience de congé. Les mêmes cérémonies observées dans la première le doivent être encore dans cette dernière.
Le seul ordre que Sa Majesté ait à lui donner outre ce qui est contenu dans celle instruction est d'apporter à sou retour une relation exacte de tout ce qui aura été observé dans ses audiences.
I. Tbûrèse-Cunêgoade, fille de Jean Sobiesky, roi do Pologne, que Maximilien II ftT&ic épou«6e en IttOi^ deux ans après la mon de m première femme.
M. DE RinOUS
La siicc<*s9ion d^PspaRne s'était ouverte depuis la mission de Pomme. Lorsque M. de Uicinis fui envoyé h. Munidi, divers inddenls Avaiirnt nidDln^ que l'Hleclt'ur Maxinûlicn se di^tachait de l'Autriche. Cn'tto cour, jusUliant les pronostics formulés par la France à l'avénefncfil d(^ rÙecteur, n'avait procuré aucun bénéflce à la maison de Bavière et s'étiit au contraire attaché»* à contrarier ses vues. 11 e»l Déce«*airo d'exposer ces incidents avec quelques détails pour expliquer éàxa quelles circonstances fut donnée Tinstmction suivante, le marqui» de Torcy i-tant mini.«tre des affaires étrangères.
Lorsque Anne d'Autriche a\ ail épousé Louis XIII et Mario-Thérèse mJii XIV, ces princesses avaient solenncllementrenoncéà leurs droits '- îtur lu succession d'Efipagne. Mais quand il ni Charles 11 ni de mourir sans enfants, Louis XIV résolut do rcvendi- \er la succession au nom du Dauphin, ftls et héritier de Marie-Théï.aOégtuint que la renonciation de la Reine, sœuralnée de Charles If, n'avait pu porter préjudice à ses enfants du sexe masculin, puisque ceax-ci tenaient leurs droit:t du principe fondamental qui appelait les màÏM au IfAne. Sentant cependant que la chose n'irait point sans de fiuve:» complications, il songea d'abord ti entrer en composition avec 1m aiitr<*« préleïïdants h l'hérila^jre du roi d'Espagne. Ces prétendants étaîiftol au nombre de deux : l'Kmpei'eur et IKlecteur de Bavière. L'Empereur Léopold avait plusieurs moyens à faire valoir. Le pret^bil fondé sur h;s pactes de famille de la maison d'Autriche & défaut de inAles dans une branche, appelaient à la succession les miles (les antres branches; mais, comme les pactes dn la famille de Habftboorf n'étaient point applicables h l'Espagne, il renonça
M. DE RÎC0U5. 1701.
;l cdargiimeut. Le second inoy^i ilUit tiré Ha goii premier mariage avec Murgucnle-Th*^r^so, sœur cndeltt* de Charles II, qiii t''tait appelle au Irniie d'Kspa^'ii»», tant pur la renonciation de sa sœur Mane-ThOr»'î»e que pur lo testament de son père Philippe IV: mais cette princesse était morte, ne laissant rpi'une fille, Marie-Antonia, <pii avait (^pous*^ TF^locteiu' de Bavière et, bien que celte dernière, au moment do son mariage, eiU formellement renom-t- à la couronne d'Kspague, il y avait danger à invoqxier les droits que Léopold pensait pouvoir s'attribuer de ce chef. Il résolut donc de réclamer la succession d'Espagne eu son nom personnel, comme fils de Marie-Anne, fille de Philippe 111, roi d'Espagne et sœur de Charles 11, se résenanl de faire passer lu couronne, s'il l'obtenait, h son fils cadet, rarcbiduc Charleè.
Quant à rKIecleur de Bavière, c'était au nom de son fils Joseph- Ferdinand qu'il se nietlmt sur les rangs. rKleclrice MaHe-Antouia, sa première femme, étant morte en )(ili!2. Il avait à Madrid l'appui de la reine-mère. Marie-Anne d'AuUdche, qui mourut en tHOH, tandis que les prétentions de Léopnid y èiairnt soutenues par Marie-Anne de Neubourg. seconde femme île Charles II.
Charles 11, sur les instigations de sa mère, avilit fait un premier testament en faveur du prince électoral de Bavière, puisil l'avait annulé sur les conseils de sa femme, et se préparait & tester en faveoi' do rarchiduc Charles, lorsque Louis \IV qui déjii, par un traité secret signé avec l'Autriche en IfitîN, avuit ébauché un projet *Ie partage entre les compétiteurs, reprit les négociations. Le M octobre 161)0. la France signa avec l'Angleterre et la Hollande une convention on vertu de laquelle le Dauphin recueillerait les Deux-Siciles, les ports do Toscane et le Guipuzcoa, tandis que bî reste de la monarrliie espagnole serait attribué à l'Électeur de Bavière, substitué h son liU mineur. Aussitôt Charles II, indigné que l'on dispost\t ainsi de ses biens sans son consentement et surtout que l'on songeât h les morceler, fil un nouveau teslanjent au bénéfice du prince électoral, l'appelant à sa succession intégrale, sous la régence de la reine sa femme. Mais ^i peine l'acle était-il fait, que le prince de Bavière mourut à Bruxelles, le 0 février t6îïi».
