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ARTICLE PREMIER: LES ECOLES

Ce n'est pas sans émotion que nous entreprenons de faire l'historique de l'éducation à Beauharnois. Nous voudrions rendre le juste hommage qui est dû au dévouement et au travail des apôtres et des amis de l'éducation à Saint-Clément. Dans une histoire de paroisse, les écoles tiennent une large place; malheureusement, les documents font défaut qui permettraient de faire le récit complet du rôle qu'elles ont tenu à Beauharnois. Toutefois, certaines données d'autant plus précieuses qu'elles sont plus rares, permettent de dessiner au moins à grands traits le mouvement éducationnel dans notre paroisse.

1. Les débuts. — La période de début va de l'arrivée des premiers colons à Beauharnois, vers 1730, jusqu'à l'érection de la première école publique ou officielle, en 1830. De cette période nous savons très peu de chose; on pourrait l'appeler la période de l'éducation privée, car il n'apparaît nulle part que les paroissiens de Beauharnois aient eu, jusqu'à 1830, d'école subventionnée. Une telle école aurait pu être établie soit par autorité de la "Commission d'Education" de 1789, soit par celle de 1'" Institution Royale" de 1801, soit par celle des "Ecoles de Fabrique" en 1824. Or, la "Commission d'Education" ne fut guère qu'un projet sans suite; 1'" Institution Royale" ne fit pas bénéficier Beauharnois de ses largesses.

Quant à la Loi des "Ecoles de Fabriques" de 1824, nous ne croyons pas que Beauharnois en ait bénéficié avant la "Loi des écoles élémentaires" de 1829. Plu-

sieurs fois, surtout vers 1829, il fut question d'ouvrir une école de fabrique, ce fut même l'objet des constantes préoccupations du curé Labelle, le futur fondateur du collège de l'Assomption; il demanda à prendre l'argent de la fabrique pour bâtir une école, et les marguilliers autorisèrent une dépense de 25 livres à cette fin. Le curé Labelle écrivit même à Mgr Lartigue, alors auxiliaire de l'évêque de Québec: "Ça presse, car on va établir une école de syndics" et une école de syndics signifiait une école soumise à une commission à majorité protestante.

L'on n'alla pas assez vite, et, de fait, l'école que redoutait le curé Labelle, fut fondée en mai 1830.

Est-ce à dire, cependant, que jusqu'à 1830, Beauharnois n'eut pas d'écoles?

Non. Beauharnois eut des écoles, mais des écoles privées. La correspondance du curé Clément fait connaître l'existence, en 1821, d'une école de filles. La même année, les paroissiens Jos. Hainault, Joseph Leduc, Pierre Leduc, Louis Gervais, Pierre Poirier, Antoine Houle, Charles Bougie, Ben Joachim, demandent à l'évêque de confirmer le pouvoir d'avoir, sous l'Institution Royale, une école pour filles avec un maître, mais Mgr Lartigue refusa cette permission. Une demande analogue, vers le même temps reçut la réponse qu'une fille pouvait tenir une école "à condition qu'aucun garçon ne fréquentât cette école." L'année suivante — 1822 — Mgr Lartigue permit une école mixte — pour garçons et filles — "pourvu qu'une femme âgée d'au moins 40 ans et de mœurs approuvées par le curé pût faire l'école aux filles et aux garçons dans une même maison, mais dans

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il s appartements différents, sans communications, à des heures différentes." Ces détails sont les seuls que révèlent les archives relativement aux écoles; elles ne disent rien du site de cette école, ni du nom de ses maîtres ou maîtresses.

Beauharnois eut donc une école dont nous ne savons qu'une chose, l'existence vers 1821. Antérieurement, Beauharnois eut des maîtres et maîtresses ambulants. Les premiers furent les missionnaires du Sault-Saint-Louis et les curés de Chateauguay, des Cèdres, de l'Ile Perrot et de Vaudreuil. En portant à leurs paroissiens émigrés dans ce territoire qui deviendra Saint-Clément, les secours de la religion, ils donnèrent aux enfants les premiers éléments d'instruction. L'histoire nous a aussi conservé le nom d'une femme du nom de Salé(1) et d'un homme du nom de Gigoux qui allaient de maison en maison, enseignant le catéchisme et la lecture.

Maîtres ambulants, écoles privées, projets d'école de fabrique, voilà en trois mots l'histoire de l'éducation à Saint-Clément, jusqu'en 1830. Ajoutons qu'en 1838, le curé Quintal pouvait écrire à l'évêque:

"Il n'y a aucune école catholique régulièrement tenue dans la paroisse." Et cependant, depuis 1830, il y avait une école, la première école officielle établie à Beauharnois.

