‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 88 sur 117 · II. J’ai reçu, il est vrai, cette dépêche le · texte numérisé non relu

II. J’ai reçu, il est vrai, cette dépêche le

I). C’est celle dépêche qui vous a décidé à donner des ordres pour préparer une nouvelle marche en avant, c’est-à-dire pour reprendre, le lendemain 30, l’opération projetée le 20 7 — R. Oui, monsieur le president.

D. Ne songiez-vous pas à donner éventuellement telle ou telle direction à votre armée lorsque vous faisiez demander au .général Soleillc des renseignements sur les ressources qu’il pouvait y avoir à Thionvillc et àToul? — R. Je devais, eu tout cas, considérer ce renseignement comme nécessaire.

D. Vous aviez donc la pensée d’un mbuvement.

Pourquoi plus tard ce retour sous Metz? Et ne pensiezvous pas aussi que ces ordres de mise en mouvement, puis de retraite, épuisaient les ressources? — R. Non, monsieur le président, si l'on avait bien exécuté mes ordres, car j’en avais donné de très-sévères à l'égard des distributions ?

D. Ce môme jour 30, la dépêche du maréchal de Mac-Mahon du 22 vous est parvenue par Verdun. Le porteur ne vous a-t-il pas donné des renseignements sur les mouvements de l'armée ennemie, rensêignements qui n’étaient sans doute pas corrects dans les détails, mais qui, dans l’ensemble, pouvaient vous donner une idée frappante de l’activité des opérations autant de l'armée du maréchal de Mac-Mahon que de l'armée ennemie, en même temps qu’un tableau saisissant des périls de la situation ? — II. Je ne me rappelle pas des détails qui ont pu m’ètre donnés sur les mouvements des troupes de l’ennemi. Du reste, je n’attachais pas une grande importance à ces renseignements. Je crois me souvenir seulement que le porteur de la dépêche se trompait dans certaines indications.

I). Après la réception de cette dépêche, ayant déjà réuni vos lieutenants Je 26, ne les avez-vous pas appelés de nouveau au conseil, mais cette fois avec une certaine solennité? Pourquoi alors n'avez-vous pas jugé digne de leur faire part de la dépêche du général Ducrot et du maréchal de Mac-Mahon ? — R. J’ai donne connaissance de ces dépêches le 31 ; elles ont passé entre les mains de ces messieurs. La réunion a eu lieu sur le terrain.

D, C’est lorsque vous avez mis l'armée en mouve-

ment que vous avez fait cette communication ?— R. Oui, monsieur le président.

D. Pourquoi ce mouvement n'a-t-il été que la répétition du mouvement effectué le 26? — R. Parce que les troupes connaissaient le terrain, ainsi que les olïlciers, et qu’il y avait avantage à poursuivre la même voie.

D. Le mouvement offensif n'a commencé qu’entre quatre et cinq heures. N’était-cc pas un peu tardif? — R. Je ne le pensais pas. Mon but étant d’appeler l'attention de l’ennemi sur la droite, afin de dégager la gauche, de façon à faciliter là marche sur la Meuse, il me paraissait préférable que ces dispositions fussent faites la nuit On avait moins à craindre une attaque sérieuse de l'ennemi.

D. Avez-vous laissé des ordres en quittant le champ de bataille? — R. J’ai appelé sur le terrain les commandants et je leur ai laisse les instructions nécessaires. Je suis ensuite allé à Saint-Julien.

D. Le 1 er septembre, à Saint-Julien, avez- vous donné un ordre confidentiel que je vais faire lire?

M. le greffier donne lecture de la pièce suivante :

Scion les dispositions que l'ennemi aura pu (aire devant nous, nous devons continuer l'opération entreprise hier, qui doit : 1° nous conduire à occuper Sainte-Barbe, et 2° faciliter notre marche vers Béthinville. Dans le cas contraire, il faudra tenir dans nos positions, s'y fortifier, et ce soir, nous reviendrons alors sous Saint-Julien et Queuleu. Faites-moi dire, par le retour de l'ortlcier qui vous remettra cette note, ce qui se pa«se devant vous.

D. Quelle importance attachez-vous à cet ordre? — R. Il s’agissait de reprendre l’offensive d’abord, et, si nous avions réussi, nous pouvions continuer nos mouvements. Je ne voulais pas trop me lancer jiour revenir sur la droite dans le cas où on aurait eu besoin de moi.

D. Ne pouviez-vous pas ordonner des travaux journaliers pour agrandir le cercle dans lequel vous étiez? — R. La disposition des terrains sur la rive droite présente des hauteurs qui pouvaient rendre les travaux de chaque jour assez dangereux, car c’eût été, pour les accomplir, des combats journaliers qui eussent coûté beaucoup de monde.

