OURS AGRICOLES DE
En arrêtant le programme des Concours pour l'année 1856, la Société avait décidé que la commune de Ryes, chef-lieu du canton de ce nom, serait le dimanche 14 septembre , le théâtre de cette solenwlé agricole.
Dès le matin de cette journée, la commune de Ryes avait un aspect de fête. Les maisons étaient pavoisées, la mairie avait été décorée de guirlandes et de drapeaux , et dans une pièce située devant les intéressants bâtiments de l'antique manoir, connu sous le nom de ferme du Pavillon , étaient disposées des tentes; c'était une véritable assemblée, car ce jour-là, une foule nombreuse s'était donnée rendez-vous a Ryes de tous les points du canton.
Le temps incertain et même pluvieux s'est tout-a-coup remis au beau sur les onze heures. A l'issue de lagrand'messe les Concours ont commencé ; le nombre des vaches laitières n'était pas aussi considérable qu'il eut pu être , mais en revanche l'exhibition des taureaux dépassait les espérances ; plusieurs de ces animaux étaient d'une grande beauté, aussi ce concours prouve les efforts intelligents auxquels se livrent les agriculteurs du canton pour améliorer la race bovine.
A deux heures a eu lieu le Concours de labourage dans la pièce dite de la Cavée, appartenant a M. Lucien Jahiet, qui , ainsi que son fermier, M. Menard, avait eu l'extrême obligeance de mettre a la disposition de la Société tous les emplacements nécessaires à la fêle.
Des quinze Concours de ce genre tenus jusqu'à ce jour depuis sa fondation par la Société d'Agriculture , celui-ci a été sans contredit le plus remarquable. Dix-huit charrues sont entrées en lice pour disputer les prix.
Ce Concours a offert un vif attrait a la foule de spectateurs qui encadrait le champ du Concours. Chacun suivait des yeux le travail des laboureurs , applaudissant a leur habileté et cherchant en quelque sorte a devancer par son appréciation personnelle les décisions du Jury.
La tâche imposée à chaque concurrent a été exécutée par eux avec une grande perfection ; tous ont prouvé que dans le canton de Ryes le labour du sol est aussi avancé que dans n'importe qu'elle conlrée.
Une observation, qui sortait aussi de toutes les bouches, est celle ayant trait à la supériorité des attelages. Sur les cinquante-quatre chevaux qui les composaient on en remarquait d'une grande beauté et presque tous étaient des animaux de choix.
A trois heures et demie le Concours de labourage étant terminé , les Autorités, les Membres de la Société et les divers Jurys se sont formés en cortège , et musique en tête sont venus, escortés par la gendarmerie, a la mairie où devait avoir lieu la distribution des récompenses.
Cette partie de la fête, qui a eu lieu au milieu d'une foule très-considérable, avait réuni toutes les notabilités du pays. A côté de M. le Président de la Société on remarquait : MM. Ménigot, Sous-Préfet de l'arrondissement, Desclosières etDouesnel, membres du Conseil-général ; Moisson de Vaux et Dumanoir de Juaye, membres du Conseil d'arrondissement ; Despallières , maire de Bayeux ; M. le Maire et M. le Curé de Ryes; M. Morière, professeur d'Agriculture du département ; M. Tallevast, juge de paix et les divers fonctionnai-
res du canton, ainsi que MM. les Maires des communes ; MM. Le Sueur, vice-président, G. Villers et Tailpied , secrétaires de la Société d'Agriculture, etc. Les regards se portaient aussi avec un vif intérêt sur l'un des plus éminenls chimistes de notre époque, M. Girardin, membre de l'Institut, bien connu par ses importants travaux sur l'Agriculture , et qui notamment a le premier révélé d'une manière positive la puissance végétative du Guano, ont aussi dévoilés par ses analyses les fraudes qui se commettent dans le commerce des engrais.
M. le Président Pezet a ouvert la séance par le discours suivant :
Messieuks,
Hier encore j'espérais qu'une voix qui unit l'autorité de la science agricole à celle de l'expérience viendrait donner à cette solennité l'éclat de sa parole. Les soins d'une santé altérée par une vie trop laborieuse, par cette activité incessante, sans trêve, qu'il prêche dans nos comices et qu'il pratique dans ses exploitations , retiennent, loin de nous, l'honorable M. de Laboire, et m'imposent aujourd'hui un devoir que votre bienveillance daignera me rendre facile.
