‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 89 sur 117 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Séance du vendredi 17 octobre,

Le public montre pour cette séance plus d'empressement qu’il n’en a jamais manifesté.

Dès onze heures et demie une foule compacte, munie j et non munie de cartes, assiège les abords du palais du j Graud-Trianon.

Jusqu’à midi et demi, interdiction absolue de laisser entrer qui que ce soit dans la salle. Seuls, les journalistes et quelques privilégiés sont exceptés de cette consigne rigoureuse.

A midi et demi sonnant, bousculade générale, écrasement, étouffement, protestations, clameurs, etc.; enfin le public se case tant bien qde mal — plutôt mal que bien — et nous pouvons distinguer quelques physionomies connues au milieu de cette mer humaine.

Citons au hasard l’amiral Fourichon, Alexandre Dumas, Passy, Hébert, Juurnault, Ducuing, M®* de Troubestkoï, de Pêne, M. Bazaine, frère du maréchal, le comte de Melun, etc.

A une heure précise, le conseil entre en séance.

Le Président. — Commandant Thiriet, faites entrer M. le maréchal.

L’accusé parait au bout de quelques instants ; il est précédé de ses défenseurs et du colonel Villette, qui pose sur la table placée devant le maréchal diverses notes et dossiers.

Le maréchal semble plus ému que dans les audiences précédentes ; il est pâle, ij, salue le conseil, ôte scs gants et s’assied.

Son siège est toujours disposé do la même façon, c’est-à-dire le dos tourné au public.

On a beaucoup de peine à établir le silence.

Le capitaine de Chasseloup-Laubatet autres témoins défaillant^ se présentent à la barre du coiiseil.

M. i e Président : Je vais vous demander, monsieur le maréchal; quelles tentatives vous avez faites pour vous mettre en communication avec le gouvernement de la défense nationale.

Vous avez adressé au ministre de la guerre, le 13 septembre, une dépêche dont je vais faire donner lecture.

Voici cette dépêche :

Il est urgent pour l'armée de savoir ce qui au pa*se à Paris et en France. Nous n’awins aucune communication avec l'extérieur, et lus bruits lus plus étranges sont répandus par les prisonniers que nous a rendus l’ennemi, qui en propage également de nature alarmante. Il est important pour nous de recevoir des instructions et des nouvelles. Nous sommes entourés par des forces considérables, que nous avons vainement essayé de percer après deux combats Infructueux, le 31 août elle l ,r septembre.

D. Lorsque vous avez écrit celte dépêche, vous connaissiez l’existence du gouvernement de la défense nationale? — R. J’avais déjà fait partir un émissaire le 12.

D. Ainsi vous avez essayé de faire parvenir d’autres émissaires pour donner des nouvelles plus précises. Vous ignorez si ces divers agents sont parvenus à accomplir leur mission ; mais ce que nous savons, c'est qu’il est question de la réception d’une de vos dépêches parcelle pièce que nous retrouvons dans l’instruction et dans laquelle il est dit qu’on a reçu de vos nouvelles et qu’il est urgent qu’on sache à Metz ce qui s’est passé dans

la capitale. Ce sont les deux seules dépêches que nous ayons trouvées.

Le 24 septembre, vous aviez un moyen de communication qui s'offrait à vous. Avez-vous prescrit au général Bourbaki de faire parvenir ou d’essayer de faire parvenir de vos nouvelles au gouvernement de ta défense nationale? — R. Non, monsieur le président. Du reste, il faut' bien établir la double situation dans lequelle nous nous trouvions. Assurément, nous restions l’armée du pays, dévouée avant tout au pays, et je n’avais pas besoin de dire au général de donner de nos nouvelles; mais du moment qu’il allait en Angleterre, qu'il se rendait près de l'impératrice, je ne pouvais lui donner une mission officielle pour le gouvernement de la défense nationale, qui n’était pas le gouvernement légal. Je ne pouvais rien prescrire au point de vue politique; le gouvernement légal était celui de la régence.

D. Il ne s’agit pas de relations politiques avec le gouvernement de la défense nationale, mais il fallait lui faire parvenir des renseignements d'ordre militaire et l’informer de la situation de Metz et de l’armée. Avez-vous prescrit au général Bourbaki quelque chose à cet égard? — R. Non, monsieur le président; mais je crois que cela a été fait plus tard. C’était au général Bourbaki à voir ce qu’il convenait de faire après sa conférence à Hastings.

