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L.-C. Tassé, maire, Président du Comité du Centenaire

Monseigneur continue en ces termes:

Voilà, Mesdames et Messieurs, un document qui va clore d'une façon plus solennelle et plus digne la série de tout ce qui se rap-

porte à la paroisse de Beauharnois, et je rends hommage à Monsieur le Maire pour ce document qui lui appartient et qui fera honneur, sans doute, à la paroisse elle-même.

Je vous ai promis deux choses: or, voici: on m'invite à présenter la santé de notre Saint- Père le Pape, eh! bien, il est dans l'usage général que la santé du Pape soit faite en silence, donc mon discours est fait à la santé de celui qui, évêque de Rome, successeur de Pierre, vicaire de Jésus-Christ, Pontife de l'Église universelle, embrasse de son cœur de Père tous les chrétiens et tous les catholiques du monde entier, et nous n'avons qu'à nous féliciter d'être l'objet de sa tendresse toute maternelle.

Après ces paroles, Monsieur le Maire se lève et dit:

Monseigneur, Messieurs du clergé, Mesdames et Messieurs, après avoir bu à la santé de notre Souverain Pontife, il convient de boire à la santé de Sa Majesté le Roi; je propose donc que nous levions nos verres à la santé de Sa Majesté le Roi."

Les convives se lèvent et boient à la santé de S. M. George V, pendant que l'orchestre joue God Save the King.

Monsieur Tassé continue comme suit :

Mesdames et Messieurs, avec votre consentement, je nommerai un Maître de santés dans la personne de Monsieur Tancrède Fortin, avocat, natif de la ville de Beauharnois.

Monsieur l'avocat Fortin, à partir de ce moment, est le président actif du banquet, et il s'acquitte de sa tache difficile avec facilité et tact. Il débute ainsi:

Monseigneur, Messieurs du clergé, Mesdames et Messieurs,

L'hiver dernier, en février je crois, le distingué pasteur de cette paroisse me demandait, certainement par courtoisie, si j'aimerais à

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adresser la parole au cours de ce banquet. Je lui ai immédiatement répondu — je dois vous V avouer — que j'en serais très orgueilleux, parce que l'occasion est exceptionnelle, mais j'ai tout de même ajouté que je ne parlerais pas. Pourquoi? Parce que je n'ai aucun titre pour le faire. Je suis paroissien de Saint- Clément, mais rien de plus, et comme on doit limiter les discours, si toutes les personnes qui ont autant le droit de parler que moi le faisaient, on n'en finirait plus. Cependant on m'a donné un rôle à remplir, non pas de parler, mais de faire parler les autres.

Eh! vous allez voir comme je vais en profiter. . . .

Une santé qui m'est bien chère et qui n'est pas sans me causer une bien agréable satisfaction, c'est celle de nos évêques, et plus particulièrement celle de l'évêque de notre diocèse. Trop de souvenirs inoubliables sont attachés à sa personne pour que je ne puisse, avec sincérité et reconnaissance, lui souhaiter longue vie.

Il y aura bientôt trente ans, Sa Grandeur faisait sa première visite en cette paroisse; j'étais du nombre des enfants que notre Évêque était venu enrôler dans l'armée des Soldats du Christ.

Quelques années plus tard, il ouvrait bien grandes les portes de son collège diocésain à Valleyfield, pour y préparer aux combats de la vie ceux qu'il avait confirmés la veille. Grâce à ce zèle et à ce dévouement, la paroisse Saint-Clément peut se vanter d'avoir fourni d'excellents sujets: au clergé, aux professions libérales, au commerce, à l'industrie et à la terre.

Tout récemment encore l'évêque de Valleyfield a voulu témoigner d'une manière toute particulière son attachement à notre paroisse alors qu'il a nommé notre curé Chanoine de sa Cathédrale.

Cette nomination, il est vrai, était due au

mérite, mais nous remercions le ciel que l'honneur en soit tombé sur nous.

Ce zèle, ce dévouement que l'on trouve chez un membre de l'épiscopat canadien, on est toujours certain de le retrouver chez tous les autres évêques de l'Église Catholique de la Puissance.

C'est le cas de dire: "Ab uno disce omnes."

Je vous invite donc, Mesdames et Messieurs, à boire à la santé de nos Évêques et je demande à Monseigneur Latulipe de bien vouloir répondre à cette santé."

Monseigneur l'évêque d'Haileybury répond par la belle allocution suivante :

Messieurs du clergé, Mesdames et Messieurs, Je trouve que l'auditoire fait acte de haute sagesse en applaudissant parce que, lorsque l'on parle sans être préparé, je crois qu'il vaut toujours mieux applaudir avant qu'après. Je voudrais vous dire d'abord pourquoi j'assiste aujourd'hui à ce banquet. C'est d'abord pour me rendre à l'aimable invitation de Monsieur le Chanoine Nepveu, curé de la paroisse de Saint-Clément de Beauharnois, c'est pour répondre à une vieille amitié, et comme je suis heureux de pouvoir lui faire aujourd'hui ce petit plaisir! C'est une raison d'ordre général, parce que Monsieur Nepveu exerce la même attraction sur tout le monde, et cela, nous le savons, date depuis bien longtemps.

Je disais hier soir, devant les élèves du Couvent et quelques citoyens, que je n'ai pas l'honneur d'être l'évêque de Valleyfield; c'est la vérité, mais ce n'est pas toute la vérité; je dois vous dire que j'ai failli être l'évêque de Valleyfield; il n'y avait qu'une raison pour cela et c'est une bonne, c'est que je suis né à Saint- Anicet, une des plus gentilles paroisses du diocèse de Valleyfield; et vraiment, en entendant ce matin le curé de Saint-Anicet en chaire, on se demande si la chance est perdue pour toujours.

Centenaire de Beauharnois

Maintenant, on me demande de répondre à la santé des Êvêques; je dois vous dire que je suis un peu embarrassé. Ceci peut, paraître un peu invraisemblable, mais je dois vous avouer que quoique j'aie soixante ans bien révolus, c'est la première fois de ma vie que j'ai à répondre à une santé quelconque; vous me direz que c'est bien le temps de commencer. Eh! bien, je commence, mais embarrassé.

. Une autre raison beaucoup plus délicate, c'est qu'on me demande de parler à la santé des Êvêques, et je vois ici une multitude de curés et de chanoines qui trouvent, même parmi les meilleurs, que les Êvêques ont toujours une trop bonne santé. Je me contenterai donc de vous demander de boire à la santé des Êvêques.

Je dois vous avouer maintenant que je n'ai plus rien à dire, tout a été dit depuis hier soir, d'une manière si parfaite, d'abord par Monsieur le Curé et Monsieur le Maire de Beauharnois, et enfin par Sa Grandeur l'Evêque de Valley field; je crois qu'on ne peut rien ajouter davantage; j'aurais voulu aussi parler sur les curés; eh! bien, Monsieur Nepveu, ce matin, nous a dit le bien, je crois, que Von peut dire des curés.

Je me contenterai donc de dire quelques mots sur l'Evêque. Mesdames et Messieurs, l'Evêque est un facteur puissant; il est le lien matériel et spirituel de la paroisse; je crois que je n'ai pas besoin de prouver cela. La paroisse ne peut pas naître sans le concours efficace de l'Evêque; et quand elle est née, il faut que l'Evêque soit toujours là pour qu'elle se développe normalement, pour qu'elle aille à ses destinées et qu'elle remplisse son but.