Agriculteurs du canton de Ryes, lors de la dernière visite de la Société, nous étions au lendemain d'une tempête qui avait abaissé la valeur de toutes les denrées, en même temps qu'elle menaçait la civilisation, les institutions et les mœurs. Pleins de foi dans la parole du prince qui , la veille, à Caen , entouré des notabilités du Calvados et des représentants de vos in térêts, avait prononcé ces mots : < Les mauvais jours sont passés, nous eu attendons de meilleurs » , nous venions à notre tour vous dire : Ayez confiance , espérez !
Six ans se sont écoulés.... Aujourd'hui tous vos produits, alors dépréciés, ont atteint une élévation que les vétérans de l'agriculture n'ont jamais connue. La culture des colzas, peut-être exagérée, couvre vos plaines de véritables trésors. Vos chevaux, vos beurres, vos bestiaux, sont à la tète de nos grands marchés, et leur prix dépasse votre espoir. Cette année les foins de vos prairies, les épis de vos champs, nombreux, pesants, sont tombés sous la faulx aux rayons d'un soleil qui ne s'est pas obscurci un seul jour. Jamais le passé ne fut si prospère : jamais l'avenir ne parut ouvrir
aux vœux du cultivateur de plus riantes perspectives. Un mot que nous avons recueilli sur toutes les lèvres au milieu de cette foule empressée peint avec vérité cette situation : Le temps est aux fermiers.
Certes, je ne voudrais pas assombrir ce tableau ; mais je ne 'puis oublier que la Providence place dans la fortune comme dans le malbeur de profitables enseignements. Si aux heures de la gène et de la détresse, nous sommes venus relever vos courages, c'est un devoir de venir aux heures de la prospérité vous adresser quelques conseils.
Messieurs, il n'est pas rare qu'après des jours purs et brillants le ciel de- Vienne d'airain. La légende biblique desannées d'abondance et des années de stérilité est confirmée par l'expérience des siècles. Nous y puisons cette double leçon de ne point nous livrer au découragement dans les revers, pas plus qu'à l'enivrement dans les succès, et d'apprendre à ménager des ressources dans les années fécondes pour faire face aux éventualités fâcheuses de l'avenir.
Il y a sagesse et prudence à consacrer à l'épargne une partie des dons que Dieu vient de vous prodiguer, afin de traverser sans soucis les jours mauvais, si ses décrets vous en réservent; à employer l'autre pour améliorer la race de vos bestiaux, pour obtenir sur la même surface l'engraissement d'unplnsgrand nombre de tètes de bétail, pour féconder, en un mot, vos terres par des labeurs, dont le succès sera d'autant plusinfaillible que le capital dont vous pouvez disposer sera plus abondant.
Nous aimons à reconnaître que les progrès de l'agriculture ont contribué à l'aisance présente, mais ils sont loin cependant d'en être l'unique cause. Que ne vous reste-t-il pas encore à faire pour que la terre produise tout ce qu'on doit attendre de sa fécondité ! Loin de vous laisser enivrer par la prospérité ne ralentissez ni vos efforts, ni votre ardeur. C'est le travail et la prévoyance qui amassent le capital, l'économie qui le fait fructifier, et l'ordre qui le conserve. Près de l'aisance est un écueil, l'abus des jouissances matérielles, qui ôtent aux mœurs leur simplicité, qui dégénèrent en habitudes impérieuses, et ruinent les familles au plus léger abaissement des produits, parce que si elles sont au niveau des valeurs du jour, elles cessent de l'être à celui du lendemain.
On prône depuis quelques temps jusqu'au fond de nos hameaux, où les mots ù'action et de bourse étaient naguères ignorés, les idées de jeu et de spéculations sous le nom d'accroissement du revenu. Déliez-vous de ces tendances qui vous précipiteraient en aveugles sur un terrain dangereux et inconnu. Agriculteurs, restez toujours agriculteurs. Croyez-le bien , c'est le crédit de la terre qui est le plus sûr de tous. Restituez-lui, sous diverses formes, les capitaux qu'elle vous a donnés ; vous multiplierez ces trésors
que votre travail et votre intelligence lui confieront sans qu'il vous soit besoin, pour les conquérir, d'audace, de hasard ou de mystère.