D. Je vous ai fait cette question, car il est évident que le général arrivant en Angleterre le 24, le 25 ou le 26, les renseignements, en parvenant plus tôt au gouvernement de la défense nationale, eussent eu plus d'importance que s’ils étaient transmis le G ou le 8 octobre seulement. Lorsque vous avez acquiescé, par votre silence, au départ du général Bourbaki, n’ayiez-vous pas la pensée qu’il reviendrait bientôt? C’est alors que je vous demandai si, dans cette pensée, voua ne lui aviez pas prescrit de sc mettre en communication avec le gouvernement de la défense nationale, afin de vous rapporter des nouvelles exactes et de pouvoir ainsi coordonner vos opérations avec celles qui avaient lieu dans l’intérieur du pays. — R. Il était difficile de prescrire au général Bourbaki ça et ça. Il devait savoir ce qu’il y avait à faire et je croyais n’avoir rien à lui dire sous ce rapport.

D. Quelle communication avez-vous reçue du gouvernement de la défense nationale? — R. Aucune.

D. Avez-vous reçu un certain nombre do dépêches, entre autres celle du colonel Tumier, du 30? — R. Non, monsieur le président.

M. le Président : Le conseil entendra les témoins sur ce point.

D. Dans votre ordre du 16 octobre, vous avez defini le gouvernement de la défense nationale comme un pouvoir exécutif? — R. C'est vrai, mais les choses ont rapidement changé.

D. N'avcz-vous pas su que le gouvernement avait

Le maréchal Baraioe donne ordre de faire rentrer la farde.

rendu, le 8 septembre, un décret ,par lequel il convoquait les collèges électoraux? Le Courrier de Ui Muselle l'annonçait le 17. — * R. Je ne me le rappelle pas.

D. N’est-ce pas par le retour du général Boyer que vous avez connu les divers décrets qui ont ajourne les élections? — R. Je ne crois pas qu'il ait apporté ces nouvelles. Je n’en ai pas souvenir.

En rapprochant la date du premier décret, celle du R, de la date du retour du général Boyer, j’avais été amené à penser que vous pouviez croire alors à la réunion d’une Assemblée nationale. — R. Si cela eût été, nous nous serions mis immédiatement à sa disposition.

D. Vous avez'dù être dans cette pensée si vous n’avez pas eu connaissance des décrets d’ajournement — R. Nous avions' presque tous les jours des journaux allemands; nous savions à peu près par eux ce qui se passait, sans cependant ajouter une grande foi à leurs récits.

R. Alors vous aviez des nouvelles sur les efforts iium. — 3*

qu’on tentait à Paris et dans les départements. — R. Quant à cela, ils n’en parlaient pas.

D. l.cs vieilles prescriptions du réglement sur les villes assiégées , les anciennes traditions que vous n'ignorez pas sans doute, expriment avec une véritable éloquence les devoirs en pareille circonstance, et les efforts qu’on faisait alors étaient conformes à ces prescriptions. — R. Nous pensions qu’ils faisaient des efforts, mais je n’avais A cet égard aucun renseignement officiel.

D. Vous n’aviez pas connaissance des efforts du gouvernement pour assurer votre ravitaillement? — Non, monsieur le président.

D. Le gouvernement de la défense vous a envoyé plusieurs agents ; sont-ils. arrivés jusqu’à vous? — R. Non, monsieur le président.

D. Vous n’avez pas eu connaissance de la venue du sieur Risse. — R. Non, monsieur le président.

D. Le 2 octobre, n’auricz-vous pas parlé à un de vos V 3

officiers dos grands approvisionnements que vous supposiez à Thiou ville et de votre intention d’aller les chercher? — H. Je ne me rappelle pas de la date, je crois cependant me souvenir de ce fait d'avoir manifesté l'intention de marcher sur Thionville, mais non pas pour m’y ravitailler.

D. Vous ne vous souvenez pas, vers le 3 octobre, d'avoir fait avertir l'agent Flahaut de dire au colonel Turnicr que vous marcheriez vers Thionville pour vous y ravitailler? — H. U est possible que j’àie fait part de mou intention de marcher sur Thionville, mais je n’ai pas employé le mot ravitailler .

D. N 'avez-vous pas, le 28 septembre, donné au sousintendant Gafliant des instructions d'où il résulterait que vous vous teniez prêt à vous mettre en marche les premiers jours d’octobre? — H. Oui, monsieur le président; mais ce n'était pas dans la pensée d'aller chercher des vivres.

