Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La Bédollière
Préambule. — Bibliographie*. — Notice biographique. — Le tnarvcluil Bazaine au Mexique. — La corrmpondaucc d Abel Doua}'. — Bazaine en France. — Son rôle dam le» début» do la guerre de Pruuc.
En écrivant, dans un précédent ouvrage, l'histoire générale de la guerre de 1870-71, nous étions dans l'o-
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bligation de nous restreindre et de n’accorder qu'une place limitée à chacun des épisodes de cet immense conflit. Ainsi il nous était ‘impossible d’entrer dans les détails de la capitulation de Metz et des causes qui l'ont amenée, d'autant plus que ces causes étaient obscures et se rattachaient à de mystérieuses intrigues et à de machiavéliques combinaisons.
Aujourd'hui, la lumière est faite : l’histoire de cctto reddition, qui livra à l'étranger une ville et une armée
françaises, et qui lui permit de nous écraser avec des forces considérables, est connue dans scs plus minutieux détails. De nombreux témoins ont été entendus, des débats publics établissent la vérité, et le compte rendu des agissements du maréchal Bazaine est l’indispensable corollaire de notre travail sur la guerre.
Rappelons d’abord les circonstances qui ont amené le maréchal devant un conseil de guerre, et les accusations dont il a été l'objet, dés le mois d'août 1870. Nous puiserons nos documents dans les journaux de toute nuance, et dans les publications spéciales qui ont paru sur les opérations militaires et les négociations relatives il Metz. Afin de bien prouver notre impartialité, nous prendrons pour point de départ le volume du maréchal sur l'Armée du Rhin, et le Rapport sommaire sur 1rs opérations de l'année du Rhin, du 3 août au 29 oc/ohre 1 870, par le commandant en chef, maréchal Bazaine, brochure in-8, Berlin, décembre 1870, chez Léonhard Simian; Bruxelles, chez Muquardt; Londres, Bulau et Lie j BAIe et Genève, chez 11. Georg. 11 est à remarquer que col ouvrage n’a jamais paru'qu a l’étranger.
Nous consulterons ensuite les livres suivants :
L'Année de Metz et le maréchal Bazaine, réponse au Rapport sommaire, par un officier d’état-major.
L'Année de Metz, par le général Deiigny. 1871, i 11-12.
L’Affaire Bazaine. Paris, 1871, iu-4. (Ernest Veü, éditeur.) Il n’a paru que quatre livraisons de cette publication.
Opérations militaires autour de Metz, par un officier général prussien. •-
Le Procès Bazaine, public par lé bureau des Célébrité*
contemporaines.
La Guerre en prerfitee, par Charles de Freycinet, ancien délégué du ministre de 1a guerre de Tours et de Bordeaux.
Metz : campa a ne et négociation, par un officier supérieur de l’armée du Rhin (le colonel d’Andlau). Paris, 1871, iu-8.
Le Blocus de Metz et 1rs ircnemmU qui Pont aminé, par Ilippolvtc Chanloup.
La Guerre fra noo-alii mande, par O.-F. Lecomte.
La Capitulation 4e Metz devant l’histoire. Bruxelles, 1370, in-12.
L’accusé Bazaine, par Albert Al’cnct. Paris. André Sagnicr, 1872, in-12.
La guerre de 1870-71. Documents officiels allemands, collection des dépêches télégraphiques du quartier général allemand, du roi de Prusse à la reine Augusla, du 31 juillet 1870 au il février 1871, par Filipp.
L’Armée française à Metz, par le comte de la Tour du Pin Chambly.
Ce ne sont pas, on le voit, les matériaux qui manquent, et l’on décuplerait cette nomenclature bibliographique, si, au lieu de se renfermer dans les faits de la
cause, on suivait le maréchal dans toute sa carrière. 11 suffit de la rappeler en peu de mots, sans se livrer à d’oiseuses digressions qui sont en dehors du sujet.
C’est dans la ville même où il passe en jugement, à Versailles, qu’est ne, le 13 février 1811, François-Achille Bazaine. Ayant subi sans succès l’examen exigé des candidats à l’Ecole polytechnique, il s’engagea, en 1831, dans le 39* de ligne. 11 monta rapidement en grade, tant en Afrique qu’au service de la reine d’Espagne, et il devin!, en 1830, colonel du l or régiment de la légion étrangère.
Bazaine se distingua en Crimée, fut nommé, le 22 septembre 1833, général de division, et dirigea avec habileté l’expédilion de Kinburn.