Louis XIV prépara aussitôt un nouveau traité de partage, qui fui accepté par l'Angleterre et la Hollande en mars 1700; en plus des possessirins assurées au Dauphin par la première convention, on lui donnait la Lorraine, en échange do laquelle le duc de Lorraine recevnUt le Milanais ou, si le duc ne consentait point, la Navarre, le Luxenïbonrg ou la Savoie avec Nice et Barcelonnette:le8 autres pays de la monarcliie espagnole iraient à l'archiduc Charles.
L'Aulriclie refusa son consentement à cet arrangement, qui avait cependant le grand avantage d'éviter la guerre. De son côté, Charles II,
SUCCESSION n'ESPAGNE.
^admettait point Vidée d'un partage, Ot un troisième testament
favenr, cfitlfl fois, d'un prince fronçais, Philippe, duc d'Anjou, fils
|Mti- ' - ''iitphin.lui substituant successivement» en cas de refus, le
»ii-( V . son fri>ro, l'archiduc Charles et le duc do Savoie. Le roi
«rF.^IWMTTïf mourni peu après, lo t" novembre 1700; le testament de
ChaiU*9 II fui accepté par la cour de France, bien ijuVn maintenant
linltftsnl^ dr la monarchie espagnole, il fût nnûns avantageux pour
L/^Hi> XIV <|uo If serond Irait*^ de parUïpe. Le duc d'Anjou fut pr«>-
rtimê roi d KspaKiie le i!i novembre, sous le nom de Philippe V.
Il fallut aUN>ilôt se prt-parer h la guerre. La Savoie, lo Portii^'al,
l'inplrlerrt- ••(HifTii seids A reconnaître Philippe V; la Hollan<h*, les
Mui> du Nord, l'^mperour se tenaient sur la déliance, déliancc que
f.tfai« XIV «embla prendre h cœur de justifier d'abord en consacrant,
|*r des lettres patentes, les dioils d»* Philippe V h la couronne do
/Hfcure, au c.m d'extiurtion de la ligni'^e de «on frt^re ûïné, le duc de
^«3r$o^e,pui«,«nt^e faisant attribuer par la cour de Madrid ledmit
donner directement des ordres aux conmiandants des places des
•3fvBas espagnols, bous le [>r^texte de pourvoir à leur défense.
Lo ironTemeur gf^néral de ces provinces ^tait encore à ce moment ^Eecteur Maxiaiilien de Bavière; il se pn'ta de fort bonne grâce aux vxbioaisunH de Louis MV; après avoir facilitV' l'entrée de troupes hçiUm»» dans les villes fortes et les avoir aidées A fnrcer les Hollan- • ■ * ' vacucr quelques lieux oh ils tenaient garnison en vertu d'une tion (-oucluo avec Charles II, il quitta Bruxelles pour rentrer Moairh.
D«n»l1nter\idle. son agent H Paris, le con»lo do Monasterol, avait
-ni(f un Irailr d'idlianre avec la France sous la date du 9 mars I7II1
reçu radht'sion di> riCspagnc. Kn vue d'assurer le
...:. s de NVestphalie, de Nimègue et de Uyswick, FKloc-
:. -'eull à considi^rer comnu* enneuus de lu pidx publique
, ' iiblerair-tit Philip|ie V dans la possession d(^* ses Etals;
^'. i.- ■ . i -tait, il deviiil fournir un contingent.^ la Finance, sauf
^cminirrr dans la neatralité jusqu'A ce qu'il eût le temps de lever
(rotipes, de manière k dviter que Hi>n ôleeloral fût occupé par
J^^^Wprifie ; il promeU:iit en outre d'interdire h- passage de son terri-
"«« «ux armées impériales, de s'y opposer, môme par bi force, dès
Mrait en <^IhI de le faire. En retour, la France lui servait des
id«!» qu'une convention additionnelle du L> avril déclara paya-
m^fne durant U paix; ellelni garantissait en outre Fintégrité dn
idres h îa conclusion de la paix. Le îloi entendait surtout
Miiximîlien A maintenir les cercles de rËm[ùrc dans la rieu-
tnAîé, tout en le poussant îi préparer la guerre. Entin, le traité ren-
bnnit un artick» iierret ainsi conçu :
lOi
M. DE RICOL'». I7ftl.
» Le Rui, voulant marquer encore son ufEection pour la per»onn.c el pour la maison de TÉlectour, promet d'en procurer les avaulap;e$ en toutes ottasions, spécialement d'accorder sa protection à Son Altesse Sérénisshneel à. ses Jescmidanls lorstju'ils'agira de rol<rcliond*u.n empereur ou d*un roi des Rf»mains. »
MKMOIRE POUR SERVIR D*IN3TRI CTION AC 81EUR DE RlOOfS* AtLAITT MCNICH RN QUALITE: D*E?iVOYË EXTRAORDINAIRE DU ROI AUPRI^ h: l/^:i.RCTEUR lïK BAVIÊRR. — VERSAILLES» 14 AVRIL "ITOl".