La protection éclairée du Gouvernement ouvre aux capitaux inactifs une ère nouvelle par l'assainissement des terres au moyen du drainage. L'Etat vient au-devant de vous, il vous offre tout à la fois et les fonds nécessaires, et les conseils et les talents de ses ingénieurs.
Les propriétaires et les fermiers, instruits par l'expérience déjà acquise autour d'eux, uniront leurs efforts pour entrer par de communs sacrifices dans cette voie féconde d'amélioration. Le concours qui résultera de cette association aura sans doute encore un autre avantage; il contribuera à introduire l'usage des baux à longs termes, rares encore dans ce pays, mais Indispensables aux progrès raisonnes de l'agriculture.
Combien, en voyant la Providence bénir leurs efforts, ont dû s'applaudir ceux-là qui n'ont point déserté la charrue héréditaire , qui , près du clocher du village et de la tombe des aieux, sont restés fidèles aux travaux des champs ! Puisse le spectacle qu'offre aujourd'hui nos campagnes, désabuser les imprudents qui tenteraient encore de s'entasser dans les villes, exposés aux conseils de la misère, aux faciles entra'nenements du vice, et à devenir le jouet d'amères déceptions .'
Sous quels auspices plus favorables, Messieurs, pouvions-nous venir pour la troisième fois dans ce canton, encourager le travail, récompenser la fidélité, honorer, au nom du pays, ceux qui en fécondent le sol et qui sauraient au besoin le défendre ?
Quels gages d'espérance et d'heureux avenir ne trouvons-nous pas dans cette paix conquise par les prodiges de nos marins et de nos soldats rendus aujourd'ui à nos campagnes et qui, comme leurs pères, vont unir la gloire des armes à l'honneur de la charrue; dans ce chemin de fer qui traversera sous peu de mois nos pays producteurs, les plaçant à 7 heures de Paris, à 5 heures de Rouen, ces grands marchés de consommation, et ouvrant de rapides débouchés avec l'Ouest et le Midi ; enfin, Messieurs , dans l'éclat de cette renommée acquise à notre contrée industrielle et agricole à la fois, qui a vu ses produits obtenir, sur le théâtre des deux grandes expositions des richesses du monde entier, les récompenses les plus élevées !
Ce n'est point le repos, mais c'est l'ardeur de la lutte que ce triomphe vous inspire. Il ne doit être que le prélude de celui qui vous attend à la grande exposition qui s'approche, si vons savez concerter vos efforts, faire quelques sacrifices, et répondre aux excitations d'une noble et légitime émulation.
Appelée par sa mission à vous aider, à vous seconder, la Société d'Agriculture de Bayeux,qui a la conscience d'avoir contribué à cette gloire pa»
cifique dont, à juste titre, le Bessin est fier, ne fera défaut ni à ses devoirs, ni à aucune de vos espérances.
D'unanimes applaudissements ont accueilli cet éloquent discours.
M. Desramé-Dubois, rapporteur de la Commission chargée de la visite des exploitations agricoles, a immédiatement après donné lecture du rapport suivant : Messieurs ,
Il y a douze ans, la Société d'Agriculture de Bayeux vint tenir son troisième Concours agricole dans le canton de Ryes.
Je fus chargé de vous rendre compte des travaux de la Commission qui avait fait la visite des fermes ; l'indulgence que vous voulûles bien m'accordera cette époque, m'a fait accepter la même mission pour le Concours de cette année.
Je le dis hautement, Messieurs, je suis heureux de venir vous dire au nom de la Commission, les progrès faits depuis douze ans par l'agriculture dans le canton de Ryes , sont immenses.
En effet, quel est celui d'entre nous, qui parcourant notre beau pays dans les mois de mai, juin et juillet, ne s'est pas trouvé émerveillé devant nos superbes cultures de colza et nos magnifiques récoltes de blé.
Le progrès est visible pour l'œil le moins expérimenté.
Pour vous dire les noms de tous les hommes qui y ont pris part, il eût fallu visiter toutes les exploitations du canton, grandes comme petites. Le temps évidemment manquait, la tâche devenait impossible.
Nous avons dû nous restreindre à ne visiter que les exploitations où notre présence était franchement réclamée.
C'est de ce travail dont je vais vous rendre compte, afin de vous mettre, comme nous, à même d'apprécier le méritedes lauréats et leurs droits à vos récompenses.
