‹ Bayeux à la fin du XVIIIe siècleChapitre 28 sur 35 · SÉANCE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

SÉANCE GÉNÉRALE

du 28 juin 1856.

Aujourd'hui 28 juin 1856, à une heure d'après-midi,

Les membres de la Société d'Agriculture , Sciences , Arts et Belles-Lettres de Bayeux, se sont réunis à l'Hôtel— de— Villle en séance générale sous la présidence de M. Pezet.

Etaient présents : MM. Pezet, président de la Société; Ménigot, sous-préfet de l'arrondissement ; Despallières, maire de Bayeux ; de Bonnechose, du Manoir de Juaye , de Laboire, Le Sueur, Douesnel , Thieulin, Pitard-Dumesnil, G. Villers, A. Deshameaux, Montégu, A. Delauney, de Vaux, Le Cavelier, de Cauvigny, Sureau, Charlemagne Jean-Delamare , Ph. Le Sueur, Enault (jugede paix de Caumont), Dupont, Mallet, Ch. James, de Vilade, Alf. Etienne, A. de Courson , de Flambard, vicomte de Toustain, Turgis, Gardine , Beaudet , Chigouesnel , Fulg. Féron , Neveux , Le Guedois, Farcy , Henneguy , Le Pelletier de Molandé , Raould de Cussy, Félix Barbey , Aveline , Le Duc , Fouchaux , Le Bas , et plusieurs autres membres.

M. le Président a ouvert la séance par une allocution dans

laquelle, rappelant l'éclatant succès obtenu en 1853 a l'Exposition universelle par notre industrie dentellière , il a félicité nos agriculteurs du patriotisme avec lequel, répondant a l'appel de la Société , ils ont conquis aussi a notre arrondissement une distinction précieuse, en faisant décerner a notre industrie beurrière la seule 3Jêdaille d'or décernée au Concours universel de 1856 à ce genre de produits.

M. le Président a ensuite donné la parole à M. G. Villers, secrétaire général, pour la lecture d'un rapport sur le Concours universel d'Agriculture.

M. Villers s'est exprimé en ces termes :

Messieurs,

Vous m'aviez chargé spécialement, ainsi que nos honorables collègues, MM. Tailpied et Deshameaux, de seconder par nos soins les patriotiques efforts tentés par la Société pour représenter l'arrondissement de Bayeux au concours agricole universel de Paris, en 1856.

Je crois devoir, à la marque de confiance dont vous m'avez honoré en celte conjoncture, de vous présenter le compte-rendu de nos démarches, et j'espère que votre bienveillance, toujours si grande à mon égard, accueillera, avec ce récit, les observations que j'ai pu faire, en examinant les vastes galeries de l'Exposition internationale : ces observations se rapportent toutes plus ou moins directement à la contrée que nous habitons, la riche et belle contrée du bessin. Cette communication sera aussi succincte que possible.

Tout le monde sait que par suite du patriotique appel qui leur avait été adressé, au nom de la Société, dix-sept des principaux producteurs du pays, guidés uniquement par le désir de sou tenir, sous les yeux de l'Europe, l'antique réputation de la principale branche de notre agriculture, nous apportèrent, le lundi 26 mai, avec un zèle auquel on ne saurait donner trop d'éloges, 17 mottes de beurre d'un poids de 15 kilog. chacune,nombre qui eût été beaucoup plus considérable, si le défaut de temps et l'épizootie malheureusement régnante n'eussent enchaîné le zèle de beaucoup d'autres, désireux de payer aussi leur dette aux intérêts généraux du pays.

Dans la journée même, ce beurre, confié par nous au chemin de fer, sur les tarifs duquel la Société obtenait une forte remise, arrivait le lendemain

à Paris, où M. Anatole Deshameaux, notre délégué, lui donnait tous ses soins.

A l'appui de ce riche spécimen de notre agriculture locale, M. Deshameaux remettait au jury un mémoire, dans lequel la Société d'Agriculture de Bayeux, sachant, par expérience, combien l'importance des industries pèse souvent dans l'esprit des jurés, lorsqu'il s'agit, non de décerner les récompenses, mais d'en déterminer la valeur, faisait connaître l'extension actuelle de la production du beurre dans le Bessin, et rattachant à Bayeux, centre de cette importante industrie, les rameaux de la fabrication existant dans la Manche, s'efforçait de faire admettre par le jury cette conclusion importante, à savoir : que l'industrie beurrière, dont l'importance annuelles'élèveapproximativementde20à 25 millions, devait, en toute équité, être placée dans la dispensa tion des récompenses, au nombre des grandes industries deTEurope.