L'Evêque a bien des moyens de le faire; il a sa prière, et, Mesdames et Messieurs, je dois vous dire que les Êvêques prient toujours pour les paroisses de leur diocèse. Ils prient à toutes les fêtes, tous les dimanches et tous les jours de l'année, pour chacun de ceux que la

Providence leur a confiés. L'Evêque a encore ses instructions, ses lettres pastorales qui viennent porter la lumière partout où il y a besoin de lumière, et qui empêchent les abus qui paraissent se glisser de temps en temps même parmi les meilleures populations; et enfin l'Evêque a son clergé et ses communautés religieuses; il a ses curés, ses prêtres, et c'est sur eux qu'il compte pour travailler et faire l'œuvre du bon Dieu dans son diocèse; ils sont les collaborateurs dévoués jusqu'à l'héroïsme quelquefois, et j'en sais quelque chose dans le nord. Ah! mes frères, si je n'avais pas mon clergé là-bas et si je n'avais pas le clergé que j'ai, je ne pourrais jamais implanter l'Église catholique dans ces régions qui n'ont pas tous les avantages de vos belles paroisses de la province de Québec. Et je tiens ici, au nom de l'Église, à remercier les prêtres de leur concours si efficace et à leur demander de continuer toujours à être les aides puissants de l'Êpiscopat. Alors, nos paroisses continueront à faire l'œuvre qu'elles ont toujours faite et l'Église catholique sera partout respectée comme elle le mérite. Tout ceci est de la théorie, mais il y a aussi la pratique. Si on regarde l'Êpiscopat depuis le commencement de ce pays, on verra que les Êvêques, en effet, ont été partout et toujours à la tête de tous les mouvements religieux et nationaux, toujours appuyés par le clergé. Je n'ai pas besoin de nommer ceux qu'on a nommés hier soir, mais rappelons-nous Mgr Plessis, Mgr Bourget, de sainte et vénérable mémoire, et le bon Monsieur Fabre; si je voulais continuer, je pourrais mentionner Mgr Émard, mais je ne veux pas nommer votre nom, Monseigneur, parmi ceux qui sont morts quand vous désirez vivre et quand tout le monde le désire avec vous.

Quand les applaudissements qui saluent ces belles paroles sont finis, Monsieur le Président du Banquet propose en quelques

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mots la santé de nos Hommes d'État, et il invite l'Honorable M. Mercier, représentant du Cabinet provincial, à répondre. Celui-ci parle en ces termes :

Messeigneurs, Révérends Messieurs, Mesdames et Messieurs,

S'il m'est permis de comparer les choses profanes aux choses sacrées, je me permettrai de faire une suggestion au maître des Cérémonies, ce que l'on appelle en français le "Toast M aster," me rappelant quelques paroles de Sa Grandeur Monseigneur Émard appliquées à la province de Québec ou plutôt aux hommes d'État, et ce qui était dit tout à l'heure au sujet de la santé de Notre Saint Père le Pape. Monseigneur nous disait que c'est une santé qui doit se boire en silence; il me semble que si la santé de la province de Québec était mise sur le même rang, il y aurait peutêtre beaucoup d'hommes d'Etat qui y gagneraient et plus particulièrement celui qui a l'honneur de vous adresser la parole. Je suis tenté de dire, quoique ce soit un peu banal, invité à la dernière heure à remplacer aujourd'hui l'un de nos collègues empêché d'assister à ces fêtes grandioses, et quoique ayant accepté de venir, à titre pur et simple de citoyen de ce diocèse et citoyen de la paroisse de Chatauguay, la paroisse voisine, j'ai accepté cependant, je vous prie de le croire, vous tous de Beauharnois, la tâche très agréable de venir vous transmettre un message au nom du Gouvernement de la province de Québec; ce message, c'en est un plein de souvenirs des choses du passé, un message de félicitations pour le présent, et un message de vœux pour l'avenir.

En célébrant aujourd'hui le centenaire de la fondation de la paroisse de Saint-Clément de Beauharnois, l'on n'a pas, il me semble, voulu seulement célébrer la fête d'un tout petit coin de la Province; comme il a été dit à mille reprises, depuis le commencement de ces fêtes,

la paroisse a été indiscutablement la base fondamentale de notre province et même de ce pays, et si nous avons pu progresser comme nous l'avons fait, c'est dû à nos institutions paroissiales, à ceux qui les ont dirigées, à ceux dont nous avons bu la santé.

Il y a quelques instants, vous buviez à la santé des Evêques qui ont contribué, dans les combats difficiles, à maintenir tout ce que nous avons de sacré. N'allez pas croire pour un instant que je veuille m' étendre sur le sujet prolongé d'avance, dans les quelques remarques que j'ai l'honneur de vous faire ici. Loin de moi cette idée; cependant, si j'avais dans l'idée de me laisser emporter peut-être un peu, parce que je suis avocat, à vouloir vous parler trop longuement, je ne pourrais m' empêcher de revenir à la réalité, parce que tout à l'heure j'entendais murmurer, pas bien loin de moi, que les discours devaient être courts; et placé comme je le suis en ce moment, je cherche à regarder bien loin, mais je me trouve malgré moi rappelé au sens de la réalité et obligé de baisser les yeux un peu, parce que quelquesuns de mes voisins ont placé devant eux leur montre; de temps à autre, dans un mouvement machinal, ils jouent du remontoir, et j'en conclus que mes dix minutes sont à la veille d'expirer. Je serai excessivement bref.

Je remercie les organisateurs de cette fête d'avoir bien voulu m'associer à ceux qui ont répondu à des santés; et encore une fois, au nom du Gouvernement de la province de Québec où je représente le district de Beauharnois, et spécialement prié de la part du premier Ministre, j'offre, à vous citoyens de la paroisse de Beauharnois, avec nos sincères félicitations à l'occasion des fêtes qui se terminent aujourd'hui, nos vœux les plus sincères pour l'avenir.

Monsieur le Président propose ensuite la santé du clergé paroissial. Il rappelle que

"l'histoire d'une paroisse, c'est l'histoire de son clergé," et il invite le R. P. Augustin Leduc, O.P., à répondre à cette santé, ce qui est fait dans les termes suivants:

Monseigneur,

Hier soir, vous avez évoqué le magnifique rêve de Monseigneur de Laval contemplant, 250 ans à V avance, le merveilleux développement de son église canadienne. Permettez qu'un enfant de Saint-Clément rappelle le rêve aussi réel dans son accomplissement, bien que plus humble dans son objet, qu'il fit, il y a quelques semaines, quand il reçut du Comité des Fêtes du Centenaire, la très honorable invitation de dire, en cette circonstance mémorable, le rôle de notre clergé paroissial.

J'imaginai donc, Mesdames et Messieurs, qu'aujourd'hui passerait devant nous un long cortège; voici ce que je vis et ce qu'il me semble que je revois en ce moment.

De la paroisse voisine de Chateauguay s'avance, vers Beauharnois, un défilé: en tête est la croix du Christ qui s'empare de ce nouveau territoire; elle est portée par l'ange gardien de la paroisse. Suivent des hommes vêtus de noir qui portent au front le caractère des élus de Dieu; ils vont par groupes.

Devant le premier est une bannière avec ce mot: "précurseur"; ce sont des religieux. De Ville-Marie, du Sault Saint-Louis, ils se dirigent vers "les pays d'en Haut"; ils passent par Beauharnois; ils s'arrêtent au Buisson, où ils évangélisent les sauvages; sur notre sol ils ont dit les premières messes. Je les regarde s'éloigner avec émotion, je les salue: "Honneur à vous, hérauts du Christ et de l'Evangile!"

Un deuxième groupe s'avance; sa bannière porte ce mot: "fondateurs." Il y a là l'abbé

Deguire qui, en 1800, a planté une croix où s'élève l'église actuelle; ses confrères, les curés de l'Ile Perrot et des Cèdres, sont tout près; souvent ils sont venus, sur la demande de l'évêque de Québec, secourir leurs paroissiens émigrés sur nos rives; souvent, ils ont dit la messe dans les demeures privées. Que de fois, sans doute, dans la halte de deux courses apostoliques, ils ont gravi la colline où nous sommes: d'ici, par dessus les grands arbres, au-delà du lac, leur œil voyait le clocher de Vile Perrot, leur cœur devinait, plus loin, ceux de Vaudreuil, des Cèdres, de Pointe-Claire ou de Chateauguay; ils rêvaient d'une autre église qui surgirait, un jour, de ce sol, dans ce coin de nature que le Créateur a fait si beau, et où commençaient déjà à ensemencer les colons partis de "chez eux."