On retrouve Bazaine au Mexique, commandant en chef l’armée française , et remportant de stériles victoires sans triompher de l'insurrection, qui renaît sans cesse derrière lui. 11 épouse une riche héritière, et est élevé, le 5 septembre 1804, à la dignité de maréchal de France.
Avait-il mérité tant d’honneurs? I.cs faits sont là pour dire non! Les lettres adressées du Mexique par le général Abel Douai à son frère tracent de la conduite de Bazaine un tableau que nous avons lieu de penser être fidèle. Ce qui s’est passe sous nos yeux en 1870 n’est pas sans analogie avec ce qui se passait au Mexique en 1S0G.
Voici les plus caractéristiques de ces lettres, qui auraient gagné, à notre avis, à être écrites avec moins de violence et d’irritation :
• San Lait de Fotosi, le 4 janvier f 606,
■ L'empereur Maximilien n’a rien fait pour se constituer un état militaire. Les deux emprunts sont engloutis dans de vaines dépenses; il n’y a ui armée ni armement. 18GG présente le même aspect que 1803 et l$Gi.
L’armée française est tout. Les promesses fallacieuses du maréchal Bazaine s'en iront en autant de déceptions qu'avant. 11 faut convenir qu’il a rencontré une crédulité à lepreuvc, puisque les mêmes mensonges ont toujours le même succès. 11 est difficile de se faire une idée de notre hilarité quand nous retrouvons la phrase stéréotypée dans le bulletin du Moniteur : « Les bandes sont détruites, etc., etc. » — Si ou a toujours écrit l’histoire de cette façon, il finit convenir qu'elle pourrait contenir pas mal d’impostures. Je ne sais pas ce qui est advenu du différend de Brincourl avec le maréchal. C’est le second général aptes Lhériller dont le maréchal se défait. 1 ous deux étaient des hommes de valeur et de distinction. Ceux-là ne font pas son affaire; il préfère des incapacités notoires, mais sans caractère : ils secondent mieux ses soi-disant plans habiles, qui se réduisent à du gâchis proparé dans du galimatias. »
«Mexico, Ï7 novembre ISGfi.
• L’Empereur doit avoir été bien trompé sur la situation, et le maréchal, qui la voit tourner à notre confu-
sion, continue avec une imperturbable Audace à déclarer qu'il n'a fait qu'exécuter les ordres de notre Empereur; et déclinant ainsi la responsabilité, il fait peser sur notre souverain l'odieux de toutes les mesures qui ont fait échouer notre expédition.
« H est difficile de s'imaginer un type aussi complet de fourberie. Il n'a qu'une seule préoccupation, c'est celle de s'enrichir dans notre désastre. Il sacrifie l'honneur du pays et le salut des troupes dans d'ignobles tripotages.
« Je n’ai pas besoin de te dire combien je suis navré d’ôtre obligé d’assister l'arme au bras au spectacle de cette salurnale. »
• Pucblt, 10 dçctnobre I960.
« Il s'est produit depuis quelque temps dans le corps d'armée et dans le public un tel mouvement d’indignation, qu’il en est résulté un véritable toile, et il ne t’est pas possible de t’imaginer les énormités qui se crient partout et en tout lieu. Sans entrer dans plus d'explications, je te dirai seulement qu'on est exaspéré de savoir que, de toute cette désastreuse affaire de l'expédition du Mexique, un seul homme a su en tirer une fortune, et qu’à présent c’est afin de pouvoir la liquider et l’aug* monter qu'il n'hésite pas à compromettre les intérêts les plus sacrés de notre pays e^ de nos soldats. Figuretoi ce que coûterait en argent et en hommes notre maintien au Mexique pendant encore une année, et tu peux mettre en présence les deux cas et faire ton jugement. •
Envoyé par le gouvernement français pour examiner la situation, le général Castelnau, suivant les lettres d'Abel Douai, fut indigné de la félonie du maréchal. Le général Douai mandait à son frère, le 27 décembre 1 860 ;
• On débite tout haut dans le corps expéditionnaire des faits qui font dresser les cheveux sur la tête. Ce ne sont plus des cancans et des critiques ordinaires, mais bien les plus grosses accusations qui parlent des bouches les plus officielles et les plus autorisées.
« Tu ne croirais jamais le mépris public dans lequel le marciflial est tombé dans les rangs de l'armée, et jo trouve affligeant de voir unè haute dignité prostituée de cotte façon par les accusations les plus honteuses de félonie, de cupidité, etc.