1). Gomment pouviez-vous concilier le projet de mettre l’armée en marche avec la possibilité de la défendre, exposée qu’elle se serait trouvée à des feux concentrés, et avec cette assertion souvent répétée, qu’après la capitulation do Sedan vous aviez jugé que toute sortie était impossible et que l’armée se serait débandée au premier jour? — R. Je voulais partir. J'avais tléjà exprimé cette opinion. Quant h l’opinion que j’ai émise, quant h la théorie générale sur la sortie de v l'armée, c’est une théorie que j’ai émise après; elle ne me liait pas les mains, et je pouvais avoir l’idce de sortir.

I). Ainsi, lorsque vous parliez à cette époque, dans les derniers jours de septembre et dans les premiers jours d'octobre, de vos intentions de mettre l'armée en route, il n'entrait pas dans votfre esprit que ce mouvement rencontrerait des obstacles de la part de l'ennemi?— R. Si, monsieur («‘président.

D. N’avez-vous jamais rien su des négociations engagées à Ferrières? — R. Non, monsieur le président; nous avons connu le vojage de M. Jules Favre, mais, quant aux détails de ce voyage, je ne me rappelle pas en avoir eu connaissance.

D. En somme, vous aviez les indications de tentatives faites sous des formes diverses de négociations dont la paix aurait pu être la conséquence. Vous ne deviez pas ignorer que le plus sûr moyen d’assurer les négociations était de prolonger la résistance et que c’était aussi le moyen le plus sur de les faire réussir. Vous deviez donc agir dans cette pensée, car c’est pour cela que l’on recommande l’audace et la plus grande ténacité aux commandants de place. — R. Le général Cofllniores prenait toutes les dispositions nécessaires et eu conformité du règlement. J’ai aussi donné des ordres.

D. Oui, il y a eu des combats partiels, mais y a-t-il eu des démonstrations assez significatives et dénotant une assez grande vigueur pour faire voir ce dont l’armée

du Rhin était encore capable, et de manière à produire j une impression sur l’ennemi et à ne laisser aucun doute dans l’armée sur la résolution de son chef? —

R. 11 m'était diltlcile de faire des actions décisives.

Les Allemands perdaient 200, 300 hommes; cela leur était indifférent ; ils en recevaient le lendemain le double. Mais, pour nous, les pertes étaient bien plus graves, et je devais ménager mes troupes, conformément, du reste; aux règlements. Si la paix avait été faite, la France aurait eu, grâce à moi, une excellente année j toute prête et entière.

D. Mais l'inaction dans laquelle vous teniez votre armée devait nuire aux négociations. Vous deviez penser, ce me semble, - que le plus ferme appui d’une négociation n’est pas l’inaction, mais l’énergie. — R. Je ne pouvais pas agir différemment que je l’ai fait. Je ne savais pas qu'on négociait.

R. Vous-même, voué vous prépariez à négocier. —

U. Oui, mais si, à la veille de négocier, j’avais perdu dans un grand combat un tiers ou un quart (Se mon | armé*, le résultat eût été plus grave.

I). Quand on considère ce qui a été fait autour de Metz avec l'armée dont vous disposiez, on se demande si vous avez hien fait tout ce qui pouvait être accompli ou tenté. — R. Il fallait donner le temps nécessaire pour l'organisation dos armées à l’intérieur; je ne pouvais rien entreprendre qui aurait pu compromettre la situation.

D. Le 29 septembre 1870, n’avez- vous pas reçu un télégramme au sujet de l'acceptation dos conditions proposées par M. Régnier, à la suite duquel vous avez répondu au général Sticlilc? L’original de cette lettre est & Berlin, et vous en avez inséré les termes dans votre ouvrage ayant pour titre : l’Armée du Rhin. Quelles explications donniez-vous au sujet d’une capitulation ? Comment l’entendiez- vous ? — R. J’ai répondu que la seule capitulation dcceptable serait une capitulation avec les honneurs de la guerre. Mon but était de sortir.

I). Votre but était de sortir, mais après? Les honneurs de la guerre sont une expression qui n’a été définie nulle part, mais on sait que ce sont certaines concessions honorables qui n’impliquent pas toutefois la conservation des armes. — R. Mon principal but était d’avoir des nouvelles du général Bourbaki pour savoir ensuite ce qu’il y aurait à faire.

D. Vous ne doutiez pas que la pensée de M. de Bismark fût « la reddition de l’armée qui se trouvait devant Metz. » Ce sont les propres mots dont s’est servi M. de Bismark dans sa dépêche. Lorsque vous avez répondu à cette dépêche, n’avez-vous pas été frappé de ce qu’il y avait de grave à entretenir ces relations? —

R. Je n’ai pas songé à ce qu’il pouvait y avoir de grave. C'est un piège que je lui tendais, et une fois que j’aurais été dehors j'aurais pu agir d’une tout autre manière.