II. L'organisation scolaire. — En 1830, Saint-Clément entre dans la période de son organisation scolaire qui se marque par

deux dates principales: le 2 mai 1830, établissement d'une école anglaise et d'une école anglaise-française au village, sous l'autorité de syndics; en 1845, le 18 juin, érection de la municipalité scolaire Saint- Clément.

En 1829, le parlement du Bas-Canada fit une loi dite "Loi des écoles élémentaires" :{2) cette loi permettait d'établir des écoles élémentaires dans chaque comté sous le contrôle général des députés, et dans chaque paroisse sous la direction immédiate de syndics élus par les contribuables au fonds local des écoles; elle accordait à chaque maître ou maîtresse d'une école qui n'était pas sous la régie de l'Institution Royale, et qui comptait au moins 20 écoliers, un salaire de 20 livres courant, et en outre 10 schellings pour chaque enfant pauvre. En 1830 une autre loi demandait à chaque maître ou maîtresse de faire deux rapports chaque année.(3) En 1831, dans un "Acte pour pourvoir ultérieurement à l'encouragement de l'éducation'Hi) le parlement votait de nouveaux subsides et nommait des visiteurs d'écoles. En 1832 une nouvelle loi déterminait, encore plus en détail, la distribution des octrois scolaires. (5)

C'est grâce à ces différentes lois que l'éducation a été organisée à Saint-Clément.

Dès le 2 mai 1830, une école anglaisefrançaise y fut établie, et simultanément une école anglaise; le même maître, James Hawker, était préposé aux deux écoles, ce qui fait croire qu'il ne s'agissait que de deux classes, l'une anglaise, l'autre anglaise-

(1) Dans sa Conférence de 1885, sur "Beauharnois et ses commencements," l'écrivain canadien A.-N. Montpetit — un enfant de Beauharnois — disait de cette première maîtresse d'école: "Elfe était si vieille, si ratatinée que ma grand'mi-ri' prétendait qu'elle était la fille de Mathieu Sali'1 dont il est parlé dans la Sainte-Écriture. . . Ma grand'mere qui

n'était pas forte en histoire voulait sans doute parler de Mathusalem . . ."

(2) IX Georges IV, Ch. 46.

(3) x ( ieorgefl IV.

(4) I.Guill. IV., Ch. 7.

(5) HC-uill. IV, (h. 30.

Compléments de la Paroisse: les Écoles

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Compléments de la Paroisse: les Écoles

française, dans une même école. Les Archives fédérales possèdent quelques rapports de ces écoles. Nous reproduisons ici le fac-similé d'un de ces rapports, et nous y apprenons que l'école fondée en 1830 a, jusqu'au 31 décembre 1831, reçu 99 écoliers, que pour la période novembre-décembre 1831, elle comptait 55 écoliers, dont 22 de langue française(2) et 39 pauvres admis gratuitement ; les livres dont on s'y sert sont Y Ecriture Sainte et le Lesson Book; les syndics à cette époque sont Charles Manuel, D. Masson et J.- Bte Poirier; l'école est soutenue par souscriptions; la méthode pédagogique suivie est la méthode anglaise.

La loi de 1831 déclarait qu'une somme n'excédant pas 50 livres courant devait être payée "à chaque corps de syndics qui pourront être élus dans les paroisses ou missions de Sainte-Martine, Saint-Clément et Saint-Timothée, pour la moitié du coût de la bâtisse d'une maison d'école dans chacune des dites paroisses ou missions, pourvu qu'elle soit bâtie dans le cours de la présente année.'' En 1832, l'acte cité plus haut avait un paragraphe spécial pour Beauharnois; il décrétait que "la somme de 50 livres courant affectée par l'acte de 1831, pour être payée à chaque corps de syndics qui aurait pu être élu dans les paroisses des missions de Sainte-Martine, Saint-Clément et Saint- Timothée, sera payée à chacun des dits corps de syndics pour être par eux employée à aider à la bâtisse de la maison ou des maisons d'écoles érigées dans chacune

(1) Le Conservateur des manuscrits, M. Parker, a bien voulu nous permettre l'accès aux documents les plus précieux; nous tenons à lui en exprimer ici notre profonde gratitude.

(2) La page précédente du rapport donne le nom des 55 élèves de l'école; nous n'y trouvons que sept noms anglais;

des dites paroisses ou missions durant l'année 1831, nonobstant aucune chose qui se trouverait au dit Acte à ce contraire."

Il semble bien, en effet, qu'en 1831, une ou des écoles aient été construites. Un rapport de 1835 de Chs Archambault, nommé visiteur en 1831, parle de trois écoles à Saint-Clément, dont deux érigées en 1831 et une en 1832. L'école n° 1 (1831) avait pour syndics L.-G. Brown, E. Masson, O. Leblanc, et pour maître Christophe Purcele; elle comptait 27 enfants.