Les engagements que l'Électeur de Bavière * prit ave maison d'Autriche presque aussitôt après sa niajorilû, son premier mariage, le coinniaudemenl des années de i'Kmpereur, île? celles du roi d*Espagne, et le gtîuvernement des Pays-Baa acceptés par ce prince, l'avaient jusqu'à présent empêché de ressentir les efFels do l'estime et de l'affection que le Roi a toujours consentes pour sa personne et pour sa maison; mais ces mt'mes raisons, en l'éloignant dos intérêts du ta France, ont servi depuis h lui faire connoitre qu'il n'y avoit pour lui d'alliance sûre et solide que celle de Sa Majesté, que toute autre liaison diminuoit sa considération, ruinojt son pays, et que les euga^oiueiils qulJ avoit pris, n'étoient eHi^clivemcnt utiles qu'à ses alliés. Ainsi Tépuisement de son électoral, la perte de ses troupes pour la défense de la Hongrie ne lui produisant aucun avantage, il en avoit espéré de considérables en épousant rarchiduchesse, mais l'Empereur obligea celte princesse à renoncer en faveur des ar-
i. M. de Ricou$ fui en 1707 nominti cnvo^'ê exlraorilinAira ù Stockholm. Voir
I insIructioQ qu'il recul û ce momenl dans le \o\uiae Suède, par M. Geffrov, p. 218.
II mourut ea 1709, •vaus avoir occupé sou nouveau poste,
2. CortT$pondanee havière, t. XI.IV. Il «liste trois autres copies Je celte instruction aux Archivas : CoiTespondanc. Raviéi-e^ l. XLIII: FraJtctM Mémoirti rt dooiments, l. 434 et 436.
3, Maximilien II.
^Vuducs ses frères aux droits et aux prétentions qu'elle pourroit
avoir *ur la couronne d'Espagne' ; la souveraineté des Pays-Bas
f«i promise comme une espèce de d4*dommagf>ment à TÉlecteur
<ieB«vim\ lUdis dans la suite TEmpercur crut satisfaire à celle
^«rotnessp en lui procurant le simple gouvernement de ses pro-
^Brince?.
^m Les chagrins (|u'il a essuyés dans ret emploi, la supériorité "<îii roi d'Angleterre' qu'il nccroyoitpas né pour lui commander, pouvoient le porter dès lors à chercher dans les sentiments que le Roi lui avoit lémoign<''s de quoi se venger di« traitements qu'il wotvoit de ses alliés; mais ce prince, ayant persisté jusqu'à la îs ^'énérale dans les engagements qu'il avoit pris avec eux, nrm lieu de jug<»r du fondement solide que Sa Majesté pourroit *>• »ur M parole, m quelque jour il Irailoit avec Elle. Il sait Elle consentit facilement aux avantages de la maison de Bari! hirsque, la mnuvaisc sauté du roi d'Espagne faisant regarder ri comme prochaine. Sa Majesté crut que le choix du élccti^ral pourroit maintenir le repos de l'Europe; Elle lui hiini traiter pour cet effet avec le roi d'Angleterre, et avec hiaU généraux, mais la mort inopinée du prince électoral changé les nu-sures prises en sa faveur vers la fin de 1698. Sa Majesté ne conserva pas moins le désir de niur- ^T son aflection à l'Electeur de Bavière lorsque les occasions »w présenteroienl.
Le t»*stamr*nl du feu roi d'Espagne et raeccplalion de Sa Ma-
jwtiîh's a produites, l'Electeur de Bavière a confirnu* par sa cou-
unito U bonne opinion que Sa Majesté a\oil de lui. Il na poinl
Wanc*' sur le parti qu'il avoit A prendre, et comme il avoit tou-
JoQn^ Gdèle dans ses eagagements, il s'est conformé sans peine
*fvi qu'il avoil pris avec le feu roi d'Espagne, il m paru même
*•• 11» pcnrhnaL qu'il li'^uioignoit de{>uis longtemps â s'attacher
Hojo'étaul plus combattu, son zélé pour la conservation des
ft'animoit par l'idée do travailler en même temps pour
lÉCONTENTKMEM DK L'ÉLECTELIR CONTRE L'AUTRICHE. lOS
*^ ÏA ftmnii^n fcmnin d»* Maximilit-n II, M.iric-Antonia d'AnU-iche, morlo À « it^S, ATftit frtiï un i**HtanieDt qui excluait form^Uein^nl ooa mari d« «a