D. Les tenues de votre lettre s'appliquaient à une capitulation avec les honneurs de ia guerre. Vous ne pouviez alors songer à pouvoir sortir avec 120,000 combattants, et vous ne pouviez croire que ce fussent les seules conditions qui vous auraient été imposées comme le prix, de la capitulation de Metz. Vous tendiez unqriége, dites-vous 7 Je l’admets. Votre idée était alors do faire une convention? Vous croyiez donc avoir le droit de traiter avec l'ennemi? — R. Je me suis toujours cru le droit d'être utile A mon pays, comme je l'entendais dans le moment surtout où je pouvais compter avec ma conscience, car i! n'y avait plus de gouvernement légal,

D. Ainsi, comme chef d’armée, vous vous considériez comme ayant le droit de faire un'c convention militaire?— R. Les situations étaient changées; il n’v avait plus de gouvernement; j étais mon propre gouvernement; je n'étais, je le répète, dirigé par personne, j'étais dirigée par ma conscience.

L). Vous ne pensiez pas que votre situation militaire vous tenait à certains règlements? —R. Oui. quand on relève d'un pouvoir légal.

I). Mais la Franc b existait toujours I Pensiez-vous qu'avec une convention militaire vous auriez obtenu la neutralisation d'un nombre égal d'ennemis à celui de votre armée? — R. C’est probable.

D. Mais avez- vous songé que cette année comprenait les derniers cadres restants? — R. Oui, mais ces cadres étaient fort ébranlés.

D. En tout cas, ils valaient mieux que des cadres improvisés. Encore uuc fois, quels pouvaient être les termes de cette convention? N'avcz-vous pas dit à Régnier que vous demandiez à sortir avec les honneurs de la guerre, sauf à vous retirer ensuite sur un terrain neutre? — R. Mes souvenirs sur ce point ne sont pas très-préciâ, mais j’ai dû parler dans ce sens. En outre, j'attendais des instructions de la régence.

D. Vos conversations avec Régnier indiquaient que votre année prendrait une position neutre. — R. Nous n’aurions pas neutralisé l’armée de manière à tomber sur nos camarades ; je n’ai pas compris ainsi la neutralisation.

I). Vous dites à Régnier : Si nous sortons avec armes et bagages, nous maintiendrons l'ordre à l'intérieur et nous ferons respecter les clauses de la convention. Dès lors que Régnier pouvait transmettre vos paroles, ne devait-on pas en conclure que votre armée pouvait s'opposer à une armée française qui avait des idées autres que celles de la convention? N'auriez-vous pas combattu cette armée? — H. Jamais de la vie uous n'aurions fait une chose pareille.

D. Mais ne pouviez- voua pas prévoir que l'ennemi pourrait en tirer cette conclusion? — R. Un armistice général était sous-entendu dans ma pensée.

D. Ce sous-entendu est possible dans votre pensée, mais ne croyez-vous pas qtte l’ennemi pouvait ne pas

entrer dans ce sous-entendu? — Je ne prenais pas M. Régnier au sérieux.

D. Mais ne vous êtes-vous pas rendu compte de la nature des engagements que vous avez peut-être pris trop facilement et jusqu'où ces engagements pouvaient vous conduire? — R. Je n’avais qu’un but, c était de savoir si le gouvernement de la régence pouvait traiter avec le gouvernement allemand. Je n’avais pas, quant à moi, la moindre envie de traiter personnellement. Je voulais savoir quel était le résultat de la mission du général Bourbaki.

1). En prenant cet engagement, qui résultait de la convention dont vous semblcz parler, n’avcz-vous pas réfléchi qu’il était possible de croire que votre admirable armée s'opposerait au besoin aux armées improvisées qui n'auraient pas accepté cette convention? Je comprends très-bien que vous repoussiez cette éventualité, mais elle pouvait se produire. Vous disiez que les intérêts de la société étaient attachés à la conservation de votre armée. C’était là un intérêt d'ordre commun à toute l'Europe. C’était même pour la Prusse une garantie. Ne craigniez-vous pas que l’éventualité que vous repoussiez ne fut comprise ainsi par l’ennemi? — R. Non, je comptais sur un armistice général : telle a toujours été ma pensée. J’ai été très-loyal daus toutes mes démarches, qui avaient pour but d'arrêter avant tout la guerre.

