‹ BeauharnoisChapitre 42 sur 107 · I. NOS ÉGLISES · texte numérisé non relu

I. NOS ÉGLISES

Jusqu'en 1818, Beauharnois n'eut pas d'église; les fidèles allaient à Chateauguay — leur paroisse— à l'Ile Perrot, aux Cèdres ou à Vaudreuil; parfois aussi, les curés de ces paroisses venaient à Beauharnois et y célébraient la sainte messe dans des maisons privées.

De sa fondation à nos jours, Beauharnois a eu deux églises; une première qui servit au culte de 1818 jusqu'à 1845, alors qu'elle fut transformée en école; cette vieille église était située à l'endroit du collège, et même, pour parler plus justement, le collège actuel n'est que notre vieille église réparée et transformée; sa porte d'entrée donnait sur la rue Saint-Louis; on peut encore en discerner les lignes dans le mur latéral. L'église actuelle a été ouverte au culte en 1845. C'est l'histoire de ces deux églises que vont raconter les pages suivantes.

La vieille église

L'histoire des négociations entre les fidèles de Beauharnois et les évêques de Québec au sujet de l'érection d'une église, est l'histoire de la fondation même de la paroisse; nous l'avons racontée plus haut. Nous avons vu avec quelle insistance qui ne connaissait aucun découragement, nos ancêtres, de 1794 à 1818, ne cessèrent de demander une chapelle pour Beauharnois; l'éloignement de l'église de Chateauguay, V impraticabilité des chemins, l'incapacité de subvenir à un établissement religieux, soutinrent leur désir, pendant ces vingtcinq années de requêtes.

Enfin, le 19 novembre 1817, Mgr Plessis, évêque de Québec, permettait de construire sur la rivière Saint-Louis, entre Annstown et Marystown, en tel lieu qui serait désigné par M. Bourget, prêtre, curé de Chateauguay, une chapelle de mission, soit en bois,soit en pierre, laquelle n'aurait pas moins de soixante-quinze pieds de long — mesure française — sur trente pieds de large et douze de carré au-dessus des lambourdes ; elle serait sous l'invocation de saint Clément, pape et martyr.

Monsieur le curé Bourget exécutait sa commission quelques jours plus tard, et fixait le site de la chapelle à construire, "dans le domaine Saint -Louis, entre Annstown et Marystown; il y aurait six arpents de terre en superficie; entouré le dit morceau de terre par le domaine de la Seigneurie, de sorte qu'il y aura un chemin de sortie ouvert depuis le dit morceau de terre jusqu'au chemin du Roi, en passant par le chemin du Moulin qui y est déjà établi et en fera partie."

Les Établissements paroissiaux

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Les Établissements paroissiaux

Le 3 mars 1818, les habitants de Beauharnois faisaient, devant le notaire Louis Sarault, un acte d'accord au sujet de la Chapelle. Ils élisaient comme leurs syndics Ignace Texier dit Lavigne, Joseph Roy dit Lapensée, Hyacinthe Montpetit, dit Potde-vin, Antoine Leduc et Joseph Montpetit dit Pot-de-vin; les cinq élus acceptaient volontairement les dites charges et promettaient et s'obligaient "à faire leur devoir en icelles, c'est-à-dire sans aucune récompense pour leur temps, excepté les déboursés et frais qu'ils feront." Ces syndics devaient accepter et recevoir le terrain des représentants de la Seigneurie; ils devaient faire faire un état et estimation des dépenses de la bâtisse, et un acte de répartition de ce que chacun des habitants aurait à payer en proportion de l'étendue de ses terres; ils devaient faire crier les ouvrages au rabais aux portes des églises des Cèdres, Isle Perrot et Chateauguay, à l'issue du service divin, pendant trois dimanches consécutifs; ils devaient, ensuite, conclure les marchés nécessaires, surveiller et faire exécuter les travaux; ils devaient enfin faire payer tous les habitants de leur quote-part, et leur faire fournir et livrer tous les matériaux nécessaires.

La bâtisse projetée devait être en pierre, avoir trente-six (36) pieds de large de dehors en dehors, sur soixante-quinze (75) de long et douze (12) de carré au-dessous des lambourdes, et trois cheminées.

Pour réussir dans l'exécution de ce mandat, les syndics recevaient des habitants "plein pouvoir et l'engagement d'avoir pour agréable tout ce qu'ils feraient".