A côté d'eux, je vois les curés de Chateauguay qui, jusqu'en 1819, ont été nos curés; deux d'entre eux ont effectivement fondé la paroisse, l'un, l'abbé Bruguier, en dirigeant nos pères vers l'autonomie religieuse, l'autre, l'abbé Bourget, en construisant notre première église et notre premier presbytère. Et je songe à leur dévouement et à leur désintéressement au service de nos ancêtres.

Puis, je vois passer l'abbé Antoine M anseau, qui a bénie notre première église, et l'abbé Nicholas Dufresne, qui y a célébré la première messe.

Enfin, derrière eux vient un prêtre encore jeune; c'est l'abbé Pierre Clément, notre premier curé; pendant plusieurs années il a desservi simultanément Saint-Clément, Sainte- Martine et Saint-Timothée; c'est lui qui a organisé ici la vie paroissiale avec un zèle qu'ont reconnu nos ancêtres quand 130 d'entre eux ont écrit à l'évêque leur regret de voir partir un pasteur si dévoué; à tous ces prêtresfondateurs, je dis au passage: "Honneur à

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vous! S'il y a à Saint-Clément une paroisse, c'est vous qui l'avez donnée à l'Église!"

Et maintenant, voici venir un troisième groupe; sur sa bannière est écrit: "continuateurs;" il est plus nombreux; j'y compte 66 personnes; ce sont nos neuf curés, nos trois desservants et nos cinquante-quatre vicaires, qui, depuis l'abbé Clément, ont continué et affermi l'œuvre paroissiale.

Ils passent, nos curés: Labelle, Tétreau, Quintal, Carron, Viau, Charland, Jasmin, Lussier et Nepveu; celui-ci me rappelle qu'il a fait ériger canoniquement la paroisse en 1829 {Labelle); celui-là, qu'il s'est dévoué pendant l'épidémie de choléra en 1832 {Tétreau); un autre me dit que pendant les troubles de 1838, il a guidé ses paroissiens selon les directions de l'autorité (Quintal); d'autres me rappellent qu'ils ont commencé la construction de l'église (Carron et Viau). Enfin, en voici un, à l'air austère, qui me rappelle 36 ans de service au milieu de nous; sous son administration, l'église a été à peu près terminée, une salle paroissiale, un presbytère, un collège, un couvent, des écoles, un hospice ont été construits, deux paroisses ont été détachées de Saint-Clément, trois communautés religieuses sont arrivées dans notre paroisse (Charland); un dernier fait entendre les orgues qu'il a procurées à l'église, et indique les Clercs de Saint-Viateur qu'il a amenés ici (Jasmin).

Derrière eux, passent deux hommes aux traits mieux connus: le premier me dit qu'il a fait ériger nombre de confréries pour augmenter la vie chrétienne, qu'il a aidé à la solennité des offices divins par l'achat de riches ornements; surtout, il montre avec joie les pauvres et les malheureux qu'il a aimés d'un amour de prédilection; sur sa bannière est

cette devise: "J'aimerai tant mes paroissiens, qu'à la fin, ils m'accorderont tout ce que je demanderai"; et à cette parole de charité et de bonté, je reconnais notre neuvième curé, le chanoine Pierre-Eucher Lussier, de sainte mémoire.

Enfin, un homme s'avance, le dernier du groupe des curés; il regarde le cimetière, qui est son œuvre incontestée, le presbytère où il a assuré la sécurité des archives paroissiales . . . et celle aussi des vicaires par d'opportunes améliorations, l'église, où, grâce à lui, les cérémonies sont bien ordonnées, le chant liturgique plus goûté, l'église que la générosité des paroissiens, le goût des architectes et des peintres et l'habileté des ouvriers lui ont permis de faire si belle et si attrayante; ses traits sont révélateurs de bonté, de fermeté et de discrétion; il porte avec une dignité parfaite les insignes du chapitre cathedra! de Valley field: vous reconnaissez, Mesdames et Messieurs, notre très digne curé, Monsieur le chanoine Thêodule Nepveu.

En route, trois prêtres sont entrés dans le rang, les abbés Bourassa, Desmarais et Rouleau; à des titres divers, en 1843, 185 '4 et 1881, ils furent les desservants de Saint-Clément.

De tout près suit le groupe des vicaires; j'en compte 54 de 1844 à 1919, c'est-à-dire de l'abbé Fabien Jeannotte à Messieurs les abbés Octave Delisle et Damien Saint- Aubin, nos si estimés vicaires d'aujourd'hui. Je n'ai qu'un regret, celui de ne pouvoir les nommer tous, mais il est notoire que tous ont été de dévoués auxiliaires de nos curés; de ces 54 prêtres, les uns sont morts; d'autres sont retirés du ministère après une longue et fructueuse carrière sacerdotale; d'autres sont à la tête d'importantes paroisses ou membres de chapitres, d'autres, enfin, sont encore vicaires. Dans ce groupe un homme semble s'attarder à Beauharnois, et je reconnais celui de nos vicaires

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qui a eu le plus long séjour au milieu de nous, l'inoubliable Monsieur J.-E. Gauthier.

Et ainsi, ils viennent de passer devant nous, les précurseurs, les fondateurs, les continuateurs de notre œuvre paroissiale; un à un, missionnaires, curés, desservants, vicaires, ils ont défilé. Je regarde s'éloigner ce beau cortège sacerdotal; en un dernier coup d'œil d'ensemble, je songe à tout ce que représentent ces existences qui, pendant 100 ans, ont été vécues au milieu de nous, avec nous, pour nous. Ces prêtres de paroisse ont accompli ici, comme d'autres ailleurs, la mission de l'Eglise: mission doctrinale et mission pastorale par leur parole à l'église, à l'école, dans les conversations; mission sanctificatrice par leur exemple et par les Sacrements. A cette œuvre commune chacun a apporté sa note distincte! Cependant, quels qu'aient été leur tempérament et leurs dons spéciaux, de quelque durée qu'ait été leur séjour ici, aujourd'hui, après cent ans, regardant les œuvres matérielles et spirituelles qui attestent leur activité, il faut dire que notre clergé a fait de grandes choses ; et c'est pourquoi, au nom de tous ceux qu'ils ont guidés et servis, au nom des morts qui reposent à côté de plusieurs d'entre eux, au nom des vivants présents et absents, je dis à nos prêtres: "Honneur à vous! Vrais imitateurs du Christ, vous êtes passés en faisant le bien! Que votre mémoire ne cesse d'être en bénédiction."

Messieurs du clergé, j'ai dépassé peut-être les dix minutes réglementaires. . . . le souvenir de vos bienfaits m'y a forcé; permettez que j'en prenne encore quelques autres pour associer à votre œuvre ceux qui n'en ont jamais été séparés en réalité: les paroissiens!^ Les vieux!

Dans le cortège paroissial, ce groupe a sa place; il suit de très près ses prêtres; il se compose de plusieurs milliers d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards. Aux premiers rangs sont les pionniers-fondateurs: les Hainault, les Hébert, les Lebœuf, les Boyer, les Laberge; ils arrivent avant que l'église soit construite; ils peuplent, et rapidement, les bords du lac; ils s'élancent dans les bois, ouvrent les rangs, font la terre neuve, bâtissent église, presbytère et écoles, s'étendent jusqu'à Saint-Timothée et Sainte-Martine; là ils s'arrêtent, parce qu'un clocher les protège. Ils se fixent au sol qui les accueille si bien. Puis, les générations se succèdent, aux fortes vertus de la race. Ils passent, nos syndics, nos marguilliers, nos chantres, nos organistes, nos bedeaux et nos constables; ils passent nos habitants — les premiers— nos ouvriers, nos marchands, nos manufacturiers, nos financiers, nos hommes de profession; ils passent nos maires, nos conseillers, nos commissaires d'école.