D. Telle était votre pensée, dites-vous; mais je suis obligé de m’en tenir aux termes mêmes des documents. Sur ce, nous allons suspendre l’interrogatoire.

La séance est suspendue à deux heures un quart et reprise à deux heures trois quarts.

M. le Président : Vous n’avez pas reçu de nouvelles du général Bourbaki ni de Régnier? — R. Non, monsieur le président.

I). Vous avez dû renoncer alors à l'idée de la convention militaire que vous vouliez conclure. Ijc 7 octobre, le général Colfinicres vous a adressé la lettre suivante :

J b doi* informor Votre Excellence de U situation de* ressource* en vivres de la ville de Mets et de* magasins de la place.

Lus autorité* civiles inc déclarent qu’elles n’ont du blé que [tour dix jours.

Le* magasin* de la place ne renferment plu*, depuis ce malin, que 832,470 ration» de pain; or, le nombre de* rationnai re* étant de iütf.000, uou* u'avons plu* de pain que pour cinq jour*.

Si .Votre Excellence jugeait & propos de réduire la ration de pain à 300 grammes, nous pourriun» vivre encore Luit jour.-, en portant (Tailleur* la ration de viunde à 1,000 gramme* Je tui» forcé, à mou grand regret, de mettre en consommation la réserve de* forts.

Il tout ajouter que la ville consomme environ 350 quintaux par jour. La fusion de scs ressources avec les nôtres pourrait tout au plu* faire gagner un jour. Le 3* corp* possède environ 2&0 quintaux de farine.

A la suite de la réception de cette lettre, vous en avez adressé une autre aux chefs de corps. Il va en être donné lecture.

(Nous l'avons publiée dans Bazaine et la capitulation de Metz, page 23.)

M. le président fait ensuite donner lecture des réponses des commandants et chefs de corps, envoyées au maréchal Baiaine à la suite de l’expédition de ta lettre qui précédé.

Voici le résumé de cette longue correspondance :

Le maréchal Le Bœuf, commandant le J* corps d'armée, constatait, dans le rapport qu'il adressait au maréchal lia- «aine, que, si les soldats n’avalent pas encore souffert, les privations allaient commencer pour eux, et que la slluaiion ne tarderait pas à devenir grave. La cavalerie allait disparaître, l'artillerie était déjà réduite i ne plus atteler se* parcs. » Telle est la vérité sur la situation présente de l'armée, ajoutait le maréchal. Quoi qu'il en soit, en sommes-nous réduits à ne plus engager d'action sérieuse? Nous ne le pensons pas, et hous croyons qu'en concentrant nos efforts sur une même partie des lignes ennemies nous ai on* des chances pour obtenir un succès qui (tourrall sauvegarder l’honneur du drapeau, s’il ne peut l'être autrement, d’une manière honorable et hautement avantageuse au pays. L’on ne se dissimule pas cependant les difficultés de celle entreprise, en présence d'un ennemi fort de sa supériorité numérique et plus vigilant que Jamais.

« Les généraux du 3 e corps et mol noua sommes d'avis que l’on doit cependant tenter encore la fortune des armes; le moral des officiers et celui des soldais sont à la hauteur des circonstances, et l'on peut demander à l’armée un nouvel et grand effort en lui présentant un objectif bien défini pour celle lutte décisive. Quel serait cel objectif? Au général en chcl en appartient la décision. Il peut être assuré que nous mettrons tout notre dévouement & réaliser sa pensée. ■

« La discipline est bonne, la voix des officier* est écoutée, leur exemple peut exciter le courage et le dévouement, écrivait le général de Loduürault, commandant h; 4* corps d’urtnéc. Les corps d’infanterie pourraient encore répondre à un grand rfforl qui leur serait demandé ; mais à rélé de l'Infanterie, bien dns éléments disparaissent chaque jour et vont bientôt mamfhcr. a]

Le général, après avoir rappelé que les chevaux de la cavalerie, de l’artillerie el de l'administration, insuffisamment nourrit, avaient perdu leurs forces et leur vigueur, ajoutait: « il ne reste d'as-cz solide que l'infanterie... mais elle est seule et privée des sppuis qui lui sont indispensables dans les combats. Sans parcs à sa suite, elle ne pourrait renouveler scs munitions, qu'elle épuise si rapidement ; ses hommes, soumis à une nourriture réduite, ne pourraient plus fournir decee marches rapides qui mettent de grandes distances entresol cl l'ennemi... Quoi qu'il en soit, Voire Excellence peut être assurée de trouver parmi le* troupes du 4* corps d’armée le plus énergique dévouement pour (enter d’accomplir les résolutions suprêmes qu’elle jugera convenable de prendre, a