Munis de ces pouvoirs, les syndics se mirent à l'œuvre. Le même jour, 3 mars 1818, devant le même notaire Louis Sarault, au manoir principal de la Seigneurie, était

fait un acte de donation. "John Forsyth, Alexander Thain — négociants — procureurs de l'Honorable John Richardson, exécuteur testamentaire de feu Alex. Ellice, en son vivant propriétaire, et curateur de George Ellice en son vivant seigneur aux lieu et place de Alex. Ellice, son père", donnaient à la nouvelle paroisse de Beauharnois représentée par ses syndics, le terrain de la future église: Un certain morceau de terre sis et situé dans le domaine Saint-Louis, près du moulin de la dite Seigneurie, de la contenance de six arpents de terre en superficie, et plus s'il s'y trouve, et entouré par le domaine Saint-Louis, avec un chemin de sortie convenable depuis le dit morceau de terre jusqu'au chemin du Roi, en passant par le chemin du Moulin qui y est déjà et en fait partie, ainsi que le tout se poursuit, comporte et étend de toutes parts, circonstances et dépendance." — Sur ce morceau de terre on devait ériger église, presbytère, cimetière et autres bâtiments et dépendances jugés convenables. Cette donation fut faite à la paroisse et aux curés et missionnaires qui la desserviront à l'avenir et aux habitants qui auront droit à la dite église et paroisse et leurs successeurs ayant cause, sous l'autorité de Mgr l'Evêque de Québec. De ce terrain, les donataires pourront jouir, user, faire et disposer en toute propriété comme de choses à eux appartenant et à leurs successeurs. Cette concession seigneuriale était faite "sans aucunes charges, dettes, redevances, indemnités, hypothèques quelconques envers les Seigneurs, et sans aucune réserve, sinon d'un banc seigneurial et des autres droits honorifiques, suivant la coutume, usage et lois établies à cet égard dans ce pays."

Soucieux de bien remplir leur mandat,

Histoire religieuse de Beauharnois

les syndics, ayant à leur disposition un terrain gracieusement concédé par les Seigneurs, vont maintenant procéder à l'érection de l'église. Le 31 mars, ils comparaissent devant le notaire Sarault, ainsi que François Branchaud. Dans l'intervalle, du 3 au 31 mars, les criées ont été faites à la porte des églises voisines, il s'est trouvé que François Branchaud, entrepreneur, a offert le plus bas prix, et on va lui confier la construction de la nouvelle église paroissiale.

Par acte notarié, les syndics "s'obligent à faire rendre sur place tous les matériaux nécessaires tels que la pierre, la chaux et le sable, le bois de charpente, les madriers, les planches et tous les autres matériaux qui entreront dans la dite bâtisse, bons, valables, sains et saufs, recevables à dire d'experts, et au fur et à mesure que le dit François Branchaud en aura besoin; et lui livrer et fournir tous

les fers, chaux, ferblancs et bois nécessaires pour s'échafauder et ériger la dite bâtisse, ainsi que toutes les vitres proportionnées et coupées et le mastique nécessaire et la peinture que lesdits syndics voudront faire appliquer et poser."

Nous avons dit plus haut comment les paroissiens s'obstinaient à avoir dans leur première chapelle le presbytère ou logement

ADRIEN HEBERT Premier baptisé dans la première église de Beauharnois

du curé en bas, et la chapelle en haut; Mgr Plessis demandait le contraire. Dans l'octroi du contrat à François Branchaud, les paroissiens s'en tiennent à leur idée; l'entrepreneur s'oblige à faire toute la maçonnerie de l'édifice qui aura 36 pieds de largeur sur 75 de long et 18 pieds de haut de quarré d'une pierre à l'autre du fond des fondations au haut du quarré, avec deux

pignons en pierre de 17 pieds 9 pouces d'équilles au-dessus des sablières; les fondations en pierre auront 3'/2 pieds de bas ; il y aura trois cheminées brutes dans les pignons; il y aura trois ouvertures pour trois portes, les châssis seront de six verres de haut; il y aura une grande ouverture pour porte dans la chapelle en haut, avec deux ouvertures pour châssis de chaque côté, et un œil-de-bouc en rond-point dans chaque pignon ; dans l'étage du bas il y aura douze ouvertures pour châssis; les balustres de la chapelle devaient être en madriers de trois pouces avec des barreaux de plomb enjolivés, avec une porte et deux volets pour entrer dans le sanctuaire; il devait y avoir quatre rangées de bancs de trois places, dont un pour le seigneur, et tous ces bancs devaient être dans le goût de ceux de Chateauguay.

Enfin, l'entrepreneur s'engageait à com-

Les Établissements paroissiaux

mencer les travaux le 8 de juin; le contrat était pour 11,560 livres, ou $1,940.00; ce montant était payable en quatre versements égaux de 2,890 livres, le premier le 18 juin, le deuxième à la moitié de l'ouvrage, le troisième à la livraison de l'ouvrage, le quatrième six mois après la fin des travaux.