Selon l'usage, je suivrai l'ordre dans lesquels les visites ont eu lieu.
M. QUEUEDEVILLE, Alexandre, à Sommervieu, fait valoir concurremment la ferme de M. Douesnel, Alexandre, ancien député, de Bayeux , et celle de Le Gourdier Deshameaux, Aymar, de Cerisy-la-Forêt.
Ces deux fermes sont parfaitement tenues ; mais celle de M. Douesnel où est l'habitation du fermier, a reçu des améliorations notables qui nous ont été signalées dans le rapport de 1850, et pour lesquels vous avez donné une mention honorable au propriétaire. Il nous reste à dire aujourd'hui tm'il a été parfaitement secondé par le fermier. La tenue des bâtiments et.
de la cour ne laissent rien à ilésirer. Les fumiers sont on ne peut mieux soignés et méritent particulièrement de vous être signalés; ils sont journellement arrosés au moyen de fosses à purain établies aux extrémités.
M. Queuedeville élève des chevaux qu'il vend aux remontes.
Il possède 14 bonnes vaches à lait, qui sans être d'un grand poids, sont parfaitement choisies. Son taureau âgé de 15 mois est un des plus beaux que nous ayons vu.
L'exploitation de M. Queuedeville s'exerce sur 100 hectares de terre , dont les deux tiers en labour.
Les récoltes sont généralement bonnes, surtout ses blés.
Les labours d'été sont donnés en temps opportun et nous avons remarqué de fort belles plantes de colza, dans des terrains de très-médiocre qualité : en 1850, vous aviez accordé à M. Queuedeville une mention honorable pour sa bonne tenue de ferme et la troisième prime pour l'aménagement des fumiers.
M. LEFÈVRE, Jacques, ferme de M. de Rubercy, àSommervieu, vous est connu depuis longtemps ; en 1844, vous lui décerniez une mention honorable, et en 1850 une médaille de bronze. Il a marché avec le progrès.
Ses labours sont toujours donnés à temps et les engrais ne font jamais défaut; aussi ses blés étaient-ils remarquables. Son blé, dit Chevalier , était d'une rare beauté. Son colza était incontestablement le meilleur du pays.
Les herbages, continuellement engraissés par de bonnes tombes, sout admirablement tenus.
M. Lefèvre, possède quatre bonnes poulinières, toutes suivies de leurs poulains.
Il achète des chevaux à l'âge de un et deux ans, qui font son service et qu'il revend à l'âge de 4 ou 5 ans.
Il a aussi 22 bonnes vaches à lait et un beau taureau.
Les bâtiments de l'exploitation sont aussi bien tenus que le permet leur état qui vous a été signalé dans les rapports précédents. Il en est de même de la cour et des fumières.
M. DOUESNEL, Alexandre, ancien député, dont nous connaissons tous l'abnégation et le désintéressement, n'a point voulu concourir.
Nous ne pouvons donc que lui décerner des louanges en vous signalant la belle disposition et la belle tenue des bâtiments, le bel état des clôtures et ses plantations de pommiers.
Vous avez trop souvent accordé vos récompenses aux bestiaux de M. Douesnel, pour qu'il soit utile de vous les citer. Seulement qu'il me
soit permis de dire que le noble emploi qu'il a fait des primes qui lui ont été décernées lui crée un titre de plus'pour lui à la reconnaissance du pays.
M. MÉNARD, François, à Sommervieu, fait valoir les fermes de Mme veuve Couëffin et de MM. Gardin, de Caen.
Mme Couëffin, suivant l'exemple de M. Douesnel, a fait de grandes améliorations aux bâtiments de sa ferme, et nous devons ajouter qu'elles portent le cachet de l'intelligence.
Nous devons citer particulièrement la cuisine, la laverie, la laiterie et le grenier à blé.
La cour aussi a été mise en rapport avec les bâtiments.
M. Ménard ne fait traire que quatre vaches ; son écurie se compose de cinq bons chevaux et d'une poulinière.
Le récoltes sont généralement dans de très-bonnes conditions.
M. C0LLEV1LLE, Pierre , ferme de M. de Rubercy , à Sommervieu. Nous avons regretté que M. Colleville fût absent lors de notre visite , ce qui nous a privé de renseignements sur l'importance de l'exploitation.