D. Si vous aviez engagé le mouvement plus tôt, n'aviez-vous pas une chance plus certaine de succès? — R. Nous allions le faire quand le mouvement de retraite a commence.

D. Vous n’avez pas pu faire usage de la nombreuse cavalerie dont vous disposiez? — R. Non, monsieur le président; je comptais en faire usage, mais il n’y a pas eu moyen.

D. J'ai à vous adresser maintenant une série de questions au sujet de la défense de la place de Metz. Cette place avait été mise en état de siège par un décret du 13 août, et le général Coffinièrcs en avait été nomme commandant en chef.

Depuis le 13 août, cette place n'a pas cessé d’être placée dans l’arrondissement de votre armée. Avezvous obéi aux prescriptions du règlement, et rempli les obligations qu'imposent les articles de ce règlement? Telles sont les questions que je vais avoir à vous poser.

Au moment où vous avez pris le commandement en chef et pendant les premiers jours de votre exercice, vous avez dû remplir ces obligations d’une façon trèssommaire sans doute, mais effective, car vous aviez le projet ou l’espoir de pouvoir vous éloigner. Avez- vous pourvu à l’approvisionnement de cette place ? — R. Je ne l’ai fait ni le 13 ni les 14, 15, lé, 17 et 18; mais des ordres avaient été laissés par le major général. C'était au général CofQnières qu'il appartenait de pourvoir a l’approvisionnement de la place. Il en était le commandant. Le règlement ne dit pas d'une façon absolue que je devais, comme commandant en chef de l'armée, en ayant cette place dans le ressort de mon commandement, en prendre la direction.

D. La place était dans l’arrondissement de votre armée. Aviez- vous assuré une garnison avec le concours de la garde nationale? — D. La garde nationale a été organisée. La garnison avait aussi reçu une deuxième" division. 11 y avait également la division Castagny.

D. Aviez-vous donné des ordres pour compléter la mise en armement? — R. Oui, il y a une lettre du général Soleille dans le but de Caire activer l'armement.

D. Avez-vous veillé a ce que le conseil de défense fut organisé? — R. Non, monsieur Je président. Le général Coffinières devait s'occuper de cela. On ne peut, lorsqu’on esten présence d'un officier aussi expérimenté que Je général Coffînières, lui prescrire ce qu’il savait lui-méme. Je ne pouvais lui dire mot à mot ce qu’il y avait à faire.

D. A partir du 1" septembre, il y eut cependant un conseil de défense. Est-ce sur votre initiative? — R. C’est sur mon initiative.

D. Aviez-vous pris des mesures pour faire sortir les étrangers, les gens dangereux? — R. J’ai ditde le faire, mais on n’a pas été assez sévère, et plus tard il n’était plus possible de faire sortir les bouches inutiles.

D. Avez-vous tenu à ce qu'on formât l’approvisionnement en vue des malades, en un mot, à ce que les prescriptions de l’article 260 du règlement fussent exécutées? — R. L’ordre a été donné; il y a, dans le dossier, des lettres de l’intendant de la 5° division militaire qui prouvent que l’ordre a été donné; mais on ne l’a pas exécuté.

D. Avez-vous examiné quel accroissement le départ de l’armée pouvait assurer en vivres à la population et quelle différence pouvait, sous ce rapport, causer sa présence sous les murs de Metz? Il y avait 150,000 ration naires. Ce nombre devait diminuer beaucoup l’approvisionnement de la ville, et, sans la présence de l’armée, l’approvisionnement eut été plus considérable

et pouvait permettre de prolonger la résistance. —

R. J’ai causé de tout cela avec l'iutendant et avec le général Coffinières; des ordres ont été donnés pour que la présence de l’armée ne diminuât pas l’approvisionnement de la ville, mais j'ignore s’ils ont été exé- I cutés. Quoi qu'il en soit, ce que je sais, c’est que chaque corps d’armée faisait ses achats et que nous ne tirions rien de la place. On achetait dans les villages, autour de la ville, dans les environs.

D. Mais ce n'en était pas moins des approvisionnements de la place, ou du moins qui pouvaient être aussi achetés par les habitants? — -R. J’ai toujours séparé les intérêts de la ville des intérêts de l’armée.

D. Ce que je voulais vous dire, c’est que la présence de 150,000 hommes dans l’espace où vous étiez enfermé devait réduire beaucoup les approvisionnements de la ville; avez-vous songé à la différence que le départ de l’armée aurait causée sous ce rapport pour le prolongement du la résistance? C’est une simple considération. — R. Non, 'monsieur le président, je n’ai pas calculé cela.