L'entrepreneur fit bonne diligence; en six mois, l'édifice était assez avancé pour qu'il pût servir au culte. Le 17 décembre 1818, la nouvelle chapelle était bénite par M. Manseau, curé des Cèdres, qui y faisait aussi le premier sermon. Immédiatement après, M. Dufresne, desservant de Chateauguay, y chantait la première messe.

La construction de cette église avait prouvé la bonne volonté des fidèles de Beauharnois ; l'autonomie paroissiale sera leur récompense. A peine un an après l'érection de leur chapelle, ils reçoivent un prêtre résidant "chez eux."

Nous avons dit, plus haut, que les évoques de Québec insistaient pour avoir les titres du terrain de l'église; par un acte notarié du 3 mars 1818, les Seigneurs de Beauharnois avaient fait don d'un "certain morceau de terre" que nous avons décrit plus haut; en 1823, devant le notaire Sarault, était fait un nouvel acte de donation annulant et résiliant le premier.

Le nouvel acte était en faveur de la nouvelle mission Saint-Clément représentée au contrat par Ignace Texier dit Lavigne et par Messire Pierre Clément — "tant pour la nouvelle mission Saint-Clément de Beauharnois que pour Messieurs les curés et missionnaires qui la desserviront à l'avenir et pour les habitants et paroissiens qui auront droit à la mission de paroisse ou en feront partie, et leurs successeurs ou ayant cause." Il concédait deux lots contigus du Domaine Saint-Louis, près du Moulin bâti dans l'embouchure de la rivière Saint-

Louis. Le premier lot, destiné pour le terrain de l'église, était de la contenance de deux arpents, six perches, et trois pieds de front, sur deux arpents et trois perches de profondeur; il touchait au terrain non concédé, à un terrain réservé pour un chemin de concession, probablement la concession de la rivière Saint-Louis, et au second lot.

Le second lot était destiné à servir pour une représentation du Calvaire; il était de forme triangulaire, avait 14 perches et 16 pieds au sud, six perches et S]/i pieds à l'est, 16 perches et 3 pieds au nord, sur la longueur.

Les deux lots ensemble formaient une superficie de six arpents, quatre-vingt-dix perches, et deux-cent-soixante-dix pieds.

Ils couvraient à peu près, croyons-nous, le terrain aujourd'hui occupé par le couvent, le collège, l'église et le presbytère. Ils étaient donnés "pour seulement servir, le premier, à ériger l'église, chapelle, presbytère et autres bâtiments et dépendances et cimetières jugés convenables et pour l'utilité, instruction et éducation de tous les paroissiens y ayant droit; le second était destiné au Calvaire de M. Clément." Ils étaient donnés "en toute propriété et jouissance rétroactivement depuis que la mission et fabrique en est en possession." Les seigneurs se réservaient un banc seigneurial, d'abord celui "que la fabrique a déjà fait ériger dans le lieu où se fait le service divin, ou d'un autre banc à la place du premier, si le lieu du service divin est changé;" les autres droits seigneuriaux étaient aussi garantis. Cette concession était plus considérable que la première et assurait l'avenir non seulement religieux, mais aussi éducationnel de Beauharnois.

La première église a servi au culte pendant une trentaine d'années, de 1818 à 1845. Quand, à cette date, l'église . actuelle fut

Histoire religieuse de Beauharnois

ouverte, l'ancienne ne fut pas détruite; elle ne l'a jamais été; elle servit et elle sert encore d'école. Elle a été comme enclavée dans une construction plus vaste qui est devenue le collège actuel; les lignes de ses pignons, les contours de la porte d'entrée, le cercle de son œil-de-bouc en rond-point sont encore visibles dans le mur latéral ouest du collège.

N'oublions pas cette vieille église; c'est là que nos pères se sont réunis si souvent; c'est là qu'en 1838, pendant les troubles, ils reçurent direction et consolation; c'est là qu'en 1844, l'on a chanté le service d'un de nos curés; c'est là que pendant trente ans, a été le centre de la vie religieuse de notre paroisse; quand nous passons près du collège, rappelonsnous avec émotion que les pierres qui le composent ont été apportées par nos pères il y a cent ans, et qu'elles sont les témoins des temps héroïques de notre paroisse.

L'église actuelle

L'église actuelle n'a pas été construite en une seule fois, mais partie par partie et petit à petit. Nous voudrions rappeler ici les principales étapes de ce travail. Les dates à retenir sont celles de 1845, 1867, 1871-1872, et 1919.

La première église ou chapelle avait été construite en 1818; elle ne tarda pas, cependant, à paraître insuffisante.

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