Et je me dis que tous ces hommes et toutes ces femmes ont fait, eux aussi, leur part dans la vie de la paroisse. N'est-ce pas leur dévouement et leur générosité et leur foi catholique qui ont permis au clergé de faire tant et de si belles œuvres? Car, qui eût bâti les églises et les presbytères si nos ancêtres n'avaient eu le courage des sacrifices nécessaires? Et à quoi eussent servi des écoles si nos vieux grands-pères et nos grand'-mères ne les eussent peuplées d'enfants? Et comment eussent vécu nos prêtres si les paroissiens n'eussent été généreux? Et comment la vie chrétienne se fût-elle conservée, si nos vieux n'eussent gardé la fermeté de foi et l'austérité de mœurs qui l'entretiennent? Ne les oublions pas, nos vieux. A eux aussi disons: "Hon-

(1) Monsieur le Curé avait demandé à celui qui fut chargé de répondre à la santé du clergé de ne pas oublier les paroissiens.

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neur à vous! Pendant 100 ans, vous avez marché à côté et presque du même pas que nos prêtres! Par vous, nous gardons nos traditions." »

Et ainsi, Mesdames et Messieurs, tout un monde paroissial passa et passe encore devant nous. A regret, je le vois s'éloigner. Derrière lui, fermant la marche, est notre céleste patron saint Clément. Le cortège s'en va, d'un pas alerte, où le mènent ses destinées providentielles, sous la conduite de l'ange de la paroisse et la garde de son patron. Ces destinées sont déjà fort honorables; qu'elles deviennent de plus en plus glorieuses! Qu'ici, pendant le siècle d'histoire qui commence, clergé et paroissiens continuent, dans la paix, la même œuvre! Que selon le souhait de N. S. P. le Pape, il y ait un constant accroissement de vie chrétienne, pour l'honneur de notre paroisse de Saint-Clément et pour la gloire de la grande paroisse dont nous sommes tous paroissiens, Notre Mère la Sainte Église."

Monsieur Fortin propose ensuite la santé de Nos Lois; l'Honorable Juge W. Mercier y répond.

Monsieur le Président, Messeigneurs,

Mesdames et Messieurs,

Je violerais les lois immuables de la vérité si je ne vous disais sincèrement que je n'ai pu accepter la gracieuse invitation de dire quelques mots en cette circonstance mémorable sans être saisi d'un sentiment d'hésitation, (en même temps que d'un sentiment de joie): d'hésitation, d'abord, à la vue du fardeau que j'assumais en V occurence; de joie, ensuite, à la pensée de l'honneur que l'on m'offrait de

participer activement, et par l'esprit et par le cœur, à cette fête grandiose dont l'éclat et le souvenir agréable et ineffaçable seront dorénavant enregistrés en lettres d'or dans les annales de cette paroisse centenaire, et dans l'âme de ceux qui en sont les heureux témoins.

Eloigné depuis douze ans de la tribune; chassé gracieusement des rangs du Barreau où parfois encore peuvent avec avantage se déployer les ailes de l'éloquence, vers les sphères plus sereines de la magistrature où presque toujours, hélas! l'éloquence est obligée de fermer ses ailes, vous comprendrez facilement ce sentiment d'hésitation dont je vous ai parlé il y a un instant.

Cependant, Mesdames et Messieurs, il existe dans la vie de l'homme de ces occasions où il ne peut décemment se dérober aux obligations que la vie sociale lui impose, et, son amour propre dût-il en souffrir, il lui faut obéir à la voix impérieuse du devoir et répondre avec empressement à l'appel. Je plaide les circonstances atténuantes et je sollicite donc votre indulgence, cette indulgence aimable et empressée que vous n'avez jamais refusée à personne et que vous avez toujours, au contraire, accordée à l'effort, à la bonne volonté et au courage valeureux.

Permettez-moi, Messeigneurs et Messieurs, avant de toucher au sujet qui m'est dévolu, d'ouvrir une parenthèse et de vous dire que je m'associe du plus profond de mon âme à cette fête du centenaire de la fondation de cette paroisse. Je m'y associe d'autant plus cordialement et ardemment que depuis ma jeunesse j'ai été un des vôtres. J'ai vécu de votre vie non seulement alors que je venais passer mes vacances d'été sur les bords de votre beau lac, au sein de la famille du premier magistrat qu'il a plu au gouvernement de Sa Majesté de vous donner pour administrer la justice des Cours Supérieures dans ce district, — je veux

parler de l'honorable juge Bélanger, cet éminent jurisconsulte qui, pendant trente ans, a fait l'orgueil de votre paroisse et Va édifiée par sou grand caractère et ses grandes vertus civiques, mais également pour y avoir aussi vécu moi-même avec ma famille depuis de nombreuses années, années qui compteront, je le confesse avec plaisir, au nombre des plus heureuses de ma vie.

Nous venons de quitter, Messeigneurs et Messieurs, le temple de Dieu, de ce Dieu qui, il y a cent ans, n'avait pas, dans ce joli coin de terre, pour abriter sa majesté, le temple imposant d'où nous venons de sortir, et dont la restauration tout récente, due à l'initiative et à l'effort géant, je pourrais dire, de notre vénéré et distingué curé, fait l'orgueil non seulement de notre paroisse, mais également de notre province.

Gloire à vous, mon cher Monsieur Nepveu, si aujourd'hui les citoyens de cette paroisse peuvent se glorifier d'avoir un des plus beaux temples de cette province! Il fera bon de s'y rendre, de s'y agenouiller, d'adorer le Sauveur des hommes et de rendre grâce au Très-Haut de ses bénédictions, de ses faveurs et de sa grande miséricorde. — "Hosanna in Excelsis — pleni sunt Cœli et terra gloria tua."

Je quitte à regret le temple de Dieu pour pénétrer un instant dans le sanctuaire de nos lois. Nos lois: deux mots, en vérité, bien laconiques, mais comportant en eux-mêmes une importance de premier ordre. En effet, que serions-nous si nous n'avions à la base même de notre société des codes de lois constitutionmiles, politiques, sociales, civiles et religieuses? Que serait notre pays? Que seraient les neuf grandes provinces de la Confédération canadienne, si nous n'avions l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord, cette magnifique constitution qui a créé à même la moitié de l'Amérique septentrionale cet immense "Do-

minion" dont la tête altière se baigne dans les eaux glaciales du Pôle Nord, dont les gigantesques épaules sont caressées, l'une tantôt mollement, tantôt impétueusement par les eaux mystérieuses de l'Océan Pacifique, et l'autre par les eaux mieux connues de l'Océan Atlantique, et dont les pieds d'airain, solides et vigoureux, reposent avec assurance sur sa frontière méridionale longue de 8,000 milles? Que serait notre société civile si elle n'était étayée de lois régissant et réglant avec autorité les rapports des citoyens entre eux; les dirigeant intelligemment vers une fin commune; l'amour du vrai, du beau et du bien; synthétisant, en leurs principes mêmes, cette docdrine du Christ: aimez-vous les uns les autres; ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît à vous-mêmes; traduisant également cette doctrine du philosophe qui, sans doute, l'avait puisée lui-même dans les enseignements de l'Homme-Dieu: Soye honnêtes?

Que seraient, en effet, nos rapports civils et sociaux si nous n'avions à la base même de notre organisation sociale nos lois civiles, nos lois de procédure civile et nos lois criminelles, les premières ayant pour fin de déterminer les droits et les obligations d'un chacun; les deuxièmes, le mode de faire valoir ces droits et de faire exécuter ces obligations, et les troisièmes, la mise en accusation et le châtiment de ceux qui les transgressent?

Que seraient nos municipalités sans leurs lois organiques pourvoyant à leur constitution et à la mise en mouvement de tous ces rouages indispensables à tout territoire bien organisé, tendant, dans leur ensemble et dans leurs détails, à atteindre la fin que le législateur a eue en vue?

Que seraient nos paroisses? Que serait notre paroisse de Saint-Clément, dont nous célébrons pompeusement, ce jour même, le superbe

Les Fêtes du Centenaire

Les Fêtes du Centenaire

centenaire, s'il n'y avait eu pour présider à sa naissance et à sa fondation, nos lois paroissiales, cette magnifique législation, la résultante du travail d'esprits supérieurs et pondérés, législation qui a assuré à cette province le groupement de toutes ces belles paroisses échelonnées coquettement sur les bords de notre grand fleuve et à l'intérieur de son immense territoire?

