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Centenaire de Beauharnois
1812, défendre la patrie; il fait le tableau de l'austérité de mœurs de nos aïeux; il nous rappelle ce que nous devons à nos mères qui ont transmis les vieilles traditions. Il rend un délicat hommage à l'œuvre bienfaisante de la religion en ce milieu : "C'est de la religion, s'écrie l'orateur, aux applaudissements de tous, que sont nés tous les dévouements qui ont fait cette paroisse." L'orateur invite aussi les assistants à ne pas oublier de garder le souvenir de l'ancienne mère-patrie, la France; il nous exhorte à être toujours français par la culture intellectuelle et par le cœur, tout en étant de loyaux sujets de la Couronne britannique à laquelle la volonté mystérieuse de la Providence nous a soumis. Dans une péroraison émue et véhémente, l'orateur adjure les paroissiens de rester fidèles aux vieilles traditions et de garder les vertus qui ont fait notre race.
Monsieur Edouard Montpetit veut bien dire quelques mots avant son départ pour Montréal; il adresse un salut ému "à ceux qui sont plus près du sol" et il les encourage à l'endurance et à la gaieté dans leur besogne si méritoire et si nationale.
L'orateur suivant est Monsieur Arthur Plante, ex-M.P.P.; il prononce le beau discours dont voici le texte :
M. le Maire, Messeigneurs,
Mesdames, Messieurs:
Nous sommes rendus au soir d'un jour mémorable qui sera marqué d'une pierre blanche dans l'histoire de la vie paroissiale de cette paroisse. Cent ans! Cela résume toute une série de luttes ardentes contre la forêt, d'efforts constants, de travaux inlassables, de dévouements obscurs et d'énergies indomp-
tables. C'est la fête du Souvenir. Il nous est donné aujourd'hui de contempler et de toucher du doigt l'œuvre admirable accomplie par ceux qui furent les pionniers, les défricheurs, les fondateurs de cette superbe paroisse de Saint-Clément de Beauharnois. Paroissetype, et qui n'est en somme que le duplicata de centaines d'autres paroisses échelonnées sur les deux rives de notre grand fleuve, et semées un peu partout au cœur de la forêt, sous la poussée combative et patriotique de nos gens qui n'ont pas craint de lutter toujours contre les obstacles de toute nature, pour fonder des foyers, garder fidèlement les traditions ancestrales, agrandir le domaine national, et assurer ainsi la survivance de la race.
Oui, c'est le soir d'un beau jour, et recueillons-en ensemble les douces émotions qu'il nous a procurées, et les enseignements salutaires qui s'en dégagent. Plus tard, il nous fera plaisir à nous aussi de répéter les paroles du poète latin, en pensant à cette fête inoubliable: "Forsan et haec olim meminisse juvabit."
C'est une vérité historique maintenant reconnue que le système paroissial nous a sauvés au lendemain des jours sombres de la conquête. Nos ancêtres se sont groupés autour du clocher et de nos prêtres dévoués, et, ici comme ailleurs, ils ont gardé, pur de tout alliage, le dépôt sacré de la langue française et de notre foi catholique.
Pour nous, Canadiens-français, la Paroisse, c'est la petite patrie dans la grande. Elle parle un langage bien doux et bien cher à nos cœurs.
En effet, c'est un symbole qui résume toute notre vie composée de rêves, de revers, de regrets et d'espoirs.
La paroisse, pour les Canadiens-français, c'est le clocher surmonté du coq gaulois, qui
Les Fêtes du Centenaire
chante partout le cocorico de l'expansion nationale.
La paroisse, c'est le vieux cimetière généralement adossé à l'église, où sont les chers disparus, où dort la cendre des aïeux.
La paroisse, c'est la petite école en bois au coin du rang, ou dans la rue principale du village, où nous avons appris pour la première fois à balbutier les paroles harmonieuses et sonores de la belle langue française.