« Il faut enfin remonter au cardinal Dubois pour trouver un type de faquin pareil, ayant abusé de sa situation de haute confiance pour vendre son pays et son maître. »
l*nc dernière lettre est concluante :
• Puebla, jintitr 1807,
a Le général Castelnau ne se mettra en route que quand il aura la certitude du départ du maréchal. Il est, bien entendu, au plus mal avec Son Excellence, qui lui
a joué les tours les plus pendahles depuis deux mois. Sa biche a été des plus pénibles, et il a contracté une fièvre intermittente dont il ne peut se débarrasser, et que ne font qu'entretenir les soucis et les inquiétudes de la lutte qu’il est obligé de soutenir contre les fourberies du maréchal.
« Le public éclairé du corps expéditionnaire s’accorde à penser que le maréchal a travaille depuis près de deux ans à faire échouer le navire de l'empereur Maximilien, pour se substituer au pouvoir. Les présomptions prennent du corps, et on se demande pourquoi il a contribué avec tant de persistance à la destruction des légion» belge-aulrichienncs et à la non-organisation des corps indigènes impériaux. On sait maintenant qu’il a entretenu des intelligences avec des chefs dissidents. Il s’était tellement laissé griser par les aspirations ambitieuses de sa famille mexicaine, qu’il a rêvé pour lui, au Mexique, la fortune de Bernadette en Suède. On comprend, à présent, pourquoi il a tenté, en octobre dernier, de se faire remettre, comme en succession, les pouvoirs de la régence, au moment où Maximilien partait pour Orizaba. Cette démarche prématurée a éveillé les soupçons, qui n’ont fait que croître depuis. L’indice le plus certain de toutes ses intrigues insensées se retrouve à chaque instant depuis dans les empêchements tortueux qu’il a suscités pour embrouiller les allaires et rendre n- dre départ impossible en mars, ce qui lui donnait une année entière devant lui pour poursuivre sa folle prétention.
« L'affaire du Mexique sera une véritable catastrophe. Il y a longtemps, tu le sais, que je le prévoyais. Le gouvernement aura tout intérêt à la laisser, s'il le peut, dans l’ombre et le silence. Il est possible que le maréchal Bazaine échappe, par cette raison, au châtiment qu’il mérite pour ses intrigues coupables ; mais il n’échappera pas à l'infamie à laquelle il est voué par tous les honnêtes gens de l’armée, qui sont de plus en plus indignés du scandale de sa fortune pécuniaire. Il a vendu palais, mobilier, etc., etc., s’est fait payer jusqu’au dernier jour le loyer de ce même palais, alors que la caisse faisait banqueroute aux officiers pour les loyers de décembre. Tout ce que je pourrais te raconter en fuit d’anecdotes sanglantes ne seraitencorc que dcl’orgeaten comparaison de tout ce qui 8e dit tout haut dans les petites comme dans les grandes réunions d’officiers. Le colonel Boyer a été l’agent de toutes les spéculations du maréchal. •
La mort violente de l’empereur Maximilien, l’invincible résistance du pays, rendent inévitable l'évacuation du Mexique. Les derniers soldats qui soutenaient encore la lutte partent pour la France, le 12 mars 1807. Bazaine, à son retour est placé à la tête du 3 e corps d’armée, puis appelé au commandement de la garde impériale, le 15 octobre 1R69.
La guerre est déclarée à la Prusse; la direction du
3-* corps d’armée, dont le quartier général esta Metz, est confiée au maréchal Bazaine. A la suite des combats de Sairbrflck et de Wissemliourg, par ordre impérial «lu ü août 1870, les 2®, 3* et 4 e corps sont placés, en ce qui concerne lits opérations militaires, sous ses ordres directs; et les 1«®, 5® et 7 # sous ceux du maréchal Mac- Mahon.
La perte des batailles de Frœschvviller et de Forbach fut duc au défaut d’ensemble dans les mouvements, à la lenteur avec laquelle ils furent combinés. Napoléon III rut sans doute conscience de son insuffisance personnelle et de celle du piaj or-général U* Bœuf; car, afin d'obtenir l'unité d’action désirable, il mit toute l’autorité militaire entre les mains du maréchal Bazaine, qui, en vertu d’un décret du 12 août 1870, prit, le 13, le commandement de l'armée du Rhin, en ayant pour chef d’état-major général le général de division Jarras.