Le général Desvaux , commandant la garde Impériale, exprima l’opinion que toute tentative pour s’ouvrir un chemin à travers l’armée ennemie, déjà essayée sans succès, élalt moins réalisable que jamais avec une cavalerie el une artillerie devenues impuissantes. » Prolonger jusqu’aux dernières limites possibles ls défense de Mets ; quand les vivres approcheraient de leur fin, chercher à connaître les conditions que l'ennemi voudrait imposer, et, si l’honneur de l’armée devait en souffrir, sortir en combattant, tel était, suivant le commandant de la garde, le r6le qui s’imposait à l’armée. *

Le maréchal Canrobert, commandant le G* corps d'armée, faisait connaître que ses généraux de division, vu les forces supérieures de l'ennemi, vu les tentatives infructueuses faites pour franchir les lignes, vu la destruction presque totale des chevaux d'artillerie et de cavalerie, vu l'épuisement complet des vivres, pensaient qu'il y avait Heu de traiter « pour obtenir une convention honorable, c'est-à-dire de partir avec armes et bagages, sous la condition de ne pas servir contre l’Allemagne pendant un temps qui n'excéderait pas un an. Dans le cas où les conditions imposées par l'ennemi ne sau-

raient être acceptées par des gens d’honneur, ils étaient résolus a traverser les lignes ennemies coûte que coûte.

Le maréchal, après tvoir donné sur cette déclaration son appréciation personnelle et motivée, demandait qu'on ne tentât aucune démarche auprès de l’ennemi pour obtenir une convention honorable, tant qu’on aurait des vivres et qu’on pourrail, par suite, prolonger la résistance.

Le général Cnffinières, après avoir rappelé vjue l'armée n'avait de vivres que jusqu'au 16 octobre, el la place jusqu'au 20, faisait observer que l'année, parvint-elle à franchir les lignes, lancée au milieu des forces ennemies qui l'entouraient de toutes parts à grande distance, sans vivres, sans artillerie, sans cavalerie, sans objectif déterminé el surtout sans ligne d’opérations, serait une armée perdue. Il exposait que, d'un autre cûlé, la ville, après le départ de l'année, n'aurait de vivres que pour huit ou dix jours à peu près ; qu'elle serait forcée de sc rendre, le pays environnant étant d'ailleurs trop épuisé pour qu’il fût possible, ainsi que la croyaient quelques personnes, de s’y procurer des vivres au moyen de sorties lointaines.

Cependant il ne croyait paa devoir passer sous silence une opinion qui prenait sa source dan» des sentiments militaires fort respectables. Il semblait impossible » quelques hommes de cœur d’entrer en arrangement avec l’ennemi avant d’avoir tenté un suprême effort et d’avoir livré un grand combat...

Quelle qu'< n fût l’Issue, on -succomberait avec honneur.

Dapiès le général Frossard’, [commanda lit le 2* corps d’armée, il n’y avait que deux partis à prendre pour faire sortir tannée de la situation où elle se trouvait : chercher à s’ouvrir un passage les armes à la main, on conclure avec le chef de l’armée ennemie une convention qui lui permit de sortir constituée et eu armes, sous la condition do ne pas prendre pari à la guerre pendant un certain temps. Le générât croyait à la possibilité du succès pour une première journée, mais, dans la seconde journée, l’ennemi aurait eu le temps de se concentrer, les difficultés deviendraient grandes, peut-être insurmontables; pci sonne ne pouvait répondre du succès dans cette seconde phase de la lutte; on serait peutêtre exposé, Siti* combats nouveaux, à la dispersion ou à la destruction de l’armée.. Si le second jour on avait encore l’avantage, un désastre élall assuré pour le troisième avec des attelages qui, faille de nourriture, ne pourraient traîner l'artillerie.

a Quant à la place de Metz, ajoutait le général, l'insuffisance de ses défenses du côté de Monligny est telle, que cette place, au dire des officiers compétents, ne pourrait tenir au delà de huit jours après qu’elle aurait perdu l'appui de l'armée. »

Ainsi donc, dans InJ première hypothèse, perte possible de l'armée et chute de Mets huit jour* après.

Dans l’hypothèse du deuxième parti, consistant à conclure avec l'ennemi une convention qui permette à l’armée de sortir du blocus, la durée de ta résistance de Metz ne serait pas prolongée; mais, par l'effet de cette convention qui serait une capitulation honorable, t'armée a ta faculté de partir avec armes et bagages. Elle demeure debout, entière, organisée el prête i être portée sur les points où la nécessité de sauvegarder l'ordre social nécessiterait ton intervention.

