‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 14 sur 117 · COMMUNIQUÉ · texte numérisé non relu

COMMUNIQUÉ

« Le maréchal commandant en chef l’année du Rhin,

n'ayant reçu aucune nouvelle affirmant les heureux faits de guerre qui se seraient passés à Paris, se borne à on souhaiter la réalisation et assure les habitants de Metz que rien no leur est caché. Qu'ils aient donc confiance dans sa loyauté.

« Du reste, jusqu’à ce jour, le maréchal a toujours communiqué à l’autorité militaire de Metz les journaux français ou allemands tombés entre nos mains.

a II profite de l’occasion pour assurer que depuis le blocus il n’a jamais reçu la moindre communication du gouvernement, malgré toutes les tentatives faites pour établir des relations.

« Quoi qu’il advienne, une seule pensée doit, en ce moment, absorber tous les esprits : c’est la défense du pays; un seul cri doit sortir de toutes les poitrines : t VIVE LA FRANCE ! »

fian-Saint-Hirtin, le 1 1 octobre 1970.

Un nouveau conseil de guerre fut tenu le lendemain. Une clameifr s'éleva contre le général CoMnièrc* ; c Pourquoi, lui demanda -t -on, avez-vous laissé arracher l'aigle du drapeau de l'Hôtel de ville?

« — 11 faut le rétablir par la force 1 s’écria le général Frossard.

« — Je ne le ferai que sur un ordre exprès du maréchal, répondit M. Coffinières. »

L’incident n’eut pas de suite. Après avoir entendu le commandant déclarer qu’il ne donnerait plus rien à l’armée A partir du 20 octobre, et après avoir signé le procès-verbal de la séance du 10 octobre, le conseil de guerre se sépara.

l.es pouvoirs du général Napoléon Royer étaient définitivement ratifiés, mais il lui fallait un sauf-conduit des autorités prussiennes, te maréchal s'empressa de le demander, tes relations du quartier général de Bazaine avec celui du prince Frédéric-Charles s’étalent multipliées depuis le milieu de septembre, le commandant de l’armée du Rhin ayant cru devoir se procurer des renseignements auprès du chef de la 2* armée prussienne sur ce qui se passait en France et en Europe. Une voiture, remisée à Moulins-lès-Meta, stationnait au bénéfice des parlementaires allemands, que des officiers de l’état major français étaient chargés de recevoir.

te 11 octobre, cette voiture transporta au Ban-Saint- M art in un officier d'ordonnance du prince Frédéric- Charles, porteur d’une lettre de ce prince, qui exprimait le désir de la remettre en mains propres au maréchal et de lui parler en particulier.

Il apportait un refus de passe, basé sur ee qu'il était indispensable d’en référer au roi de Prusse.

te lendemain, une dépêche télégraphique de Guillaume I ar accordait l’autorisation voulue.

Avant qu’il s'éloignât et prit à la gare d’Ars le train express préparé pour lui, Je général Boyer reçut dti maréchal Bazaine une note ainsi libellée :

t Au moment où la société est menacée par l'altitude qu'a prise un parti violent, et dont les tendances ne sauraient aboutir à une solution que cherchent les bons esprits, le maréchal commandant l'armée du Rhin, s’inspirant du désir qu’il a de sauver son pays et de le sauver de ses propres excès, interroge sa conscience, et se demande si l’armée placée sous ses ordres n'est pas destinée à devenir le palladium de la société.

< La question militaire est jugée; les armées allemandes sont victorieuses, et 8. M. le roi de Prusse ne saurait attacher un grand prix au stérile triomphe qu’il obtiendrait en dissolvant la seule force qui puisse aujourd'hui maîtriser Kanarclnc dans notre malheureux pays, et assurer à la France et à l’Europe un calme doveuu si nécessaire après Ica violentes commotions qui viennent de les agiter.

« L’intervention d’une armée étrangère, même victorieuse, dans les affaires d’un pays aussi impressionnable que la France, dans une capitale aussi nerveuse que Paris, pourrait manquer le but, surexciter outre mesure les esprits, et amener des malheurs incalculables.

a L’action d’une armée française encore toute constituée, ayant un bon moral, et qui, après avoir longtemps combattu l’armée allemande, a la conscience d'avoir su conquérir l’estime de ses adversaires, pèserait d’un poids immense dans les circonstances actuelles. Elle rétablirait l'ordre et protégerait la société, dont les intérêts sont communs avec ceux de l’Europe. Elle donnerait à la Frusse, par l’effet de cette même action, une garantie des gages qu’elle pourrait avoir à réclamer dans le présent; enfin, elle contribuerait à l’avénement d’un pouvoir régulier et légal, avec lequel les relations de toute nature pourraient être reprises sans secousses et naturellement •

Deux officiers de l’état-major du prince Frédéric- Charles. M. de Dieskau, sous-lieutenant au 2* régiment des dragons de la garde, et M. de Rittmcistcr Milron, accompagnèrent le général Boyer, tes trois voyageurs partirent de la gare d’Ars, lo tt octobre à deux heures et demie, par un train spécial. Ils passèrent par Pont-A- Mousson, Frouard, Toul, Bar-le-Duc, Èpernay, Chatcau- Thierry, Nanteuil ; de là M. Boyer fut conduit en voiture, par Meaux et Lagny, jusqu’à Versailles, où, le U octobre, à cinq heures du matin, il descendit rue de Satory avec ses deux compagnons.