D. Je vous ai demandé si on avait fait sortir les bouches inutiles? — R. Il y en avait de 20 à 25,000.

D. Avez-vous prescrit le rationnement? — R. Je l’ai prescrit pour l’armée. Pour la place, celait le général Coffinières que cela regardait. Je complais toujours pouvoir m'en aller. Quant aux approvisionnements, je i répète ce que j’ai dit. J’ai toujours séparé les intérêts de la place de ceux de l'armée, et je ne pouvaiâ que m'en J rapporter au général Coffinières; en agissant autrement, j’aurais diminué son autorité pour l’exécution des ser- j vices concernant la place.

D. Vous pouviez vous assurer de l’exécution des me- j sures sans pour cela diminuer l’autorité du général Colflnieres. Enfin vous vous êtes borné à donner des ordres et vous n’avez pas veillé à leur exécution.

La séance, suspendue à deux heures vingt minutes, est reprise à deux heures quarante-cinq minutes.

M. le Président: Avant de continuer, monsieur le maréchal, je dois vous rappeler l’article 24V des règlements militaires sur le service des places. Le commandant en chef dans l'arrondissement duquel est située une place de guerre ou en état de siège doit veiller à l’exécution des ordres qu’il a donnés. Il est tenu nonseulement donner des ordres, mais à en surveiller l’exécution. Je ne fais cette observation que d’une manière générale. Quant aux chiffres que vous donniez sur les combattants, les pièces parlent d'un effectif de 124,981 hommes, environ 125,000 hommes. Vous parlez seulement de 90,000 hommes; le chiffre est donc un peu abaissé pour les combattants du 26 août? — R. 11 y avait des non-valeurs dont j’ai tenu compte.

D. Cependant, d'après la situation au mois d’octobre, il y avait une indication de 139,000 hommes, capables de combattre, c’est-à-dire de ce que nous appelons sabres et baïonnettes.

Le maréchal ne fait aucune réponse à cette observation.

D. Comment et quel jour avez-vous connu la capitulation de Sedan? Je ne parle que du fait militaire et non de ses conséquences politiques. — B. Le 2 sep- ] tetnbre, j'ai eu connaissance par M. Lcfort, médecin, de ta bataille de Beaumont et. incidemment, de celle de Sedan. Ce n'est que le 8 que j'ai reçu les détails de cotte dernière journée.

D. Vous avez vu alors que la France ne pouvait plus disposer, en dehors de Metz, que de quinze régiments d'infanterie et huit de cavalerie. N’avez-vous pas jugé, des ce moment, que vous ne pouviez plus compter sur une armée de secours, ou tout au moins que vous ne pouviez espérer spn apparition avant un terme éloigne? Votre opinion, exprimée depuis, était qu'une armée investie ne peut faire sa trouée qu’avec le concours d'un renfort venu du dehors. Je n'ai pas à juger ce point de vue. Le conseil en appréciera la valeur. Mais ne pensez-vous pas qu’il fallait alors redoubler d'efforts pour élargir le cercle où vous étiez enfermé, augmenter le rayon d'activité de votre armée et pourvoir aux approvisionnements de la place de Metz? Quelles dispositions avez-vous prises à cet effet? — R. La première quinzaine de septembre a été mauvaise. Dans la seconde quinzaine nous avons fait de grands efforts. Nous avons fait rentrer beaucoup de ressources. Il ne faut pas oublier que nous avions de nombreux malades dans les hôpitaux; il n'y avait plus de place pour de nouveaux malades. Dans cette situation livrer des combats était difficile et me paraissait dangereux pour le moral de l'armée.

D. Vous avez cru devoir faire opérer des combats partiels par des corps srparé», au lieu de faire des opérations plus étendues, et d'avoir un cercle plus restreint — R. Je n’ai pas cru devoir agir dans ce sens. Il aurait fallu nous porter jusqu’à Sainte-Barbe; c'eût été trop loin pour pouvoir bien garder nos lignes. La preuve en est dans les affaires de Ladonchamp et de Hellecroix. Nous avons dû abandonner Ladonchamp et il nous a fallu reprendre Bcllccroix.

D. Le 3 septembre, vous avez ordonné la mise en distribution de la viande de cheval et pourtant, à la même date, vous faisiez distribuer du seigle et du blé aux chevaux. — R. J’ai fait arrêter immédiatement la distribution de blé aux chevaux.