Cependant ce que nous avons vu en récolte sur les terres et en améliorations dans les bâtiments d'exploitation, leur tenue, celle de la cour et des fumiers, nous a donné la meilleure idée de la capacité et de l'intelligence de M. Colleville.
M. LEFAUCONNIER, Piere-Tranquille, ferme du château de Fresnay.
Des travaux notables ont été exécutés sur cette ferme, où cependant il en reste beaucoup à faire pour qu'elle soit à la hauteur de l'exploitation.
Mme la baronne de Kalb a fait construire un magnifique cellier avec un grenier à blé dessus, qui est peut-être le plus beau du canton. Malheureusement les autres bâtiments ruraux et surtout la cour, laissent beaucoup à désirer,
Quoi qu'il en soit, la tenue de la ferme est des meilleures, et malgré la défectuosité de la cour, les fumiers sont très-bien aménagés.
M. Lefauconnier possède 8 vaches à lait et un bon taureau de 14 mois.
Les herbages parfaitement clos, sont bien tenus et munis de bons abreuvoirs.
En dépit de l'infériorité des terres en labour et leur difficulté de culture, les récoltes sont dans les meilleures conditions.
En 1844, vous accordiez une mention honorable à Pierre-Tranquille Lefauconnier, domestique chez M. Lahaye, à Fontenailles, pour ses connaissances pratiques en agriculture, sa bonne conduite et la confiance que lui accordait son maître dans la direction et l'exécution des travaux agricoles.
Aujourd'hui, Lefauconnier est un des premiers cultivateurs du canton de Ryes, résultat du travail, de l'intelligence et de la loyauté.
M. LACOUR, Charles, ferme de M. Lebariller, à Fontenailles. En 1850, vous avez donné à M. Lebariller, Constant, votre première médaille d'argent pour les constructions rurales. Homme de cœur et d'intelligence, il a compris vos encouragements, et chaque année il a apporté de nouvelles améliorations sur sa propriété, où, dans ce moment encore de nouveaux travaux sont en exécution.
De son côté, M. Lacour, jeune homme laborieux et intelligent, que vous aviez apprécié il y a six ans, en l'associant à la mention honorable accordée à sa mère, alors qu'il n'avait encore que 20 ans, seconde admirablement le propriétaire par sa bonne administration et sa rare intelligence de l'agriculture.
Les terres à labour sont d'une propreté exceptionnelle et leur culture ne laisse rien à désirer. Les récoltes de M. Lacour, en blé et colza, étaient sans nul doute les meilleures du pays.
D'un autre côté, il fait tous ses efforts pour améliorer les herbages an moyen de tombes bien préparées et bien engraissées.
Il ne possède que six vaches à lait, mais toutes bonnes et bien choisies.
Enfin, toute l'exploita lion mérite plus que des éloges.
M. GERVAIS, Jean-Louis, ferme de M. d'Anglade, à Fontenailles.
Des travaux considérables ont été exécutés à la maison du fermier , et tout porte à croire que le propriétaire est dans l'intention d'améliorer les bâtiments d'exploitation, qui, ainsi que la cour, en ont réellement besoin.
Malgré cela, M. Gervais fail de son mieux et la bonne tenue des terres lui donne de bonnes récoltes. Sa pépinière de jeune colza estdes meilleures que nous ayons rencontrées.
Il possède 10 belles et bonnes vaches à lait.
M. LE GENDRE, Hippolyte , ferme de M. Anatole Deshameaux , à Fontenailles.
M. Deshameaux, homme d'intelligence et de progrès, a voulu mettre sa propriété à la hauteur de l'époque, des constructions nouvelles et parfaitement entendues, sont venues remplacer les anciens bâtiments d'exploitation ; ici nous devons citer avant tout une belle écurie de 14 chevaux, parfaitement conforme à sa destination.
La cour a subi les mêmes changements et un notable agrandissement; la mare, lafumière au bout de laquelle on a établi une mare à purain, méritent d'être mentionnées.
Mas là ne s'est pas arrêté M. Deshameaux ; environ 6 hectares de terre
ont été drames, et de nouveaux fossés qui servent aussi à l'écoulement des eaux ont été faits la où il n'existait jadis que de mauvaises clôtures.
