‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 48 sur 117 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Miwion du général Appert. -- Poete île pompiers et do «ir- VL'iilanU. — Trièubtion du maréchal à 1 rianon-sous- Hois. — I* qupfUon dos aide» de camp. — L'appartement du maréchal.

Quels travaux étaient accomplis et commencés? quelles dispositions étaient à prendre? C’est ce que le général Appert, commandant la 2 e subdivision militaire de Versailles, fut chargé d'examiner. Il reçut du général de Ladmirault, gouverneur de Paris, l’ordre de prendre la direction supérieure des travaux du Grami-Trianon.

Le général remarque, dès sa première visite, que les constructions en bois annexées au Grand-Trianon étaient pour le palais entier une menace permanente d’incendie; aussi fit-il placer A proximité une pompe desservie par quatre pompiers.

Deui postes de surveillance furent établis à Trianonsous-Bois, l’un dans l'édifice même, l’autre il l'endroit nommé le Fer-A-Cheval . Tous deux furent occupés le 24 septembre, le premier par trente hommes, plus spéoialement destinés à la police du palais qu'à la garde du maréchal; le second, par cinquante hommes du i 13* de ligne, sou» ks ordres d'un capitaine. Des factionnaires furent placés à toutes les Issues, ou dcsscniincs dans le parc.

Le jeudi 25, le maréchal Bazaine fut transféré de i’avenue de Picardie à Trianon-sous-Bois.

•Vers sept heures et demie du soir, sur l'ordre du colonel Luccioni, un coupé qui stationnait depuis quelques instants devant le grand portait, au n° 30 de l’avenue de Picardie, pénétra dans le jardin et s'arrêta au pied du perron de l'habitation.

Le détenu avait eu le temps de mettre en ordre ses effets personnels et ses papiers, qu'une autre voiture attendait. Il monta dans le coupé, accompagné de son aide de camp, le colonel Villette. Auprès d'eux prit place le colonel Luccioni.

Le coupé gagna l’avenue, suivi de près par la voiture de transport, dans laquelle étaient les gens de service. 11 suivit le boulevard de la tiare, sans attirer l'attention, et s'arrêta au perron de Trianon-sons-Bois. Là, les trois personnages qu’il renfermait mirent pied à terre.

Au dernier moment s’était agitée cette question : le colonel Villette sera-t-il autorisé à demeurer avec l’accusé? Serait-ce un droit pour celui-ci cl une tolérance de la part de l'autorité militaire ?

l’n maréchal de France en activité de service, M. Bazaine étant considéré comme tel, avait droit mieux aides de camp; en eficl, au dobut de Fuirai re, il avait auprès-de lui le colonel Villette cl le lieutenant colonel Magnan. Celui-ci sc relira quand l'instruction l’eut classé parmi les témoins à charge. L'autre aide de camp pouvait il rester auprès du maréchal qui subissait la loi commune ?

Sans rien préciser, le parquet avait réservé deux chambres au colonel Villette et y avait fait placer un lit. Ces «leux chambres, situées au premier étage, étaient voisines de l'appartement du maréchal, d’un grand cabinet destiné à M* Lachaud et du logement d'un brigadier, gardien des prisons.

L'appartement du maréchal qui devait être primitivement de trois pièces, avait été réduit à deux.L'ameuhlernent en était extrêmement simple: un lit en acajou, des tables et des chaises en quantité juste suffisante puur le dépôt des pièces du procès et le nombre des personnes qui pourraient pénétrer près du maréchal. Un seul fauteuil fut accorde au prisonnier. D'abord ce fauteuil assez curieux était de fabrication ancienne et recouvert en velours d’Utrecht de couleur rouge. Généralement le velours dit dltrechl était jaune. Il en a bien clé fabriqué de rouge, mais en très-petite quantité*

Ces meubles, ayant des provenances diverses, étaient bien loin de se raccorder comme style; ils tenaient un peu de l’ameublement d’hôtel garni, mais l'ensemble en était cependant confortable.

Le rez-de-chaussée de Trianon-sous-Bois fut réservé au colonel Luccioni, à son second le capitaine Maudliuy et à deux sous-officiers.

Le vendredi 26 septembre, le général Pourcct, le commandant Martin et M. Alla s'installèrent dans le pavillon Madame, avec tout le personnel du greffe et les pièces de la procédure. Le premier soin du pirquetfnt de signifier à l'accusé l'arrêt qui le renvoyait devant le premier conseil de guerre de la l r * division militaire.

En voici la teneur :

AlooVr RK RBJIVOI.