Le général Frossard, d'gecord avec scs généraux de division, conseillait de suivre ce second parti, et lo plus tôt possible, pour que les soldais ne fussent pus découragés par la famine, pour qu’on pût laisser quelques vivres à la place de Mets, et qu’il restât encore quelques chevaux susceptibles d'atteler l'artillerie que l’on emmènerait.

En résumé : le maréchal Le Bœuf est d'avis qu’il faut combattre.

Le général 'de Ladnilrault déclare que son corps est prêt à exécuter les résolutions suprêmes' que prendra le maréchal.

Selon le maréchal Canrobert et le général Desvaux, toute tentative de sortie est inutile -, Il n’y a plus qu’à prolonger la résistance jusqu’à épuisement des vivres; et si les conditions de la capitulation ne dounenl .pas satisfaction aux sentiments d'honneur de l'armée, sortir en combattant.

Le général Cofflnières considère le départ de l’armée comme funeste, les ravitaillements lointains étant impossibles.

Sans ouvrir un avis énergique cornent: le maréchal Le Bœuf, Il expose qu'il semble impossible à quelques s de eurur d'enirer en arrangement avec l' ennemi avant d'avoir tenté un vigoureux clTorl.

Quant au général Frossard, il cal tl'uvis de négocier, et •ans retard, pour conserver l'armée organisée cl prête k être portée sur les pointa où la nécessité de sauvegarder l’ordre social pourrait exiger son intervention.

M. le Président, après cette lecture : Vous n’atez parlé À vos chefs de corps ni du voyage Régnier, ni du départ du général Bourbaki, ni de vos pourparlers avec l’ennemi. Ils ne vous auraient pas proposé de négociations s’ils avaient su que des propositions dans le même sens avaient déjà été repoussées. — R. Us étaient au courant de ce qui s’était passé avec Régnier; ils connaissaient aussi le départ du général Bourbaki; il n'y avait rien eu, du reste, de sérieux avec Régnier, il n’y avait eu que des pourparlers au sujet d'une convention militaire. Le général Frossard, par exemple, était parfaitement au courant de l’arrivéç de Régnier et du départ du général Bourbaki.

D. Je ne dis pas le contraire. Cependant, s’ils avaient etc parfaitement renseignés, ils auraient su qu’il n'y avait plus de chance d’une convention. Si vous lie pouviez plus compter sur une convention militaire, pourquoi ne pas l'avoir dit? — R. Comme je n'avais rien fait d'officiel, je n'ai pas voulu leur dire que j’avais échoué.

D. Le lendemain, vous avez publié dans les journaux de Metz un communiqué qui disait: «Quoi qu’il arrive, nous ne devons nous inspirer que d’un sentiment, l'amour du pays, n'avoir qu'un but: la défense de la patrie, qu'un cri : Vive la France 1 » Tous vos actes ontils été inspirés par des sentiments aussi honorables, ou un autre sentiment ne s'est-il pas mêlé aux motifs qui vous ont fait agir T — K. Dans tous mes actes, je ne me suis inspiré que de l'amour du pays, et je n’ai eu en vue que l'honneur de l'armée.

D. Quand vous avez envoyé le général Boyer à Versailles, n’aviez-vous pas en vue une convention politique plutôt que militaire? — R. Oh I non.

D. Vous avez expédié le général Boyer à Versailles et vous lui avez donné des instructions. Ne trouvezvous pas que ces instructions étaient en désaccord avec les résolutions de votre conseil de guerre, dont je rappelle le texte :

Il est donc convenu et arrêté ;

1° Que l'on tiendra sous Me U le plus longtemps possible ;

‘ 2“ Que l’on ne fera pas d'opérations autour do la place,

le but k atteindre étant presque Improbable ;

S* Que de* pourparlers seront engagés avec l'ennemi dans un délai qui ne dépassera pas quarante-huit heures, afin de conclure une convention militaire , honorable et acceptable pour tous;

4° Que , dans le ras où l'ennemi voudrait imposer des conditions incompatibles avec notre honneur et le senlimcht du devoir militaire, oct tentera de se frayer un passage les armes à la maio.

Le général Boyer ne voua a-t-il pas dit, en effet, que

l'autorité allemande ne voulait accorder que les conditions de Sedan ? — R. Je ne ine rappelle pas cela.

D- 11 en déposera. — R. 11 en aura probablement parlé au conseil.