Ce fut seulement le samedi 31 que nos beurres furent examinés par le jury des produits agricoles, jury dont la présidence avait été confiée, à si juste titre, à M. de Gasparin, le savant directeur de la nouvelle Maison- Rustique.

On conçoit que, sous l'action d'une température brûlante, par suite d'un délai de cinq jours écoulés entre le moment de la fabrication et celui de l'examen, nos beurres, si impressionnables par leur délicatesse, aient dû, tant soit peu, se ressentir d'un retard aussi long. Mais ce retard, tout fâcheux qu'il ait pu être, a eu pour résultat de faire ressortir la supériorité incontestable de nos beurres, pleins de fraîcheur et de finesse encore, au milieu d'une atmosphère échauffée, qui avait exercé une influence désastreuse sur les beurres de la Bretagne et des autres contrées, leurs téméraires rivaux.

Ainsi que l'avait exprimé la Société, dans son appel adressé aux producteurs de beurre de l'arrondissement, ce n'était pas pour satisfaire un futile sentiment de vanité, ni condescendre à un vain désir d'obtenir quelques récompenses, qu'il avait paru nécessaire de faire représenter, au grand concours international, l'industrie beurrière du Bessin. Un intérêt plus grave s'y trouvait engagé; il s'agissait, dans cette lutte internationale, en présence des efforts d'une concurrence annoncée comme redoutable, d'imprimer à la grande industrie de notre contrée une consécration solennelle, dont l'obtention lui conservât son antique suprématie , et dont l'absence serait devenue un succès et un encouragement pour les tentatives d'une industrie similaire rivale, qui déjà s'efforce de se substituer à notre place sur nos anciens marchés.

Le succès a, comme vous le savez, secondé les efforts de nos agriculteurs, et tout le monde a appris avec joie que, dans la distribution solen-

nelle des récompenses, une médaille d'or, décernée à la Société d'agriculture de Bayeux, pour sa nombreuse collection de beurres, avait été remise à M. Anatole Deshameaux, notre délégué à Paris, qui a clos, par la réception de cette distinction, la série des services qu'il a rendus avec un zèle digne des plus grands éloges.

La récompense obtenue est intrinsèquement glorieuse, lorsqu'on réfléchit que, sur 9361 nos d'inscription, il n'y a eu d'accordée que 57 récompenses du genre de celle conquise par le patriotisme de nos exposanls ; et on ne peut se défendre d'un légitime sentiment d'orgueil, en constatant que l'Algérie, cette terre promise, si heureusement donnée à la France, a obteuu seulement la même rémunération pour sa culture si remarquable de la garance.

Un point important pour la prospérité de notre industrie beurrière, c'était que le caractère exceptionnel de la récompense accordée par le jury fût la reconnaissance officielle de notre supériorité.

Ce résultat a été heureusement atteint : la médaille d'or accordée à la Société d'agriculture de Bayeux a été la seule distinction de ce genre décernée à l' industrie beurrière, et les autres récompenses n'ont servi qu'à prouver l'infériorité de nos concurrents, nous disons même de nos adversaires, car notre victoire n'a point été acquise sans lutte.

Si, en voyant le Bessin entrer hardiment en lice, des espérances se sont évanouies; si des préparatifs combinés de longue main n'ont pas abouti , nous sommes cependant fondés à pouvoir dire que c'est après avoir bravé tous les périls d'une lutte véritablement sérieuse que nous avons conquis le succès. Le pays de Gournay s'est, au moment de la lutte, renfermé dans le système de l'abstention, mais la Bretagne, la Hollande, le Danemark, la Suisse, les départements de la Manche, de la Marne et de la Charente- Inférieure et de l'Aisne sont venus présenter les beurres de leurs pâturages ou de leurs polders.

Notre colonisation algérienne, elle-même, avait voulu prouver que son sol fertile peut se plier à tous les genres de culture de la mère-patrie ; et ce n'est pas sans étonnement que nous avons remarqué lebeurrede l'arabe Achmet-Ben-Moustapha, propriétaire du cercle de Guelma.

Le jury, dans sa dispensation des récompenses, a réparti ainsi à nos concurrents les rémunérations accordées à leurs efforts :

Le Holstein a eu ses beurres récompensés dans la personne de M. Bochman, qui a obtenu une médaille d'argent ; la Suisse a reçu la même récompense dans M. Christen, du canton d'Underwalder; et la Bretagne a vu la mêmedistinclion accordée à MM. Porteu, Frères, riches négociants

de Rennes, qui avaient présenté une nombreuse collection des beurres de leur province.