D. Je passe à une autre série de questions; mais auparavant je vous demanderai, monsieur le maréchal, si vous n'avez pas d’autres observations à présenter relativement à ce qui regarde la défense de la place de Metz: Quel jour et comment «fez vous connu àvec | certitude les événements qui se sont accomplis à Paris î à la guitc de la journée de Sedan , et notamment la proclamation de la république?— R. la: 12 septembre, 1 le commandant Samuel m’a remis à ce sujet une note de IVtat-major général, rédigée d’après des informations d’origine allemande.

D. Vous vous ôtes borné à un ordre du jour. N’avezvons pas réuni vos officiers? — R. Je les ai réunis; je voulais à ce moment donner ma démission.

I). Dans l'ordre du jour que vous adressiez le 10 à | vos troupes, après avoir fait connaître les événements qui s’étaient accomplis, vous ajoutez :

« Nos obligations militaires envers la patrie en dauger restent les mêmes. Continuons donc à la servir I avec dévouement et la même énergie, en défendant son territoire contre l’étranger , l'ordre social contre les mauvaises passions. »

Ne pensez-vous pas que cette allusion au danger de l’ordre social était au moins inopportune et pouvait affaiblir l’effet des nobles paroles exprimées dans votre proclamation? N'avez-vous pa9 craint que cette allusion jetât quelque trouble dans l’esprit de vos officiers, de vos soldats? Au moment de l'invasion, la defenso du territoire était la seule pensée à laquelle il fallait, ce me semble, s’arrêter.— R Je n’ai pas fait cette réflexion.

D. Vous parlez do maintenir l’ordre social. Dans ce moment, l’ordre social n 'était pas menace et il y avait 400,000 étrangers sur le sol de la France. Cette phrase ne vous avait-elle pas été inspirée par la lecture «le renseignements qu’un secrétaire d'ambassade avait recueillis pendant un séjour de quelques heures au milieu des Prussiens? — R. Non, monsieur le président; la note au sujet des derniers événements n'avait rien d’extraordinaire.

I). C'est danB le but de contrôler ces nouvelles que vous vous êtes adressé au prince Frédéric -Chartes ? —

R. Je me suis adresse au prînee Frédéric -Charles trèsloyalement.

I). Pensiez-vous, en agissant ainsi, que cette infraction aux articles 25îî et 236 du règlement fût opportune alors? — R, Je ne me considérais pas comme enfermé dans des murailles, et, par le fait «lu changement de gouvernement, les choses étaient changées.

D. Vous avez reçu, le 17, kl réponse du prince Frédéric Charles; n’avez-vous pas cm. d’après le ‘délai qu’il avait mis à vous répondre, qu’il avait d’abord demandé des instructions à son gouvernement ? — R. L’idée ne m’en est jvas venue.

D. Avez-vous échangé avec lui d’autres communication»? — R. Oui, une seule, pour la veuve d'un officier qui était mort à l'hôpital. J'ai demancé un laisserpasser, et je l'ai obtenu.

I). Le H septembre, I ’lnttéjrmbtnt rémois inséra an communiqué qui avait un caractère quasi-officiel. Un journal allemand l’a reproduit avec des observations.

Voici cette pièce; il va en être donné lecture:

Le» journaux qui paraissent à Ucliua ont reproduit U

proclamation da la république et le» décrets promulgués p.ir le nourean pouvoir qui s'est l' la Ml A Pari». Comme la ville est occupée pur le» troupe» allemande*, l'attitude de» leuiltra pp- Miquea pourrait donner lieu de »uppo»er qu'elle» expriment un»* opinion inspirée ou autorité* par les gouv> rncrucnl* allemand». II. n'en est rien. En permettant à cca feuilles de pu-

blicr leurs opinions, les gouvernements allemands n'ont Tait que respecter la liberté de la presse, ainsi qu'ils la respectent chez eux. Mais ils n’ont jusqu'à présent reconnu en France aucun autre gouvernement que celui de l'empereur Napoléon, et, & leurs yeux, le gouvernement impérial est, jusqu'à la constitution d’un nouvel ordre de choses, le seul qui soit en droit d'entamer des négociations ayant un caractère national. C’est ici le cas d'ajouter que le bruit mis en circulation à Parts, et d'après lequel presque toutes les puissances é> ranger es auraient Fait des tentatives d'intervention pacidqua, n'a rien de fondé. Aucune puissance jusqu'à aujourd'hui n'a Içnté d’intervenir, et II est peu vraisemblable qu'une intervention se produise, car elle n’aurait aucune chance de succès tant que les base* d'un arrangement ne seront pas acceptables par l'Allemagne, lant qu'il n'y aura pas en France un gouvern 'meut reconnu par In |>ays et que l'on puisse considérer comme son représentant. Les gouvernements allemands, dont le but n'est pas la guerre, ne refuseraient pas de conclure la paix avec la France si elle était sérieusement demandée par le pays,

Dans ce cas, il s’agirait seulement de savoir aver qui on . peut la conclure.

