‹ Bavière, Palatinat, Deux-Ponts avec une introduction et des notesChapitre 86 sur 256 · LE MARQUIS DE BEAUVAU · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE BEAUVAU

La mission de M. de Rezay réussit à souhait : rÉIecteur de Bavière demeura neutre, tout en se tenant prêt à se déclarer ouvertement, dans la courte guerre qui suivit les alliances de Vienne et de Hanovre, et, quelques années plus tard, dans la guerre de la succession de Pologne. Ses nouveaux liens avec la France furent consacrés par divers traités signés le 13 novembre 1727, le 15 novembre 1733 et le 16 mai 1738; ces traités, fondés sur le même principe que celui de 1714, obligeaient la France à soutenir la candidature de l'Électeur à Tempire, en cas de vacance du trône; de plus, dès 1737, comme il devenait évident que l'Empereur Charles Vï mourrait sans laisser d'héritier m&le, Louis XV promettait « d'interposer ses offices pour procurer à Son Altesse Électorale la justice qiii lui serait due » sur la succession d'Autriche, et, si ces offices demeuraient inutiles, de se concerter sur « les secours qui lui seraient nécessaires pour empêcher qu'elle ne succombât aux efforts et à la puissance de ses ennemis». En 1733, on stipula une garantie générsJe de tous les Ëtats de l'Électeur, avec l'engagement de le soutenir « de toutes ses forces, s'il était nécessaire» ; ces engagements, accompagnés de subsides, furent confirmés en 1738.

Fort de Fappui que lui prêtait la France, l'Électeur Charles-Albert n'avait plus hésité à rompre avec l'Autriche. En 1731, lorsque la cour de Vienne soumit à la diète la Pragmatique sanction pour lui donner le caractère de loi d'Empire, il fut seul à refuser publiquement son adhésion et à faire réserve formelle des droits auxquels il prétendait. Aussi fut-U fort désagréablement surpris lorsqu'il se vit ou se crut abandonné par la France. Voici ce qui lui donna lieu de le croire.

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Les préiiminaixes de paix du 3 octobre 1735 qui mireul fin à guerre pour la succession de Pologne»conlirniés sur ce point par traité di5finitir de Vienne, du 18 novembn? 1738, contenaient de la part dp la France, ta rêcnii naissance de la Praginati<jue sanctjun M Bexay ayant été autoris*^ à quitter Munich en mars ilM et n'avai pas t'IO rempbct^, ce fut le cardinal Fleuri' lui-ménje qui infori rÉlectc'ur desclauses* de 1 735. Kn vain s'attacha-l-il à dt^inonlreriiu'ui convention entre deux parties ne pou>'ail préjudicier aux dniils d< tiers; l'Électeur n'était point cornpl^lenaenl rassnrr.el le ministre frai çais eut (jrrand'peine ù IVmpt^cher d'adresser ii l'Empereur une protc talion eo n^gle. Par contre, Fleury, nf voulant point donner Vén sur l'intiaiité qui s'était ét;ibUe entre Munich et Versailles, s'abale-' naît avec soin de faire représenter le Roi auprès de rÉlecteur. Il supporta U4éme d'assez mauvaise grâce la présence à Paris, eu 1737, di ' maréchal de Tœrring. envoyé par Charles-Albert pour s'échiircr sui les intentions secrètes de la France; il lui donna cependant en p;iture< la convention du ttî mai 1738. puis aussitôt, comme pour mieux en* Iretenir le doute sur ses intentions véritables, il convia l'Électeur à fournir un contingent à l'Empereur pour faire la guerre contre les Turcs. Fleury négociait, il est vrai, avec la cour de Vienne poursa-i voir s'il ne serait pas possible daccurder quelque satisfaction à l'Électeur de Bavière, mais la négociation, menée sans grand entrain de part et d'autre, n'avait pas encore abouti, lorsque Charles VI mourut le -20 octobre 1740.

La succession d'Autriche était ouverte. La Pragmatique sanction de 1713 avait pour objet de l'assurer intégralement à la fîUe aînée de Charles VI. Alarie-Therèse, à l'exclusion de ses nièces, tilles de seph I" t'I femmes, l'aînée de Félecteur de Saxe, la cadette de l'Électeur de Bavière. Marie-Thérèse, voulant plus encore, n'allait pas tarder il briguer la couronne impériale pour son époux, le grand-duc de Toscane. Contre ces divers arrangements ou prétentions, elle se heurtait à plusieurs compétiteurs. Pour la couronne impériale, rÉlecieur de Bavière se mettidt sur les rangs. Four la succession d'Autriche proprement ilite, les affaires étaient bien plus compliquées: Charles- Albert la réclamait.non pas comme épouxdune archiduchesse, co qui eût subordonné ses droits h. ceux de Félectrice de Saxe^saniraluée de celte princesse, mais comme descendant de l'arcliiduchesse Anne, fille de l'empereur Ferdinand l" ; l'électeur de Saxe fît valoir les droits de sa femme, en se fondant sur un acte de succession fait en !7û3 pai' l'empereur Léopold, et aussi, pour pai'tie, en son nom personnel, en invoquant des droits remontant au xui* siècle; les rois d'Dspagnv. do Sardaigne et de Prusse prétendirent, qui à la Hongrie et à la Bohème, qui au Milanais, qui enfin à la Basse Silésie. Après quelque

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hésitation, la France, estimant Toccasion favorable pour ruiner à jamais la maison d'Autriche, se décida à faire cause commune avec les adversaires de Marie-Thérèse, mais sans déclarer immédiatement la guerre à l'Autriche. Elle se borna d*abord à fournirdescontingents de secours à TËlecteur de Bavière.