D. C'était un indice assez grave des dispositions de l'ennemi pour que vous en eussiez pris note. Le 18, un'e conférence eut lieu. En voici les conclusions :

En conséquence, le général Boyer se rendra à Hasling*, pour voir s'il est possible d’obtenir une convention dans le rens indiqué plus haut, mai* il la condition que nul traité ne devra être signé ni convenu par le commandant en chef de l'armée.

Il devra également exposer la situation de l'armée i l'impératrice, et, s’il n'est point possible d'arriver à la solution désirable, il sollicitera de S, M. une lettre par laquelle elle délie Par tuée de auu serment à l'empereur et lui rend sa liberté d'action.

Le général est parti pour Londres le 10. Qu’espériczvouade ce jroyage?

Le Maréchal. — J’espérais que l'impératrice obtiendrait des conditions plus favorables pour notre armée. C'était, du reste, également l avis du général Changarnier. Il en déposera.

M. le Président. — Nous l’entendrons. Voici, d'après le général Boyer, les conditions imposées par M. de Bismark :

1* AfOrtuer la fidélité de l'armée du Rhin au gouvernement de la régente j

2« Provoquer de l'armée une manifestation témoignant qu’elle était décidée à suivre l'impératrice ;

3° Obtenir de l'impératrice la signature des préliminaires de paix. ,

Cela n'avait aucune relation avec les Solutions du conseil qui ont dû dicter vos instructions données au général Boyer. — U. Nous n'avions pas à affirmer le gouvernement de la régence; notre serment restait intact.

D. Soit, mais je répète qu’après les déclarations de M. de Bismark, vous ne pouviez pas espérer que l’impératrice obtiendrait de l’ennemi une convention militaire. — R. Parfaitement.

D. Soit ; mais à côté de cet espoir, qui ne pouvait être qu'une lueur, n’aviez-vous pas l’idée de demander à l’impératrice de relever l'armée de son serment de fidélité ? — R. C’était un sentiment d'honneur dt? notre part.

D. Le serment verbal, le germent militaire avait cessé d'ètre demandé depuis 184*. IVepuis 1854, les officiers signaient une formule de serment écrite. L’obéissance aux lois u’était pas spécialement mentionnée, mais elle était implicitement comprise dans ces mots: « Je jure obéissance à la Constitution... —

R. Et fidélité à l’empereur. »

D. J'allais le dire. Eh bien ! monsieur le maréchal, dans la situation où vous étiez, lorsque vous pensiez à vous faire relever de votre serment de fidélité à l'empereur, vous vous trouviez en rapport avec un autre

gouvernement; ne pensiez-vous pas que vous étiez tenu d’obéir à la Constitution et de faire, par conséquent, respecter les lois de l’État ? — B. Je les aurais fait observer. Je n'aurais rien fait sans consulter le pays, ce n’était qu'un commencement de négociations.

I). Avez-vous mesuré toute l’étendue de la responsabilité que vous assumiez? — R. Monsieur le Président, je croyais, en agissant ainsi, être plus utile à mon pays. Ce que j'ai fait, je l’ai fait consciencieusement et loyalement. La situation était changée, mais jamais je n'aurais pris sur moi d'agir ainsi sous un gouvernement régulier.

D. Après le retour du général Bayer, je vous demanderai s’il vous était resté une lueur d’espoir d'obtenir du gouvernement allemand un arrangement de nature à laisser à l’armée scs arme» ? — B. Le général Boyer avait la ferme conviction qu'on pouvait traiter de la paix.

D. Ignoriez vous la réserve imposée par les règlements en matière de rapports avec l'ennemi? — B. A une situation exceptionnelle on ne saurait appliquer les règles ordinaires.

D. Mais ne pensez-vous pas qu’en tout temps la stricte exécution des lois et des règlements soit ht meilleure ligne de conduite h suivre? — B. Sans doute, mais le pays était en insurrection, et la situation avait un caractère extraordinaire.

D. Le serment à la Constitution n’impliquait-il pas la stricte obéissance aux lois, sans préjudice de votre germent à l'empereur ? Considérez-vous d'ailleurs qu’un article quelconque de la Constitution de l’empire donnât à un généraUT armée le droit, le pouvoir, d'engager la négociation ébauchée avec Bcgnier, et dont les termes se sont trouvés posés dans une lettre destinée à passer sous les yeux de M. de Bismark? -- R. Je ne le croyais pas. La preuve, c’est que nous ne voulions capituler qu’après avoir épuisé notre dernier morceau de pain.

La suite des débats est renvoyée au lendemain samedi, 18 octobre.

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