Incontestablement, M. Deshameaux a bien mérité de la Société d'Agricul turejmais aussi il est juste de dire qu'il est parfaitement secondé parle fermier qui s'empresse de faire gratuitement tous les charriages de matériaux nécessaires aux constructions et au nivellement.
M. Le Gendre, dont l'exploitation comprend environ 80 hectares dont les cinq sixièmes eu labour, fait valoir en bon cultivateur et prend un soin tout particulier des fumiers.
Tous ses labours sont bien soignés et bien engraissés, sa jeune plante de colza est aussi fort belle, ses betteraves sont superbes.
Il possède huit vaches à lait et un jeune taureau de 14 mois.
Son troupeau de 120 brebis est fort beau.
M. HOUTTEVILLE, Jean-Louis, ferme de M. Dtipout, Avice , à Marigny,. La maison d'habitation est bien, et M. Dupont, Avice, vient de faire construire un cellier le plus beau du canton.
M. Houlleville mérite des louanges pour la bonne tenue des bâtiments, surtout de la laiterie et de la beurrerie, malgré leur exiguité.
Il possède 14 bonnes vaches à lait et une bonne poulinière suivie de son poulain.
Quoiqu'il ne soit dans cette ferme que depuis deux ans , les améliorations qu'il y a apportées sont remarquables.
Les terres labourables sont parfaitement cultivées; aussi les récoltes ont été ce que l'on devait en attendre. Leur propreté mérite une mention particulière.
AI. MANOUKY, Pierre, ferme de M. de Caumont, à Ryes. La laiterie qui a été construite par ce fermier est bien tenue, et le fermier a fait établir un fourneau à ses frais.
Il possède 12 bonnes vaches à lait et un taureau de 2 ans.
Les herbages sont très-bien tenus.
Les terres labourables engraissées, soignées et cultivées avec le plus grand zèle, ont produit les plus belles récoltes et les chaumes de colza que nous avons vus, attestent combien ils étaient beaux et dignes de rivaliser avec les plus iorts du pays.
Mais là ne se bornent pas les soins de M. Manoury, il y a quelques années son exploitation n'était praticable que par de mauvais chemins; grâce à ses soins et surtout à un travail dispendieux pour lui, il a établi des communications faciles et commodes par toute sa ferme.
M. AUBRÉE, Alexandre, ferme de M. de Folleville, au Manoir. En 1850,
a obtenu de vous une médaille de bronze, et en 1844 une mention honorable.
Les bâtiments de la ferme sont aussi bien tenus que leur état le permet ; il est à regretter qu'aucune amélioration n'ait été apportée à la cour , dont nous vous avons signalé les inconvénients pour les fumiers dans notre premier rapport.
Malgré cela, M. Aubrée en tire tout le parti possible et a de fort belles fumières.
Il possède 14 chevaux de trait et 4 d'herbages. Plusieurs sont d'une beauté remarquable, et nous avons remarqué un cheval bai brun , fils de ]\emrod.
Eleveur de chevaux, M. Aubrée les traite avec un soin et une douceur qui vous ont été signalés par l'homme du pays le plus apte en cette circonstance (M. Person), dans son rapport de 1850.
Les herbages sont bien tenus et les chardons coupés avec soin.
Les terres labourables ont produit des récoltes satisfaisantes par leur beauté et leur abondance.
M. Aubrée est un des premiers cultivateurs du canton qui aient employé le Guano.
M. GIRARD, Pierre à Bazenville.
L'honorable rapporteur du Concours de 1850, disait en parlant de M. Girard : « Tout était bien chez lui lors du Concours de 1844; tout » est très-bien à celui-ci. Tout sera encore mieux au prochain. Comment » s'y prendra-t-il ? nous l'ignorons, mais il en sera ainsi, j
Tout cela s'est réalisé , l'activité iugénieuse de M. Girard ne pouvait rester oisive. Do nouveaux bâtiments ont été construits, entr'autres une remise devant la grange, où les grains peuvent être déchargés à couvert et deux bocks donnant dans deux herbages séparés l'un de l'autre , dans lesquels les chevaux peuvent se promener et rentrer quand il leur plaît.
La vacherie est restée à la hauteur où elle était lors des précédentes visites, et nous avons admiré particulièrement une vache pagne et une autre bringe tigre. Le taureau âgé de 3 ans est de toute beauté.