Les médailles de bronze pour les beurres ont été décernées à MM Destrieux, dn département du Gard; Le Bihan, du Morbihan; Adam et Sauvage, de la Manche ; Sauvé, d'Ile-et-Vilaine; Trillancourt, de l'Aisne; Egidius, du Jutland, et Jensen, de l'Iled'Als.

L'industrie beurrière n'a donc obtenu qu'une médaille d'or; et c'est à l'intervention puissante de la Société d'agriculture de Bayeux que la France doit d'avoir conquis la supériorité sur des pays aujourd'hui rendus adjacents par les chemins de fer, et dont les nombreuses ressources en bétail viennent de nous être révélées, d'une manière redoutable, par la récente exposition.

Ici se bornent, Messieurs , les renseignements que je croyais vous devoir, pour vous faire connaître les circonstances honorables qui rehaussent tout le prix de l'éclatant succès obtenu par notre industrie beurrière, succès qui, soyons-en convaincus, exercera sur sa prospérité une heureuse influence.

Permettez-moi de continuer cette communication et de vous faire part des impressions que j'ai ressenties par suite de l'examen de cette immense exhibition agricole, organisée avec autant d'ordre que d'intelligence, et qui, véritable événement historique, aura été le digne pendant de l'exposition universelle de l'industrie.

La récompense accordée à notre industrie beurrière, comme vous le savez déjà, n'a pas été le seul succès de notre arrondissement.

Un premier prix a été accordé à M. de Laboire pour une vache magnifique, et l'obtention d'un septième prix a récompensé les efforts incessants et intelligents de notre honorable président pour l'amélioration de la race ovine.

Un prix a été aussi décerné à M. Anatole Deshameaux, notre zélé délégué, qui avait apporté à Paris une riche collection de diverses espèces de volailles étrangères.

M. de Vilade a obtenu une médaille de bronze pour son eau-de-vie de cidre, résultat dont nous devons nous réjouir, car il atteste que l'eau-devie de cidre, presqu'inconnue à Paris, sera appréciée des consommateurs, lorsque nous nous mettrons en peine d'envoyer ce liquide sur le grand marché de la capitale.

Enfin moi-même, Messieurs , j'ai reçu un deuxième prix pour un lot de poules indigènes que j'avais présentées.

Si je crois devoir attirer votre attention sur la récompense dont j'ai été personnellement l'objet, c'est pour me réjouir avec vous de ce que le jury

a reconnu ce fait : que notre race de volailles de Caumont, supérieure à toutes les espèces par son aptitude à la ponte, peut, sous le rapport de l'engraissement, rivaliser, sans crainte, avec les volailles du Mans et de Crèvecœur, sous le nom mensonger desquelles elles sont vendue* journellement à Paris ; et pour vous prier en même temps de recevoir, au nom de la Société, la somme de 75 fr. qui m'a été décernée, avec une médaille; car vous le savez, Messieurs, comme secrétaire de la Société, j'avais considéré comme un devoir de présenter mon exposition sous le nom de l'Association, et si le jury a tenu à conserver mon nom parmi ceux des lauréats, c'est qu'enchaîné parle rigorisme de ses règlements, il n'a point cru pouvoir changer une déclaration d'inscription faite par moi, déjà depuis longtemps, dans un but tout-à-fait désintéressé.

.T'ai éprouvé le regret de ne point voir notre horticulture bayeusaine représentée dans l'exposition florale, où bien certainement elle eût obtenu un suceès; cependant je suis heureux de pouvoir vous signaler un fait généralement ignoré ici ; c'est que la Société centrale d'horticulture de Paris qui avait organisé et dirigé l'exposition des fleurs, a rendu hommage a l'antique réputation acquise à notre ville par les connaissances spéciales des Fréard du Caste!, des Moisson de Vaux, et de notre honorable viceprésident, M. de Honnechose. Un horticulteur de notre ville a été invité a faire partie du jury parisien, et tout le monde applaudira de grand cœur à cette haute distinction accordée aux labeurs persévérants d'un homme estimable, qui a su doter notre localité d'un établissement commercial, dont l'extension s'accroît de jour en jour ; inutile d'ajouter que je viens de désigner M.Félix Malherbe, notre habile et infatigable jardinier.