Puis-je parler de lois, Messeigneurs et Messieurs, sans songer un instant aux lois organiques de l'Eglise? Que serait l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, si elle n'avait ses lois éternelles et immuables proclamées et promulguées par Dieu lui-même, par saint Pierre et ses successeurs?

Vous m'avez invité, Monsieur le Président, à vous parler de nos lois, et vous m'avez attribué pour ce faire dix minutes. Dix minutes, dis-je, pour conférer d'un sujet aussi ample, je pourrais dire, que le monde. Homme de loi vous-même, vous connaissez mieux qu'aucun autre toute l'ampleur de la proposition, et ceux à qui j'ai l'honneur d'adresser la parole auront une faible idée de l'étendue du sujet quand je leur dirai que sur les lois civiles seules, Laurent, le grand jurisconsulte Laurent, a écrit 33 volumes de plus de 500 pages chacun.

Loin de moi la pensée, Messeigneurs et Messieurs, de vous retenir bien longtemps sur cette question importante, — je me ferais professeur, je n'en ai ni le temps ni le talent, et ce n'est pas non plus la circonstance de le faire. — Je saisis plutôt, Monsieur le Président, dans le fait de votre part de m' avoir appelé à adresser la parole dans cette grande fête de famille, la pensée délicate de faire participer activement votre premier Magistrat à cette imposante démonstration et lui donner ainsi la précieuse occasion d'élever la voix au milieu de la bonne population que le Gouver-

nement de Sa Majesté a bien voulu soumettre à sa juridiction.

Depuis plus de dix ans, j'ai l'insigne honneur d'administrer la justice dans le district de Beauharnois, et je n'ai qu'à me féliciter des bons rapports que j'ai eus avec mes justiciables dont les dispositions et les tendances, toujours, je suis fier de le proclamer publiquement, sont plutôt de respecter la loi que de la violer. Honneur à eux, car où domine le respect des droits d'un chacun, la paix, l'ordre et la concorde ne peuvent que régner, et ce, au grand bénéfice de la société.

Je vous remercie, Monsieur le Président, du plus profond de mon cœur de ce témoignage de considération. En m'honorant ainsi, vous honorez la Magistrature de votre province dont je suis un humble représentant et dont les fonctions ne tendent qu'à assurer le maintien de l'édifice social et de contribuer ainsi à la prospérité, au bonheur et au développement chrétien de l'humanité. — Merci."

Enfin, c'est la dernière santé au programme, celle de l'Éducation. Pour traiter le sujet, on avait invité M. Edouard Montpetit; le choix était doublement heureux, d'abord à cause de la compétence de l'orateur, et ensuite parce que Monsieur Montpetit est fils de feu A.-N. Montpetit, littérateur de marque et "enfant de chez nous", comme le remarque délicatement M. Fortin, dans ses paroles de présentation.

Monsieur Montpetit ne voulut pas se limiter rigoureusement à l'éducation; il voulut, en exploitant des notes de son père, nous parler des commencements de Beauharnois, et cela nous a valu le petit chefd'œuvre qui suit:

Monsieur le Président,

J'eusse accepté votre invitation quand même la double fonction que l'on a bien voulu me

Centenaire de Beauharnois

confier depuis deux mois eût été plus lourde et

plus (d)sorbante encore.

La fête que vous célébrez est une première et suffisante raison de répondre par l'emp ressèment à V amabilité de votre accueil.

Un centenaire, c'est l'occasion de rappeler une, naissance et, trop souvent, de consacrer un souvenir. L'astre immortel se lève plus tôt sur la tombe du juste. Il est rare qu'un homme soit de tout son siècle. On n'atteint cent ans, chez les humains, que par une bienveillante distraction de la Providence, quoiqu en pensent les austères démographes qui tentent d'expliquer par le climat un phénomène où, par une amusante inversion de la langue populaire, l'homme mûr redevient vert.

La statistique, qui est partout et qui n'en sort jamais, enregistre pieusement, et non sans une arrière-pensée de revanche, le nombre des centenaires. Les bâtonnets inscrits aux formules officielles forment une haie inutilement dressée contre l'inévitable invasion. Aussi, quelle dut être la stupéfaction du Directeur de la Statistique française lorsque, procédant il y a quelques années au lourd appareil d'un recensement général, il constata que les centenaires de Paris et de la banlieue s'étaient formidablement multipliés. Il en surgissait de tous les quartiers. En dix ans, la France paraissait avoir vieilli de cent. Informations prises, il comprit que les midinettes s'étaient, faute de mieux, payé ce qu'on peut appeler par euphémisme la tête de l'Administration: des centenaires, la plus vieille avait peut-être vingt ans! N'est-ce pas votre cas? Pour vous, avoir cent ans, c'est être jeune et recevoir l'assurance de la durée. Vous pouvez faire bravement l'avance de l'heure.

Vous offrez mieux que cent ans de vie si vous nous donnez la précieuse leçon d'un siècle d'histoire.

Vous dirais-je à mon tour la fécondité de la paroisse canadienne-française? Vous connaissez l'aventure d'un prédicant américain qui parlait sur les prophètes. Longuement, il avait exposé la gloire et les hauts faits des plus grands parmi eux. Puis, avec une aisance qu'il était apparemment seul à partager, il dit: "Nous allons maintenant passer aux prophètes d'une importance moindre, aux petits prophètes. Prenons Malachie. Quelle place donnerons-nous au prophète Malachie?" A ce moment, une voix résolue l'interrompt depuis l'auditoire: "Je lui céderai bien volontiers la mienne." Je ne vois guère que je puisse faire autre chose, ni que vous puissiez exiger moins.

Et pourtant! Comment ne pas revenir à ce spectacle d'ordre et de tradition agissante et sûre, lorsque les esprits s'inquiètent de l'avenir et cherchent à ramener la paix dans une société que la guerre a meurtrie après l'avoir brutalement décimée? La paroisse est un organisme moral. La famille, "société domestique réelle et antérieure à toute société civile", suivant le mot de Léon XIII, constitue ce que Le Play appelle la "cellule sociale." Des romanciers, d'un mérite littéraire inégal et parfois contestable, ont exprimé la permanence de cette forme initiale et la beauté qu'elle révèle et l'apaisement qu'elle apporte à qui sait reconnaître la nécessité des liens qu'elle assure et qu'elle projette dans le temps. La paroisse nait par un processus comparable à celui qui suscite l'individu humain: par le dédoublement des cellules sous l'impérieuse impulsion du principe vital, par la coordination patiente des familles qu'un même sort rapproche et confond, par une pensée commune faite de foi, de confiance, d'assistance, presque de parenté, par le grand devoir d'unité auquel tout groupe se soumet qui veut braver demain. C'est l'âme de ce groupe que le clocher con-

Les Fêtes du Centenaire

centre, pour la répandre ensuite sur le perpétuel recommencement des êtres et des choses et la porter comme un écho dans le cœur de ceux qui croient. L'homme connaît ainsi une seconde intimité et reçoit la conscience d'une force éternelle.

Pour nous, la paroisse garde une seconde signification. Peuple de guetteurs, nous avons placé sur les hauteurs ce feu de vigilance et d'éveil. C'est là que s'est tapie notre résistance. Elle a été d'une volonté constante et tenue. Etroite peut-être, passive, routinière et têtue; mais comment lui en faire un reproche, si, à cause de ces bons défauts qu'elle tenait des ancêtres, elle a été en définitive victorieuse? Là s'est accomplie la petite vie, faite chaque jour d'acceptation et de surveillance, où la lutte a incessamment germé, où la durée s'est formée comme un tissu nouveau. La paroisse a été le salon clos sur un parfum ancien, où nous avons disposé nos meubles de famille, nos bijoux, nos souvenirs. De temps à autre, nous y avons des réunions comme celle-ci. Chacun s'y salue d'un mot resté fidèle. On y parle des siens, des disparus, des aïeux du pays. Et l'un de nous chante une chanson de France.

