‹ Beato AngelicoChapitre 1 sur 32 · AU · texte numérisé non relu

AU

Propriété littéraire et artistique.

Xja tradition nous représente Fra Angelico absorbé dans son travail, caressant de son pinceau une de ces suaves figurines d'anges qui l'ont rendu populaire et lui ont valu l'immortalité, ou bien une de ces délicieuses images de la Vierge devant lesquelles, luimême, l'œuvre achevée, il se prosternait et adorait. Avant de se mettre au travail, il est en prière, comme pour demander à la prière cette pureté de l'âme qui lui permettra de saisir et d'exprimer le divin ; il prie encore après le travail, pour remercier le ciel qui lui a fait la grâce de fixer la vision sacrée.

Y a-t-il dans cette tradition un fond de vérité? Pourquoi non? — Il n'est pas difficile de deviner l'âme

de l'artiste à travers ses œuvres si nombreuses; on comprend alors comment la cellule, ce milieu plein de sérénité et de calme, l'église avec le parfum de l'encens, le cloître retentissant de cantiques durent favoriser, dans une âme d'une spiritualité si affinée, le développement de tendances mystiques.

Comment ne pas croire à la tradition, en présence de l'humilité si profonde de l'artiste, de la beauté de ses œuvres, de la délicatesse infinie de son sentiment, de l'élévation de sa pensée, de sa douceur dans l'expression ? De tous les maîtres qui se sont appliqués à pénétrer l'image de l'homme de l'idée du divin, Fra Angelico est peut-être le seul qui ait réussi a i «produire ces figures célestes d'une pureté idéale, avec une si merveilleuse simplicité d'expression et de dessin que ce sera l'éternel honneur de son pinceau.

Voyez la Vierge sur son trône, au milieu de groupes de chérubins qui soufflent dans leurs trompettes ; voyez le Christ qui, du haut du ciel, bénit les bienheureux et chasse les pécheurs; les Martyrs, qui, la sérénité sur le visage, souffrent le supplice ; les Apôtres qui prêchent ; les Anges, balancés dans les airs, qui célèbrent dans leurs chants la gloire céleste; toujours, de ces sujets divers,. se dégage un même sentiment profond de piété et de pureté, dans lequel se confondent le croyant passionné et l'artiste. C'est bien là ce Fra Giovanni qui mettait dans son travail la flamme d'une

puissante passion, sous les mains duquel les figures prenaient une âme, les visages s'embellissaient d'une grâce nouvelle et mystique et qui se donnait lui-même tout entier à son œuvre ; si bien que l'œuvre était comme le produit spontané de son âme. Il avait pour règle, nous dit Vasari, de ne jamais retoucher ni reprendre une de ses peintures ; il les laissait toujours telles qu'elles étaient venues la première fois, convaincu, disait-il, que telle était la volonté de Dieu. Quelques auteurs rapportent que Fra Giovanni n'aurait jamais pris ses pinceaux sans faire d'abord une prière. Il ne peignit jamais un Crucifix sans que ses joues fussent inondées de larmes; aussi voit-on éclater dans l'expression des visages et les attitudes de ses personnages toute la bonté de cette âme et toute la profondeur de son sentiment chrétien.^

Ce devait être dans l'esprit de cet homme plein de piété, nourri de ces lectures sacrées alors si en honneur et qui prêtaient tant à l'imagination, un fourmillement de visions, d'extases et de miracles. Quel frémissement chez l'artiste, quand il cherchait à traduire par les couleurs ces célestes visions !

Ses Madones, la candeur et l'humilité répandues sur leur visage, s'inclinent vers le Fils dans un acte de contemplation passionnée, avec une expression de

' Vasabi, Ed. Sansoni, vol. II, p. 520.

grâce maternelle que l'art n'avait pas encore rendue ; Mères glorieuses, elles s'inclinent pour recevoir l'hommage du Rédempteur ; les Saints en extase contemplent les lumineuses apparitions du ciel ; les Anges aux ailes d'or dansent joyeusement au-dessous du trône du Seigneur : LAUDATE DOMiNUM ; tantôt ils jouent des instruments les plus divers : laudate eum in sono tubje, laudate

Page 1