L'école n° 2 (1832) avait pour syndics Joseph Daigneaux, Louis Trudel, Chs Daoust, pour maître Jean Ginestet, et comptait 35 élèves; l'école n° 3 (1831) avait pour syndics Rob. H. Norval, Jacques Goyette, Jean-Bte Branchaud, pour maître Paul- Augustin Sarault, et comptait 31 élèves; une note du rapport dit que cette dernière école a été omise sur la liste des octrois parce qu'elle dépassait le nombre d'écoles permises par la loi.

Il y eut donc, en 1830, une école anglaise-française et une école ou classe anglaise à Beauharnois; en 1831, il s'y trouve trois écoles, dont deux à professeur français et une à professeur anglais. Ces écoles, cependant, semblent avoir été anglaises de mentalité. Pour les écoles de 1830, c'est évident: le maître est anglais, le système d'éducation est anglais, les noms français des élèves sont écrits à l'anglaise: Gauthier devient Gatia, Bourbonnais est Berbonnet, Gendron est Gondra et ainsi de suite. Pour les autres, le rapport est anglais. En outre, ces écoles ne paraissent pas avoir été catholiques en droit;

le maître Hawker a probablement voulu signifier par élèves Français ceux qui n'étaient pas inscrits à l'école anglaise; l'école anglaise, — où, probablement, l'on n'enseignait que l'anglais, était aussi en majorité canadienne-française.

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en 1838, le curé Quintal écrit à l'évêque qu'il n'y a encore aucune école catholique régulièrement tenue dans la paroisse. En 1843, il n'y a encore que ces trois écoles: l'une, anglaise, est au village, et au témoignage du curé Carron, elle n'a pas de livres de religion; les deux autres, françaises, sont dans la campagne, probablement au Buisson et sur la rivière Saint-Louis. Nous ignorons le site de l'école du village. L'on dit qu'il y eut aussi une école dans la grande maison grise située au coin des rues de la Beauce et Saint-Laurent. Nous savons, par le recensement officiel de 1842, que dans ces trois écoles il y avait une population écolière de 112 enfants, dont 50 à l'école du village et 62 dans les deux autres écoles; le maître d'école du village était James Wilson, l'institutrice Lucie Leduc; James Richardson était aussi instituteur. Vers la même période ou un peu plus tard, il y eut, à Beauharnois, des institutrices nommées Demers et Ducharme.

Telle était la situation scolaire à Beauharnois, quand fut établie la Commission scolaire Saint-Clément en 1845.

Jusque là, nos écoles furent administrées par des syndics nommés d'après la loi de 1829. En 1841, puis en 1845, le parlement des Canadas-Unis vota des lois qui réorganisaient le système scolaire: les écoles primaires furent placées sous la juridiction d'un surintendant de l'éducation, et sous le contrôle immédiat du conseil municipal qui était transformé en bureau d'éducation; à ce conseil ou bureau d'éducation, dont les membres étaient nommés par le gouvernement, des commissaires élus par les contribuables transmettaient le rapport des écoles de leur dis-

trict; le bureau d'éducation, à son tour, rendait ses comptes au gouvernement. D'après la loi de 1841, les contributions étaient obligatoires, d'après celle de 1845, elles étaient libres et volontaires. C'est sous ce régime que l'éducation se développa à Beauharnois.

En 1845, un arrêté-en-conseil provincial du 18 juin érigea la municipalité scolaire de Saint-Clément de Beauharnois; la même année fut créée la commission scolaire du même nom; elle régit les écoles de Beauharnois, tant celles du village que celles de la campagne, jusqu'en 1876, date de l'établissement de la municipalité scolaire de la ville. En 1866, fut détachée de la municipalité de Saint-Clément celle de Saint-Etienne. En 1863, la ville de Beauharnois fut érigée, mais une seule municipalité scolaire continua à gouverner les écoles tant de la ville que de la campagne jusqu'en 1876.

Depuis l'érection de la ville, toutefois, la division de la paroisse Saint-Clément en deux commissions scolaires distinctes fut souvent discutée. Le 24 juillet 1876, la Commission vota la séparation; la même année, par le statut 40 Victoria, chap. 22, le parlement de Québec sanctionna cette séparation ; la municipalité scolaire de Beauharnois fut divisée en deux; Tune s'appela la Municipalité scolaire de la ville de Beauharnois, avec les limites assignées à cette ville en 1863; l'autre conserva son nom de Municipalité scolaire de Saint-Clément et comprit le reste de la ci-devant municipalité scolaire Saint-Clément. Depuis 1876, deux municipalités civiles ont été créées, celles de Maple Grove et de Lac Saint-Louis, mais, pour fins scolaires, elles continuent à être régies par la Commission scolaire Saint-Clément. Les écoles sont

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