Enfin, Messieurs, M. Cirarda de mieux en mieux mérité de la Société.
M. LE CANU, Jean-Pierre, à Villiers-le-Sec.
Tous les bâtiments de cette exploitation sont neufs, et on voit facilement que leur construction a été dirigée par un cultivateur intelligent. Le grenier à blé surtout est fort b ■ au et fort commode. De vastes hangars sont établis au bout de la cour où sont des fumiers abondants.
La position de l'écurie donnant sur les deux cours nous a paru avantageuse.
Les cours sont très-bien établies. Toutes les récoltes de M. Le Canu ont été fort belles ; son colza entr'autre mérite d'être cité.
M. Le Canu emploie beaucoup de Guano. Il ne fait traire que deux vaches et il a en outre six chevaux de trait, une bonne poulinière suivie de son poulain.
Toute l'exploitation mérite d'être citée pour sa bonne tenue.
M. LE COURTOIS, Jean, ferme de M. Pezet, à Ryes , homme laborieux et intelligent, a droit à vos récompenses pour la bonne tenue de sa ferme. Les bâtiments qui sont tous dans de bonnes conditions et particulièrement la laiterie, sont d'une tenue et d'une propreté remarquable.
M. Le Courtois possède dix bonnes vaches à lait et six juments qu'il achète à 2 ans. pour revendre aux remontes à l'âge de 5 ans
Les terres à labour parfaitement cultivées et engraissées, donnent des récoltes aussi belles qu'il est possible de faire produire.
Les herbages sont bien tenus et parfaitement clos. Nous devons ajouter, Messieurs, qu'à l'exemple du chef de famille, ses enfants le secondent admirablement.
M. BATON, Pierre, ferme de M. de Bouvouloir, à Magny, possède 30 vaches à lait et un taureau. Ses élèves se composent de dix-huit veauxde 6 mois et dix d'un an.
Les récoltes de M. Bâton étaient belles; nous devons citer à part cinq hectares de magnifique colza et cinquante ares de superbes betteraves.
M. MALLET, ancien notaire à Bayeux, a mérité en 1850, la médaille d'argent destinée aux plantations et élagages des arbres forestiers.
Nous le disons avec bonheur, M. Mallet a tenu bon compte de vos encouragements ; de nouvelles plantations sont venues se joindre aux premières, qui n'ont pas cessé d'être soignées avec toute l'intelligence possible ; leur venue et leur beauté ne laissent rien à désirer.
M. Mallet a donc droit plus que jamais à vos récompenses et vos félicitations.
Le garde de M. Mallet seconde parfaitement les intentions du propriétaire et a droit aussi à une mention particulière.
M. FOTICHAUX, Pierre, ferme de M. Jules de Toustain, à Ryes.
Votre lauréat de 1844 et de 1850, serait aujourd'hui plus que jamais digne de vos récompenses , mais par un dévouement dont nous ne pouvons trop le remercier , il a renoncé à concourir pour se joindre à nous
et nous aider de ses connaissances et de ses conseils dans la Commission.
M. Fouchaux a doublement droit à votre reconnaissance, comme cultivateur d'élite et comme homme dévoué à la Société.
M. DUPONT, Urbain, à Vaux-sur-Aure, ferme de M. de Toustain.
A l'exemple de M. Fouchaux, M. Dupont a renoncé à concourir pour faire partie de la Commission ; comme lui, nous le félicitons de son dévouement ; car incontestablement il eût été couronné.
M. Dupont est placé au premier rang de nos agriculteurs.
M. LE SUEUR, maire d'Esquay.
Nous n'avons pas visité en corps l'exploitation de M. Le Sueur; néanmoins nous connaissons tous individuellement les beautés qu'elle renferme et l'excellente administration qui la dirige.
Toujours plein de modestie et de désintéressement, M. Le Sueur ne veut pas concourir ; mais nous le disons avec bonheur, l'Empereur quia attaché l'étoile de la Légion-d'Honneur sur la poitrine de cet agriculteur modèle, a acquitté la dette du pays.
M. YVRAI, Pierre, propriétaire à Manvieux, émule de M. Girard , a voulu que les bâtiments de son exploitation ne laissassent rien à désirer. Vos commissions de 1844 et de 1856, vous ont fait connaître la bonne distribution et la commodité des écuries, bergerie, grange, cave et pressoir.