Aussi bien est-ce vers ce salon que je voudrais plutôt vous conduire. J'entends vous faire une visite non de politesse, mais de parenté. J'ai bien vu que vous le saviez au soin que vous avez mis à me dire: Entrez donc vous asseoir. J'ai cette chance inespérée, mais si vaine pour qui a renoncé à la politique, de pouvoir combattre l'argument "étranger" dans deux ou trois circonscriptions de la province: né à Montmagny, je suis venu en droite ligne de Montréal, et par l'Ile Perrot, à Beauharnois. Vous pourriez me reprocher de vous avoir oubliés. Vous auriez tort. Je ne vous ai pas laissé un instant du souvenir. Et la première raison qui m'a fait accourir à

votre appel, c'est que je suis des vôtres par les miens.

L'Histoire de Beauharnois

Avant de venir, j'ai revu de vieux papiers de famille. J'ai écouté parler mon père qui m'apparente à cette paroisse. Avec une émotion que je ne peux pas taire, j'ai partagé son sentiment sur ce coin de terre où il est né et dont je voudrais, sous sa dictée qui m'est familière, reprendre quelques traits.

Les commencements de Beauharnois l'ont intéressé. En 1885, au moment de Riel à qui il devait consacrer une ardente poésie, il revivait la première heure de cette terre que les bûcherons avaient soupçonnée sous la sauvage sournoiserie des grands pins.

Je retrouve là la paroisse gardienne de la tradition et centre de défense. "Le Canadien suit les églises qui sont les vrais jalons de la civilisation", écrit-il. Il n'y avait alors d'églises qu'aux Cèdres et au sud de Chateauguay; la forêt du milieu était encore ignorée des blancs. Les gars de l'Ile Perrot eurent la confiance de la conquérir. Ils plaçaient plus haut que leur peine la lourde promesse du sol. Ils vinrent ici fonder, sûrs de trouver ce qui suffisait à leur bonheur: la bonne et large simplicité d'une vie de travail. Endurance et gaieté, voilà la devise de nos premiers gestes: elle suffirait à caractériser d'autres faits accomplis par la France, dans le monde.

Faut-il redire comment le pionnier baptisa de ses sueurs ce pays neuf et raconter le long corps-à-terre qui demeure notre titre fondamental à tous les respects? L'homme ouvre au blé le sol libéré de l'étreinte des racines, et son bras abat les cimes de l'horizon. A son côté, sa compagne "manie la faucille après avoir déposé son nourrisson sur une javelle dorée, au milieu des souches noircies, à demibrûlées, à portée de sa voix." Bientôt, autour

( KNTENAIRE DE BEAUHARNOIS

du premier foyer, la cristallisation humaine s'opère. Les eoltms viennent, (le tout près d'abord, puis de la Côte Beaupré et de l'Acadie. La paroisse s'ébauche qui réclamera demain qu'on la reconnaisse, qu'on lui trace des homes, qu'on lui donne des chefs.

Lointaine époque où le luxe en est encore au Moyen- Age, sinon même à plus loin, où le bûcheron porte son blé sur V épaule et pendant des lieues jusqu'au moulin, où les patins sont des cotes de bœuf et le vêtement des petits "une jaquette de peau de chevreuil"; où il n'y a "pas de taxes, de cotisations. ])as d'hommes de profession, pas de juges, de magistrats, pas d'huissiers, de shérifs, pas même de politiciens" ; et pas de médecins, "car on ne connaissait qu'une maladie, la vieillesse"; où "l'on mourait comme on avait vécu, dans les bras des parents et le regard au ciel"; où les plus anciens, qui avaient connu les soldats de la Légende, se réunissaient pour espérer plus fort en espérant ensemble:

Là, des héros tombés dans le dernier

combat, On pouvait un instant s'entretenir sans

crainte ....

Dans ces cabanes où dormait l'armoire aux habits de fête, où, "derrière un rideau de droguet" , reposait "la carafe remplie de bon rhum blanc de la Jamaïque" qui perlait l'hospitalité; où l'on connaissait peut-être Napoléon et à peine Papineau; "dans ces humbles cabanes de pièces sur pièces, bâties en queues d'aronde, à même les arbres de la forêt dont elles prenaient la place, il y avait plus de bonheur, plus d'espérances légitimes, i/ue bien des maisons bourgeoises n'en con- Hennent ou n'en contiendront jamais. On avait de la jeunesse, de l'amour, de la vigueur, de la santé; cela suffisait pour faire face aux privations et aux plus rudes labeurs.

Plus on avait travaillé le jour, mieux on dormait la nuit. Souvent on s'endormait à genoux, les coudes sur l'escabeau ou la bûche servant de siège, au milieu d'un chapelet interrompu qu'on laissait au bon ange le soin d'achever. Il n'en était que mieux dit et plus méritoire."

Désormais, l'histoire commence. Des mots nouveaux font parler la carte naguère muette: Saint-Timothée, Saint-Clément, Sainte- Marie, Saint-Louis, Saint-Etienne, Sainte-Cécile, Salaberry et Valleyfield, Beauharnois. Retenons le beau son historique que rend ce dernier nom. Serait-ce abuser que de vous citer, à ce propos, une autre page écrite en 1886 et qu'on croirait pensée d'hier? Je n'y ai rien changé, par pitié filiale sans doute, mais aussi pour montrer la continuité des résistances que nos âmes entretiennent en se succédant:

Des noms glorieux

"Quand vous énumérez les noms de nos anciennes seigneuries dont plusieurs ont été retenus par des comtés, vous croyez voir se lever une armée de héros rangés sous le drapeau de la Nouvelle-France. C'est Jacques-Cartier, Champlain, Longueuil, Rouville, d'Iberville, Contrecœur, Chambly, Chateauguay, de Bienviïle, surnommés les machabêes canadiens: c'est Laval, Montcalm, Joliette, Perrot, Vaudreuil, Rigaud, Soulanges, Montmagny, Lévis, Lotbinière, Nicolet, Verchères, Boueherville, Salaberry. J'en omets, et des plus beaux, des plus brillants, émerveillé que je suis de leur nombre, ébloui de leur éclat. Eh! n'arons-nous pas constellé tout le continent de noms canadiens? Que de villes américaines parlent orgueilleusement les noms des découvreurs, de nos missionnaires, de nos simples aventuriers! Le peuple des États-Unis n'a pas cru se mésallia- en épousant notre gloire. Que le Haut-Canada

Les Fêtes du Centenaire

n'a-t-il été aussi bien inspiré? Kingston ne s'appelait-il pas Frontenac? Pourquoi Vat-on débaptisé? Mais laissons faire, à en juger par le mouvement de notre population vers la province d'Ontario, le jour n'est pas éloigné où des mains françaises iront gratter le plâtre sur lequel a été inscrit le nom de Kingston, et sous le plâtre on retrouvera le nom de Frontenac tout rayonnant de splendeur.

"Qui donc a pu se targuer d'effacer notre histoire, lorsque nous avons de tels morts pour la garder? Ne savent-ils pas que le Canada français est le panthéon de l'Amérique? Qui donc a pu rêver la proscription de la langue française d'un sol dont les pierres mêmes ont des noms français et ne parlent que de la France! Si ces projets odieux devaient réussir, la chrétienté et la civilisation en seraient désorientées, et la gloire, se voyant arracher ses fils aînés, réduite à maudire sa maternité, prendrait le voile de veuve, en face de bourreaux eunuques impuissants à féconder ses flancs généreux.

"Dressez un monument national, inscrivez tous ces noms dessus et vous aurez une colonne plus radieuse que la colonne Vendôme avec toutes ses victoires. Car avec l'épée, la croix et la charrue, ceux-là ont plus fait pour le bien de l'humanité que Napoléon 1er par toutes ses batailles et ses conquêtes."