La paroisse, c'est encore le banc paroissial, où chaque dimanche le chef de famille va, de génération en génération, rendre hommage à son Créateur, entouré de sa famille, et donner l'exemple des plus belles vertus familiales.
La paroisse, c'est tout cela, et plus que cela, c'est la chaîne ininterrompue de nos coutumes, de nos traditions, qui fait la force de notre race, et assure sa survivance dans l'avenir.
Et voilà pourquoi, M. le maire, je ne pouvais résister à la délicate attention que vous avez eue de m'inviter à dire quelques mots à l'occasion de ce centenaire. Car, voyezvous, je me sens un peu de la famille, et Valleyfield, après tout, n'est qu'un démembrement de Beauharnois.
Après s'être fortement implantés dans cette paroisse, nos gens ont continué à remonter le fleuve en quête d'arbres à abattre, de terres à défricher, de cabanes à bâtir, et voilà comment les paroisses de Saint-Timothée, de Saint-Louis-de-Gonzague et de Sainte-Cécile ont successivement surgi du sol et pris naissance.
D'ailleurs, en prenant part à cette fête du souvenir, j'obéissais à deux sentiments bien puissants: ceux de l'amitié et de la reconnaissance.
La voix de l'amitié. — En effet, je ne puis oublier que lors de mes premières luttes dans la vie publique, j'ai rencontré dans cette
paroisse de Saint-Clément, des mains ouvertes, des cœurs sympathiques et des amis précieux qui ont été des guides sûrs et fidèles.
La voix de la reconnaissance. — Au risque d'être un peu personnel, je ne peux oublier non plus les témoignages de confiance que j'ai reçus à maintes reprises des paroissiens de cette paroisse, et je saisis cette occasion pour leur dire un cordial merci.
Ce matin, le prédicateur, dans une revue magistrale, nous a fait la genèse de la tenure paroissiale, depuis le troisième siècle, en Europe, jusqu'à nos jours, en Canada, et a su en tirer d'utiles et réconfortantes leçons pour l'avenir.
Cet après-midi, un enfant de cette paroisse, dans un langage bien senti, nous a fait assister au défilé glorieux de cette longue procession de curés et de vicaires qui ont présidé depuis cent ans aux destinées de cette paroisse de Saint-Clément.
Puis, un autre petit-fils de la paroisse, dont le nom du père est si bien connu des générations scolaires du passé, nous disait, avec l'accent prophétique d'un penseur, que ce qui avait fait la force de nos pères qui ont fondé cette paroisse, c'est qu'ils s'étaient fortement attachés au sol.
Oui, c'étaient des passionnés du sol. Après s'être battus contre les arbres de la forêt, ils en sont devenus les maîtres et les rois.
L'un des plus célèbres économistes de notre époque, qui a consacré sa vie à l'étude de la question sociale et religieuse, est arrivé à la conclusion que la virilité des nations et des familles gît dans l'attachement au sol, et dans l'accomplissement des devoirs religieux. Or, c'est ce que vos pères ont fait, et c'est ce que l'on constate chez vous, messieurs les paroissiens de cette belle paroisse. Je ne puis m' empêcher de formuler un souhait en terminant ces remarques: Si vos pères ont pro-
fondement poussé dans le sol les racines du grand arbre paroissial, que les rameaux projetés par la sève du tronc n'en soient jamais séparés par Vabandon du coin de terre natal, et le mirage de la vie bruyante et factice des grandes villes.
En d'autres termes, si vos pères ont été des enracinés, que les fils ne soient pas des déracinés.
Dans ce coin de terre privilégié si poétiquement baigné par les eaux du grand fleuve, continuez, chers amis, la chaîne des traditions sous l'œil doux et paternel de votre Curé, qui est le digne continuateur de ces Curés, qui ont été à la fois des prêtres dévoués et de grands citoyens.