Le nom de notre arrondissement s'est encore rattaché d'une manière indirecte, mais cependant honorable, à l'expérimentation d'une machine, dont l'apparition a eu un grand retentissement, pendant la durée de l'exposition ; je veux parler de la machine à drainer de Fowler.

Cette machine, qui, sous les yeux du jury international, a fonctionné avec succès dans le parc de Versailles, a été introduite en France par notre compatriote M. Achille Le Cler, ingénieur civil distingué.

Cette machine, mue par la vapeur, peut aisément drainer deux hectares par jour; à l'avantage de multiplier le travail, elle joint celui de ne point détériorer la surface du sol, n'ouvrant qu'une tranchée fort étroite, seulement suffisante pour y déposer un chapelet de tuyaux.

Produisant plus d'ouvrage, elle exécute nécessairement à meilleur marché; mais, par contre, tout terrain pierreux constitue un obstacle insurmontable à son emploi. Le temps apprendra quel avenir est réservé à cette machine, qui a obtenu une médaille d'or. Je me bornerai à constater au-

jourd'hui que l'honneur de son importation en France appartient en grande partie à un enfant de la localité.

Si le succès remporté par notre Société d'Agriculture m'a causé une vive et bien légitime satisfaction ; si j'ai été heureux de voir l'éclatante justice rendue à notre industrie beurrière, cependant ce n'est pas sans un profond sentiment de regret qu'au milieu de ces splendides collections, apportées par tous les pays de l'Europe, dont beaucoup sont bien moins favorisés que le nôtre, j'ai constaté l'absence presque complète de la Basse- Normandie; je dis absence, et je pense dire vrai ; car lorsqu'on a présent encore à la mémoire le magnifique concours tenu à Bayeux, en 1856, par l'Association normande, concours dans lequel on admira plus de deux cent cinquante têtes de bétail, on ne saurait accepter comme la représentation exacte de nos ressources sous ce rapport, les cinquante-sept vaches et taureaux amenés à Paris, non pas seulement par les éleveurs de nos cinq départements, mais encore par des cultivateurs du centre, qui apprécient toutes les qualités de notre belle race normande. Je n'ai pas à juger ici les motifs qui ont empêché nos éleveurs de répondre, en cette circonstance, à l'appel du Gouvernement, mais je ne saurais, Messieurs, vous dissimuler l'impression fâcheuse que cette abstention a généralement causée.

Lorsque l'amour de la nouveauté , et un engouement peut-être trop peu mesuré, proclament la supériorité de races que des tendances puissantes s'efforcent de faire prévaloir surla nôtre ; lorsque l'Angleterre avec cette haute intelligence caractérisant tous ses actes, est venue faire montre de ses races si diverses, depuis le Durham, si propre à l'engraissement, ÏAngus aux formes si extraordinaires, jusqu'aux vaches d'Ayr, rivales sérieuses des nôtres pour les qualités laitières ; lorsque la Hollande, appliquant en cette circonstance sou antique principe d'union , a fait connaître son admirable race laitière ; lorsque la Suisse s'est empressée de présenter aux achats de la France les types variés de ses belles espèces bovines ; lorsque suppléant à la faiblesse individuelle par le principe de l 'association , les Sociétés d'Agriculture de Lille, de la Marne, de la Seine-Inférieure, de Màcon, de l'Yonne, de l'Aisne, etc. ; lorsque trente comices agricoles, des associations de pays vinicoles, ont regardé comme un devoir d'accourir pour défendre les intérêts de leur pays , n'est-on pas en droit de regarder , ou comme un acte de défaillance , ou comme un suicide, l'abstention de l'agriculture normande, dans une lutte engagée avec des localités qui nous sont en tous points inférieures ?

Quand, sous l'influence de ce grand mouvement d'unité, qui tend de plus en plus à rapprocher les nations , ce ne sont plus les individualités qui se présentent dans l'arène pacifique des concours internationaux, mais

bien des contrées entières mues par un intérêt commun, on conçoit que le temps des efforts individuels soit passé et que soit arrivé le règne de l'association, ce puissant moteur de notre siècle.

Aussi de l'examen auquel j'ai cru devoir me livrer , par rapport aux expositions des autres localités , j'ai remporté cette conviction: c'est que le jour où la Société d'Agriculture de Bayeux , arborant le drapeau de l'association, entrera sérieusement dans la lutte, elle placera l'agriculture du Bessin au premier rang de tous les pays du monde !