Depuis le jour où l'enfant de la paroisse dont je vous ai apporté le témoignage revenait d'une pêche au Buisson, heureux comme trois princes, portant "trois ablettes et un vairon dans sa petite chaudière", glorieusement péchés à l'aide d'une "ligne formée d'une aiguillée de fil de chanvre, armée d'un hameçon d'épingle et attachée à une branche de troène", rêvant d'être un jour l'égal du père Fanfan Brossoit, qu'est-il advenu? Le progrès. Les usines ont remplacé la forêt: un

nouvel orgueil a détruit l'autre au prix des nervosités de la vie moderne.

Faut-il le regretter? En avons-nous même le loisir? Craindrons-nous les lendemains dont rêvaient peut-être nos conquistadores munis de la houe et de la cognée?

La question de l'enseignement

C'est poser l'ensemble de notre problème et, par suite, la question de l'enseignement qui servit; de prétexte à votre charmante invitation. Quelques mots l'énoncent: adapter nos traditions aux conditions nouvelles que le temps nous impose. Vivre et survivre.

L'Ecole qui ne peut guère sans la famille, le quartier et la rue, assurerait une double solution par l'éducation et l'instruction, deux choses différentes que l'homme doit s'attacher à confondre en lui-même.

L'éducation dresse le caractère et donne la personnalité. Son programme, comme on dit de nos jours, les hautes raisons de notre passé le lui tracent nettement. Il y a sûrement des "qualités à acquérir", et nos voisins peuvent nous en offrir quelques-unes; mais le commandement auquel nous obéirons ne viendra que de nous-mêmes. Nous sommes des Canadiens-français. C'est un titre, et singulièrement lourd. Attachons-nous donc à notre pays. Apprenons à l'aimer. Nous ne le connaissons pas. Nous négligeons ses beautés et son histoire. Nous nous fermons ainsi une des sources les plus vives de volonté qu'un peuple puisse posséder. Comment défendre ce que l'amour ignore? Le patriotisme germe du sol. Comme pour l'art et la littérature, il faut à son éclosion un milieu qui l'inspire, il faut à son rêve un horizon.

Il reste notre formation française dont nous ne ferons un juste motif qu'à la condition de la réaliser pleinement. Nous réclamons des autres la reconnaissance de nos droits. Nous

Centenaire de Beauharnois

arrêtons-nous suffisamment à rechercher ce que ces droits nous imposent de devoirs? Offrons au respect de nos concitoyens, mieux qu'une tradition qui s'effrite au lent contact de VévênemerU. Plus d'à peu près, de satisfaction hâtive et trop vite sûre d'elle-même, d'ignorante confiance, de paresseuse et coupable négligence. Ayons la connaissance précise de nos qualités de sang, de notre esprit qui est clair, sage et modéré de son naturel, de nos mœurs qui achèvent de caractériser notre inneité.

L'Histoire de votre paroisse nous incite à remonter jusqu'au foyer de la civilisation que notre vie perpétue si ules laizes de Beauharnois sont marquées de fleurs de lys." Retour nécessaire vers les origines; conséquence logique d'une évolution qu'un passé commun mit naguère en mouvement. La France nous livrera sa généreuse expression, vive et mobile, son goût sobre, la finesse de sa pensée, que nous mettrons au service de nos traditions morales et intellectuelles. Par là, le problème s'élargit jusqu'à elle. Nous verrons qu'elle tente, en ce moment même, de sauvegarder sa culture que menace l'invasion de ceux que Gustave Droz appelle ules nouveaux barbares" et qui sont les instruments souvent aveugles et bornés qu'une force domine et mène: l'argent.

Voilà le mot lâché qui ferme le dilemme où se débat l'humanité. D'aucuns n'hésitent pas à conseiller la poursuite de la fortune. Ils n'y voient pas un mal certain. Ils y cherchent une puissance pour le bien et le salut des nôtres. Le passé de notre peuple nourrit leur optimisme. N'avons^nous pas trouvé toujours l'attitude de défense appropriée? Pourquoi en serait-il autrement aujourd'hui que l'avenir paraît réservé à la conquête économique? L'argent et l'or ne sont rien, même en économie politique: c'est le produit qui compte,

qui s'échange, qui enrichit, qui demeure. Ainsi en morale, l'or et l'argent sont méprisables: ce sont les œuvres qui valent. Initiatives sociales, maisons d'enseignement, universités: voilà par quoi les fortunes se font pardonner. Dans ces institutions où l'instruction jouera largement son rôle, nous formerons des hommes sachant leur métier, qui grandiront la nation de leur valeur propre, de ces compétences dont on m'a fait trop l'honneur puisque je n'ai fait que réfléchir, en les réclamant, à ce qui nous manque, et que répéter en cela même ce que bien d'autres avaient dit d'ailleurs avant moi. La compétence n'est qu'un moyen vers la supériorité, qui importe au plus haut point: supériorité dans tous les domaines et sans une seule faiblesse. Qui a choisi d'être français a renoncé à être inférieur.

L'intelligence et l'argent, peut-on unir ces deux choses? Comment les plier à l'idéal? L'une ne sera-t-elle pas vaincue par l'autre? Le dire, ce serait oublier les forces morales et le sûr triomphe d'une civilisation formée aux leçons de l'expérience et du temps.

Regardons, pour nous en convaincre, ce qui s'est passé ici même.

Les premières années de la paroisse de Beauharnois n'ont pas créé d'école. Une vieille femme, Madame Salé, faisait de l'enseignement un métier ambulant: elle allait de porte en porte avec un livre de lecture et un catéchisme. Elle était d'un autre âge, et mon arrière-grand' mère la croyait fille de Mathieu Salé, ce qui, pour elle qui n'avait pas de Saintes Lettres, traduisait tout bonnement Mathusalem. Depuis, les choses ont avancé rondement. La fortune vous a permis de bâtir. Je pourrais vous faire compliment de votre collège classique, de votre collège commercial, de votre École normale pour jeunes filles, de votre École des Arts et Mé-

Les Fêtes du Centenaire

tiers, de vos quatre couvents, de votre Jardin de l'Enfance, de vos cinquante écoles élémentaires, que sais-je encore? — de votre Académie anglaise, dont votre député, suivant une tradityon établie par les nôtres à McGill, sortit naguère bon premier. Mais c'est ailleurs que je veux chercher, et plus profondément encore, la confirmation de mes espoirs.

Peu de temps avant sa mort, en 1897, A.-N. Montpetit publiait une courte note sur un tableau de Rapin. La toile, "un peu plus grande que la main", représentait le cimetière de Saint-Timothée endormi dans la pénombre d'un soir de juin.

"Lisez les noms gravés sur le marbre, écrivait l'auteur, tracés sur ces croix rustiques, étudiez les dates, les âges, les conditions, et vous repassez toutes les pages de l'histoire de la paroisse, les unes à demi effacées, déchirées, hélas! Mais d'autres entières et bien conservées. Le sol que nous foulons est grouillant de souvenirs; pas un brin d'herbe, pas un grain de sable qui n'ait son mot à dire. Le silence même est d'une éloquence sublime qui trouve autant d'échos que l'on compte ici de tombes.

"Il y a cent ans à peine que la paroisse de Saint-Timothée est née pour avoir ses morts à elle et les conserver au cimetière comme des livres dans une bibliothèque. Déjà pourtant ces pauvres morts, quoique peu exigeants, se trouvent à la gêne. Un siècle de vie dans une paroisse canadienne-française, tant petite qu'elle puisse être, produit bien des milliers de vivants, et partant autant de morts. Et dans Saint-Timothée les gens émigrent peu. Le sol est plantureux et les cœurs sont bons.

