‹ Bayle et JurieuChapitre 4 sur 22 · ET BELLES-LETTRES DE CAEN · texte numérisé non relu

ET BELLES-LETTRES DE CAEN

CAEN

IMPRIMERIE DE F. LE BLANC-HA.RDHL

Extrait des Mémoires de l'Académie Nationale des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen.

SLR LE

IVe LIVRE DES GÉORGIQUES

Il n'y a point d'ami des lettres qui ne déplore l'insuffisance de nos informations sur les écrivains de l'antiquité , et surtout qui ne se sente rebuté des sottises dont sont brouillées ces pauvres et sèches notices , dues à des compilateurs se répétant et se pillant les uns les autres avec un crescendo d'inexactitude et d'inintelligence. Ainsi pensait l'ancienne critique française , celle qui était représentée au commencement de ce siècle par Daunou , quand l'érudition ne s'appelait encore que l'érudition. Mais depuis qu'elle nous est revenue d'Allemagne avec le nom ambitieux de science , il semble qu'on en veuille rappeler de cette dure mais trop juste sentence . et l'on voit

reparaître dans l'histoire littéraire des traditions plus que douteuses, pour ne pas dire des inepties, qu'on en croyait éliminées à toujours. A force de recherches très-savantes et, à beaucoup d'égards, très-méritoires sur les sources où peuvent avoir puisé les Donat , les Servius et autres , les érudits modernes en sont arrivés à restituer à ces compilateurs indigestes, dont l'exactitude et l'intelligence sont les moindres défauts , quelque chose de l'autorité qui s'attacherait à des témoins contemporains ou quasi -contemporains des faits , comme si l'on était sûr qu'ils ont lu leurs auteurs et qu'ils les ont reproduits exactement; et je vois admettre aujourd'hui des anecdotes qui, pour tout esprit sensé et réfléchi , ne peuvent être que des contes.

C'est un de ces contes que je vais examiner.

Servius écrit, dans son commentaire de la Xe églogue : « Telle était l'amitié de Virgile pour Cornélius Gallus , qu'il avait rempli le IVe livre des Géorgiques , du milieu jusqu'à la fin, de son éloge, qu'il remplaça dans la suite, sur l'ordre

d'Auguste, par la fable d'Aristée : « ut quartus

Georgicorum ( liber) a medio usque ad finem ejus laudes teneret , quas postea , jubente Augusto, in Aristœi fabulam commutavit. a Servius paraît si sûr de son fait , qu'il répète le même dire dans le commentaire des Géorgiques : « Il faut savoir (sciendum) que la fin de ce livre a été changée ; car l'endroit où se lit actuellement la fable d'Aristée et d'Orphée contenait d'abord l'éloge de Gallus. Cette fable n'y fut insérée qu'après que Gallus,

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