I.es gouvernements allemands pourraient entrer en négociations avec l'empereur Napoléon, dont le gouvernement est | jusqu'à présent reconnu, ou avec la régence instituée pur lut.

Ils pourraient également traiter avec le maiéchni Itazainc, qui tient son commandement de l’empereur. Mais il est impossible de comprendre de quel droit les gouvernements allej mands pourraient négocier avec un pouvoir qui ne représente jusqu'ici qu'une partie de la gauche de l'ancien Corps légisi latif.

Le Maréchal, — Je n'ai attaché aucun sens particulier à cette pièce que j’ai trouvée dans le journal le Figaro qui m’avait été communiqué.

On passe à l’incident Régnier et à l’ordre du chef d'état-major allemand, général de Sticlilc, qui portait l’autorisation de sortie de Metz de neuf médecins luxembourgeois.

D. Le 23, un homme it pied fut amené vers vous par . le capitaine ’Garcin, qui l'annonça comme un envoyé I d'Ilastings. Vous l'avez reçu immédiatement, et vous ' avez eu avec lui deux entrevues : le 23 et le 24. Y avait- ! il des témoins? — R. Le général Boyer était, je crois, à la première entrevue.

. D. Au nom de qui s'est-il présenté? — R. Au nom de l’impératrice.

D. Avait-il des pouvoirs? — R. Mais il était porteur d'une photographie portant la signature du prince impérial.

D. Lui avez-vous parlé de votre correspondance avec le prince Frédéric -Charles? — R. Non, attendu que je n'avais pas de correspondance suivie avec le prince.

D. Lui avez-vous donné à entendre que le gouvernement allemand ne voulait reconnaître que le gouvernement impérial et ne traiter qu’avec lui ? — R. iNon, je ne lui ai rien dit de semblable.

D. Régnier vous a-t-il montré un laisser-passer allemand? — R. Oui, il me l'a montré.

I). 11 vous a demandé d’apposer votre signature sur la photographie du prince impérial à côté de la signature du prince impérial’? — R. Il nie l’a demandé, et je n’y ai vu aucun inconvénient.

I). Vous n’avez pas cru qu'ou pouvait se servir de ce |

rapprochement de signatures pour montrer qu’il -avait vos pouvoirs? — R. Je n’ai donné aucun pouvoir à M. Régnier. J'ai agi tout simplement; je n'attachais pas d’importance à cette signature.

D. N’avez-vous pas donné à M. Régnier des indications sur ce que nous appelons les vivres-pain. Ne lui avez-vous pas dit qu’il ne vous restait que vingt-sept «jours de vivres? — R. Je ne crois pas lui avoir donné ces indications.

D. Le sieur Régnier, d'après des témoins, aurait dit que vous ne pouviez aller au delà du 18 octobre. — R.

Je crois ne lui avoir rien dit à cet égard.

D. Il y a une coïncidence entre le chiffre de vingtsept jours de vivres et la date du 18 octobre ; c'est le 21 septembre que vous a été remis un état de situation. Il semblerait qne le sieur Régnier en eût eu connaissance. Ne vous a-t-il pas demandé d’autoriser le maréchal Canrobert ou le général Bourbaki «à se rendre auprès de l’impératrice? — R. Oui.

D. Quel résultat attendiez-vous de cette mission au point de vue de la défense de la place et de l’honneur de l’armée? — R. J’ai pensé qu'il était de l’intérêt de l’année de nous mettre en rapport avec l'impératriccrégente pour la conclusion d’un armistice.

D. Et vous avez cru qu’en des circonstances aussi graves cette mission était sans danger? — R. Oui.

D. Le maréchal Canrobert a refusé? — R. Oui, et le général Bourbaki a accepté.

D. Aviez-vous pensé ;\ vous assurer que si un général français sortait de Metz, il pourrait y rentrer? —

R. Je croyais qu’il pourrait rentrer, mais je ne m’en . étais pas assuré.

D. Mais oit laissant sortir un commandant d’armes, ne deviez-vous pas vous assurer de la rentrée de ce général? — R. Le général Bourbaki devait m’écrire de Verneville. Je pensais qu’il y avait entente entre le gouvernement allemand et celui de la régence pour un armistice. Dans ma conscience, je croyais que le général Bourbaki devait pouvoir rentrer.

M. le Président : Je vous interrogerai sur les négociations.

La séance est levée pour être reprise à une heure, non le lendemain, mais le vendredi, 17 octobre.

Page 1