M. Bazaine (François-Achille), maréchal de France, est accusé de s'ètre rendu coupable, le 28 octobre 1870, devant Metz:

i° D’avoir capitulé avec l'ennemi et rendu la place de Metz dont il avait le commandement supérieur, sans avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait et sans avoir fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur;

2° D’avoir, comme commandant en chef de l'armée devant Metz, signe en rase campagne une capitulation qui a eu pour résultat de faire poser les armes à scs troupes ;

3* De n’avoir pas fait, avant de traiter, verbalement et par écrit, tout ce que lui prescrivaient le devoir et l’honneur;

Crimes prévus par les articles 800 et 210 du Code de justice militaire, ainsi conçus:

« article 200. — - Est puni de mort, avec dégradation militaire, tout gouverneur ou commaudatil qui, mis en jugement après avis d'un conseil d'enquête, est reconnu coupable d’avoir capitulé, avec l'ennemi et rendu lu place qui lui était confiée sans avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait et sans avoir fait tout ce que lui prescrivaient le devoir cl l'honneur. »

• article 210. — Tout général, tout commandant d’une troupe armée qui capitule en rase campagne est puni:

« 1° De la peine de mort, avec dégradation militaire, si la capitulation a eu pour résultat de faire poser les armes à sa troupe, ou si, avant de traiter verbalement ou par écrit, il n'a pas fait tout coque lui prescrivaient le devoir et l'honneur ;

« 2° De la destitution dans tous les autres cas. »

En conséquence: M. Bazaine (François-Achille), maréchal de France, est renvoyé devant le l* r conseil do guerre de la 1" division militaire.

On peut remarquer que, dans l’arrêt de renvoi, un des chefs d’accusation, était ainsi formulé: a Avoir ca-

pitulc en rase campagne et rendu la place de Metz, dont il avait le commandement supérieur. •

La place de Metz se trouvant placée, au moment du siège, sous les ordres du général Coffinières, le public se rendait insuffisamment compte des termes employés dans cet arrêt de renvoi.

I.c point est éclairci aujourd’hui par un des correspondants de T Avenir militaire :

a Jusqu'au 26 octobre, explique ce journal spécial, le • général CofTinières de Nordcck fut commandant supérieur de la place de Metz, exerçant son pouvoir à côté de celui du maréchal Bazaine. Ce qui le prouve d'une façon irrécusable, c'est que toutes les communications aux habitants, toutes les mesures relatives spécialement à la ville, sont signées du général Coffinières seul.

• Le 26 octobre, on le sait, eut lieu un conseil de guerre, dans lequel fut prononcé le mot de capitulation ou, plus exactement, de convention.

« A la majorité des membres présents, il fut décidé que le sort de la ville ne serait pas séparé de celui de Tannée, c'est-à-dire que la reddition aurait lieu simultanément.

« Le général CofTinières opposa une vive résistance ; il déclara que la ville ayant encore quelques jours de vivres, devait continuer sa résistance, et il termina panées paroles que je copie textuellement; « Il (le général CofTinières) propose que, vu les circonstances, le maréchal Bazaine use des pouvoirs que lui confère l'article \ sur le service des places. »

« C’est donc l’article 4 du décret du 13 octobre ISO J que nous devons consulter. Eu voici le texte :

« En temps de guerre, dans l’état de siège ou

dans les circonstances extraordinaires, le commandant en chef d’une armée ou d’une portion de territoire peut suspendre de ses fonctions, pour des molife graves et lorsqu’il y a urgence, le commandant d’une place comprise dans le rayon d’action de scs troupe* ou dans l’étendue de son commandement. Il est tenu d’en rendre compte sur-le-champ. »

« Le conseil et le maréchal Bazaine s'étant rangés à l’avis du général Coffinières, ce dernier doit être considéré comme suspendu de ses fonctions de comman • dant de place à partir du 26 octobre.

« Voilà pourquoi le maréchal Bazaine a signé seul la capitulation et pour l’armée et pour la place; voilà pourquoi enfin il est traduit devant le conseil de guerre, au double titre de général d’armée et de commandant de place. »

Le Temps, de mardi 7 octobre, condensait, avec une exactitude que Ton ne saurait trop louer, l’état de la triitâ affaire de Metz, au moment où elle se produisait devant les magistrats compétents.

« Quant à cette triste a (Ta ire de Metz, qui vient, apres d“ si longs délais, chercher son dénoûmcnt devant un

haut tribunal militaire, on sait combien , depuis Toriginç, elle a préoccupé et passionné les esprits.

« Les passions qu’elle a soulevées sont loin d’être éteintes.

8 Elles vont même être ravivées par la grande lutte judiciaire qui s'ouyreen ce moment même. »

Mais, comme le Temps le préjugeait à juste titre, elles allaient être en rfiême temps éclairées par les volumineux documents de l'instruction, par tous le* incidents des débats contradictoires, et le Temps donnait celte seule et unique conclusion, a laquelle les hommes impartiaux puissent se rallier.

« Lorsque les débats de ce cruel épisode de nos désastres auront passé sous les yeux du public, il n’y aura plus de place pour la passion.

« Il n’y en aura que pour la justice l •

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