"Rarement le berceau y fait faillite à la tombe. Mais les cimetières vieillissent et meurent à leur tour quand ils sont gorgés de morts. Ici, le cimetière du colon, du bûcheron, de l'abatteur de chênes, du défricheur, du

pionnier est disparu, enfoui, enterré sous un second cimetière plus jeune, modernisé, mis à la mode du jour. C'est que les ravageurs de forêts, les potassiers, tour à tour trappeurs et colons, sont remplacés par d'autres générations, soumis à d'autres fortunes, par des cultivateurs, des hommes de calcul, des industriels, des commerçants, des bourgeois, qui vivent grassement et font des morts plus fiers, habitant des cercueils en acajou, en bronze, plaqués d'argent, doublés de satin, couverts de fleurs et scellés d'une pierre de marbre, d'un cippe, d'un monolythe quelconque. Mais fouillez un peu le sol, et sous ces monuments d'une pieuse vanité, vous trouverez, en guise de racines, des croix vermoulues ou désarticulées, faites de baliveaux de la forêt primitive, abattues pour faire place à des tombes chrétiennes, sillons profonds destinés à germer les semences de foi, de progrès et de civilisation dont nous récoltons les fruits."

Est-il un exemple plus vivant que celui qui lève ainsi de la mort? L'éternité continue la paroisse. Fondateurs et descendants, colons des premières battues et industriels de l'âge d'acier, gueux et riches, humbles et grands, tous continuent d'en être pour les centenaires à venir. Leur dernier sommeil garde le même rêve. Ceux qui demeurent les vénèrent encore du même serment, quoique le siècle ait changé. Ils ont la consolation suprême de lier à eux la nation et de continuer leur œuvre de liberté, vers la vie.

Après ce discours longuement applaudi, Monseigneur Émard mit fin au banquet en ces termes:

"N'ayez pas peur, je ne romperai pas le charme, vous me le reprocheriez et je m'en voudrais à moi-même. Nous allons rester avec la douceur et le charme des mots que nous venons d'entendre et ce sera le meilleur souvenir de cette journée. Maintenant, gloire à

Centenaire de Beauharnois

Dieu, au Ciel, félicitations réciproques à chacun de nous les uns envers les autres pour cette belle fête."

L'on fit les prières d'actions de grâces, et l'on se dirigea vers l'hospice pour la réception des petits orphelins.

A l'Hospice

Le clergé se rend à l'hospice Saint-Joseph. Les enfants et les religieuses attendent avec impatience: les derniers jours ont été bien remplis par les répétitions; et aujourd'hui, c'est, pour les enfants, le grand jour où plusieurs d'entre eux vont jouer un rôle pour la première fois. C'est d'abord l'adresse de byenvenue:(,)

Vient ensuite un "Chant de reconnaissance:"

1er Couplet:

Le ciel sourit à notre enfance, Nous fêtons un grand Jubilé.

Chantons dans la reconnaissance, Ce jour, par les vœux appelé.

Montez vers Dieu, sainte prière!

Oui, montez de nos cœurs d'enfants; Beauharnois, paroisse si chère, A vu fleurir son beau cent ans.

Chœur

0 douce Providence, Entends nos chants d'amour.

Du céleste séjour Souris à l'innocence.

2ème Couplet:

En ce beau jour, le cœur déploie, Pour chanter ses moments heureux, Tout ce qu'il a de douce joie, De noble amour et de bons vœux.

Ces noces rares et très joyeuses Viennent couronner un long cent ans.

Combien elles sont glorieuses, Pour leurs Pères, pour leurs enfants.

Chœur:

0 douce Providence, En ce jour de bonheur,

Bénis nos bons Pasteurs, Souris à l'innocence.

Puis, l'on assiste à une récréation où garçons et fillettes discutent du centenaire, parlent de M. le Curé, de M. le Maire, des "Jeunes et Vieux" de la paroisse.

Puis, c'est une opérette: ^Vn beau rêve") nous entendons les anges répondre aux vœux des petits enfants qui rappellent la charité des pasteurs et des paroissiens pour les orphelins, sans oublier la vénérable fondatrice des Sœurs Grises; et le tout s'achève en un cantique d'action de grâces: Quid retribuam Dominof

Les enfants de Beauharnois, comme de partout, aiment les congés. Ils le demandent à Sa Grandeur en ces termes:

Il est un mot, petit, charmant, D'un effet magique vraiment.

Connaissez-vous ce mot riant, Tout harmonieux et chantant?

Pas n'est besoin de vous le dire, Ce mot charmant et gracieux Qui rendrait nos cœurs bien joyeux.

Dans nos yeux, vous pouvez le lire.

Congé, congé, oh! quel mot charmant.

Congé, congé, oh! oui vraiment.

Un grand congé par excellence.

Père, si vous le voulez bien.

Petite clochette demain Sonnera la réjouissance.

Cloches, sonnez, pour tous, présents.

Et pour nous, congé de Cent Ans.

Une dernière adresse des enfants à l'auditoire: l'on remercie et l'on demande une bénédiction.

(1) — Voir appendice, p. 305.

Il appartenait à Sa Grandeur de la donner. C'est ce que fit Monseigneur l'évêque, en l'accompagnant de quelques paroles d'hommage à la Communauté des Sœurs Grises pour l'œuvre accomplie depuis une soixantaine d'années dans l'hospice de Beauharnois. Conseils paternels aux enfants; joie d'avoir entendu et vu de si belles choses.

Et l'on quitte à regret ces petits enfants qui ont parlé, de façon si touchante, du passé de Beauharnois. Et une fojs de plus, l'on admire le dévouement des religieuses qui se sacrifient pour donner à ces orphelins et à ces orphelines un peu de bonheur!

Les fêtes s'achèvent déjà. Plusieurs membres du clergé ont dû quitter Beauharnois immédiatement après le banquet.

Maintenant, c'est l'heure du départ de Monseigneur l'évêque de Valleyfield. Un dernier échange de saluts aux prêtres présents, un dernier mot de félicitation à Monsieur le Curé, une visite à la famille Guimond, qui a mis à la disposition de Sa Grandeur sa magnifique automobile Packard pour le voyage de retour à Valleyfield, et Monseigneur laisse Beauharnois qui se souviendra longtemps de la nouvelle preuve de haute bienveillance que lui a donnée le Pasteur du diocèse en ces fêtes du Centenaire.

C'est ensuite le souper avant le dernier article du programme.

La veillée patriotique

De bonne heure, la place de l'église est envahie; plusieurs attendent, depuis des heures, pour être sûrs de pouvoir entendre les orateurs et voir le feu d'artifice. Vers 8 heures, plusieurs milliers de personnes

sont réunies; les abords du collège, du couvent, du presbytère, de l'église, la côte de l'église jusqu'au Bureau d'Enregistrement sont occupés par une foule évaluée entre 7 à 8,000 assistants, avides de ne rien perdre. Les orateurs annoncés ont de la réputation, et le feu d'artifice préparé par le Comité des Amusements a coûté cher, assure-t-on; donc ce sera beau.

Devant le presbytère est le groupe du clergé; l'estrade fait face à l'église; on a disposé des bancs pour les dames et les enfants; la fanfare égaie la soirée d'airs nationaux.

Bientôt paraît le groupe des orateurs:

Monsieur le Maire, Messieurs les Députés Papineau et Bergevin, l'ex-député Monsieur Arthur Plante, Messieurs les avocats W.

Poitras, E. Montpetit, J. Sullivan, Paul Mercier, Monsieur l'abbé E. Gauthier; et la fête commence.

Monsieur le Maire invite M. l'avocat T. Fortin à présider à la soirée comme il l'a fait au Banquet; et celui-ci accepte à la satisfaction de tous.

Le premier orateur est M. L.-J. Papineau, M. P.; il rappelle comment l'histoire de Beauharnois est l'histoire de la paroisse canadienne et l'histoire de la paroisse l'histoire de notre nationalité. En des pensées très justes et très élevées, il dit la signification de nos paroisses et la place qu'elles n'ont cessé de tenir dans notre vie religieuse et nationale.

Monsieur Achille Bergevin, M. P.P., en un vibrant discours, dégage de nos fêtes plusieurs leçons opportunes. Il évoque avec bonheur le souvenir des anciens — parmi lesquels ses ancêtres — qui sont venus fonder Beauharnois; il loue leur magnifique courage qui s'obstine à demander au sol le bien-être, et qui sait à l'occasion, comme en

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