On ne l'y laissa communiquer librement avec personne; mais il fut reçu, le jour même, par te comte de Bismark. Le 15, à l'issue du conseil, il obtint une seconde andience. 11 vit le roi Guillaume, non pas en tête à tète, mais au milieu du eonscil privé dont les membres étaient le prince royal de Prusse, son chef d’étatmajor de Blumenthal, le comte de Bismark et le général de Moltke. On trouvera plus loin, dans une communication verbale faite par ordre supérieur aux officiers.

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quelques détails sur culte entrevue. Nous donnerons aussi, à la place indiquée par l'ordre chronologique, l’importante déposition faite par Gambetta, le 7 septembre 1871, devant la commission d’enquête,- sur la mission du général Boyer et les plans de Bazaine.

Une conversation qu’eut ultérieurement, avec M. de Bismark, M. Rameau, maire de Versailles, jette quelques lumières sur les idées qui purent être échangées entre le général Boyer et le chancelier prussien. M. Rameau prit le soin d’écrire, en sortant de l’entrevue, un récit sténographié, pour ainsi dire, qui fut communiqué au conseil municipal de Versailles, consigné au procès-verbal des séances de ce conseil, et publié plus tard, le 2 mai 1872, dans l'Union libérale et démocratique de Seine -et- Oise.

M. Rameau raconte que le chancelier commença, suivant son habitude, par allumer un cigare, et entama ainsi l’entretien :

« Eh bien! Monsieur le maire, nous allons donc passer l'hiver chez vous; j’ai pourtant le plus graud désir de retourner & Berlin.

— Nous n'en sommes assurément pas plus satisfaits que vous, répondit le maire; mais pourquoi celai

— Pas d’élections, pas de pais possible 1 II n'existe • pas en ce moment une personne qui puisse prendre sur elle la responsabilité d’engager la France. Ce n'est ni le comte de Chambord, ni les d'Orléans, ni l'impératrice régente. Et cependant la France veut la paix et l'Allemagne aussi. Nous serous obliges de traiter avec Napoléon III et de vous l’imposer.

— Vous ne le ferez pas!... la Frauce prendrait cela pour une sanglante injure!...

— Cependant il est bien de l'intérêt du vainqueur de laisser le vaincu aux mains d'un pouvoir qui ne pourrait s’appuyer que sur les prétoriens. Il est bien certain alors que le vaincu ne penserait plus à porter la guerre au dehors... C'est incroyable jusqu’à quel point le gouvernement impérial avait poussé la corruption. Connaissez-vous les documents trouvés aux Tuileries?

— Non, monsieur le comte, vous savez que nous sommes au secret depuis plus d’un mois.

— Ces documents .sont très-curieux. Il y a des coryphées du parti démocratique un peu compromis ; il faudra que je fasse paraître cela dans notre petit journal. Pourtant, vous avez tort de croire que Napoléon 111 n'a plus de racines; il a encore pour lui l'armée...

« Sur un signe négatif du maire, M. Hameau, le chancelier continua i

— ... Le général Boyer, envoyé par le maréchal liasaine , est venu pour traiter de la paix , au nom de Napoléon. Si l'on traite , et que nous laissions sortir la garnison de JUets, elle se retirera dans la Gironde, sous rengagement de ne pas combattre pendant trois mois, et attendra les événements. Nous pourrons alors disposer des 200,000 hommes qui sont devant Metz; nous formerons alors sept armées avec lesquelles nous parcour-

rons toute la France, en vivant à scs dépens. Paris comptait sur la province et la province compte sur Paris. C'est une double erreur! Paris a une armée bonne pour défendre une forteresse, mais qui ne saurait tenir la campagne, parce qu'elle n'a ni artillerie, ni cavalerie, qu'en un mot elle manque d'organisation. Quant à la province, depuis que nous sommes allés à Orléans, nous savons & quoi nous en tenir sur l'armée de la Loire : des débris, des tronçons qui ne peuvent pas être reliés entre eux. Les départements commencent à se fatiguer de ce que le pays n’est pas consulté. Au nord, il n’y a guère que Lille où l’esprit guerroyant sc soutienne; mais du coté de Rouen et du Havre, où nous avons envoyé des troupes, l'esprit public n’est pas à la résistance. Dans plusieurs villes, la police se fait à moitié entre nos troupes et les habitants. »

Apres des pourparlers qui restent enveloppés d’obscu- , rite, le général Boyer quitta Versailles le 15, à huit heures du soir. Il était de retour au Bau-Suiiil-Marlin ■ le 17 octobre.

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