En terminant ici ces réflexions à la fois pleines de regrets et d'espérances, permettez-moi, Messsieurs, de clore cette communication , devenue déjà trop longne , par l'exposé d'une démarche que plusieurs membres de la Société ont pris sur eux de faire pendant qu'ils se trouvaient à Paris.

Le temps, c'est l'argent , disent les Américains , et je crois que cet axiome des Yankees , si compétents dans l'art de s'enrichir , peut s'appliquer parfaitement à la vente de nos beurres, en tant qu'il se traduit par le mot célérité.

Or, la vente de nos beurres , fort rapide à une époque où il fallait trente-six heures pour les porter à Paris, ne semble plus en rapport avec nos besoins, actuellement qu'en effaçant les distances, le chemin de fer met huit heures à effectuer le trajet de Caen à la capitale de la France.

Si nous rappelons le temps qui s'écoule entre le moment de la confection du beurre et l'époque de sa vente , nous trouvons la conûrmation pleine et entière de cette assertion : que le transport et la' vente de cette denrée si délicate réclament une importante réforme.

En effet, le beurre, fabriqué le lundi, est vendu à Paris seulement le mercredi ; mais comme cette vente ne commence qu'à neuf heures du matin , il arrive que cette opération, se prolongeant assez longtemps, les beurres n'entrent souvent dans la consommation que Yaprès-midi et souvent même \e jeudi matin.

Un délai de trois jours est d'autant plus préjudiciable à nos intérêts , que la facilité de transport fournie par le chemin de fer de Rouen, permet aux beurres de Gournay d'être vendus le deuxième jour , avantage précieux, qui, les livrant tout frais à la consommation, nous crée dans ces produits similaires une concurrence sérieuse , qu'il est de notre intérêt bien entendu d'atténuer autant que possible.

Pour bien nous pénétrer de la situation présente de la question , sur l'invitation de M. Le Sueur, notre vice-président, qui a , comme vous le savez, à plusieurs reprises, attiré, avec une louable constance, l'attention de la Société sur la réforme à introduire dans la vente des beurres, MM.

Le Sueur, Laou, de Béchevel, Deshameaux, Mallet, auxquels sont venus se joindre M. de Laboire (1) et moi, nous sommes rendus à la balle et avons recherché , avec une scrupuleuse attention , la cause du retard apporté dans la vente du principal produit de notre pays, ainsi que le remède susceptible d'être apporté à cet état de choses. De l'enquête à laquelle nous nous sommes livrés , il résulte que ce retard , dont tout le monde s'accorde , à Paris , à déplorer les effets , ne doit pas être imputé aux facteurs chargés de la vente , mais au système de nos transports actuels.

La vente des beurres en motte exige deux sortes de travaux préliminaires : 1° le dépouillement des lettres de voitures, l'inscription sur des registres de vente des noms des expéditeurs et du nombre de mottes envoyées par chacun d'eux ; 2° l'enlèvement des mottes de dedans les paniers , leur reconnaissance et leur numérotage, suivis de leur pesage au poids public.

La première de ces opérations nécessite deux heures ; la deuxième , trois heures au moins.

Or, dans l'état actuel des choses, les bordereaux n'arrivant à MM. lcs facteurs qu'à 11 heures du soir, et leur dépouillement étant commencé à 4 heures du matin, ce n'est qu'à grand'peine qu'ils peuvent commencer la vente à neuf heures du matin.

Tout le monde à Paris confesse la défectuosité d'un pareil système ; et les personnes les plus initiées aux habitudes de la halle, indiquent, c orame remède, le mode suivant de procéder :

« Il faudrait , affirme-t-on , que les beurres du Calvados et de la Manche arrivassent à la halle les mardis et vendredis à trois heures après midi. Les bordereaux qui les accompagnent étant dépouillés à cinq heures, et le pesage, conséquence de cette opération, étant terminé à huit heures, on pourrait commencer la vente à six heures du matin en été et à la naissance du jour en hiver.

« Le beurre rafraîchi par une nuit passée dans une halle bien aérée serait vendu avant la chaleur et entrerait le jour même dans la consommation. «

Ce changement, que l'on s'est plu à proclamer devant nous comme uue véritable amélioration, est subordonné seulement à une question d'arrivée, car nous avons tout lieu de croire que s'il fallait une mesure administrative pour avancer l'heure de la vente , la bienveillance de M. le Préfet de police ne faillirait pas au vœu de la Société d'agriculture, sur-

(1) L'honorable M. de Laboire s'est aussi depuis longtemps occupé de la question de la vente des beurres.

tout après le succès éclatant qu'elle vient de remporter ; mais je pense que cet appel à l'équité de ce haut fonctionnaire ne sera même pas nécessaire et qu'il dépend uniquement de nos agriculteurs de faire avancer l'heure de la vente , en accélérant le moment de l'arrivée des beurres confiés par eux aux entreprises chargées de leur transport.