Déjà les troupes de Frédéric II étaient entrées en Silésie. En mars 1741, le maréchal de Belle-Isle partit comme ambassadeur de France près ladiète de Francfort poury préparer l'élection de Charles- Albert; le 22 mai, la France signa avec la Bavière une convention d*alliance, puis une autre avec la Prusse le 5 juin. La convention du 22 mai promettait à l'Électeur, avec des secours en hommes et en argent, l'appui de la France pour sa candidature à l'Empire; la France garderait les villes qu'elle prendrait en Allemagne, sans que l'Électeur devenu Empereur pût rien réclamer.

Tandis que le maréchal de Belle-Isle courait de cour en cour pour s^acquitter de sa mission, le marquis de Beauvau fut envoyé à Munich comme ministre régulier du Roi auprès de Charles-Albert, M. Amelot de Ghaillou étant ministre des affaires étrangères, et le cardinal Fleury premier ministre.

IKSTRUCnON DU ROI AIT SIEUR MARQUIS DE BEAUVAU, BRIGADIER DES ARMÉES DE SA MAJESTÉ^ ATXANT EN QUALITÉ DE SON MINISTRE PLÉ- NIPOTENTIAIRE AUPRÈS DE l'électeur DE BAVIÈRE. — VERSAILLES, !•' JUILLET 1741 ',

Immédiatement aprè3 l'ouverture de la succession d^Âutriche arrivée au mois d'octobre de l'année dernière par le décès de l'empereur Charles VI, rÉlecteur de Bavière a réclamé l'effet des promesses que le Roi lui avoit faites de l'aider, non seulement à soutenir les droits qu'il prétendoit avoir sur cette succession dans le cas où cet Empereur ne laisseroit pas d'enfants mâles,

1. Lottift-Antoine, marquis de Beauvau, maréchal de camp, cousin du maréchal d« fi«auvau. U mourut en 1744.

3. Bavière, Mémoires et documents, t. IV, et Correspondance, t. XCII.

ARQUIS Dl

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mais aussi à faire réussir les vues qu'il avoit formées sur la dignité impériale; Sa Majest<5, fîdèle à Hi'h cngagttments, ne larda pas à lui faire connoitre qu'Elle étoit disposée à concourir en tout ce qui seroit possible au succès de ce qu'il pouvoit justement espérer; il on recul des preuves eucore plus réelles par les sommes d'argent que Sa Majesté lui fil remettre dès le mois de décembre suivant sur les» représentations qu'il fil faire de l'exlréuu' besoin qu*îl avoit [des secours de Sa Majesté ' | pour remettre [tes troupes bavaroises*! en étal de lui donner la considération nécessaire dans une circonstance aussi importante pour sa maison, et il vient d'Ôtre informé dans le plus grand détail par le maréchal de Bclte-Isle pendant le séjour qu'il a fait à sa cour de tout ce que Sa Majesté a fait et veut faire par la suite pour les intérêts de la maison de Bavière, Sa Majesté ne désirant rien davantage que de pouvoir seconder les espérances de cet Electeur fondées sur la protection rjueSa Majesté a bien voulu lui accorder.

Le maréchal de Belle-Islef après lui avoir expliqué les dispositions plus ou moins favorables où il a trouvé les difTérentes cours électorales qu'il a visitées de la part de Sa Majesté, avant que de se rendre à Francfort avec le caractère de son ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire près la diète d'élection, a contribué de ses offices à la conclusion du traité d'alliance et de secours mutuels que le comte de Montijo a signé de la part du roi d'Espagne avec cet Electeur [le 28 du mois dernier^) et après avoir examiné avec ce prince lui-même et avec ses ministres quel est Tétat actuel de ses troupes et les moyens de les augmenter et enlretenir, il lui a donné les assurances les plus formelles que Sa Majesté étoit dans Tintcntion de lui accorder sur sa réquisition un secours de troupes assez considérable pour le mettre à couvert des effets du ressentiment que la cour de Vienne a laîi parottre de ce qu'il a protesté hautement et déclaré qu'il ne pouvoit abandonner les justes prétentions qu'il se croyoit en droit de faire valoir sur la succession d'Autriche depuis la mort du dernier empereur. Il s'agit présentement d'effectuer ces assu-

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