L'ÉGLISE ACTUELLE
Dès le 4 septembre 1820, une lettre du curé Clément apprend que "à entendre parler les gens, ils ne seront pas longtemps sans bâtir une église." La chapelle n'avait pas de sacristie, les paroissiens en voulaient une; le curé Clément trouvait qu'il suffirait pour sacristie d'un petit rond-point qui donnerait de la mine à ce bâtiment.
La correspondance du curé Labelle (1826-
1830) et de ses successeurs atteste également un grand désir d'avoir une église plus grande ; le 3 mars 1827, le curé Labelle écrit à l'évêque de Québec qu'il a recueilli 50 louis pour la future église que tous demandent; il demande la permission de bâtir en prenant dans le coffre de la fabrique 200 louis pour les ouvriers et ensuite 50 louis par année. Le 24 du même mois, l'évêque répond qu'il est "bien disposé à permettre de prendre sur l'argent de la fabrique 250 à 275 louis pour aider à bâtir une nouvelle église, puisque la chapelle est trop petite. Cette église devrait être d'une bonne grandeur puisque la population de cette paroisse augmente beaucoup; alors cette somme me paraît bien modique pour une semblable entreprise; il est vrai que les habitants pourraient fournir tous les matériaux, journées, en un mot, tout ce qu'ils pourraient assurer à l'entrepreneur; c'est-à-
Les Établissements paroissiaux
dire, 50 louis tous les ans." L'évêque recommandait la prudence; il demandait qu'on ne s'engageât envers l'entrepreneur pour 50 louis par année "autant que la chose serait possible ou au fur et à mesure que la fabrique aurait des revenus suffisants." En terminant, l'évêque avertissait le curé qu'il devait prendre les ordres et les avis de Mgr de Telmesse (Mgr Lartigue) qui le dirigerait en tout; au reste, il promettait d'autoriser Mgr de Telmesse à marquer la place et à régler les dimensions de la future église, si "l'entreprise a lieu de se faire."
Plusieurs années toutefois devaient passer avant que s'exécutât ce projet; il semble qu'après avoir grandement désiré une église, les fabriciens aient reculé devant la dépense;
peut-être aussi des difficultés avec M.
Quintal, curé de 1832 à 1840, furent-elles la cause du retard. En tout cas, Mgr de Telmesse dut les menacer de les priver de leur curé, s'ils ne bâtissaient pas une église; malgré tout, en 1840, ils hésitaient encore à accepter les frais de construction d'une nouvelle église.
Ce ne fut qu'en 1842 qu'ils prirent une détermination pratique. Le 12 juin, les franc-tenanciers, en assemblée de paroisse, décidaient de faire à Mgr Bourget, évêque
de Montréal, une requête pour la construction d'une nouvelle église. Ils constataient que la chapelle était devenue depuis longtemps "trop petite pour contenir la population de la paroisse accrue rapidement tant par le défrichement des terres nouvelles que par les nouveaux établissements du village;" ils voulaient bâtir l'église "tant à l'aide des sommes déjà souscrites et promises à cette fin et se montant déjà à 1607 livres que de celles qui seraient souscrites ou
données par la suite: "comme ces sommes étaient manifestement insuffisantes, les paroissiens s'obligeaient "à mettre et à transporter sur la place de la bâtisse tous les matériaux nécessaires, tels que choisis et désignés par les entrepreneurs;" ils substituaient à leur place les marguilliers de l'œuvre et anciens qu'ils autorisaient "à faire les devis, passer les marchés, employer la somme susdite ainsi que celles qui pourraient advenir par la suite;" chaque propriétaire s'obligeait "à passer un billet promissoire au nom et en faveur de la fabrique Saint-Clément, pour la sûreté du recouvrement du montant de la souscription, ainsi que de quelques jours de corvée pour le transport des matériaux;" il ne s'agissait pour lors que de "finir le dehors de l'église