Continuez à cultiver cette bonne terre, qui en retour vous donnera le calme, la sérénité, la santé et une honnête aisance. Gardez vos fils autour de vous. Et en constatant la bonne entente, l'union, le contentement et la saine mentalité dont cette paroisse donne le spectacle, l'on ne pourra s'empêcher de répéter, en vous les appliquant, ces paroles de Virgile: "0 fortunatos nimium sua si bona norint agricolas . ' '
C'est là l'une des leçons salutaires qui se dégagent de ces fêtes, et le souvenir ému que j'en rapporte, M. le maire, et que je garderai précieusement dans l'avenir.
Après ce discours, M. l'avocat W. Poitras, d'Ottawa, enfant de Beauharnois, sinon par naissance, du moins par éducation, et dont le père a été l'un des constructeurs de notre église actuelle, lit la belle poésie de circonstance suivante, que tous écoutent avec bonheur:
Salut aux Anciens
Sur la baie ombreuse et féconde, Où ses toits et clochers d'argent Se bercent aux baisers de l'onde Qui baigne son bord verdoyant,
Beauharnois s'éveille, fière, Comme une aïeule aux traits sereins Qui, pour fêter son centenaire, Voit accourir ses fite anciens.
Les drapeaux flottent sous la brise, Les fleurs pleuvent sur le chemin, Et l'on dirait que l'air se grise De joie intense et de parfum.
Tout chôme dans la ville en liesse!
La Pointe Saint-Louis étend Un bras charmant qui la caresse, Chargé de feuillage chantant;
Et là-bas, sur les eaux tranquilles, Comme des corbeilles de fleurs, Emergent ses coquettes îles Se ressemblant comme des sœurs.
C'est la nature qui t'acclame, 0 Beauharnois, riant séjour!
Aussi, l'on sent passer ton âme Dans les rayons de ce beau jour.
Ainsi choyée, et comme éprise De tout ce séduisant tableau, On dirait que ta vieille église En tressaille sur le coteau.
Heureux qui naquit sur ta rive!
Heureux qui vécut sur ton sol, Dont l'existence productive Sur ton sein suspendit son vol!
Heureux, ô belle centenaire, Les descendants des anciens preux, Qui dorment dans ton cimetière; Ils te reviennent, dignes d'eux.
De tes temples, l'ombre propice Inspira leur cœur et leur foi; Prompts à l'appel, au sacrifice, Ils n'ont jamais rougi de toi.
Les Fêtes du Centenaire
L'insatiable destinée Un jour les ravit à ton cœur, Et tout remplis de ta pensée Tu les vis dresser leur labeur.
Dans le commerce, l'industrie, La mécanique aux cent ressorts; L'agriculture, où La Patrie Sème l'espoir de ses trésors;
Dans le génie, aux vastes ailes, Qui plane sur les éléments, Semblant, aux voûtes éternelles, Seules, arrêter ses élans;
Et dans la région dorée Qu'immortalisent les beaux-arts, Combien déjà la renommée Fait rayonner sous tes regards.
Dans le Temple de la Justice Que de fils ne comptes-tu pas, Dont la voix mâle et protectrice T'enorgueillit de leurs débats?
Et dans les champs humanitaires D'Esculape, fils d'Apollon, Que de médecins salutaires Ont illustré ton beau renom!
De ces activités humaines, Si tu te sens fiére en ce jour, Que de voix saintes et sereines Doivent vibrer dans ton amour!
Quand, les yeux fixés sur l'église, Témoin des plus grands dévouements.
Tu vois défiler, l'âme éprise, En robe noire, tant d'enfants.
Apôtres du Christ, et de l'âme, Gardiens de la foi des aïeux.
Si l'Orangisme les condamne C'est que nous survivons par eux.
Religieux, vertueux prêtres, Devant vous s'inclinent nos fronts, En vous espéraient nos ancêtres, En vous aussi, nous espérons.
Salut! Anciens, vieille garde!
Beauharnois vous ouvre les bras, Et le sol natal qui vous garde, Tressaille, joyeux, sous vos pas.