Nous vous avons signalé aussi le parfait état des clôtures et la manière intelligente dont les plantations de pommiers sont dirigées chez M. Yvrai.
Il est inutile de vous dire , car vous l'avez déjà compris, que la culture des terres labourables ne peut être en arrière sous une administration qui n'est pas dépassée.
M. Charles DE BONVOULOIR, à Magny.
Nous avons tous admiré la manière toute exceptionnelle dont M. de Bonvouleir fait valoir sa ferme des Parcs.
A lui plus qu'à personne , peut s'adresser ce vieil usage : « Tant vaut un homme, tant vaut sa terre. »
Il y a douze ans, nous trouvâmes dans sa pièce, nommée le Grand Parc, du blé ayant à peine 30 à 40 centimètres de haut et dont le rendement était à peu près nul. Dans cette même pièce il y avait cette année, du blé de première qualité.
Certes, l'engrais a été pour beaucoup dans cette métamorphose; mais nous devons le dire hautement, le plus puissant auxiliaire du propriétaire a été le drainage.
Dans une autre pièce autrefois humide et vitoirdeuse , d'une elendup
de 2 hectares, nouvellement drainée. M. de Bonvouloir a obtenu cette année du sainfoin de première qualité.
En totalité, M. de Bonvouloir a fait drainer quinze hectares de superficie de terrain ; ce travail a été conduit par lui-même de la manière la plus intelligente.
Nous ne pensons pau que personne, dans le canton, puisse disputer le prix. M. de Bonvouloir doit incontestablement être offert comme un exemple à tous.
En outre la visite des exploitations dont nous venons de vous rendre 1 compte, il nous reste à ajouter que nous avons vu :
Chez M. Jean-Jacques GUILBER.T, à Longues, un magnifique champ de betteraves, d'une contenance d'environ 60 ares; et que nous en avons encore trouvé de fort belles :
1° Chez M. LE ROMAIN, Jacques, à Fontenailles ; 2° Chez M. VFNTBAS, Thomas, même commune ; 3° Chez M. BATON, Gustave, à Manvieux ; 4° Chez M. DURAND, Thomas, à Manvieux.
Parmi les noms que vous venez d'entendre , beaucoup , Messieurs, étaient connus de vous. Plusieurs ont mérité vos récompenses au Concours de 1844 et de 1850.
A côté de ces honorables vétérans de l'Agriculture, le temps a amené de jeunes hommes pleins de capacité et d'intelligence.
Mais aussi le temps qui frappe impitoyablement, a enlevé des hommes chers à la Société.
M. Georges CHATEL, propriétaire et maire à Vaux-sur-Aure, par ses expérimentations sur les diverses variétés de blés introduites dans notre pays depuis trente ans, avait mérité que vous lui décerniez une Médaille d'argent en 1842.
M. Pierre-Alexandre AUBIN, de Magny, dont la famille est si honorablement connue dans le monde agricole, avait conquis aussi une mention honorable au Concours de 1850.
Je craindrais de commettre une ingratitude, si dans une solennité comme celle-ci, je ne rappelais un nom chéri et vénéré du canton de Ryes, celui de M. Pierre COUEFFIN, ancien juge de paix et secrétaire de la Section d'Agriculture. Cet homme de bien avait voué sa vie à l'étude du progrès social ; fils de cultivateur, il était agriculteur par le sang et par le cœur.
Un autre homme bien jeune encore, enlevé à sa famille et à la Société, M. AUBIN, Donat, avait accepté en 1848, les fonctions de secrétaire de la Section d'Agriculture, en remplacement de M. Coueffm, décédé comme lui, fils de cultivateur, il avait l'amour de l'Agriculture. Il a rempli ses fonctions avec un zèle digue de tout éloge, jusqu'au moment où la mort est venue nous l'enlever ; son nom aussi appartient à la Société.
Honneur donc, Messieurs, à la mémoire de tous ceux qui ne sont plus là pour recevoir nos récompenses et nos félicitations !
Honneur à tous les cultivateurs qui ont bien mérité du pays ! Honneur à tous les hommes qui se dévouent au progrès de l'Agriculture.
Après ce rapport, écouté avec un vif intérêt, 31. le Président a fait proclamer dans l'ordre suivant, les noms des lauréats qui ont été salués par les fanfares de la musique et les applaudissements de la foule.