En prenant l'initiative de la mesure, qui a eu pour résultat de conquérir une éclatante distinction à notre grande industrie , la Société d'agriculture de Bayeuxaura rendu un éminent service au pays. En attirant l'attention des producteurs de beurre sur les améliorations dont est susceptible la vente de cette denrée , et en leur prêtant, s'il y a besoin , un concours dont on tiendra compte à Paris, elle continuera de leur venir en aide.

C'est dans ce but que j'ai cru devoir présenter ces réflexions à votre appréciation, certain , Messieurs , que, comme toujours, vous ne laisserez point passer l'occasion d'élucider une question d'un intérêt aussi important pour le Pays, dont vous êtes les plus dignes et les plus dévoués défenseurs.

Après l'audition de ce rapport entendu avec intérêt , M. Anatole Deshameaux, qui , au nom et comme délégué spécial de la Société, avait reçu des mains du Ministre de l'Agriculture et du Commerce la récompense accordée à la Société d'Agriculture de Bayeux f a déposé sur le bureau la Médaille d'or.

Cette belle médaille a été mise successivement sous les yeux de tous les membres présents.

La Société, à l'unanimité, a pris la délibération suivante :

« Considérant, qu'en présentant au Concours agricole universel de Paris en 1856, une collection de beurres du Bessin, et en conquérant a la principale branche de notre agriculture la Médaille d'or, unique récompense de cette classe qui ait été accordée aux produits «de cette espèce, la Société d'Agriculture , Sciences , Arts et Belles-Lettres de Bayeux a la conscience d'avoir puissamment servi les intérêts locaux ,

puisqu'en faisant proclamer ainsi d'une manière éclatante la supériorité de son industrie beurrière, elle a sauvegardé son antique réputation et assuré pour l'avenir de précieux débouchés au pays ;

y) Mais considérant que, si elle est fière à juste titre d'un pareil succès, c'est pour elle un devoir , dans sa reconnaissance, d'en reporter l'honneur aux agriculteurs dont la coopération, guidée uniquement par un louable sentiment de patriotisme, l'a mise à même de pouvoir obtenir ce glorieux résultat, en même temps qu'une obligation impérieuse de leur offrir en cette circonstance un témoignage de la gratitude publique.

» Par ces motifs vote des remercîments a MM.

BINET, de la Cambe.

BROHIER, d'Isigny.

DE CUSSY, de Caenchy.

DUPONT, de Vaux-sur-Aure.

GRUEL, de Tessy.

HARDEL, de Grhndcamp.

HENRY, de Tour.

HÉBERT, de Tessy.

LAURENT, de St-Pierre-du-Mont,

LE PETIT, Pierre, de Deux- Jumeaux LE PETIT, Félix, de Longueville.

LE SUEUR, d'Esquay.

LE SUEUR, de Huppain.

LE VERRIER, de Cricqueville.

MALLET, de Caenchy.

POITEVIN, de Russy.

TAILPIiiD, dTluglesqueville.

dont l'Exposition du beurre a Paris a mérité à la Société la Médaille d'or qui lui a été décernée, et arrête que la délibération contenant l'expression de ses sentiments a leur égard, sera insérée dans les Mémoires de la Compagnie, et qu'un extrait du procès-verbal de la présente séance sera adressé à chacun d'eux, comme un titre de leur commun succès et une marque durable de la reconnaissance de leurs concitoyens. »

L'Assemblée a décidé ensuite que la Médaille d'or serait déposée au Musée de la ville pour y être exposée comme un titre d'honneur de l'agriculture du Bessin.

La Société, voulant'donner à MM. Villers el Deshameaux un témoignage de sa reconnaissance, pour le concours era-

pressé qu'ils lui ont apporté à l'occasion du Concours universel, leur a offert également des remercîments.

La Société avant de se séparer a confié a une commissiou composée de MM. de Laboire, Le Sueur, Villers et Douesnel la mission de se mettre en rapport avec l'Administration du chemin de fer, pour arriver a obtenir dans le transport des beurres, les améliorations signalées depuis longtemps comme indispensables.

Page 1